Préhistoire et histoire de la can de l’Hospitalet et des Cévennes

Le passé officiel des Cévennes a été écrit et réécrit dans des ouvrages vénérables et extrêmement érudits, œuvres de vies entières de la part de personnalités fortes et passionnées. Je les admire beaucoup et passe de grands et bons moments à les lire. Il me serait tout à fait impossible de proposer ici quelque chose d’aussi complet, et ce n’est pas mon intention. Pourtant, habitant sur le rebord de la Can de l’Hospitalet, petit plateau calcaire posé entre Cévennes schisteuses et vallée du Tarnon, j’ai eu envie de m’intéresser à l’Histoire de ce territoire bien délimité : ses dimensions étant modestes, la tâche m’a paru à ma portée. Mais après avoir commencé à rassembler des éléments concernant strictement cette zone, j’ai vite compris que je ne pourrais pas m’en faire une vision historique cohérente sans élargir mon regard aux zones alentours. J’ai donc été dans l’obligation (agréable) de m’intéresser à l’histoire régionale, parfois nationale ou mondiale, remettant en circulation de vieux souvenirs de l’école primaire, du collège ou du lycée, que le manque de motivation d’alors m’avaient bien vite fait enterrer au plus profond de ma mémoire. Le résultat pourrait s’appeler « Eléments d’histoire de la can de l’Hospitalet, rapportés à l’histoire générale des Cévennes, du Languedoc, de la France, du Monde et d’ailleurs ». Ce n’est qu’un brouillon en permanente évolution. Mais ça existe et ça m’éclate de continuer à y travailler ! En voici donc quelques éléments.

Il y a 180 millions d’années, du calcaire se forme au fond d’une mer tiède. Il est poussé vers le haut il y a 50 millions d’années, c’est la naissance des causses. L’érosion commence son travail. Il y a 2 millions d’années la can est définitivement isolée des causses par le creusement de la vallée du Tarnon, les reliefs commencent à ressembler fortement à ce qu’ils sont aujourd’hui.

Les premiers humains passent sur les causses vers – 50.000 ans, abordent sans doute la can vers -17000 ans, y passent sans doute plus souvent vers le VIème millénaire avant JC, peut-être à la suite des migrations d’animaux sauvages. Ils ne s’y installent définitivement que très tardivement, vers la fin du néolithique (3000 av. JC). A l’époque protohistorique, ils exploitent le fer, font de la culture extensive de céréales, enterrent leurs morts, mais préfèrent installer leurs habitats un peu plus bas sur le pourtour du plateau, à l’abri des falaises ou carrément dans des grottes.

Les troupeaux transhumants passent maintenant régulièrement sur les draille, et peu à peu la circulation augmente et se diversifie. Avant et pendant la période romaine la can devient un noeud de communication interrégional important entre le Languedoc et l’Auvergne. Lieux de culte, tumulus, villas… bien que la vie y reste difficile, les installations humaines se multiplient sur le plateau.

Au moyen-âge la can est devenue une croisée de chemins stratégiques (drailles, chemins de croisades, route interrégionale). Un château y est érigé pour surveiller le trafic. Autour, les seigneuries s’affrontent pour des broutilles.

A la renaissance, les voies de communication qui traversent la can sont en perte de vitesse. La guerre de 100 ans fait des ravages dans la population déjà bien fatiguée. Bientôt la réforme protestante s’ancre dans les Cévennes. Et voilà encore des guerres, cette fois-ci de religion, qui affectent évidemment beaucoup la région très impliquée. Ces évènements se prolongeront largement aux XVIIè et XVIIIè siècles durant lesquels la can va devenir l’un des lieux emblématiques de la résistance protestante. La répression de la réforme impose l’amélioration des voies de communication, ce qui remet la can au coeur d’un réseau de routes importantes.

Pourtant, au XIXè siècle, la can retombe dans l’oubli, les routes se dégradent à nouveau, l’activité agricole y est la seule qui perdure. Au XXème siècle, même les grandes guerres vont presque ignorer la can, à part quelques actions de résistance. Il faudra attendre la seconde partie du siècle pour que la circulation sur la route des crêtes (récemment réouverte sous le nom de « Corniche des Cévennes ») se densifie et remette à nouveau la can au coeur du monde.

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