L’industrie du fer sur la can de l’Hospitalet

Le fer présente des qualités techniques très intéressantes par rapport au cuivre et au bronze, utilisés depuis bien plus longtemps. Il est solide tout en n’étant pas trop lourd, susceptible de permettre la fabrication de lames coupantes et résistantes. Autre avantage formidable : il est tiré d’un minerai très répandu. Pour ces raisons, l’invention de la métallurgie du fer a constitué une grande révolution technique, militaire et culturelle. Elle s’est développée aux environs du IIème millénaire avant JC, probablement dans les régions correspondant à l’actuelle Anatolie. Peu à peu, la technologie se diffusa dans tout le moyen-orient, puis gagna l’Europe centrale par la voie danubienne, et finit par arriver en Europe occidentale aux environs de -800, époque que l’on a de ce fait appelée… âge du fer. Aucune datation précise n’a été effectuée sur la can de l’Hospitalet, mais on peut raisonnablement penser que c’est à cette époque que l’industrie du fer y est apparue.

Le minerai de fer

Le minerai pouvait provenir de plusieurs sources différentes. En plusieurs zones des cans, on trouve en abondance des nodules de limonite, sortes de petites pierres couleur marron foncé ou rouille, qui sont très riches en fer. Elles traînent simplement sur le sol, il suffit de se baisser pour les ramasser. C’est probablement sous cette forme que le fer a été récolté à l’âge du fer et dans les périodes anciennes.

Plus récemment, au XIXème siècle sans doute, des mines de fer ont été creusées, en particulier dans le secteur de Tartabisac. Elles sont de petite dimension, et ont été abandonnées prématurément à cause de leur faible rendement.

Un amas de minerai de fer sous la can de Tardonnenche, près de la piste qui monte de la Borie

Dans les années 1960, une nouvelle tentative a été lancée par la société Pennaroya, qui a fait procéder par Mr Elie Valmalle à quelques sondages dans la « couronne mégière », à mi chemin entre Tartabisac et la ferme de La Borie. Les potentialités du site en minerai de fer et de plomb argentifère n’ont pas été jugées suffisamment importantes pour assurer la rentabilité de l’opération, et les sondages sont restés sans suite.

La fabrication

La fabrication du fer se faisait dans des bas fourneaux. Le minerai y était ajouté en couches successives alternées avec du charbon de bois. On ventilait fortement le tout de manière naturelle ou artificielle selon les systèmes. Ce dispositif permettaient en quelques heures de porter le minerai à une température suffisante (aux alentours de 1300 °C) pour que le fer se sépare de la roche à laquelle il était mélangé, et descende par gravité vers le fond du fourneau pour venir s’y accumuler sous forme d’une « loupe » de fer, sorte d’agglomérat irrégulier. Cette loupe était récupérée, réduite par percussion pour en éliminer les scories et les vides et donner ainsi un fer utilisable par un forgeron.

Au fond du fourneau, après la récupération de la loupe, restaient les « scories« , mélange de roche et de fer brulé et fondu ressemblant à des météorites, qui permettent aujourd’hui de situer sans ambiguïté les sites de production. Ces sites pouvaient être installés sur tous types de terrains : plateau (surface horizontale), fond de vallée, versant de vallée, à proximité de ruisseaux… l’implantation se faisait généralement à proximité des zones où l’on trouvait le minerai.

Sur les cans, on trouve des traces d’industrie du fer en de nombreux endroits, avec une concentration particulièrement importante au pied du versant est du Serre de Montgros et jusqu’au rebord occidental du plateau. Plus au nord, la dénomination de « Ferrière » révèle que l’industrie du fer était bien présente sur cette partie des cans, bien qu’à ce jour je n’y aie jamais trouvé de scories… Par contre, des traces sont attestées sur la can de Balazuègne.

L’industrie du fer a sans doute perduré de nombreux siècles sur la can. « Un prospecteur laborieux, De Cenannes, contemporain de Louis XVI, voulait voir, sans preuves historiques certaines, les traces de l’activité des romains ou des Sarrazins utilisant sur place des gîtes superficiels de minerai » (hoche, p.12). Cette hypothèse est soutenue par le fait que sur certains sites, comme à Montgros, à coté des scories on trouve des tessons de poteries des époques gallo-romaines et médiévales (spc, p. 136)…  Il faudrait étudier la question de plus près. Si cette hypothèse s’avère juste, il est probable que la grande quantité de bois nécessaire au processus a dû amplement participer au déboisement du plateau dans les siècles qui ont précédé notre ère.

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