Le trescol de Solpérière

Dans un de ses nombreux écrits, Camille Hugues situe « un bâtiment gallo-romain dans lequel on trouve des briques, des tessons de poteries grossières et des céramiques à vernis rouge » dans un endroit appelé le « Trescol de Solpérière ». Si la logique mène à penser qu’il s’agit simplement d’une autre appellation du col de Solpérière, il n’est pas interdit de s’interroger plus précisément sur l’origine de ce terme pour en être bien certains.

Trescol, étymologie

Voici un texte de Michel de Brébisson, trouvé sur le site http://www.centcols.org, rubrique « Toponymie ».

« Tracol » et « trescol » sont un même mot : « tra-col » ou « tres-col ». Comme en français où l’on a « tra-verser » et « tres-passer » qui, à l’origine, avait le même sens. Pourquoi des « tracol » en Ardéche essentiellement ? Habitudes, évolution de la langue ? Le préfixe « tra » existe cependant un peu partout pour d’autres mots. Il y en a un connu de tous, « la tramontane ». On trouve plus localement « tra lou serre », « tra la crous » (au-delà de la croix; on prononce le « s » à la fin) et on pourrait réfléchir au nom de la grotte de « Trabuc »…(située dans le Gard à 15 km sud-ouest d’Alès).

Prenons maintenant le terme « Trescol » qui figure dans le Chauvot avec des localisations dans les départements de l’Aveyron, du Gard et de l’Hérault. Ce terme, que l’on trouve sur les cartes ign au 25000ème, ne figure dans aucun des dictionnaires classiques ou géographiques. Voici ce que j’ai pu trouver à son sujet :

1) A. Pégorier donne dans son glossaire « Trecol, trecou » : point culminant d’une montagne, sommet – Alpes, Languedoc, (je n’ai jamais rien trouvé de tel dans les Alpes, ni dans le Languedoc, mais je connais moins bien),

2) Alibert dans son dictionnaire Occitan-Français donne « Trescol » : point culminant, sommet, horizon, coucher d’un astre (très curieux, mais voir 4 a),

3) sur le terrain, les « Trescol » des cartes ign se présentent comme des mentions pouvant désigner aussi bien les cols que les hameaux très proches de ces cols géographiques, généralement une centaine de mètres (cf. 4b),

4) deux discussions avec des patoisants, d’où il ressort :

a) un patoisant de 93 ans (du Tarn, en limite de l’Aveyron) s’insurge parce que la municipalité a donné le nom de « trescol » à un quartier situé à l’est : « c’est une erreur, il aurait fallu qu’il fut situé à l’ouest, là où le soleil se couche » !

b) un patoisant cévenol en Ardèche (originaire du Gard) me déclare que ce mot lui est parfaitement connu et désigne « ce qui est en deçà du col que l’on traverse », donc le hameau proche, mais identifie parfaitement la présence d’un col !

Dans le cas qui nous intéresse, le « Trescol de Solpérière », quelle signification choisir ? Un écrit de Bernard Pommel dans le même site précise :

Au niveau des patronymes, la concentration ardéchoise est encore plus forte que dans le cas des COULET : en 2000, 80 des 399 TRACOL inscrits sur l’ annuaire en France sont ardéchois (et 116 drômois). La base de données généalogiques 3617 RACINA donne 5 références antérieures à 1820 de gens nommés TRACOL, dont 4 références ardéchoises, l’une étant localisée à Preaux en 1464 !

« Lo Cercaire » qui a mené une étude sur l’annuaire ardéchois il y a dix ans (2), note de plus qu’à l’exception d’un cas, tous les TRACOL retrouvés à cette époque habitaient dans le Haut Vivarais, ce qui confirme bien l’ étymologie : TRACOL doit se comprendre « tras col », littéralement au-delà du col, au travers du col, passer le col; d’où le verbe occitan « tracolar / trecolar », qui se prononce « trakoula, trékoula, trékola » qui signifie « passer derrière le mont » : le soleil « trècoule »… Ou bien, au sens figuré passer au-delà, disparaître, décéder. « L’ome de la Loisa a trecolat… » : « le mari de la Louise est passé de l’autre côté » trouve-t-on dans le dictionnaire « L’Occitan – Nord Vivarais » (à rapprocher de l’expression employée dans notre club « il a franchi son dernier col »…). Je l’ai entendu employé dans un sens affaibli de passer au travers, traverser : « j’ai tracoulé vers Fabras… ».

« Lo Cercaire » précise : « ce qu’évoque TRACOL, c’est l’habitant d’une maison blottie près du col, généralement du côté sud ». Ceci est particulièrement visible dans le cas des TRACOLS 07-0400, 07-0640, 07-0971 pour lesquels la carte 1/25000° montre bien que le lieu-dit est légèrement en dessous du col à proprement parler ; de même pour les TRACOLS situés l’un 1 km en dessous du Col de Mezilhac, l’autre à 200 m du Col de Juvenet, ces deux TRACOLS n’étant à juste titre pas homologués comme cols.

Si Tracol et Trescol désignent bien la même chose, il faudrait plutôt y voir donc un bâtiment situé « au delà » du col de Solpérière. Mais plusieurs questions restent posées : au delà… vu depuis où ? Depuis Salgas ? Depuis L’Hospitalet ? Si on garde l’hypothèse d’une localisation versant sud, il s’agirait d’un endroit situé sous le col en descendant vers le hameau de Solpérière, à une centaine de mètres au plus… mais d’autres références bibliographiques concernant la villa gallo-romaine la situent entre le col de Solpérière et l’Hospitalet. S’il s’agit de la même villa que celle évoquée en tête de cet article, Trescol serait ce même endroit, et serait donc « vu » depuis Salgas…

Si tout ceci est avéré, le nom de Trescol date-t-il de la fameuse villa gallo-romaine qui aurait été installée sur ce site ? Tout cela est à recouper et vérifier !

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