Histoire de la végétation sur la can de l’Hospitalet

A ma connaissance, aucun travail approfondi n’a été effectué sur l »histoire de la végétation de la can de l’Hospitalet proprement dite. Mais il semble raisonnable de supposer qu’elle a été semblable a celles des grands causses, car les conditions sont très similaires : altitude, latitude, climat, substrat. Voici donc les grandes lignes de ce que l’on en connaît :

Avant le paléolithique, il y a 1,5 millions d’années, la végétation des plateaux étaient composée d’une flore sans aucun rapport avec les flores actuelles : les espèces qui les composaient ont disparu depuis longtemps (quelques noms pour la musique qu’ils produisent : Caryer, Parrotia, Charme oriental…). Je ne m’étendrai pas sur le sujet, j’en ignore tout.

Pendant les périodes glaciaires : une steppe herbacée

Au paléolithique moyen, à l’époque des dernières périodes glaciaires importantes, les espèces végétales existantes sont déjà des espèces modernes. Par contre, le cortège floristique va considérablement varier au cours des époques. Au dernier maximum de froid, vers -20.000, s’installe probablement une sorte de steppe herbacée quasiment sans arbres, dont il reste quelques reliquats aujourd’hui sur le causse Méjean, comme par exemple la Gentiane de Cluse, qui à l’époque actuelle pousse plutôt au dessus de 2000 mètres.

-10.000 à – 7000 : constitution de la forêt

Dans les millénaires qui suivent la température remonte tout doucement et permet l’installation d’arbres. Vers – 9000 une forêt tempérée commence à se constituer sur les plateaux. Elle comporte beaucoup de Pin Sylvestre, avec également du Genévrier…

La température continue à se réchauffer et des espèces plus tempérées apparaissent vers -8000 aux côtés du Pin Sylvestre : Chêne à feuilles caduques, Chêne Vert, et accessoirement Noisetier.

Vers – 7000, sur les causses, c’est un peu « l’âge d’or de la forêt ». La température est tiède, plus chaude qu’à l’époque actuelle. Les forêts s’enrichissent de nombreuses espèces nouvelles (érables, ormes, sorbiers, alisiers, tilleuls, merisiers, frênes, etc…). Sans qu’il soit possible de l’affirmer, il est probable que c’est à cette époque que le Hêtre s’installe assez largement, remplaçant partiellement le pin sylvestre par endroits.

Sur les pentes schisteuses de la can, s’est probablement installée une forêt légèrement différente, constituée essentiellement de Chênes à feuilles caduques, de quelques Chênes Verts et de Hêtres, à l’exclusion du Pin Sylvestre. Le Châtaignier, aujourd’hui omniprésent, n’y sera introduit que bien plus tard.

-7000 à -2000 : le recul de la forêt

La température se rafraîchit un peu et se stabilise à peu près au niveau actuel. La forêt prend donc grosso-modo l’allure actuelle

Un vieux hêtre au tronc énorme et torturé, valat de Baumoleïro

A cette époque (un peu plus tard sur la can) l’influence de l’homme sur la végétation des causses devient perceptible car il commence à exploiter le bois, à la fois pour ses besoins en bois, et pour défricher du terrain a des fins de culture et d’élevage de parcours… En effet, l’agriculture sur brûlis, si elle est pratiquée intensivement, empêche la forêt de se reconstituer. C’est à partir de cette époque que le milieu commence à s’ouvrir, laissant progressivement place à une lande particulièrement riche en buis (la buxaie) qui a atteint sa pleine extension à l’époque gallo-romaine. Dès cette époque le buis a été utilisé à de nombreux usages par les hommes : charpente, objets de bois, litière, engrais…

C’est également à partir de cette date que le sol de certaines zones déforestées a commencé à se dégrader et à laisser apparaître la roche nue. La reconstitution de ces sols disparus est impossible naturellement à l’échelle de durée perceptible pour l’homme.

-2000 au XIXè siècle : lande à buis pour l’élevage, cultures, lambeaux de forêt

Au début de notre ère, le défrichage s’intensifie. Un nouveau besoin de bois vient s’ajouter aux précédents : les potiers et fondeurs de métal en utilisent utilisent énormément (sans doute en le transformant en charbon de bois, qui présente un rendement thermique très supérieur au bois et permet d’atteindre plus facilement les températures élevées qui sont nécessaires), et la can est une zone importante de production de fer. La forêt se réduit à une surface inférieure à celle d’aujourd’hui. La végétation de la can ressemble pour l’essentiel à celle d’aujourd’hui :

  • Des cultures de céréales. Elles occupent les parties les plus riches (dolines, plaines avec un peu de sol…). Voir la rubrique « Pratiques agricoles« 
  • Des lambeaux de forêts. Elles occupent les parties pauvre (roche affleurante), mal exposées (versants nord) ou trop pentus (versants raides des pourtours de la can). Au moyen-âge il semble probable que ces forêts résiduelles sont essentiellement composées de hêtre, comme l’indiquent des textes et certains éléments de toponymie : l’Hospitalet s’appelait « Hôpital de la Fage obscure » (hêtraie sombre), et le plateau situé au sud-ouest de Terre Rouge s’appelait déjà Fau Florit (les hêtres en fleur)
  • Des landes à buis. Elles occupaient des parties peu riches (hauteurs, parties dans lesquelles la roche affleure). C’était des herbages maigres entrecoupés de buissons de buis. On en trouve encore aujourd’hui, mais le genévrier y est de plus en plus présent car le pâturage a diminué d’intensité.
L’aspect caractéristique des « parcours » (zones de pâturages extensifs) sur la can de l’Hospitalet : une herbe assez pauvre, quelques buis… la roche affleure en certains endroits

Cette végétation ne va pas notablement évoluer pendant deux millénaires, à part quelques fluctuations de la surface forestière en fonction de l’intensivité de l’agriculture, qui elle-même dépend de la prospérité économique du moment. Mais les données sont assez rares sur cette période.

Sur les abords schisteux de la can, le châtaignier apparaît à l’époque gallo-romaine, remplaçant les forêts de pente (chêne à feuille caduque, chêne vert, hêtre) mais sa culture ne s’étend largement qu’à partir du moyen-âge. Au XIIème siècle, des documents indiquent que la châtaigneraie domine, complanté de céréales, comme le seigle (d’après avh, p. 12 et 13). C’est toutefois au XVIème siècle que le châtaignier, sans doute à cause de l’essor démographique, connaît son extension maximale.

XXème siècle : la déprise agricole

A la veille de la seconde guerre mondiale la végétation de la can n’a guère évolué. Les forêts en sont quasiment absentes. Les arbres ne sont présents que sur les terrains difficiles, ou le long des chemins et des limites de parcelles. Sur les parties inférieures des pentes, au contraire, un bois de châtaignier occupait une part importante. On y trouvait aussi des vergers.

Deux nouveautés récentes vont changer l’aspect de la can au XXème siècle.

  • Par suite de la déprise agricole, la pression de pâturage diminue. Les parcours entre les buis sont moins fréquentés, et le terrain a tendance à se fermer. Selon les sols et les expositions, différentes espèces végétales s’installent. Le buis prend de plus en plus de place, et des espèces comme le genévrier réapparaissent et envahissent. Par endroits, la lande autrefois aérée s’est refermée, devenant difficilement pénétrable. Le pin sylvestre, au tronc orangé, se multiplie spontanément : cette espèce, qui est peu exigeantes en terme de qualité de sol, a par contre grand besoin de lumière. Elle colonise donc en premier pâturages. Le couvert de son feuillage favorise la venue des chênes et des hêtres qui l’élimineront ensuite en le privant de lumière.
  • Par suite de la même déprise agricole, certains terrains difficiles, abandonnés très tôt par l’agriculture, sont plantés, le plus souvent de pins noirs d’Autriche, comme autour du Serre de Montgros. Ces plantations se font notamment dans le cadre de l’épisode « RTM » (reboisement des terrains de montagne) initié par les eaux et forêts à partir des années 50 pour limiter le ravinement et écrêter les crues, qui se poursuit de nos jours.

Les arbres isolés ou en alignement ont été détruits partout où ils gênaient l’utilisation de matériel agricole moderne. On voit toutefois encore beaucoup de frênes sur les bords des chemins, dans les endroits frais et humides. Ils ont été plantés car leurs feuilles sont appréciées des troupeaux domestiques pendant les périodes les plus sèches de l’été.

L’aspect actuel de la végétation de la partie sud de la can de l’Hospitalet : un boisement artificiel de pins noirs au centre. Autour, des herbages ras et pauvres entrecoupés de zones plus riches en prairies ou en culture céréalière. En certains endroits peu entretenus, des taches de genets ou de buis commencent à reprendre du terrain

Dans les pentes les arbres se sont consumés à l’occasion d’écobuages de surfaces plus grandes et davantage embroussaillées qu’autrefois. Toutefois, plusieurs zones de hêtraies existent encore : sur le plateau même aux alentours du hameau de l’Hospitalet, et sur les parties supérieures des pentes orientées au nord.

La flore sauvage

Ce n’est pas ma spécialité, mais avec le temps je vais tout de même essayer de lister ici quelques plantes caractéristiques du lieu.

La grande carline ou carline à feuille d’acanthe est un chardon court sur patte : une fois séché il ressemble à un grand soleil piquant posé dans l’herbe. Il n’est pas aimé des troupeaux, semble-t-il. La fleur se ferme à l’humidité et s’ouvre au soleil, ce qui en fait une sorte de baromètre rustique. Attention, c’est une espèce protégée dans le Parc National des Cévennes…

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