La formation des causses et de la can de l’Hospitalet

A quelle époque le plateau des cans s’est-il formé ? La question est moins évidente qu’il n’y paraît, car les réponses varient selon selon que l’on s’intéresse à la roche qui le constitue (le calcaire) ou à sa forme (le petit plateau allongé que l’on connaît aujourd’hui, encadré par les vallées de la Mimente, du Tarnon et la vallée française).

L’histoire commence il y a 400 millions d’années. La Terre n’a pas encore son aspect d’aujourd’hui. Des masses continentales géantes aux noms poétiques (Armorica, Protogondwana, Laurussia…) dérivent lentement à la surface, au gré des forces telluriques qui s’agitent dans les profondeurs. Entre celles-ci, des immenses bras de mer s’ouvrent et se ferment, reliés à la mer globale, la paléotéthys.

La chaîne hercynienne, Par Woudloper — Travail personnel, CC BY-SA 1.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=5330107

Il y a 300 millions d’années, tous les continents fusionnent progressivement en un seul et unique supercontinent, la Pangée. Sous l’effet des colossales forces en présence, se crée une immense chaine de montagnes d’altitude comparables à nos Alpes actuelles : la chaine hercynienne (ou chaîne varisque, comme l’appelle le reste du monde hors France), large de 3000 kilomètres et qui traverse la Pangée d’est en ouest. Sans doute la plus grande chaîne de montagnes que la Terre ait porté.

L’érosion se met en marche. Les sommets sont rabotés et leurs débris s’accumulent dans les creux, créant peu à peu une immense pénéplaine, dont émergent des sommets aux formes arrondies, dispersés sur toute la largeur de la Pangée. Sur le territoire correspondant à la future Europe de l’ouest, il y a entre autre le massif armoricain, les Vosqes et la forêt noire, une partie des Pyrénées.

Le Massif Central est l’un de ces massifs. Approchons-nous un peu.

La chaîne varisque en France. Source : https://planet-terre.ens-lyon.fr

Au sud du massif central, une échancrure reste ouverte entre les point hauts (futurs Aubrac, Margeride, Aigoual, Cévennes, Rouergue, Lévezou…). Vers -190 millions d’années, elle est envahie par une mer peu profonde. C’est dans celle-ci que va se créer le calcaire, roche constituante des causses et de la can. Bien que le terme ne s’applique pas encore pour cette époque, appelons cet endroit le « Bassin des Causses »

Dans ces mers tièdes et peu profondes se développe une abondante vie animale et végétale. Beaucoup d’espèces contiennent du calcium dans leurs organismes (coquilles, squelettes…). A leur mort, le calcium tombe au fonds. Mélangé avec toutes sortes de débris, dont du carbonate de calcium (naturellement présent en suspension dans l’eau) qui précipite, il forme une couche molle, qui s’accumule sur des dizaines puis des centaines de mètres d’épaisseur. La pression due au poids des couches supérieures aide à évacuer l’eau de cette boue calcaire. Des réactions physico-chimiques fond progressivement « prendre » ce ciment qui se durcit pour créer la roche calcaire telle qu’on la connaît aujourd’hui, dans ses diverses formes. Ce phénomène est relativement rapide durant le jurassique (entre -200 et -130 MA) et se prolonge durant le Crétacé. L’épaisseur de calcaire atteint bientôt plusieurs milliers de mètres d’épaisseur par endroit.

Pendant cette période, la Terre et la région qui nous intéresse continuent d’être le cadre de grands bouleversements. Les climats vont changer, la mer va se retirer et revenir plusieurs fois, la faune et la flore évoluent considérablement (dans les périodes émergées, des dinosaures occupent la région et y laissent leurs empreintes, mais ceci est un autre sujet). Selon les époques, la genèse des calcaires accélère, ralentit ou s’interrompt totalement pour reprendre plus tard. Les caractéristiques des calcaires (couleur, dureté, finesse…) varient énormément selon les conditions physiques, chimiques et biologiques de l’époque et de l’endroit. Ces variations se matérialisent dans la roche par une structure en couches, relativement homogènes mais très différentes des précédentes ou suivantes, que les géologues nomment des « étages ». Pour un profane comme moi, un étage géologique est à la fois une période temporelle et un ensemble de caractéristiques biologiques, physiques et chimiques décrivant une couche sedimentaire. C’est clair ? Le jurassique et le crétacé ont ainsi été découpés en 22 étages aux noms aussi poétiques que les proto-continents (les géologues sont des poètes, c’est maintenant prouvé). Les premiers se nomment ainsi Hettangien, Sinémurien, Pliensbachien… Connaître ces couches et leurs caractéristiques permet à un géologue de savoir, par simple observation de la roche, quel est son âge. C’est bien pratique.

Le dépôt de calcaire se poursuit ainsi jusqu’à la fin du crétacé, vers -66 millions d’années (à noter que cette date correspond avec la chute de la météorite de Chicxulub sur l’emplacement du futur Yucatan et cause la disparition des dinosaures. Il s’en passait des choses passionnantes sur Terre à l’époque !)

Situation géographique et géologique du Bassin des Causses et du site à empreintes du Gayrand (modifiée à partir de Taugourdeau, 1983).  Source : https://www.researchgate.net/figure/Situation-geographique-et-geologique-du-Bassin-des-Causses-et-du-site-a-empreintes-du_fig1_280994753

Un peu plus à l’est, la surrection des Alpes commence. Par effet d’entraînement, le déjà vieux Massif Central s’en trouve « rajeuni », c’est à dire qu’il regagne de l’altitude. Et voilà notre bassin des Causses tout neuf, situé sur son flanc sud, lui aussi poussé vers le haut : en quelques dizaines de millions d’années il s’élève de 5 à 600 mètres dans les parties sud et ouest, et jusqu’à 1500 mètres dans la partie est. Au cours de ce processus, la mer est définitivement évacuée vers le sud vers -60 Ma, où se formera bientôt la méditerranée (vers -25 Ma). Une vaste étendu de calcaire est enfin à l’air libre.

Pour le moment , la surface calcaire du bassin des causses est indifférenciée et uniforme et va le rester très longtemps. En effet elle n’est quasiment pas touchée par l’érosion car en raison de la pente quasi nulle, les différentes rivières qui coulent par ici (dont le proto-Tarn) n’ont aucun pouvoir érosif. Elles y ondulent mollement, changeant souvent de cours au gré de leurs rêveries. L’eau ne s’évacue pas correctement car le bassin calcaire est entouré de massifs cristallins qui font barrage. Le point bas de cette muraille naturelle, par lequel s’écoule lentement et péniblement le proto-Tarn, est une sorte de « seuil » situé aux alentours de l’actuel massif granitique du Lévezou entre Millau et Rodez.

Au pliocène, vers – 13 Ma, le massif central et les Cévennes sont à nouveau soulevés. A la surface du bassin des Causses lui aussi soulevé, la pente des rivières augmente, ainsi que leur pouvoir érosif. Le proto-Tarn commence à grignoter lentement mais sûrement le seuil du Lévézou qui s’abaisse, permettant l’évacuation plus rapide des produits de l’érosion mécanique et surtout de la dissolution due au phénomène de karstification. Tout s’accélère. Les rivières commencent à s’enfoncer dans le plateau (le proto-Tarn se fixe le long d’une ligne de faiblesse préexistante entre granit et calcaire, la faille de Montmirat), dessinant les gorges et les grandes vallées d’aujourd’hui et découpant progressivement cette immense table calcaire en unités plus petites : les « grands causses » (Méjean, Sauveterre, Causse Noir, Larzac)à l’est, les causses du Quercy côté Atlantique, et les causses du bas-Languedoc côté Méditerranée. Les rivières de plus petite ampleur s’enfoncent dans le calcaire et créent des lits souterrains, laissant les surfaces sèches.

A l’est des grands causses, le Tarnon sépare peu à peu un petit plateau du Causse Méjean : la Can est réellement en train de naître.

On ne trouve sur l’actuelle can aucune trace de dépôts crétacés, sans qu’on puisse déterminer s’ils ont depuis été totalement décapés par l’érosion où s’ils ne se sont pas produits en cet endroit.

Il faudra attendre quatre millions d’années pour que l’Homme arrive dans les parages. Mais cela est une autre histoire

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