Les dolines

Une doline est une dépression de la surface d’un sol karstique. Sa présence témoigne de l’existence d’un conduit souterrain qui permet le drainage des eaux de surface vers les profondeurs. Cette aspiration des eaux entraîne peu à peu avec elle les couches superficielles du sol qui s’affaissent progressivement. Une fois le processus enclenché, rien ne peut à priori l’arrêter, il suffit d’attendre : les eaux de pluie, légèrement acides (même en l’absence de tout phénomène de pollution) dissolvent peu à peu le calcaire et élargissent progressivement le conduit. Un jour, les derniers lambeaux de terre disparaissent, le fonds de la doline s’ouvre et on assiste à la naissance à un aven. L’ensemble de ce processus peut selon le cas s’étaler sur quelques années ou quelques millénaires.

Un ensemble de dolines près de la ferme des Crottes

Une petite doline peut mesurer quelques mètres de diamètres et quelques dizaines de centimètres de profondeur, les géantes des grands Causses s’étalent sur des centaines de mètres de large et des dizaines de mètres de profondeur.

Les dolines sont des endroits intéressants à plus d’un titre.

La « doline du pin », en cours d’ouverture, près de la ferme des crottes… à surveiller !

L’agriculture, en particulier, y trouve de nombreux intérêts. Il n’y a qu’à pénétrer dans une doline par un jour de vent du nord pour constater qu’il y fait bien meilleur qu’aux alentours. Lieu idéal donc pour y installer un parc à bestiaux. Mais cette forme en cuvette présente un autre intérêt : elle amène naturellement la terre végétale à s’accumuler au fonds, formant des zones de fertilité supérieure à celle des alentours. Depuis la nuit des temps, beaucoup de grandes dolines ont donc été utilisées par les paysans pour planter des productions exigeantes en terme de fertilité, ou pratiquer une culture plus intensive qu’alentour. Cette utilisation privilégiée des dolines a parfois laissé des traces très anciennes : sur le causse Méjean, par exemple, des abris sous roche situés en bordure de doline, comme celui des Bollières, ont livré une moisson de tessons et vestiges d’habitats temporaires datant du néolithique.

La doline principale des Crottes en cours d’activité, entrain d’absorber les dernières eaux de l’épisode cévenol précédent

Malgré tout, l’agriculteur n’aime généralement guère les dolines, en particulier celles qui sont en voie d’ouverture. il sait qu’inexorablement celles-ci vont grignoter sa surface de terres utiles, et un jour donner naissance à un trou béant, danger potentiel pour ses bêtes, qu’il va falloir soigneusement enclore… C’est pourquoi, dès qu’une doline fait mine de commencer à s’ouvrir, les agriculteurs y déversent des charretées entières de pierres, gravats, vieux pneus et autres déchets dont il serait compliqué de se débarrasser de manière orthodoxe. C’est faire d’une pierre deux coups car la doline se voit rebouchée pour un moment, retardant le moment fatidique ou elle pètera définitivement et où il faudra l’enclôturer…

Les hydrogéologues s’intéressent passionnément aux dolines car elles constituent des lieux privilégiés de pénétration des eaux de surface vers les profondeurs. Ces mêmes eaux allant ensuite rejoindre les nappes phréatiques et rivières souterraines éventuelles, l’étude des dolines permet donc de comprendre le fonctionnement général de la circulation des eaux souterraines, préalable indispensable à tout projet hydraulique (captage, déviation, etc…).

il est effectivement impressionnant et passionnant, en particulier lors des épisodes cévenols (gros orages d’automne ou de printemps), d’observer la formation de ruisseaux temporaires de surface se créer, converger vers les dolines dans lesquelles ils s’engouffrent. Si la pluie dure, vient un moment ou les dolines n’arrivent plus à évacuer l’eau qui s’accumule et forme des lacs temporaires un peu partout sur la can.

L’eau de ruissellement s’engouffre dans l’un des orifices de la doline des Crottes après un épisode cévenol

Les spéléologues, eux, suivent attentivement l’évolution des dolines et attendent le coeur battant le moment de leur transformation en aven pour s’y précipiter dès que possible. C’est évidemment un événement très rare, mais si l’on prend sous surveillance un cheptel suffisamment important de dolines, le nombre pallie la faiblesse de la probabilité et l’on a toutes ses chances d’arriver à quelque résultat au cours d’une vie !

La can de l’Hospitalet recèle de nombreuses dolines intéressantes : les dolines des Crottes, dont au moins deux sont en cours d’ouverture à évolution assez rapide, la doline de Montgros, qui s’est déjà ouverte sous forme d’un aven à deux puits, et dans un autre ordre d’idée, « Cros paradis« , qui a abrité une assemblée secrète protestante fameuse.

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