Les Cévennes, c’est quoi, c’est où ?

Il se dit que si tous les français connaissent le nom de « Cévenne », c’est parce qu’il est quasiment prononcé tous les jours à la météo. Je me rappelle très bien en effet, lorsque j’étais encore petit garçon normand, l’avoir souvent entendu à France Inter, juste avant le jeu des Mille Francs, le samedi, en rentrant joyeusement de l’école pour la dernière fois de la semaine. Cette attention des météorologues s’explique simplement : ce petit pays est situé au confluent de deux zones d’influence climatique antagonistes (méditerranéenne et océanique), dont la proximité engendre des phénomènes météorologiques remarquables. Il en est question ailleurs dans ce site.

Tout le monde connaît donc le nom, qui fleure bon le maquis, le sud, le retour à la terre et que sais-je encore… mais personne ne sait très exactement où c’est, et même ceux qui y vivent ne sont pas d’accord sur leurs limites.

Pourquoi ?

Parce qu’il en a été inventé plein de définitions, basées sur des critères de nature différente. Croyez le ou non, il existe des Cévennes géologiques, des Cévennes géomorphologiques, des Cévennes culturelles, des Cévennes religieuses, des Cévennes historiques, des Cévennes climatiques bien sûr, des Cévennes sociologiques, et même des Cévennes littéraires. Et j’en oublie certainement. Et d’autres types apparaîtront bientôt, à n’en pas douter.

Une seconde raison complique encore le problème. La cévénolité (néologisme inventé à l’instant par votre serviteur) semble en effet constituer une qualité qui vous hisse très haut dans la hiérarchie des peuples français. Dans l’imaginaire français, un cévenol, c’est un peu comme un corse ou un basque : un personnage haut en couleurs, fort de caractère, typique (de quoi ?), en tout cas à part du troupeau des gens ordinaires. Pourquoi ? Je ne sais pas. Sans doute parce que le terme de « Cévennes » véhicule des images très fortes en terme d’Histoire (les camisards, la résistance, etc…), de paysages forts (les gorges du Tarn, les crêtes schisteuses, le granite du Mont Lozère…), de gastronomie (la châtaigne, le pélardon, les champignons…), de climatologie (les fameux « épisodes cévenols ») et bien sûr de culture et de religion (les protestants).

S’affirmer comme cévenol permet de se revendiquer de cet héritage très remarquable. Voilà qui est intéressant. Conséquence directe : au sein d’une vaste et indéfinissable zone du sud-est de la France, tout le monde veut en être ! On peut lire la mention « cévenol » sur le fronton de magasins (genre « A la brocante cévenole », « Les caves cévenoles », « Pompes funèbres cévenoles »…) depuis Aubenas en Ardèche jusqu’au Vigan dans le Gard en passant par Marvejols au nord de la Lozère… Pour un peu, toute la France serait cévenole !

Toute tentative de définition des Cévennes est donc, par nature, vouée à l’échec, car elle déplaira forcément à ceux qui en seront exclus, à ceux qui en feront partie mais trouveront qu’elle intègre des zones qui ne le méritent pas. On marche donc sur des œufs !

Et pourtant, reconnaissez-le, il n’est pas raisonnable de consacrer un site aux Cévennes sans se la poser, cette question. Et je ne voudrais pas me priver d’apporter comme tout le monde ma pierre à l’édifice ! Je vais donc me lancer, mais pour ne fâcher personne, je vais essayer d’en donner plusieurs définitions, plusieurs contours. L’honnêteté intellectuelle m’oblige à préciser que parmi celles-ci, certaines dénominations et délimitations sont communément reconnues aujourd’hui, alors que d’autres résultent d’interprétations strictement personnelles, ou faisant appel à un mauvais esprit flagrant.

La minuscule « Cévenne des Cévennes »

Pour certains puristes, les seules « vraies de vraies » Cévennes constituent un territoire très restreint, limité aux trois grandes vallées schisteuses qui descendent de la ligne de crête joignant le somment appelé « Signal du Ventalon » (au dessus du col de Jalcreste) à l’Aigoual, en passant par le plan de Fontmort, Barre des Cévennes, la can de l’Hospitalet. Ces trois vallées s’appellent, du nord au sud :

  • La vallée longue. Elle abrite entre autre les villages de Saint-Frézal-de-Ventalon, Saint-Martin-de-Boubaux, Saint-Privat-de-Vallongue (du nom de la vallée).
  • La vallée française, qui abrite entre autre Saint-Martin-de-Lansuscle, Sainte Croix vallée française, Saint Etienne vallée française…
  • La vallée borgne, au fond de laquelle se trouve Saint-André-de-Valborgne.

Ce petit territoire, presque intégralement situé dans le département de la Lozère, est très homogène d’un point de vue paysager, humain et culturel. Entièrement creusé dans le schiste, c’est un pays très escarpé, présentant un fouillis inextricable de vallées secondaires, de petits cols menant à des endroits perdus… L’homme y est rare, regroupé en hameaux minuscules isolés sur de versants couvert de châtaigniers et de chênes verts (on est en climat méditerranéen), strié de bancels (les terrasses agricoles). On est là dans « la Cévenne des Cévennes », comme disait (paix à son âme) le conteur cévenol Jean-Pierre Chabrol. C’est une Cévenne de légende, de littérature, de pureté.

Schiste, châtaignier, protestantisme

La Cévenne des Cévennes présentant ces trois caractéristiques de manière indéniable, toutes les zones alentour pouvant elles aussi les revendiquer se sont empressés de s’auto-dénommer « Cévennes » à leur tour. Ce qui n’est pas absurde, car le cumul de ces caractéristiques géologique, culturale et culturelle confert en effet à ces territoires une très grande ressemblance avec la zone-mère, tout en ouvrant largement la surface disponible à de nouvelles régions candidates : la vallée du Tarnon, (Vébron, Rousses…), de la Mimente (Saint Julien d’Arpaon), la Capcèze, la vallée de Valleraugue…

Les grandes Cévennes

Il en fallait plus pour contenter tous les amateurs de Cévennes, qui furent bientôt redéfinies comme « les contreforts sud-est du massif central ». Elles purent ainsi considérablement gagner en surface, empiétant largement sur les départements voisins, l’Ardèche et le Gard, mélangeant allègrement le schiste des origines avec le calcaire des garrigues et le granite de l’Aigoual et du mont-Lozère, faisant cohabiter protestants et catholiques. Cette zone hétéroclite du point de vue de la géologie conserve cependant une certaine homogénéité paysagère : partout on y retrouve les vallées profondes, les versants escarpés couvert d’une végétation dense, opaque au promeneur qui ne sait pas y détecter les chemins.

Les très grandes Cévennes

Mais il fût fait encore plus fort. On avait étendu les Cévennes vers le sud et le nord, pourquoi l’est et l’ouest en resteraient-il écartés ? Dans leur appellation d’aujourd’hui les Cévennes ont donc parfois englobé des nouveaux territoires d’aspects radicalement différents : une partie des grands Causses (Méjean, Sauveterre) d’un côté, et de vastes portions de plaine de l’autre.

L’ensemble représente un territoire très vaste (100 km x 100 km) et surtout très hétérogène paysagèrement et culturellement. Les immensités presque plates et dénudées des causses sont peuplées de moutons et de catholiques, les autres immensités moutonnées et glaciales du Mont Lozère sont peuplés de protestants et de vaches laitières, les chaudes vallées cévenoles sont peuplées de chèvres, de protestants, de néo-ruraux et de châtaigniers. Quant aux gorges du Tarn, elles sont presque uniquement peuplées de touristes entre le 15 juillet et le 15 août.

Mes Cévennes à moi

Pour s’y retrouver dans ce dédale de définition, il n’est d’autre solution que d’inventer la sienne, de fixer ses propres limites. J’invite chacun à le faire. Mes Cévennes à moi, très humblement, constituent un territoire qui est tout simplement centré sur l’endroit où j’habite. Elles englobent les 3 vallées historiques (qui débutent à 3 kilomètres d’ici), le Mont-Lozère, le Causse Méjean (qui me présente sa face sombre de l’autre côté de la vallée), et le Mont-Aigoual, dont j’aperçois les 2 tours jumelles dépasser de la crête d’en face lorsque je monte sur mon toit.

Le tout forme un espace patatoïde d’environ 30 km de diamètre autour de mon nombril. C’est mon univers habituel, celui que je parcours régulièrement pour des raisons personnelles ou professionnelles.

Au delà commence le reste du monde.

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