Boucle au Buet, une balade pour se mettre en forme

Le Buet, avec ses 3086 mètres, ne peut pas être classé dans la catégorie « Haute montagne ». La voie normale ne nécessite pas d’utiliser les mains, et pour peu qu’on n’y monte pas trop tôt en saison, aucun équipement d’alpinisme n’y est nécessaire. Mais il peut constituer une excellente balade de mise en forme et d’acclimatation à l’altitude avant d’aller se frotter à des sommets plus élevés. C’est dans cet esprit que je l’ai abordé, avant de partir vers le Mont Rose, et je ne l’ai pas regretté.

J’entendais parler de ce sommet depuis des décennies, depuis que j’étais tout petit en fait, sans trop comprendre pourquoi il était si populaire. En y allant, j’ai compris. Il constitue l’un des plus fabuleux belvédères qui soient pour contempler le massif du Mont-Blanc. Plus impressionnant encore que depuis les aiguilles rouges, précisément parce que, dépassant ces mêmes aiguilles de quelques dizaines de mètres, il permet d’embrasser dans le même regard le boss et ce magnifique massif secondaire. De là haut, en particulier, vous pourrez détailler la plupart des vallées secondaires et des glaciers du nord du massif du Mont-Blanc : Argentière, Tour, Trient… de quoi préparer de visu vos balades des jours suivants.

Le Buet a également vu s’écrire sur ses flancs les prémices de l’alpinisme : De Saussure s’y est aventuré avant de se lancer à l’assaut du toit de l’Europe ! Depuis, il est considéré, à juste titre à mon avis, comme un « Grand » petit sommet, à tel point qu’on l’appelle « Le Mont Blanc des Dames ». Il y a sur ces pentes un petit parfin de mythologie alpine, bien agréable et attirant.

Autre fait surprenant, l’enneigement est important vu l’altitude modeste, sur le versant sud autant que dans les combes nord-ouest et sur l’arête nord. Il sera souvent nécessaire de traverser des névés, jusque très tard dans la saison. Un bon point de plus pour l’ambiance « haute montagne ».

Pour toutes ces raisons très valables, le Buet est fréquenté à l’extrême, c’est peu de le dire. Par beau temps la voie normale ressemble à une procession religieuse. Faire l’aller-retour par cet itinéraire est donc carrément dommage, sachant que plusieurs « portes de derrière » magnifiques et quasiment désertes permettent d’accéder au sommet en toute tranquillité. Pour ma part j’ai choisi de monter par le val de Tré-les-eaux, et de redescendre par cette fameuse voie normale si courue.

Je vous suggère de parcourir cette boucle en 2 jours, avec la tente. Si vous arrivez de la vie citadine, cela  vous permettra de faire la coupure en douceur en divisant l’effort par deux, et de vous reposer un peu avant de passer à des choses plus sérieuses. Cela vous permettra également de passer une première nuit à plus de 2600 mètres, premier pas non négligeable dans votre acclimatation à l’altitude.

L’itinéraire

La boucle que je vous propose prend son départ précisément au minuscule lieu-dit « Le Buet », en versant nord du col des Montets. Il y a là un arrêt de la ligne de train qui relie Chamonix à la Suisse, vous pourrez donc vous passer de véhicule.

Plusieurs itinéraires sont possibles pour rejoindre le val de Tré-les-eaux, par la cascade de Bérard ou la côte du Nant, vous ferez votre choix avec la carte. La remontée du vallon de Tré-les-eaux est sans histoire, parfois légèrement escarpée mais sans plus.

A partir du lac (côte 2259), j’ai constaté une distorsion entre la carte et le terrain. Au lieu de passer en rive droite d’un ravin, comme indiqué sur la carte, le sentier le plus évident reste en rive gauche. On traverse une zone très rocheuse entrecoupée de trous à neige assez fréquents, et on débouche finalement au « Col des corbeaux ». Là encore la carte n’est pas explicite : sur le terrain le col des corbeaux est situé à droite d’une excroissance rocheuse, au plus près du lac vert (un panneau l’indique comme tel), alors que la carte indique ce col à gauche de l’excroissance en question. Mais passons… Les environs du col présentent de magnifiques spots pour camper, par exemple sur de beaux replats sous le point côté 2602.

L’ensemble de la montée, au pas tranquille du randonneur un peu chargé et pas encore très en forme, pourra prendre 4 à 5 heures (1300 mètres de dénivelé). Je vous suggère de vous poser par là.

Le lendemain, il va s’agir de suivre la très longue arête qui mène au sommet. Elle démarre par un premier tronçon orienté nord-ouest qui rejoint le « col du vieux » (2572 m). Ce tronçon présente un passage un peu délicat au franchissement (par la gauche) de la « pointe à corbeau ». Les pentes y sont parfois raides, le sol instable, et les traces peu présentes, voire invisibles. Il n’y a pas grand monde qui passe par là, c’est certain. Si vous n’avez pas encore le pied très sûr, faites plutôt un large détour, depuis le col du Corbeau, par le col de la terrasse, puis une descente plein nord qui permet de rejoindre un très bon sentier qui traverse loin sous l’arête jusqu’au même col vieux.

La montée vers le sommet Nord-est du « Cheval Blanc » est relativement facile. Les quelques barres rocheuses situées sous le sommet peuvent impressionner un peu vues d’en bas mais elles sont très raisonnables, et équipées de quelques câbles dans les sections les plus raides. Que du plaisir.

A partir de là, cap au sud-est par une très longue et très vaste arête. Croupe large, sol tout de pierres, on s’y croirait un peu sur la lune. Le contournement par la gauche de la pointe du Genévrier se fait souvent dans la neige.

A partir du col (2808 m), la pente se redresse fortement en un éperon impressionnant (et vaguement inquiétant) de loin,  mais qui s’adoucit au fur et à mesure que l’on en approche. Son franchissement se fait finalement sans problème, là encore des câbles facilitent les choses dans les passages un peu raides. Au sommet du ressaut, une dernière arête plein sud permet de rejoindre le Buet.

Du col des corbeaux au Buet, je vous suggère de compter 3 heures au moins, il y a de la distance, et l’on se plait aussi à flâner un peu sur l’itinéraire, vraiment très agréable, singulier et diversifié.

Au sommet du Buet, vous retrouverez la foule, un chemin très bien tracé et balisé, que j’ai trouvé assez peu intéressant. Je me demande bien pourquoi il y a si peu de monde sur cette arête nord ?