Les tétines de Balmegouse

Quelques dizaines de mètres au dessus de la ferme de Balmegouse, au pied du versant sud de la can des Combes, une zone étrange attire le regard. Sur cette pente faible affleure une roche friable et dégradée. Il s’agit d’un conglomérat très hétérogène, composé de nombreux minéraux différents arrachés aux hauteurs environnantes (à priori en direction du nord-ouest), exclusivement cévenoles, au Trias. Les formes peu roulées des morceaux les plus gros nous indiquent qu’ils ont été transportés sur des distances assez courtes, et déposés là en bancs plus ou moins horizontaux (des horizons se percutent parfois en pentes et contrepentes, témoins qu’il a du s’enchaîner des phases de remplissage chaotiques). L’on se trouvait alors probablement sur une sorte de plage. Le tout s’est progressivement solidifié, lié par un mortier naturel non carbonaté, puis a été recouvert ensuite par des calcaires plus récents.

Longtemps après, l’érosion à fait réapparaître cette couche à l’air libre. Elle affleure ici en formes douces et arrondies. A la base de la couche, presque au niveau du socle, d’étonnantes es excroissances aux formes organiques s’extirpent de la surface, comme un fluide magnétique attirées par un aimant. Certaines ne mesurent que quelques décimètres de haut, d’autres atteignent plusieurs mètres. Les reliefs sont de taille modeste dans les zones de faible pente, et plus imposants là où la pente s’accentue, prenant alors la forme de rognons étranglés à leur base, voire de petits plateaux. Ce sont les fameuses « tétines ». Elles se sont formées très récemment, au quaternaire, et continuent probablement d’évoluer en permanence.

La formation de ces reliefs demeure obscure. Dans les zones dolomitiques que l’on rencontre en plusieurs sites de la can de l’Hospitalet et du causse Méjean, des formes du même genre apparaissent ça et là : leur origine est bien comprise, due à une hétérogénéïté chimique des roches, rendant certaines parties plus résistantes à l’érosion. Rien d’aussi évident ici car cette roche semble relativement homogène. Pour quelle raison l’érosion l’attaque-t-elle de manière si différentielle ?

Des hypothèses sont avancées : concentrations variables, qui rendent les roches plus ou moins bien agglomérées selon les endroits  ? vestiges de troncs d’arbres fossilisés (mais on ne trouve pas de traces de carbone) ? processus strictement mécanique dû à la pente ? écoulement de plusieurs petits ruisseaux qui ont progressivement séparé des « ilots » ?  Aucune hypothèse n’est totalement satisfaisante. Des études physico-chimiques plus poussées seraient sans doute nécessaires pour comprendre les processus de formation, mais les tétines ne semblent guère attirer les chercheurs, alors que ce n’est pas un phénomène rare : on en trouve  dans d’autres sites du sud-est de la France, notamment en Ardèche.

On peut apercevoir sur le site quelques « cupules », trous aux formes parfaitement arrondies, qui font elles aussi débat, entre les partisans du phénomène naturel et ceux de l’intervention humaine. Le débat est ancien, permanent, non résolu, plein de rêves et de chausse trappes. Il concerne un très grand nombre de sites dans la région, sur tous types de roches. En observant avec attention, vous pourrez aussi trouver des « œils de bœuf » (perforation totale d’un bloc), ou des blocs totalement détachés par l’érosion.

Au pied de la couche des tétines, court un filon de microgranite, que l’on retrouve en de nombreux sites des alentours.
Merci à l’AGAR, Association Géologique d’Alès et de sa Région, qui a organisé la sortie dont sont issues les informations retranscrites dans cette page.

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