
{"id":712,"date":"2021-11-28T12:57:38","date_gmt":"2021-11-28T12:57:38","guid":{"rendered":"http:\/\/reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/?p=712"},"modified":"2021-11-28T12:57:40","modified_gmt":"2021-11-28T12:57:40","slug":"les-dangers-de-la-haute-montagne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/les-dangers-de-la-haute-montagne\/","title":{"rendered":"Les dangers de la haute montagne"},"content":{"rendered":"\n<p>In\u00e9vitablement, lorsqu&rsquo;on est fr\u00e9quemment en haute montagne, il advient des situations limite, des incidents, des \u00ab\u00a0gal\u00e8res\u00a0\u00bb, voire des accidents. Dans cette rubrique je tente d&rsquo;identifier les dangers potentiels auxquels on peut \u00eatre confront\u00e9s, puis j&rsquo;essaie d&rsquo;apporter des conseils de comportements et de gestes techniques pour se sortir au mieux des situations probl\u00e9matiques, lorsque c&rsquo;est possible.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici une hi\u00e9rarchisation tr\u00e8s personnelle de ces dangers :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Tomber dans une crevasse. Le risque n\u00b01 en itin\u00e9raire glaciaire&#8230; m\u00eame en terrain tr\u00e8s facile.<\/li><li>D\u00e9visser (d&rsquo;une face rocheuse ou glaciaire, d&rsquo;une ar\u00eate&#8230;). On y pense tous&#8230; on essaie de retarder le moment&#8230; mais \u00e7a arrive.<\/li><li>Les chutes de pierre. A partir de ce troisi\u00e8me risque, c&rsquo;est la montagne elle-m\u00eame qui vous envoie des objets\u00a0 (pierre, neige, glace&#8230;) sur le coin de la figure.<\/li><li>Les avalanches. Voil\u00e0 un risque mythique de la haute-montagne.<\/li><li>Les corniches. Souvent fragiles, elles peuvent s&rsquo;\u00e9crouler \u00e0 notre passage&#8230; ou nous tomber dessus !<\/li><li>Les plaques \u00e0 vent. Myst\u00e9rieuses, souvent invisibles \u00e0 l\u2019\u0153il nu&#8230; Une des dangers que je crains le plus&#8230; mais<\/li><li>Les chutes de s\u00e9rac. La montagne dans toute sa puissance destructrice.<\/li><li>Le mauvais temps. Mon inqui\u00e9tudes principales en haute montagne.<\/li><li>Le mal de l&rsquo;altitude, qui peut \u00eatre dangereux indirectement (il diminue fortement les ressources physiques et mentales) et directement (il peut causer de graves dommages dans les cas extr\u00eames).<\/li><li>Le froid<\/li><\/ul>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Tomber dans une crevasse<\/h2>\n\n\n\n<p>Ce vaste sujet, \u00e0 mon go\u00fbt, m\u00e9rite une <a href=\"http:\/\/reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/index.php\/les-crevasses\/\">page \u00e0 part<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">D\u00e9visser<\/h2>\n\n\n\n<p>Par d\u00e9finition, en haute montagne on progresse souvent sur un terrain raide (une face rocheuse ou glaciaire), escarp\u00e9 (une ar\u00eate a\u00e9rienne), instable (\u00e9boulis&#8230;) ou glissant (roche nue et lisse&#8230;). Le risque de glisser, de perdre l&rsquo;\u00e9quilibre et de d\u00e9visser est donc souvent bien r\u00e9el.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_41.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption> Dans les pentes de glace <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Eviter la chute<\/h3>\n\n\n\n<p>Id\u00e9alement, il faut privil\u00e9gier la pr\u00e9vention :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Ne s&rsquo;engager dans un passage expos\u00e9 que si l&rsquo;on estime avoir les capacit\u00e9s \u00e0 en surmonter la difficult\u00e9 technique et \u00e0 se prot\u00e9ger raisonnablement du risque potentiel.<\/li><li>Si on estime le risque de chute \u00e9lev\u00e9, poser un dispositif d&rsquo;assurance, voire d&rsquo;aide \u00e0 la progression.<\/li><li>Il est \u00e9galement possible, en cas de passage trop raide, de treuiller les sacs \u00e0 dos pour pouvoir \u00eatre ensuite plus l\u00e9ger et plus mobile.<\/li><li><\/li><\/ul>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">G\u00e9rer la chute<\/h3>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est une chose que d&rsquo;\u00e9num\u00e9rer ces possibilit\u00e9s, mais tout alpiniste qui prend un tant soit peu ses responsabilit\u00e9s a v\u00e9cu d&rsquo;innombrables fois cette situation classique et redout\u00e9e : se retrouver en difficult\u00e9 dans un passage qui pose plus de probl\u00e8mes que ce qu&rsquo;il avait sembl\u00e9 de loin&#8230; La chute est donc un \u00e9v\u00e9nement auquel il est tr\u00e8s probable d&rsquo;\u00eatre confront\u00e9 plusieurs fois au cours d&rsquo;une vie d&rsquo;alpiniste. La personne qui tombe ne peut h\u00e9las g\u00e9n\u00e9ralement rien faire de particulier pour arranger sa situation : tout va tr\u00e8s vite et met en jeu des forces qui la d\u00e9passent. Les cons\u00e9quences de la chute d\u00e9pendront donc essentiellement de la qualit\u00e9 de l&rsquo;assurance, c&rsquo;est \u00e0 dire :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>le type d&rsquo;encordement, qui doit \u00eatre adapt\u00e9 au terrain sur le quel on se trouve (lisez la page <a href=\"http:\/\/reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/index.php\/encordement-assurance\/\">l&rsquo;encordement<\/a>)<\/li><li>le mode de progression, qui doit lui aussi \u00eatre adapt\u00e9. Jetez un coup d&rsquo;oeil \u00e0 la page&nbsp; <a href=\"http:\/\/reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/index.php\/la-progression\/\">progression<\/a>, qui d\u00e9taille les attitudes \u00e0 adopter sur diff\u00e9rents terrains.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Apr\u00e8s la chute<\/h3>\n\n\n\n<p>Si la chute a \u00e9t\u00e9 correctement enray\u00e9e les choses en resteront peut-\u00eatre l\u00e0. Si ce n&rsquo;est pas le cas, \u00e0 priori il y aura un bless\u00e9. Les co\u00e9quipiers devront&nbsp; traiter le bless\u00e9 selon son \u00e9tat.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les chutes de pierres<\/h2>\n\n\n\n<p>Ce bruit sourd est rest\u00e9 coll\u00e9 \u00e0 mon oreille effray\u00e9e par del\u00e0 les ann\u00e9es. Je marchais tranquillement sur un n\u00e9v\u00e9 horizontal au pied d&rsquo;une barre rocheuse dont j&rsquo;ai oubli\u00e9 le nom et la localisation, mais la sc\u00e8ne pourrait se passer n&rsquo;importe o\u00f9. La neige bien transform\u00e9e portait de mani\u00e8re agr\u00e9able, une belle trace permettait de n&rsquo;avoir m\u00eame pas \u00e0 se pr\u00e9occuper de l&rsquo;itin\u00e9raire. Nous \u00e9tions donc tous perdus dans nos r\u00eaves, regard tourn\u00e9 ver le sol.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans un avertissement, une pierre de la taille et \u00e0 peu pr\u00e8s de la forme d&rsquo;un ballon de rugby est venue s&rsquo;encastrer dans la neige, sur la trace, un m\u00e8tre devant moi. Elle n&rsquo;a pas rebondi, pas bascul\u00e9&#8230; elle s&rsquo;est simplement plant\u00e9e l\u00e0, sans plus bouger, envoyant une gerbe circulaire de neige mouill\u00e9e voler tout autour.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me suis arr\u00eat\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 un exemple de \u00ab\u00a0chute de pierre\u00a0\u00bb contre lequel il n&rsquo;y a pas grand chose \u00e0 faire : pas de signe pr\u00e9liminaire, pas de temps de r\u00e9action possible&#8230; elle tombe sur ta t\u00eate qui explose, ou elle tombe ailleurs. C&rsquo;est le hasard qui fait les choses, souvent bien, heureusement.<\/p>\n\n\n\n<p>La plupart du temps, la sc\u00e8ne se d\u00e9roule diff\u00e9remment. Des cliquetis et des craquements se font entendre, quelque part au dessus de votre t\u00eate. Un rapide coup d&rsquo;oeil vous apprend que des petits cailloux rebondissent de paroi en paroi, assez loin au dessus. De petits nuages de fum\u00e9e naissent de chaque impact&#8230; et puis, une fraction de seconde plus tard, des pierres de plus gros calibre \u00e9mergent du sommet de la barre rocheuse, et c&rsquo;est une cavalerie en marche qui se pr\u00e9cipite sur vous&#8230;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Essayer&#8230; d&rsquo;\u00e9viter les chutes de pierre !<\/h3>\n\n\n\n<p>Les sp\u00e9cialistes classent les chutes de pierre dans les \u00ab\u00a0risques objectifs\u00a0\u00bb, ce qui signifie qu&rsquo;\u00e0 priori on ne peut pas y faire grand-chose : ils existent ind\u00e9pendamment de notre comp\u00e9tence.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut comprendre que la chute de pierre est quelque chose de naturel et de fr\u00e9quent en montagne d\u00e8s lors que l&rsquo;on passe sous une paroi rocheuse ou une pente un peu raide. L&rsquo;action m\u00e9lang\u00e9e du gel et du d\u00e9gel a une action particuli\u00e8rement destructrice sur tous les types de roche et la montagne se purge sans cesse de tout ce qui ne tient pas bien. Il faut donc imp\u00e9rativement se familiariser avec ce risque, savoir l&rsquo;anticiper, savoir y r\u00e9agir.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re chose \u00e0 faire est d&rsquo;\u00e9viter au maximum de passer du temps dans les endroits les plus expos\u00e9s, comme :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Les parois m\u00e9langeant pierre et glace : d\u00e8s que la temp\u00e9rature passe au d\u00e9gel, la glace fond et lib\u00e8re des pierres.<\/li><li>Les couloirs rocheux ou glaciaires. Leur forme a tendance \u00e0 concentrer en un espace relativement \u00e9troit les pierres qui se d\u00e9crochent dans une vaste portion de paroi.&nbsp; Il faut toujours chercher \u00e0 y rester le moins longtemps possible, et si possible aux heures tr\u00e8s froides de la fin de nuit ou du petit matin<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Si on est oblig\u00e9s de passer dans ce type d&rsquo;endroit, h\u00e9 bien&#8230; on essaie de courir. Inversement, les ar\u00eates et bomb\u00e9s, m\u00eame en terrain tr\u00e8s inclin\u00e9, sont peu expos\u00e9s aux chutes de pierres, on peut y faire la pause sans trop de risque.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, quelques indices permettent de d\u00e9tecter \u00e0 distance les endroits expos\u00e9s :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Sur rocher, la pr\u00e9sence au sol d&rsquo;un \u00e9boulis \u00ab\u00a0non fix\u00e9\u00a0\u00bb : les pierres sont \u00ab\u00a0fra\u00eeches\u00a0\u00bb, mobiles, sans v\u00e9g\u00e9tation&#8230; signe que \u00e7a tombe souvent<\/li><li>Sur glacier ou n\u00e9v\u00e9, la pr\u00e9sence de nombreuses pierres enfonc\u00e9es dans la neige donne la m\u00eame indication&#8230; passer au large.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Affronter plut\u00f4t que fuir<\/h3>\n\n\n\n<p>Tout \u00e7a va tr\u00e8s vite, alors ce n&rsquo;est pas le moment de r\u00e9fl\u00e9chir des heures. Je ne vous donnerai pas ici de conseils longs et complexes que vous n&rsquo;auriez pas le temps de mettre en \u0153uvre (et que, d&rsquo;ailleurs, je ne connais pas !). Des dizaines de fois ou je suis pass\u00e9 au travers d&rsquo;un tel \u00e9v\u00e9nement, je retiens une seule chose : mieux vaut <b>affronter<\/b> que <b>fuir<\/b>.<\/p>\n\n\n\n<p>Fuir, \u00e7a veut dire se mettre \u00e0 courir (quand on peut). C&rsquo;est une r\u00e9action naturelle, instinctive. Mais d&rsquo;abord ce n&rsquo;est pas toujours possible : on peut \u00eatre dans un terrain trop technique, ou encord\u00e9s trop courts pour avoir la moindre libert\u00e9 de mouvement&#8230; Et puis, \u00e7a ne permet pas de garder un \u0153il sur l&rsquo;ennemi, \u00e0 savoir la (et g\u00e9n\u00e9ralement les) pierre(s) qui tombent. On peut venir se placer exactement dans la trajectoire de celle que le destin d\u00e9cide alors, gr\u00e2ce \u00e0 v\u00f4tre aide, de vous destiner.<\/p>\n\n\n\n<p>A moins que la chute de pierre soit d&rsquo;une densit\u00e9 terrifiante (auquel cas je ne peux rien pour vous), les pierres qui passeront \u00e0 proximit\u00e9 imm\u00e9diate de vous seront s\u00e9par\u00e9es de quelques fractions de secondes. Ca peut para\u00eetre court, dit comme \u00e7a, mais si vous \u00eates concentr\u00e9, bien plac\u00e9, vous aurez un certain temps pour r\u00e9agir, d\u00e9placer votre corps d&rsquo;une courte distance, qui permettra \u00e0 la pierre de passer au large, puis d&rsquo;attendre la suivante.<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9sum\u00e9 donc : aux premiers bruits suspects, tournez vous face au danger, observez le plus calmement possible ce qui se passe, rep\u00e9rez la ou les pierres qui vont passer pr\u00e8s de vous, et&#8230; fa\u00eetes de votre mieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Bonne chance.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les avalanches<\/h2>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 un risque mythique de la haute-montagne, sur lequel je ne peux pourtant pas dire grand chose car je n&rsquo;ai jamais \u00e9t\u00e9 confront\u00e9 personnellement \u00e0 des avalanches d&rsquo;importance, tout au plus des coul\u00e9es de petites dimensions auxquelles il m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 assez facile de r\u00e9sister.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">\u00c9viter les zones avalancheuses<\/h3>\n\n\n\n<p>Un alpiniste autonome serait, dans l&rsquo;id\u00e9al, cens\u00e9 savoir reconna\u00eetre au premier coup d&rsquo;oeil la combe avalancheuse et passer ailleurs ou renoncer&#8230; Facile \u00e0 dire, mais souvent moins facile \u00e0 faire, parce que ce n&rsquo;est pas toujours possible de passer ailleurs ou de faire demi-tour, ou parce qu&rsquo;on n&rsquo;est jamais totalement certain de savoir comment telle zone de neige va se comporter, m\u00eame apr\u00e8s 20 ans de pratique&#8230; Et puis, il y a toujours cette tendance \u00e0 se dire en son for int\u00e9rieur \u00ab\u00a0Bah, je ne peux pas croire que je risque vraiment quelque chose&#8230;\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a cependant au moins un petits trucs facile \u00e0 appliquer en cas de doute : il s&rsquo;agit de toujours privil\u00e9gier les itin\u00e9raires d&rsquo;ar\u00eates, de lignes sur\u00e9lev\u00e9es, par rapport aux endroits qui vont naturellement attirer une \u00e9ventuelle avalanche par gravit\u00e9. Question de bon sens !<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9agir dans l&rsquo;avalanche<\/h3>\n\n\n\n<p>De mon exp\u00e9rience des petites coul\u00e9es, je ne peux que d\u00e9duire une chose : ce qui emporte, c&rsquo;est l&rsquo;accumulation rapide d&rsquo;une grande quantit\u00e9 de neige entre le corps et la pente. Pour minimiser cette force et avoir une chance de r\u00e9sister, il faut donc s&rsquo;arranger pour que la neige passe <b>au dessus<\/b> du corps, sans s&rsquo;arr\u00eater. Comme face \u00e0 une vague trop grosse qui va nous ballotter en tous sens, il faut plonger dessous, se coller \u00e0 la pente, s&rsquo;allonger, se faire tout plat&#8230; tout en prot\u00e9geant sa bouche et son nez. C&rsquo;est en fait, m&rsquo;a-t-il \u00e0 chaque fois sembl\u00e9, assez instinctif. On sens une pression qui grossit, grossit, essaie de nous arracher \u00e0 la pente&#8230; puis qui diminue, diminue&#8230; et finit par dispara\u00eetre totalement. On se redresse, on s&rsquo;\u00e9broue, envoyant voler au loin des gerbes de neige&#8230; c&rsquo;est fini !<\/p>\n\n\n\n<p>Le probl\u00e8me est, para\u00eet-il, nettement diff\u00e9rent lorsque l&rsquo;on est confront\u00e9s \u00e0 de grosses coul\u00e9es. Les risques sont alors d&rsquo;\u00eatre \u00e9cras\u00e9, emport\u00e9, totalement enfoui sous une grande \u00e9paisseur, \u00e9touff\u00e9&#8230; Je ne peux pas en parler. Si quelqu&rsquo;un a des t\u00e9moignages ou des tuyaux pour ce genre de situation, je suis preneur.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Sortir quelqu&rsquo;un d&rsquo;une avalanche<\/h3>\n\n\n\n<p>Qui a l&rsquo;adresse d&rsquo;un bon document sur le sujet ?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les corniches<\/h2>\n\n\n\n<p><i>Massif des Agneaux, avril 1989<\/i><\/p>\n\n\n\n<p>Sous le ciel matinal d&rsquo;un bleu incroyablement profond, je progresse tranquillement sur une vaste selle neigeuse presque horizontale. Dans les derniers d\u00e9tail du pliage du bivouac, Pascal est rest\u00e9 quelques centaines de m\u00e8tres en arri\u00e8re, et seul dans l&rsquo;air piquant, je m&rsquo;impr\u00e8gne avec bonheur du silence de la montagne.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/1985\/0701_perou_60_toclaraju_ranrapalca\/19850701_perou_60_toclaraju_ranrapalca_sommet.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>A ma droite, la pente encore faible s&rsquo;incurve tout doucement et dispara\u00eet vers le couloir Davin. A ma gauche, la ligne nette que trace la neige sur fonds de ciel bleu m&rsquo;informe sans ambigu\u00eft\u00e9 qu&rsquo;il y a l\u00e0 une corniche. De quelle importance ? Je ne sais pas, alors je ne prends pas de risque, et je m&rsquo;en tiens prudemment \u00e0 distance, une dizaine de m\u00e8tres peut-\u00eatre&#8230; J&rsquo;avance sans trop r\u00e9fl\u00e9chir, tout \u00e0 mon plaisir, \u00e9coutant le crissement de la neige sous mes pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout \u00e0 coup, il y a comme une rupture dans l&rsquo;univers sonore qui m&rsquo;entoure. J&rsquo;entends une sorte de souffle grave, un soupir profond de la montagne sous mes pas. \u00ab\u00a0Woufff\u00a0\u00bb ! Je sens aussi un mouvement. Court mais ample, qui englobe une vaste portion de cette selle sur laquelle je me tiens. Une \u00e9motion violente me saisit, une peur incontr\u00f4l\u00e9e. Mes yeux vont et viennent de droite et de gauche pour comprendre, mes pens\u00e9es volent dans toutes les directions. C&rsquo;est le bruit d&rsquo;une plaque \u00e0 vent qui s&rsquo;affaisse, je l&rsquo;ai souvent entendu dans d&rsquo;autres circonstances&#8230; on est sur le plat, donc pas de risque que cette plaque parte&#8230; oui mais, une plaque \u00e0 vent sur le plat, c&rsquo;est bizarre&#8230;&nbsp; il y a quelque chose qui ne colle pas.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u00e9vidence me traverse soudain : c&rsquo;est la corniche. Elle craque. Elle va tomber&#8230; pris d&rsquo;une \u00e9nergie folle, le corps travers\u00e9 par une violente d\u00e9charge d&rsquo;adr\u00e9naline, je me mets \u00e0 courir vers la gauche. M&rsquo;\u00e9loigner, vite, tr\u00e8s vite&#8230; trop tard ! Un immense craquement traverse la selle d&rsquo;un bout \u00e0 l&rsquo;autre, le sol se d\u00e9robe sous mes pas&#8230; sur ma lanc\u00e9e, malgr\u00e9 ma chute, je suis projet\u00e9 au sol un peu plus loin. Malgr\u00e9 le grondement continu qui se fait entendre derri\u00e8re moi, je sens que le sol est maintenant stable. Comme dans un r\u00eave je vois, \u00e0 plusieurs dizaines de m\u00e8tres, l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 de la corniche achever de se d\u00e9tacher et partir dans le vide, si grosse et lointaine qu&rsquo;elle semble tomber au ralenti. Deux m\u00e8tres derri\u00e8re moi, la trace que je viens de faire dans ma fuite dispara\u00eet dans le vide.<\/p>\n\n\n\n<p>Je reste ainsi quelques secondes, \u00e9coutant le sang taper \u00e0 mes oreilles pendant que le grondement qui va s&rsquo;\u00e9loignant se r\u00e9percute contre les parois rocheuses les plus proches. Je suis encore assis dans la neige lorsque la t\u00eate de pascal appara\u00eet derri\u00e8re une bosse : \u00ab\u00a0Fait super beau, hein ?\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Les corniches, il y en a partout, sur tous les itin\u00e9raires d&rsquo;ar\u00eates. Elle sont si belles, mais dangereuses aussi. Je ne connais pas 36 m\u00e9thodes pour minimiser le danger :<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Se tenir \u00e0 distance des corniches<\/h3>\n\n\n\n<p>Dans l&rsquo;exemple racont\u00e9 ci-dessous, j&rsquo;ai fait craquer une \u00e9norme corniche (peut-\u00eatre 60 m\u00e8tres de long) en passant \u00e0 une dizaine de m\u00e8tres du bord. J&rsquo;ai un autre souvenir aux d\u00f4mes de Miage d&rsquo;une toute petite corniche (peut-\u00eatre 1 m d&rsquo;avanc\u00e9e sur le vide) qui, en silence, tranquillement, a disparu du paysage alors qu&rsquo;on passait \u00e0 2 m d&rsquo;elle&#8230;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/1986\/0815_tacul\/19860815_tacul_03.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption> Arriv\u00e9e au sommet du Mont Blanc du Tacul<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Mes constatations personnelles me font penser que pour \u00eatre en s\u00e9curit\u00e9 il faut \u00eatre \u00e0 une distance qui nous place un peu en retrait de l&rsquo;endroit ou \u00e9mergerait la prolongation de la pente qui est situ\u00e9e sous la corniche&#8230; c&rsquo;est clair comme explication ?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les plaques \u00e0 vent<\/h2>\n\n\n\n<p>Les plaques \u00e0 vent repr\u00e9sentent un danger que je crains particuli\u00e8rement. Parce qu&rsquo;elles ne sont pas faciles \u00e0 d\u00e9tecter \u00e0 distance, et parce que lorsqu&rsquo;on s&rsquo;aper\u00e7oit qu&rsquo;on est engag\u00e9 sur l&rsquo;une d&rsquo;elles, il n&rsquo;y a pas grand chose \u00e0 faire que de s&rsquo;imaginer tout l\u00e9gers et avancer \u00e0 pas de velours en esp\u00e9rant qu&rsquo;elle tiendra.<\/p>\n\n\n\n<p>Les plaques \u00e0 vent sont des cro\u00fbtes de neige durcies par le vent. Elles sont dangereuses lorsque elles reposent sur une sous-couche de neige instable : poudreuse tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8re, neige en gros cristaux arrondis qui n&rsquo;adh\u00e8rent plus entre eux. Lorsqu&rsquo;un poids important appuie sur une telle plaque, celle-ci peut craquer et partir comme un surf sur la sous-couche, entra\u00eenant les pauvres humains avec elle.<\/p>\n\n\n\n<p>La plaque \u00e0 vent se pr\u00e9sente g\u00e9n\u00e9ralement comme une simple surface de neige dure. Lorsque l&rsquo;on arrive dessus, on peut \u00eatre alert\u00e9s par le son que produisent les pas : une sorte de r\u00e9sonnement grave&#8230; mais parfois on n&rsquo;entend rien.<\/p>\n\n\n\n<p>Car encore plus retord : la plaque \u00e0 vent est elle m\u00eame recouverte d&rsquo;une fine couche de neige fra\u00eeche qui rend encore plus difficile sa d\u00e9tection&#8230;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Pour \u00e9viter les probl\u00e8mes&#8230;<\/h3>\n\n\n\n<p>La solution la plus sage est largement la fuite : si vous d\u00e9tectez une plaque \u00e0 vent, passez votre chemin ! Si ce n&rsquo;est pas possible, restent deux astuces plus ou moins efficaces :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Peser le moins possible sur la plaque, en particulier en augmentant les distances entre les personnes qui passent<\/li><li>Si la plaque n&rsquo;est pas trop \u00e9paisse, il peut \u00eatre possible de la percer (avec le pieds, le piolet&#8230; et de passer la jambe au travers du trou pour s&rsquo;appuyer directement sur la sous-couche. C&rsquo;est long et fatigant, mais le faire au moins tous les quelques pas, pour assurer le pr\u00e9c\u00e9dent ou le suivant, est une s\u00e9curit\u00e9.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Si la plaque part&#8230;<\/h3>\n\n\n\n<p>Ca ne m&rsquo;est jamais arriv\u00e9, je ne peux que parler par procuration. J&rsquo;ai entendu de gens dire qu&rsquo;on a alors une fraction de seconde pour essayer de planter le piolet dans la sous-couche au travers de la plaque pour essaye de l&rsquo;immobiliser avant qu&rsquo;elle n&rsquo;ait pris trop de vitesse&#8230; \u00e0 tester !<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les s\u00e9racs<\/h2>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est peut \u00eatre la troisi\u00e8me fois en 10 ans que que je remonte la mer de glace jusqu&rsquo;au glacier du g\u00e9ant, pour <a href=\"http:\/\/reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/index.php\/un-mont-blanc-reussi\/\">aller vers le Mont Blanc par le chemin des \u00e9coliers<\/a>. Je me sens en terrain familier. Pour franchir le ressaut de s\u00e9racs qui barre le glacier au niveau du refuge du Requin, le topo est explicite : il faut \u00ab\u00a0passer vers le milieu du glacier\u00a0\u00bb, et surtout \u00ab\u00a0\u00e9viter de monter trop haut vers la droite au pied des rochers\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Peut \u00eatre suis-je victime du syndrome de la chambre du ch\u00e2teau de Barbe-Bleue, qui veut que tout endroit interdit attire irr\u00e9m\u00e9diablement ? En observant le passage depuis un peu plus bas, il me semble justement que les longues bandes glaciaires horizontales, en haut \u00e0 droite sous les rochers, nous m\u00e8neront rapidement et facilement sur le replat glaciaire que l&rsquo;on devine au del\u00e0. Voil\u00e0 une bonne occasion de faire mentir le topo et de changer un peu&#8230;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/1983\/0801_mont_blanc_pascal_babette_mireille\/19830801_mont_blanc_pascal_babette_mireille_14.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption>Sur la voie des Grand Mulets au Mont-Blanc<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>\u00c9videmment, au tournant de la barre rocheuse, les fameuses\u00a0\u00bbbandes glaciaires\u00a0\u00bb se r\u00e9tr\u00e9cissent et se redressent, imperceptiblement mais s\u00fbrement. Voulant \u00e0 toute force \u00eatre confiant, je reste persuad\u00e9 que \u00ab\u00a0juste un peu plus loin, c&rsquo;est s\u00fbr, les choses vont s&rsquo;arranger\u00a0\u00bb. Mais bient\u00f4t les bandes glaciaires disparaissent tout \u00e0 fait et c\u00e8dent la place \u00e0 un entrechoc de s\u00e9racs d\u00e9bit\u00e9s par des crevasses profondes et tortur\u00e9es. Nous voil\u00e0 bient\u00f4t perdus dans une mer furieuse, errant au pieds de vagues de glace g\u00e9antes pr\u00eates \u00e0 retomber en rouleaux d&rsquo;\u00e9cume bouillonnants. Tous ici est momentan\u00e9ment immobilis\u00e9 dans de tr\u00e8s fragiles \u00e9quilibres qui cachent pourtant un mouvement permanent : des amas de glace pil\u00e9e jonchent le sol, racontant les chutes permanentes de blocs qui viennent r\u00e9guli\u00e8rement \u00e9clater un peu partout.<\/p>\n\n\n\n<p>Encore un peu plus haut, des crissements se font entendre, puis bient\u00f4t ce sont des craquements, des soupirs, et enfin de v\u00e9ritables coups de boutoir que nous sentons r\u00e9sonner au travers de nos pieds. Chaque fois, instinctivement, nos regards explorent fi\u00e9vreusement les s\u00e9racs qui nous surplombent pour deviner lequel nous tombe dessus. Il faut quitter ce lieu, et vite !<\/p>\n\n\n\n<p>Pour cette fois l&rsquo;histoire se termine bien. Un retour en arri\u00e8re, un chemin de traverse qui nous remet&#8230; sur l&rsquo;itin\u00e9raire propos\u00e9 par le topo, qui en a vu d&rsquo;autres !<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/1985\/0701_perou_40_ranrapalca\/19850701_perou_40_ranrapalca_sous_seracs.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption>Sous les s\u00e9racs du Ranrapallca (Cordill\u00e8re Blanche, Andes du P\u00e9rou)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Les s\u00e9racs constituent un risque particulier en haute montagne : le risque d&rsquo;en voir un tomber, a un endroit pr\u00e9cis et un moment pr\u00e9cis, est souvent faible&#8230; mais on passe si souvent \u00e0 proximit\u00e9 de l&rsquo;un d&rsquo;eux que finalement le danger finit par prendre corps et exister. Le probl\u00e8me est qu&rsquo;une fois engag\u00e9s dans une zone expos\u00e9e, il n&rsquo;y a pas grand chose \u00e0 faire sinon &#8230; y passer le moins de temps possible. C&rsquo;est donc \u00e0 chaque fois une sorte de loterie, dans laquelle on ne risque pas grand chose mais que nos cin\u00e9mas int\u00e9rieurs rendent cependant parfois p\u00e9nible pour les nerfs. Reste que, si on se prend vraiment un s\u00e9rac sur la t\u00eate, les chances de s&rsquo;en sortir me semblent vraiment tr\u00e8s, tr\u00e8s minces, et probablement plus dues au hasard qu&rsquo;\u00e0 une quelconque attitude personnelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Pas grand chose \u00e0 dire donc en terme de conseils :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li> Privil\u00e9gier lorsque c&rsquo;est possible les itin\u00e9raires qui ne laissent pas tr\u00e8s longuement expos\u00e9s aux chutes de s\u00e9racs. Contre exemple : une longue mont\u00e9e de plusieurs centaines de m\u00e8tres de d\u00e9nivel\u00e9s juste dans l&rsquo;axe de chute d&rsquo;un s\u00e9rac qui para\u00eet fragile. Mieux vaut essayer de faire de larges lacets qui nous sortent le plus souvent possible de la trajectoire dangereuse&#8230; <\/li><li> Ne pas tra\u00eener. Si besoin, se reposer juste avant d&rsquo;entrer en zone expos\u00e9e, puis foncer, pourquoi pas courir si vous en avez l&rsquo;\u00e9nergie, jusqu&rsquo;\u00e0 sortir de la zone expos\u00e9e. <\/li><li> On dit que les s\u00e9racs tombent plus dans la journ\u00e9e \u00e0 cause de la chaleur. Personnellement, je n&rsquo;ai jamais constat\u00e9 que cette affirmation soit vraie. Il me semble que l&rsquo;activit\u00e9 continue la nuit&#8230; Donc \u00e0 priori, rien de particulier \u00e0 calculer concernant les horaires de passage. <\/li><\/ul>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le mauvais temps<\/h2>\n\n\n\n<p>Le mauvais temps est \u00e9videmment un probl\u00e8me auquel on risque tous d&rsquo;\u00eatre confront\u00e9s&#8230; Il est parfois assez d\u00e9licat de savoir comment r\u00e9agir : fuir \u00e0 toute jambe ? S&rsquo;enterrer et attendre ? continuer comme si de rien n&rsquo;\u00e9tait ? Pas facile de r\u00e9pondre \u00e0 ces questions. Je m&rsquo;essaie ici, bien modestement, \u00e0 un exercice d&rsquo;aide \u00e0 la d\u00e9cision, qui retranscrit \u00e0 peu pr\u00e8s les questionnements que je me pose moi-m\u00eame dans ce genre de cas.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2001\/0701_miage_par_tondu\/20010701_miage_par_tondu_15.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption>Camp au pied du Mont Tondu, dans la tourmente<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Le mauvais temps peut prendre plusieurs visages :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Le manque de visibilit\u00e9 est sans doute le pire. D\u00e8s que des nuages s&rsquo;installent il devient tr\u00e8s souvent impossible de continuer \u00e0 avancer \u00ab\u00a0\u00e0 vue\u00a0\u00bb. Soit on sait et on peut progresser aux instruments, soit on risque de se perdre, avec les cons\u00e9quences dramatiques que cela peut engendrer. Voir \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/index.php\/la-progression\/\">Progresser sans visibilit\u00e9<\/a>\u00ab\u00a0<\/li><li>Les pr\u00e9cipitations posent des probl\u00e8mes de plusieurs ordres : s&rsquo;il pleut on se mouille et on devient beaucoup plus sensible au froid. S&rsquo;il neige beaucoup, la progression va rapidement devenir plus fatigante, et certaines pentes peuvent devenir avalancheuses.<\/li><li>Le froid est d\u00e9sagr\u00e9able mais est moins probl\u00e9matique : tant qu&rsquo;on est en mouvement, on peut supporter des grands froids (-20 ou plus) sans probl\u00e8mes notables). Par contre, l&rsquo;arr\u00eat prolong\u00e9 sans abri est tr\u00e8s dangereux. Jetez un coup d&rsquo;oeil \u00e0 la rubrique \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/index.php\/la-nuit-en-montagne\/\">Le bivouac sans duvet<\/a>\u00ab\u00a0<\/li><\/ul>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le froid<\/h2>\n\n\n\n<p>En haute montagne, le froid est un compagnon de tous les jours, qu&rsquo;il faut savoir apprivoiser.<\/p>\n\n\n\n<p>Le plus terrible, c&rsquo;est le matin. Lorsqu&rsquo;il faut s&rsquo;extirper du duvet, mais surtout lorsqu&rsquo;il faut sortir de la tente. Il se joue g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 ce moment un subtil ballet au sein de l&rsquo;\u00e9quipe, visant \u00e0 trouver quelque chose d&rsquo;imp\u00e9ratif et urgent \u00e0 faire \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, afin d&rsquo;\u00eatre le dernier \u00e0 quitter le cocon. Les alpinistes aguerris sont des professionnels de cette pratique, et les pauvres bleus qui font \u00e9quipage avec eux se trouvent invariablement mis \u00e0 la porte les premiers. Le choc est brutal.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9montage du camp et la pr\u00e9paration du d\u00e9part sont \u00e9galement des moments difficiles : le corps se refroidit rapidement car on n&rsquo;est pas encore en activit\u00e9 physique intense. On a plein de petites t\u00e2ches plus ou moins minutieuses \u00e0 mener : rangement du sac, d\u00e9montage de la tente, attache des crampons&#8230; les gants sont souvent une g\u00eane, faut-il les enlever, les garder ?<\/p>\n\n\n\n<p>Peu apr\u00e8s le d\u00e9part, les choses s&rsquo;arrangent rapidement. J&rsquo;ai h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 classer le froid dans la rubrique \u00ab\u00a0En cas de danger\u00a0\u00bb, car il est rarement vraiment un probl\u00e8me durant l&rsquo;avanc\u00e9e. Le corps a une capacit\u00e9 fantastique \u00e0 produire de la chaleur lorsqu&rsquo;il est en action, et pour peu qu&rsquo;on soit correctement habill\u00e9, on a facilement trop chaud dans l&rsquo;effort m\u00eame s&rsquo;il fait -15\u00b0C. L&rsquo;int\u00e9rieur de la veste se transforme alors en une sorte de sauna dont il faut imp\u00e9rativement r\u00e9guler la temp\u00e9rature sous peine de se trouver presque noy\u00e9 dans une vapeur de transpiration qui, elle, peut \u00eatre dangereuse lorsque l&rsquo;effort cesse et que le froid recommence \u00e0 lancer ses tentacules vers la peau et red\u00e9pose la transpiration sous forme d&rsquo;une pellicule glac\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Par grand froid, la notion de \u00ab\u00a0pause\u00a0\u00bb perd toute signification. Le moindre arr\u00eat fait baisser vertigineusement la production interne de chaleur, et en quelques minutes l&rsquo;inconfort devient tr\u00e8s grand. J&rsquo;ai le souvenir d&rsquo;innombrables fois o\u00f9 la fatigue nous a fait arr\u00eater quelques instants notre progression. Sacs \u00e0 dos pos\u00e9s, on sort un morceau de fromage, de pain&#8230; mais en quelques secondes il nous appara\u00eet \u00e9vident que nous ne pourrons pas les manger. Trop froid, trop de souffrance. le sac est referm\u00e9 \u00e0 la va-vite, une barre chocolat\u00e9e extirp\u00e9e d&rsquo;une poche pendant que l&rsquo;autre main charge le sac \u00e0 dos et que les jambes commencent \u00e0 se remettre en mouvement. Il faut avancer, avancer, sinon c&rsquo;est la mort. Le corps oublie donc momentan\u00e9ment la fatigue et se remet en branle, l&rsquo;esprit fuit dans des limbes perdus.<\/p>\n\n\n\n<p>Vient pourtant un moment o\u00f9 un arr\u00eat prolong\u00e9 est indispensable : il faut poser le camp. C&rsquo;est une op\u00e9ration souvent p\u00e9nible car longue, et qui survient \u00e0 un moment o\u00f9 la fatigue de la journ\u00e9e rend particuli\u00e8rement sensible. S&rsquo;il fait mauvais, ou que l&rsquo;on se trouve \u00e0 l&rsquo;ombre d&rsquo;un sommet, une course contre la montre commence. Tout en travaillant (pour une fois les t\u00e2ches les plus rudes, comme creuser une plateforme dans la neige, ne sont pas les plus boud\u00e9es), le corps se prot\u00e8ge comme il peut. Les \u00e9paules se haussent dans une crispation nerveuse cens\u00e9e r\u00e9chauffer, des souffles violents et bruyants sont \u00e9ject\u00e9s par des bouches tremblantes. Un sentiment d&rsquo;urgence et d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 plane. Et si on n&rsquo;arrivait pas \u00e0 monter le camp \u00ab\u00a0\u00e0 temps\u00a0\u00bb. Et si le courage d&rsquo;agir dans cette souffrance s&rsquo;\u00e9croulait soudain, laissant le corps abandonner la lutte, le froid p\u00e9n\u00e9trer au plus profond des organes. Lorsque la tente est mont\u00e9e, les premiers qui s&rsquo;y pr\u00e9cipitent trouvent une alc\u00f4ve glac\u00e9e, inhumaine, qui sera heureusement rapide \u00e0 r\u00e9chauffer.<\/p>\n\n\n\n<p>Le combat avec le froid est fini pour cette journ\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Ce qui cr\u00e9e la sensation de froid<\/h3>\n\n\n\n<p>Une temp\u00e9rature basse n&rsquo;est pas un probl\u00e8me en elle-m\u00eame, sauf en cas d&rsquo;inaction prolong\u00e9e. C&rsquo;est g\u00e9n\u00e9ralement l&rsquo;existence d&rsquo;un <b>facteur aggravant<\/b> qui d\u00e9cuple consid\u00e9rablement l&rsquo;effet du froids sur le corps :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li><b>Le vent<\/b>. -20\u00b0C par temps calme, c&rsquo;est souvent un plaisir. Je me souviens une heure de repos tranquille et presque ti\u00e8de, en simple veste polaire au sommet du Huascaran nord. Mais d\u00e8s que le vent est pr\u00e9sent, l&rsquo;enfer d\u00e9marre. Le froid p\u00e9n\u00e8tre les meilleures vestes, et surtout attaque les parties d\u00e9nud\u00e9es \u00e0 une vitesse foudroyante.<\/li><li><b>L&rsquo;humidit\u00e9<\/b>. Froid sur v\u00eatements mouill\u00e9s = danger. Il va falloir bouger, bouger, jusqu&rsquo;\u00e0 se mettre \u00e0 l&rsquo;abri ou partiellement s\u00e9cher (ce qui est possible si on s&rsquo;agite vraiment beaucoup)<\/li><li><b>L&rsquo;\u00e9tat physique et mental<\/b>. La fatigue physique et la d\u00e9prime rendent consid\u00e9rablement plus sensible au froid<\/li><\/ul>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Les parties les plus sensibles<\/h3>\n\n\n\n<p>Les extr\u00e9mit\u00e9s du corps sont directement et profond\u00e9ment sensibles au froid : les mains et les pieds (et surtout les doigts), les oreilles. Sous l&rsquo;action du froids, ces trois organes peuvent gravement se d\u00e9t\u00e9riorer en quelques minutes ! Le signal : baisse de la sensibilit\u00e9, couleur qui vire au jaune, puis au blanc. C&rsquo;est la circulation qui ne se fait plus correctement, le sang ne vient donc plus les r\u00e9chauffer. Il faut imp\u00e9rativement r\u00e9tablir la circulation (frotter, taper, c&rsquo;est pas toujours tr\u00e8s agr\u00e9able), puis remettre au chaud. Si vous passez outre ces signes et laissez les organes expos\u00e9s, ils pourront virer de couleur et passer au bleu, puis marron ou noir, en quelques heures. C&rsquo;est alors tr\u00e8s grave, probablement l&rsquo;annonce d&rsquo;une amputation&#8230; Je n&rsquo;ai jamais connu personnellement ce genre de cas, heureusement.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9tail utile \u00e0 conna\u00eetre : les femmes ont une sensibilit\u00e9 des extr\u00e9mit\u00e9s au froid plus grande que les hommes, c&rsquo;est reconnu. Alors les gars quand votre copine se plaint alors que tout va bien pour vous, par piti\u00e9 pour une fois ne fa\u00eetes pas votre macho et \u00e9coutez la. Je d\u00e9teste voir des cord\u00e9es avec un mec devant qui r\u00e2le \u00e0 tout bout de champ contre une nana qu&rsquo;il a insist\u00e9 pour emmener alors qu&rsquo;elle n&rsquo;en avait pas envie, et qui ne fait pas ensuite le strict minimum pour qu&rsquo;elle passe un moment agr\u00e9able.<\/p>\n\n\n\n<p>Le visage pose un probl\u00e8me particulier : \u00e0 priori, il ne risque pas de geler, mais la sensation de froid sur la face est particuli\u00e8rement d\u00e9sagr\u00e9able, voire douloureuse, en particulier avec un vent de face. On est alors sans cesse en train de chercher des mani\u00e8res de le prot\u00e9ger dans les rebords de sa capuche, ce qui emp\u00eache alors de respirer normalement&#8230;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La r\u00e9gulation de la chaleur interne<\/h3>\n\n\n\n<p>En cours d&rsquo;effort, on l&rsquo;a vu, le probl\u00e8me du froids est surtout un probl\u00e8me de chaleur : on a instinctivement envie de garder ses habits coupe-vent, et la chaleur s&rsquo;accumule rapidement \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, jusqu&rsquo;\u00e0 des temp\u00e9ratures d\u00e9sagr\u00e9ables voire incommodantes. Il faut <b>r\u00e9guler<\/b>.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette r\u00e9gulation est parfois subtile : une l\u00e9g\u00e8re entr&rsquo;ouverture de la doudoune peut faire entrer \u00e0 flot un air glacial qui d\u00e9chire la peau sur sa trajectoire. Je pr\u00f4ne plut\u00f4t le fait d&rsquo;\u00f4ter carr\u00e9ment et courageusement l&rsquo;\u00e9paisseur ext\u00e9rieure (souvent une veste de gore-tex ou quelque chose comme \u00e7a) pour ne garder qu&rsquo;un v\u00eatement poreux (fourrure polaire) qui laisse passer un peu d&rsquo;air sur toute la surface du corps et facilite une \u00e9vaporation assez douce et uniforme. Mais au moindre coup de vent on est transi, et on se sent toujours \u00ab\u00a0sur le fil\u00a0\u00bb du froid. C&rsquo;est un choix.<\/p>\n\n\n\n<p>En cas de froid d\u00e9cid\u00e9ment trop important pour enlever la moindre couche, la t\u00eate, et en particulier les cheveux, constitue un refroidisseur qui me semble efficace : cheveux au vent, on sent litt\u00e9ralement la transpiration s&rsquo;\u00e9vaporer \u00e0 vue d&rsquo;oeil de son cuir chevelu ruisselant. Avec un peu d&rsquo;imagination et d&rsquo;attention \u00e0 soi on peut parfaitement visualiser un flux continu qui draine de chaque partie du corps de petites quantit\u00e9s de chaleurs, les concentre dans les cuisses et les \u00e9paules, puis forme de v\u00e9ritables \u00e9missaires au niveau du tronc \u00e9vacue tout \u00e7a du corps par les cheveux.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Les v\u00eatements<\/h3>\n\n\n\n<p>Il faut savoir qu&rsquo;\u00e0 part certaines tenues tr\u00e8s sp\u00e9cialis\u00e9es, con\u00e7ues pour les exp\u00e9ditions polaires ou en tr\u00e8s haute montagne, <b>aucun v\u00eatement ne permet de se tenir confortablement inactif par -20\u00b0C et 40 km\/h de vent<\/b>. Il n&rsquo;est \u00e0 mon avis pas d&rsquo;une grande utilit\u00e9 de rechercher la solution miracle.<\/p>\n\n\n\n<p>Il suffit de pr\u00e9voir une tenue correcte de progression : tee-shirt, sweat shirt, une ou deux fourrures polaires, (une fine et une \u00e9paisse), et une veste coupe vent imperm\u00e9able (genre gore-tex). Quelques trucs int\u00e9ressant et efficace tout de m\u00eame :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>les vestes sans manche en plume, du genre de celles con\u00e7ues pour les travaux forestiers. Elles sont l\u00e9g\u00e8res et chaudes, les bras d\u00e9couverts permettent de ne pas trop chauffer en marche&#8230;<\/li><li>un passe-montagne en fourrure polaire. L\u00e9ger, d\u00e9licieusement doux et confortable lorsque le vent glacial souffle, permet de ne laisser expos\u00e9 que le nez&#8230;<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Une bonne tenue d&rsquo;int\u00e9rieur pour les soir\u00e9es sera par contre extr\u00eamement pr\u00e9cieuse car elle permettra d&rsquo;\u00eatre dans une ambiance confortable pour bien se reposer : sous-v\u00eatements secs, fourrure s\u00e8che, pantalon de surv\u00eatement&#8230;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La gestion des pauses<\/h3>\n\n\n\n<p>Par grand froid, les pauses les plus importantes ne pourront pas d\u00e9passer quelques minutes. Il n&rsquo;est pas question par exemple de se pr\u00e9parer un repas chaud ou une boisson, \u00e0 moins d&rsquo;installer un abri, ce qui prend du temps&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Tout le trajet de la journ\u00e9e devra donc quasiment \u00eatre fait en une seule traite. C&rsquo;est la raison pour laquelle il est utile de pr\u00e9voir dans les poches tout ce qu&rsquo;il faut pour pr\u00e9venir les fringales et les soifs passag\u00e8res sans avoir \u00e0 tomber le sac, voire m\u00eame \u00e0 s&rsquo;arr\u00eater.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Traiter un bless\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p>Nous voici donc dans la situation ou un membre de la cord\u00e9e a un probl\u00e8me. Il est bless\u00e9, malade, choqu\u00e9, inconscient&#8230; C&rsquo;est aux compagnons de cord\u00e9e d&rsquo;agir. Il est bien difficile de donner des indications d&rsquo;actions pr\u00e9cises tant les situations peuvent \u00eatre diff\u00e9rentes les unes des autres. Restons donc dans les g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Mettre la personne en s\u00e9curit\u00e9<\/h3>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est la premi\u00e8re chose a faire en cas de probl\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Lui confectionner une plateforme si on est en face neigeuse, la monter ou plus facilement la descendre sur un replat si on est en face ou ar\u00eate rocheuse&#8230;<\/li><li>S&rsquo;arranger pour qu&rsquo;elle n&rsquo;ait pas froid. La couvrir avec des habits, une couverture de survie, encore mieux un duvet si on en a un. Si on a une tente et que les environs s&rsquo;y pr\u00eatent, la monter et installer le bless\u00e9 dedans.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>La seule exception que je vois \u00e0 cette r\u00e8gle concerne une personne atteinte du mal aigu des montagnes. Si vous \u00eates sur un site qui le permet, l&rsquo;urgence absolue est de <b>perdre de l&rsquo;altitude<\/b>. Voyez \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/index.php\/laltitude-et-ses-effets\/\">L&rsquo;altitude et ses effets<\/a>\u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Apporter les premiers soins<\/h3>\n\n\n\n<p>A moins d&rsquo;avoir des comp\u00e9tences m\u00e9dicales approfondies (ce qui n&rsquo;est pas mon cas) et d&rsquo;\u00eatre tr\u00e8s bien \u00e9quip\u00e9, il n&rsquo;est pas souvent possible de faire grand chose. Le travail consiste donc essentiellement \u00e0 :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>arr\u00eater une \u00e9ventuelle h\u00e9morragie<\/li><li>soulager la douleur gr\u00e2ce \u00e0 des antalgiques<\/li><li>donner \u00e0 boire<\/li><li>et, seulement si l&rsquo;on estime avoir une bonne compr\u00e9hension de l&rsquo;affection dont souffre la personne et si l&rsquo;on sait pr\u00e9cis\u00e9ment le soin qu&rsquo;elle requiert, apporter ce soin&#8230; mais l\u00e0, \u00e7a sort de ma comp\u00e9tence.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Estimer l&rsquo;\u00e9tat de sant\u00e9 pour d\u00e9cider de la conduite \u00e0 tenir<\/h3>\n\n\n\n<p>Il faut \u00eatre tr\u00e8s vigilant dans l&rsquo;estimation de l&rsquo;\u00e9tat de sant\u00e9 de la personne. On peut assez facilement \u00eatre abus\u00e9s dans un sens ou dans l&rsquo;autre :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>l&rsquo;absence de signes physiques visibles peut cacher un traumatisme qui va mettre quelques minutes ou quelques heures \u00e0 se r\u00e9v\u00e9ler.<\/li><li>Inversement, il n&rsquo;est pas rare que quelqu&rsquo;un qui a subi un \u00e9v\u00e9nement un peu violent physiquement et \u00e9motionnellement soit sujet \u00e0 une r\u00e9action physique parfois impressionnante (vomissements, tremblements, l\u00e9g\u00e8re perte de connaissance&#8230;) qui peut n&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;une manifestation passag\u00e8re sans gravit\u00e9, qui dispara\u00eetra d&rsquo;elle-m\u00eame apr\u00e8s quelques heures, voire quelques minutes.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Seuls les cas les moins graves, avec quasi absence de choc physique et \u00e9motionnel, pourront \u00e9ventuellement permettre de continuer le raid apr\u00e8s une bonne p\u00e9riode de repos. Dans tous les autres cas, il faudra envisager le rapatriement de la personne.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Redescendre la personne<\/h3>\n\n\n\n<p>Il y a trois mani\u00e8res d&rsquo;envisager la chose :<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La personne redescend de mani\u00e8re autonome<\/h3>\n\n\n\n<p>Si la personne n&rsquo;est pas s\u00e9rieusement atteinte (c&rsquo;est \u00e0 dire, d&rsquo;apr\u00e8s mes crit\u00e8res personnels, qu&rsquo;elle peut se d\u00e9placer seule de mani\u00e8re autonome). Dans ce cas, s&rsquo;il existe un itin\u00e9raire tr\u00e8s facile, il est possible d&rsquo;envisager une redescente par ses propres moyens.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La personne est redescendue par ses co\u00e9quipiers<\/h3>\n\n\n\n<p>Si la personne ne peut pas se d\u00e9placer seule de mani\u00e8re autonome, il sera \u00e9ventuellement envisageable de la faire descendre par ses co\u00e9quipiers, mais cela n\u00e9cessite un certain nombre de conditions :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>son \u00e9tat ne n\u00e9cessite pas de prise en charge m\u00e9dicale urgente,<\/li><li>les co\u00e9quipiers sont au moins 2<\/li><li>ils ont suffisamment la p\u00eache et la comp\u00e9tence pour \u00e7a<\/li><li>il existe un itin\u00e9raire de descente suffisamment facile (apparent\u00e9 \u00e0 de la randonn\u00e9e).<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Cette solution me semble toutefois \u00e0 \u00e9viter si on le peut, pour plein de raisons :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Transporter une charge de 70 kilos est physiquement et techniquement tr\u00e8s difficile. C&rsquo;est une excellente occasion pour ceux qui font le travail de se blesser \u00e0 leur tour ou de s&rsquo;\u00e9puiser compl\u00e8tement.<\/li><li>Une descente dans de telles conditions est forc\u00e9ment lente. Que peut-il se passer dans l&rsquo;intervalle ? Une d\u00e9gradation des conditions m\u00e9t\u00e9o ? De l&rsquo;\u00e9tat de sant\u00e9 de la personne ?<\/li><li>A priori en raid on est d\u00e9j\u00e0 charg\u00e9. Cela signifie donc abandonner sa propre charge et celle du bless\u00e9. C&rsquo;est un d\u00e9tail, mais qui peut avoir son importance car en cas de probl\u00e8me on sera tr\u00e8s d\u00e9muni (plus de duvet, de tente&#8230;)<\/li><\/ul>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><b>Comment descendre un bless\u00e9 par ses propres moyens <\/b><\/h2>\n\n\n\n<p>Techniquement, si on n&rsquo;est pas \u00e9quip\u00e9s d&rsquo;un brancard (ce qui est g\u00e9n\u00e9ralement le cas lors d&rsquo;un raid en haute montagne) il existe deux techniques principales pour descendre un bless\u00e9 :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>deux personnes se placent de part et d&rsquo;autre du bless\u00e9 et passent une \u00e9paule sous chacune de celle du bless\u00e9. Celui-ci reste donc en position verticale. Cette technique n\u00e9cessite que le bless\u00e9 soit conscient et \u00ab\u00a0rigide\u00a0\u00bb, qu&rsquo;il puisse un peu aider avec des jambes<\/li><li>\u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;une corde on confectionne un \u00ab\u00a0cacolet\u00a0\u00bb : on love la corde en \u00ab\u00a08\u00a0\u00bb (diam\u00e8tre estimatif de chacune des boucles du 8 : 50 \u00e0 60 cm). On enfile ce 8 comme un sac \u00e0 dos, ce qui m\u00e9nage deux boucles pour les cuisses du bless\u00e9, que l&rsquo;on peut ainsi asseoir sur le dos.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Par exp\u00e9rience, je peux t\u00e9moigner qu&rsquo;aucune de ces deux techniques n&rsquo;est facile ni confortable. Le cacolet, en particulier, \u00e9quivaut \u00e0 porter un tr\u00e8s mauvais sac \u00e0 dos lourd de 70 kilos. La seule fois o\u00f9 il m&rsquo;ait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 d&rsquo;y avoir recours, j&rsquo;ai du proc\u00e9der par sauts de 30 \u00e0 40 m de d\u00e9nivel\u00e9 entrecoup\u00e9s de pauses de plus en plus longues et fr\u00e9quentes. Bref, pour faire 1000 m (sur herbe et avec un grand soleil) il a fallu une demi journ\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La personne est redescendue par les secours<\/h3>\n\n\n\n<p>D\u00e9cider de l&rsquo;appel des secours est souvent une d\u00e9cision difficile. On a bien du mal \u00e0 admettre que cette fois on ne pourra pas s&rsquo;en sortir tout seuls&#8230; Et pourtant, \u00e0 partir du moment ou une personne est s\u00e9rieusement atteinte, c&rsquo;est souvent la seule solution raisonnable.<\/p>\n\n\n\n<p>Reste \u00e0 savoir comment y faire appel. Le portable est bien s\u00fbr la solution la plus simple, si vous n&rsquo;en avez pas ou qu&rsquo;il ne passe pas il faudra faire une descente rapide pour aller soi-m\u00eame chercher les secours&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>In\u00e9vitablement, lorsqu&rsquo;on est fr\u00e9quemment en haute montagne, il advient des situations limite, des incidents, des \u00ab\u00a0gal\u00e8res\u00a0\u00bb, voire des accidents. 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