Quizz dans une cuisine cévenole

Regardez-bien la photo ci-dessus, et essayez de déterminer de quoi il s’agit. Si vous n’êtes pas sûr(e) de vous, cliquez dessus pour la voir en plus grand… Alors ? S’agit-il de la navette challenger qui explose sur fonds de ciel étoilé, avec ses volutes de fumées blanches enturbannées ? Point !

Pour vous aider, la seconde photo vous fournit un autre indice photographique. Ah, on retrouve le ciel étoilé, mais pas les volutes enturbannées. S’agit-il d’un son et lumière nocturne sous une des arches du Pont de L’Alma enveloppée de tissus par Christo ? Vous n’y êtes absolument pas.

Et cette troisième photo : une amibe étendant des ramifications vers une structure organo-minérale pour la boulotter dans le silence ? Mais non !

Un dernier indice : ces trois vues sont extraites d’une scène de la vie quotidienne dans une cuisine cévenole… Alors, ça vient ?

Allez, prenons un peu de recul avec la quatrième photo, et découvrons la solution de l’énigme.  A ma droite, un bouquet de « cheveux d’ange », une fleur gracile et délicieuse qui pousse sur le causse au printemps, et que Brunelle, 8 ans, a ramassés avec délice au cours d’une promenade. A ma gauche, accrochée au sommet de la fenêtre, une vieille toile d’araignée quasi-sèche qui traîne là depuis des mois et qu’aucun d’entre nous ne se décide à aspirer… Au pieds du bouquet, un pot de basilic attendant d’être progressivement déplumé pour enrichir les plats du soir… En arrière-plan, sur la vitre, des milliers de chiures de mouches, brillant comme autant d’étoiles éclairées par le premier rayon de soleil du matin.

Approchons nous encore de la table visible au premier plan. Sur la cinquième photo on constate que la surface de châtaignier s’avère assemblée à partir d’éléments de parquet de rebut, issus d’un mauvais calcul de surface lors de l’aménagement de la pièce d’à côté. Entre les lattes mal jointes, la crasse ordinaire d’une vie ménagère s’est accumulée, témoignant à qui aurait l’envie et la volonté d’en faire un examen poussé la composition des menus des semaines précédentes. Parfois les enfants s’amusent à en extirper une sorte de pâte sombre à l’aide de leurs fourchettes qu’ils réutilisent ensuite sans états d’âmes pour finir leurs pâtes. Ce matin, dans un mouvement trop brusque, la cafetière a laissé échapper un petit raz de marée brûlant qui est venu s’écraser par dessus l’ensemble.

C’est une cuisine cévenole. Elle est mal tenue, c’est à dire qu’elle n’est pas briquée en permanence. Par voie de conséquence, la nature y prend largement ses droits. Les murs enduit de chaux perdent leur sable qui s’éparpille jour après jour sur le plan de travail. L’exploitation ovine toute proche rend l’air bruissant de mouches qui viennent se coller par dizaines, puis par centaines, aux tortillons enduits de glue que les enfants contemplent éperdument des heures durant en écoutant les bruissements d’agonie qui vont s’amenuisant. Des grattements se font souvent entendre dans les bas-fonds des placards, révélant une vie rongeuse intense et permanente. Les chats ne connaissent pas de répit, et il n’est pas rare de découvrir de petites masses sanguinolentes et encore pleines de soubresauts sur le pas de la porte.

C’est un peu de tout ça, une cuisine cévenole. Des fois, je me prends à rêver de surfaces en formica blanc, propres et nettes, et d’une peinture murale brillante, sur laquelle je pourrais simplement passer l’éponge pour retrouver la pureté originelle. Mais bon… je vis là, et dans le contrat j’ai accepté tout ça aussi… Et puis… finalement… à bien y regarder, il y a des aspects jolis… Pour que vous en soyez bien sûrs, je vous livre la dernière photo, celle que je préfère…

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