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Rubrique : Les routes
Les chemins de Saint Gilles
Le chemin de croisade d'Aubrac à Saint Gilles
Le hameau de l'Hospitalet au XIXème siècle. Le clocher de tourmente est bien visible
Le château de Terre Rouge, sur la can de l'Hospitalet, peut-être bâti par l'ordre des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem

Le chemin des croisades Aubrac - Saint Gilles

Saint Gilles, lieu de pèlerinage et étape de croisade

Si Saint Gilles est aujourd'hui un village isolé dans les terres, jusqu'au XIIIème siècle c'était un port de mer actif et prospère. Il s'est progressivement ensablé sous l'action des alluvions amenés par le Rhône, et fût relayé par Aygues-Mortes, fondé en 1240 (port qui connaîtra lui aussi l'ensablement quelques siècles plus tard). A l'époque où il était opérationnel, Saint-Gilles était le port le plus oriental du royaume de France (Marseille ne deviendra français qu'au XVe siècle). Sa position géographique en faisait donc le point d'embarquement privilégié à destination de la Terre Sainte et de Rome. Dès le VIème siècle on venait s'y embarquer pour participer aux pèlerinages vers la Terre Sainte, puis pour les croisades à partir du XIème siècle.

Saint Gilles fût également, à partir du Xème siècle, un important lieu de pèlerinage en soi, dédié à Saint Gilles, un personnage sur lequel on ne sait presque rien, pas même l'époque exacte de sa vie (entre le VIème et le IXème siècle). Beaucoup de pèlerins venaient à Saint-Gilles y faire leurs dévotions et s'en retourner, comme par exemple, le roi Robert le Pieux en 1030 ou l'archevêque de Rouen Eudes Rigaud en 1260. En 1046, Saint Gilles est donné comme le quatrième lieu de pèlerinage de la chrétienté, après Jérusalem, Rome, et Saint Jacques de Compostelle.

Tous les ordres religieux importants possédaient donc une base à Saint Gilles, relais obligé pour les membres de leur obédience qui s'embarquaient ou  rentraient. Deux grands ordres qui virent le jour en Palestine, les Templiers et les Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem, y fondèrent leur premiers établissements métropolitains.

Comme pour Saint Jacques de Compostelle, il existait un éventail de chemins convergeant de toute la France vers Saint Gilles. Les principaux points de départ étaient Orléans, Rocamadour, Aurillac, Toulouse. Celui qui nous intéresse particulièrement ici est celui dit d'Aurillac. Il menait d'Aurillac à Saint Gilles en passant par la dômerie d'Aubrac et... passe la can de l'Hospitalet. (Texte écrit à partir de csg).

Le chemin d'Aurillac

Cet itinéraire partait d'Aurillac, passait par Carlat, Mur-de-Barrez, Aubrac (qui constituait donc un carrefour de deux des plus grands pèlerinages chrétiens !), Banassac, Chirac, Chanac. A partir de Chanac, j'ai trouvé deux propositions contradictoires.

  • Selon Raymond Oursel (dans "Le grand hôtel de l'Aubrac") l'itinéraire traversait le causse de Sauveterre et descendait dans les gorges du Tarn à Sainte-Énimie, remontait enface sur le causse Méjean qu'il traversait en diagonale, descendait dans la vallée du Tarnon et remontait sur la can. Cette traversée du Tarnon a pu se faire de trois manières différentes (voir ci-dessous)
  • Selon Marcel Girault ("Les chemins de Saint Gilles" p. 268), l'itinéraire monte sur le Causse de Sauveterre mais oblique à l'est et redescend sur Ispagnac, à l'entrée des gorges du Tarn, et suit la rivière jusqu'à Florac, d'où il remonte sur la can, sans doute par la draille de Margeride qui prend pied sur le plateau au col de vache avant de piquer plein sud vers l'Hospitalet.

Les deux tracés possibles se réconcilient à partir du col de Solpérière.

Il suivait ensuite le tracé de la draille en suivant l'actuelle D9 jusqu'à la côte 1028, près de l'aven de Montgros. Puis il piquait droit sur la ferme des Crottes par la route actuelle jusqu'au point 1035, à partir duquel il piquait tout droit vers La Borie (cette portion n'existe plus) et descendait ensuite presque tout droit sur le village du Pompidou. A partir de là deux itinéraires contradictoires sont cités :

  • Saint-Roman de Tousque, col Saint Pierre, descente vers Saint Jean du Gard par Pied de côte, soit l'itinéraire de la draille
  • Descente vers l'Estréchure, les Plantiers, Saint-Jean-du-Gard.

Puis à partir de Saint Jean du Gard : Anduze, Nîmes et enfin Saint Gilles par le tracé de la Régordane. Soit 290 kilomètres d'Aurillac à Saint Gilles.

La traversée du Tarnon

Dans la version d'itinéraire proposée par Raymond Oursel (par le Causse Méjean), trois possibilités sont proposées pour rejoindre la can de l'Hospitalet :

  1. Depuis le hameau de Villeneuve, descente à Vébron par le tracé de l'actuelle route, traversée du pont et remontée directe à l'Hospitalet par le vallon de Broussous
  2. Un peu plus au nord, descente directe sur Racoules et remontée par le vallon de Solpérière (tracé de l'actuelle "cardinale")
  3. Encore plus au nord, descente sur Salgas par un chemin encore bien visible qui trace un grand Z dans le versant, et remontée par le vallon de Solpérière (tracé de l'actuelle "cardinale")

"Bien que fassent à peu près défaut, pour le tronçon reliant l'Hospitalet au Causse Méjean, les informations d'une tradition orale précise, la méthode simpliste qui consiste à relier par une ligne droite continue les deux termes de l'étape, soit l'Hospitalet d'un côté et Sainte Enimie de l'autre, permet de reconstituer aisément le chemin le plus court, donc le plus conforme aux préoccupations de la voirie médiévale. Ce trait passe très exactement par le pont et le hameau de Racoules, l'un des trois points de franchissement du tarnon avec Vébron, et le Mazel en aval." (gha, p.29).  Cette méthode géométrique ferait pencher la balance en faveur de l'itinéraire 2. L'itinéraire 3, lorsqu'on le parcourt à pied aujourd'hui, donne plus envie d'y croire : encore presque entièrement caladé, il franchit les escarpements des dernières falaises en nombreux lacets parfaitement tracés, à coup de murs hauts et bien construits, avec souvent un parapet de grosses pierres verticales. Tout ça donne l'impression que la construction a nécessité une énergie et une intelligence particulière, dépassant peut-être les possibilités de la population locales aux seules fins de permettre le passage des mules et des troupeaux entre le village et l'estive. Raymond Oursel remarque d'ailleurs que de l'autre côté du causse, le chemin qui monte directement du causse sur le plateau au dessus de Sainte-Enimie présente le même type de construction ferrée. Voilà peut-être deux extrémités d'un même chemin ?

L'accueil et la protection des pèlerins et des croisés sur la can

Quelle que soit la variante que l'on retient, l'itinéraire passait par la partie sud de la can, au Col de Solpérière puis à l'Hospitalet. La traversée du plateau était réputée difficile et dangereuse, pour des raisons tant climatiques qu'humaines. Les pèlerins et croisés devaient y être assistés. Bien, qu'à ce jour aucune trace écrite n'en témoigne avec certitude, certains auteurs attribuent la fondation du château de Terre-rouge, situé à un kilomètre au sud du col du Rey, à l'ordre des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem, qui aurait ainsi pu jouer son rôle de surveillance et de défense de l'itinéraire. Quant au hameau de l'Hospitalet, deux kilomètres plus au sud, son rôle d'accueil des pèlerins et croisés ne fait guère de doute.

L'homme qui cherchait des chemins

Texte écrit par Roger Lagrave (lcr, p. 32)

C'est dans le désert du causse Méjean, alors que le soleil se couchait sur le bord de cette planète, que je l'ai rencontré. Dans ce paysage lunaire, où les touristes des Gorges du Tarn ne s'aventurent guère, on aurait pu croire à un extra-terrestre. Mais non! C'était mon homme qui, en veston et cravate de la ville, le bas des pantalons enfoncé dans des bottes de caoutchouc, tel un écrivain sorti par erreur de sa librairie, arpentait avec allégresse ces kilomètres de calcaire blanc, tout chaud encore du soleil de cette journée d'été. Tout à ses mystérieuses recherches, il ne m'avait pas vu et j'eus le loisir de l'observer un long moment. Il allait, montant ou descendant selon le relief peu marqué du plateau, regardait longuement je ne savais quoi, se couchant quelquefois pour repartir derrière la boussole qu'il portait devant lui comme le Saint-Sacrement. Il changeait souvent de directions et semblait pourtant savoir où il allait. Ce manège m'intrigua, bien sûr !

Hâtant mon pas, je contournai une colline de façon à le rencontrer comme par hasard.

- Bonjour Monsieur! me dit-il. Etes-vous de ce pays ?

Je lui répondis que j'étais de la vallée, en bas, mais que je connaissais bien le causse, ce pays en plein ciel, dont j'appréciais les grands espaces, la solitude et où je venais souvent me promener pour oublier les soucis du quotidien et y retrouver les grands «pourquoi» de nos existences.

-Connaissez-vous le chemin de Jérusalem ?

La question avait de quoi surprendre.

-Je connais le chemin de Florac, de Meyrueis, mais... Jérusalem...

Il m'expliqua alors qu'il avait découvert, au cours de ses recherches dans des Archives Départementales, un document faisant la preuve qu'au Moyen-âge certains des pèlerins arrivés à Aubrac où se tenait la grande dômerie hospitalière se dirigeaient de là vers Saint-Gilles, aux abords de la Camargue, où ils s'embarquaient sur les barques templières vers la Palestine et Jérusalem.

Il y avait donc un chemin allant d'Aubrac à Saint-Gilles. Descendant des hauts plateaux, il sautait le Tarn à Sainte-Enimie, grimpait le causse Méjean qu'il traversait en diagonale, puis s'en allait probablement à travers les Cévennes par Salgas et son gué sur le Tarnon, l'Hospitalet, l'Estréchure, Saint-Jean-du-Gard, Anduze. C'est ce chemin que je cherche. Très ancien, oublié depuis l'abandon des pèlerinages et des croisades, effacé par les pluies et le vent, il n'en reste qu'un filigrane à peine visible, visible seulement au soleil levant ou couchant lorsque le soleil éclaire encore, et obliquement, ces espaces dénudés. Ce sont ces traces que je cherche.

Je cherchai avec lui.

Avec les yeux de la foi -et la sienne était grande- il retrouvait en effet, morceau par morceau, le chemin ancien. Nous arrivâmes ainsi sur le rebord du causse, face à la Cam de l'Hospitalet. Il n'y avait plus de doute pour lui puisqu'un chemin bien tracé descendait sous nos yeux la pente du causse, traversait le Tarnon, puis grimpait de l' autre côté vers l'Hospitalet.

Nous nous quittâmes là. Moi, je descendis vers les maisons de la vallée; il alla coucher au gîte du col de Perjuret.

Plusieurs années plus tard, je recevais une longue lettre du chercheur de chemins oubliés. Aidé de documents authentiques -dont il donnait les références- d'explications étymologiques, il y démontrait l'existence d'un chemin de Jérusalem à travers Causses et Cévennes et en dessinait la carte. Il ne me restait plus qu'à suivre ce chemin de l'Aubrac à la Camargue; ce que je fis l'été suivant, revivant avec quelques compagnons l'épopée des Croisés en route vers le tombeau prisonnier.

[...]

Texte écrit par Roger Lagrave (lcr, p. 32)

09/08/2008
25/01/2011
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