Jean Bonijol et Quincaille

Can de Ferrière, Saint-Laurent de Trèves, une nuit de juillet 1944

23h30. Les yeux tournés vers le ciel, Jean écoute la nuit. Tout est calme. Les hommes se sont dispersés sur le terrain, en petits groupes. Ils profitent de ces quelques instants de répit avant l’action. La fraîcheur du soir porte les sons, et amène à Jean les bribes d’une conversation qui s’engage à voix basse. On y parle de la vie, de la famille. Un éclat de rire retenu. Et puis le silence. Au loin, la flamme d’un briquet troue l’obscurité, bientôt relayée par un point rouge intermittent. La brise apporte une odeur de fumée qui se disperse rapidement.

Soudain, Jean perçoit un faible ronronnement, très loin au sud du côté de l’Aigoual. Quelques secondes passent, le bruit semble s’éteindre puis soudain Jean l’entend à nouveau, plus fort. Pas de doute, c’est leur client. Jean se lève et crie « Allumez le balisage ! ». Près des batteries, quelqu’un s’agite et les faisceaux des projecteurs d’axe trouent la nuit.

Tout le monde est maintenant concentré, attentif au vrombissement qui croît. L’avion fait un large détour par l’ouest, puis approche par le nord.

Fébrilement, Jean commence à émettre le code en morse : Point/trait/point … « R », la lettre du  terrain. A quelques mètres, le projecteur clignote au rythme de sa main. L’avion, un énorme Libérator, passe au dessus de lui sans ralentir, dans un fracas de tonnerre qui résonne sur les serres des vallées cévenoles. Ses feux de position clignotent : point/trait/point… il a bien repéré le terrain et tout lui semble correct. Nouvelle large boucle, un silence relatif s’installe, puis à nouveau le bruit enfle. Tous les habitants de la vallée du Tarnon doivent être réveillés à présent. Jean frémit à l’idée qu’avec ce raffut, une de ces nuits une patrouille allemande pourrait surgir… Pas le temps d’y songer pour le moment, l’avion est à nouveau aligné. Il est descendu à moins de 200 mètres, cette fois c’est la bonne ! Tous volets baissés, il ralentit à la limite de la vitesse de décrochage, et passe si bas que malgré la nuit Jean aperçoit la soute ouverte.Trois points noirs en jaillissent, suivis de zébrures blanchâtres puis de corolles claires qui descendent vers le sol en se balançant tranquillement. Le Libérator remet ses gaz à fond pour remonter ses 20 tonnes vers le ciel. Déjà, les hommes se précipitent vers le terrain.

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