Tour du Fromental

L’un des aspects les plus singuliers de cette petite région dans laquelle je vis, c’est cet entremêlement intime de paysages incroyablement diversifiés. Ce qui est devenu un argument publicitaire pour le tourisme (le pays des trois roches) se vérifie à chaque tournant de sentier. Une crête schisteuse acérée laisse soudain place à un plateau calcaire, depuis lequel on aperçoit l’ample moutonnement d’un massif granitique. Pour une fois les créatifs des boites de com’ ont vu juste.

La balade que je vous propose ici illustre parfaitement ce principe. Elle débute en versant nord au creux d’une profonde vallée schisteuse fraîche et humide, émerge au soleil d’un col marneux, paresse sur une douce échine calcaire, puis redescend vers le schiste et les châtaigniers. Le tout en trois heures tranquilles, ce n’est pas cher payé pour un tel dépaysement permanent.

A la Salle Prunet (2 km de Florac sur la N106 en direction d’Alès, prenez la petite route qui monte sur la gauche en direction de La Valette. A la première épingle vers la gauche, partez tout droit sur une piste en direction d’Aubuisson. 1 km après, garez-vous à l’embranchement de la piste d’Aubuisson. Montez à pieds sur la route jusqu’au point côté 671 et prenez à gauche le sentier. Il fait une boucle et se dirige ensuite plein ouest, en une très longue traversée montante au travers des châtaigniers puis de prairies orientées au nord. Après 250 mètres de dénivelé, vous débouchez au Col de la Motte. La vue s’ouvre soudain sur la vallée de la Mimente. Celle-ci est plutôt étroite et austère quand on la parcourt en voiture sur la N106, elle se révèle beaucoup plus large et ensoleillée vue d’en haut ! On est maintenant dans le calcaire, au dessus d’un « ressès », replat de schiste confortable qui a permis la mise en place de belles pâtures.

Et voilà le « fromental ». Posé sur le Ressès, c’est une butte témoin de calcaire, un vieux reste de la période ou les causses, de Cahors à ici, ne formaient qu’un seul ensemble cohérent, pas encore entrecoupé de gorges qui ont depuis 12 millions d’années saucissonné cet espace unique en multiples plateaux séparés. Fromental est un terme qui vient de « froment », le blé. Un fromental est une terre à blé, comme un ségala est une terre à seigle. Mais pourquoi une terre serait-elle plus à blé qu’à seigle, me demanderez-vous ? Hé bien parce que le blé est une céréale plus exigeante que le seigle. Il lui faut des terres plus riches. Le schiste est une roche qui acidifie les sols, les rendant moins aptes au recyclage de la matière organique, et donc plus pauvres. On peut planter du Seigle sur des terrains schisteux, mais pas du blé. Voilà pourquoi cette petite butte calcaire qui coiffe le ressès est intéressante pour les paysans : elle permet de cultiver un peu de blé au cœur des Cévennes schisteuses ! Ce qui est la norme à quelques kilomètres à l’ouest, sur le Causse Méjean, est ici une rareté précieuse. Enfin… était, car de blé, on n’en trouve plus guère sur ce fromental. D’autres difficultés ont eu raison de lui : accessibilité compliquée, faible surface disponible, épaisseur relativement faible des sols. Bref, ici on a préféré passer à autre chose. Mais le souvenir perdure, et le nom dans la toponymie locale.

Faites un tour vers le sud, contemplez les « serres », ces arêtes schisteuses à l’aspect fracassé qui surplombent la lointaine vallée de la Mimente, et puis je vous conseille de contourner le Fromental par le sud (une veille piste court par là) et d’y monter au niveau d’un col peu marqué qui sépare deux sommets.

Le col du Fromental

Vous y ferez une belle découverte. Un habitant de la Grand-ville y a érigé plusieurs cairns très esthétiques, que je ressens à mi chemin du land-art et de la communion spirituelle avec le lieu. S’il lit ces pages, il m’en dira peut-être plus ?

En franchissant la porte…

Continuez votre cheminement vers l’ouest jusqu’à redescendre à l’extrémité du fromental. Vous revoilà sur le ressès, et donc sur le schiste. Au bord de la piste, une magnifique prairie part en pente douce vers l’est.

Une prairie remarquable !

Laissez vous descendre jusqu’à la lisière de la forêt et engagez-vous sur une arête de schiste de plus en plus effilée. A plusieurs reprises, des barres rocheuses infranchissables obligent à se déporter assez loin sur le versant nord (côté forêt), il faut tracer un peu son itinéraire au jugé.

Aubuisson apparait bientôt au loin. C’est une propriété privée, je vous conseille de la contourner par le nord, et de redescendre par la piste qui vous ramènera à votre voiture.

Aperçue depuis le rebord de la can de Balazuègne, de l’autre côté de la Mimente, voici l’arête schisteuse que vous aurez à descendre, de la droite vers la gauche. Aubuisson est invisible, juste en dehors de la photo à gauche. Vu comme ça a l’air d’être de l’escalade, mais si vous vous maintenez plutôt de l’autre côté, dans les arbres, ça ira, vous verrez. Au premier plan de la photo, le hameau de Ventajols.

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