
{"id":673,"date":"2021-11-28T14:06:26","date_gmt":"2021-11-28T14:06:26","guid":{"rendered":"http:\/\/reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/?p=673"},"modified":"2021-11-28T14:06:28","modified_gmt":"2021-11-28T14:06:28","slug":"trois-nuits-au-sommet-du-mont-blanc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/trois-nuits-au-sommet-du-mont-blanc\/","title":{"rendered":"Trois nuits au sommet du Mont-Blanc"},"content":{"rendered":"\n<p>En deux mots : installer un camp au sommet du Mont-Blanc de Courmayeur (4700 m), et y passer 3 nuits \u00e0 glander. Simple, non ? Pourtant, voici des ann\u00e9es que je tra\u00eene ce projet sans jamais avoir l&rsquo;occasion de le mettre \u00e0 ex\u00e9cution. Passer au sommet du Mont-Blanc, c&rsquo;est facile. R\u00e9unir toutes les conditions pour y rester longtemps, c&rsquo;est diff\u00e9rent.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">18 janvier 2003 : l&rsquo;id\u00e9e<\/h2>\n\n\n\n<p>Avant-hier, j&rsquo;\u00e9tais en train d&rsquo;ajouter quelques lignes \u00e0 une chronique de ce site, que je concluais par ces lignes : \u00ab\u00a0<i>N&#8217;emp\u00eache, \u00e0 peine revenu de ma derni\u00e8re vir\u00e9e au Mont-Blanc, je recommence d\u00e9j\u00e0 \u00e0 me demander o\u00f9 j&rsquo;irai l&rsquo;an prochain. Tiens, et pourquoi pas au Mont-Blanc ?<\/i>\u00ab\u00a0. C&rsquo;\u00e9tait une phrase, comme \u00e7a, pour rire, et pourtant aussit\u00f4t la machine \u00e0 r\u00eaver a d\u00e9marr\u00e9 au quart de tour.<\/p>\n\n\n\n<p>Et pourquoi pas ? Pourquoi pas encore cette fois ? En septembre dernier, apr\u00e8s une <a href=\"http:\/\/reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/index.php\/un-mont-blanc-reussi\/\">balade au Mont-Blanc r\u00e9ussie \u00e0 tous points de vue<\/a>, je m&rsquo;\u00e9tais jur\u00e9 que je ferais un break en 2003. Histoire par exemple de reprendre un peu s\u00e9rieusement le parapente, trop peu pratiqu\u00e9 depuis quelques ann\u00e9es (on ne peut pas tout faire, c&rsquo;est affreux, je cr\u00e8verai de mes envies inassouvies). L&rsquo;envie d&rsquo;un peu de chaleur et de soleil dans l&rsquo;air vibrant de l&rsquo;automne pyr\u00e9n\u00e9en avait presque pris le dessus, lorsque la question pernicieuse resurgit : \u00ab\u00a0Et pourquoi pas ?\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Tournant et retournant quelques instants cette pens\u00e9e dans mon esprit, je me faisait conversation \u00e0 moi-m\u00eame : \u00ab\u00a0L&rsquo;ennui, c&rsquo;est que \u00e7a fait plusieurs fois que je fais un peu la m\u00eame chose. En fait, il faudrait que je trouve une nouvelle id\u00e9e, un \u00ab\u00a0concept\u00a0\u00bb, quoi, quelque chose qui change\u00a0\u00bb. Remontant machinalement des yeux le texte que je venais d&rsquo;\u00e9crire, je tombe soudain sur l&rsquo;IDEE : <b>dormir l\u00e0-haut<\/b>. Ne pas redescendre. S&rsquo;y installer, pas juste au sommet qui doit \u00eatre un endroit d\u00e9testable d&rsquo;animation bruyante lorsque l&rsquo;on doit y rester plus de 10 mn, mais plus loin, sur le Mont-Blanc de Courmayeur. Au bout de cette belle ar\u00eate que l&rsquo;on contemple avec envie mais qu&rsquo;on n&rsquo;a jamais le courage de visiter.<\/p>\n\n\n\n<p>Y rester&#8230; longtemps, disons 2 ou 3 nuits de suite. Ca c&rsquo;est une id\u00e9e qui me plait, \u00e7a sent la petite aventure. 3 nuits sous la tente \u00e0 4700 m, c&rsquo;est presque comme si on \u00e9tait au camp de base d&rsquo;un sommet andin ou d&rsquo;un petit sommet himalayen.<\/p>\n\n\n\n<p>Allez, c&rsquo;est d\u00e9cid\u00e9, je lance le projet ! Je prends du m\u00eame coup une autre d\u00e9cision, celle de garder la trace des errements et des r\u00e9flexions contradictoires qui ne vont pas manquer de jalonner la pr\u00e9paration de cette histoire l\u00e0. Je vais donc utiliser cette page web pour noter, au fil des semaines et des mois, les r\u00e9flexions qui me viennent et les options que je choisirai.<\/p>\n\n\n\n<p>Que tous ceux qui veulent me suivre cliquent sur \u00ab\u00a0suivante\u00a0\u00bb pour suivre les diff\u00e9rentes \u00e9tapes de ce projet (que j&rsquo;intitule officiellement \u00ab\u00a03 nuits au sommet du Mont-Blanc\u00a0\u00bb pour faire pompeux).<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image alignnone\"><a href=\"http:\/\/reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/19840810_mont_blanc_eric_vero_sophie_36.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/19840810_mont_blanc_eric_vero_sophie_36.jpg\" alt=\"Le Mont Blanc de Courmayeur depuis le sommet du Boss\" class=\"wp-image-89\"\/><\/a><figcaption>Le Mont Blanc de Courmayeur depuis le sommet du Boss<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">25 janvier 2003 : premi\u00e8res r\u00e9flexions<\/h2>\n\n\n\n<p>Je n&rsquo;ai pas encore d&rsquo;id\u00e9e sur l&rsquo;itin\u00e9raire, ni m\u00eame le versant que j&#8217;emprunterai, mais comme d&rsquo;habitude je souhaite partir \u00e0 pieds d&rsquo;en bas, de la vall\u00e9e. Je ne sais pas exactement pourquoi je tiens tant \u00e0 cette id\u00e9e. Imb\u00e9cile pr\u00e9tention qui m&rsquo;interdit de me m\u00e9langer aux \u00ab\u00a0autres\u00a0\u00bb dans les t\u00e9l\u00e9cabines ? Impression de r\u00e9aliser pleinement l&rsquo;ascension ?<\/p>\n\n\n\n<p>Quoi qu&rsquo;il en soit, le projet ne va pas de soi. Je commence \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur les probl\u00e8mes qui se posent. Je suis un gars tr\u00e8s rationnel, je proc\u00e8de scientifiquement :<\/p>\n\n\n\n<p><b>1er probl\u00e8me : la dur\u00e9e<\/b>. Selon toute probabilit\u00e9, je ne disposerai que d&rsquo;une semaine sur place, pour acclimater le groupe, monter au sommet, y rester 3 nuits et redescendre. C&rsquo;est tr\u00e8s court.<\/p>\n\n\n\n<p><b>2\u00e8me probl\u00e8me : le poids<\/b>. Si je veux que le groupe soit relativement \u00ab\u00a0confort\u00a0\u00bb l\u00e0-faut, il faut \u00eatre correctement \u00e9quip\u00e9 pour les nuits (peut-\u00eatre 2 duvets par personne), il faut de la bonne bouffe, des bouquins (si si !), etc&#8230; Tout \u00e7a va nous mener dans les 30 kilos par personne. Monter un tel poids \u00e0 4700m, \u00e7a va pas \u00eatre dr\u00f4le. Je l&rsquo;ai souvent fait (au Huascaran j&rsquo;ai m\u00eame port\u00e9 35 kilos jusqu&rsquo;\u00e0 6000 m), ce n&rsquo;est pas surhumain, simplement \u00e7a pompe beaucoup, beaucoup d&rsquo;\u00e9nergie : on fait peu de d\u00e9nivel\u00e9 dans une journ\u00e9e, et on a beaucoup besoin de se reposer ensuite. Autre inconv\u00e9nient : le moindre passage un peu technique se transforme en calvaire.<\/p>\n\n\n\n<p><b>3\u00e8me probl\u00e8me : l&rsquo;acclimatation<\/b>. Nous arriverons de la plaine, sans avoir mis les pieds en haute montagne depuis 1 an. Disons, si on compte 500 m de gain par jour \u00e0 partir de 3000 m, \u00e7a fait&#8230; 4 jours pour la mont\u00e9e. Diable, c&rsquo;est long. 4 journ\u00e9es cons\u00e9cutives avec nos 30 kilos sur le dos&#8230; Si on veut garder de bonnes chances de succ\u00e8s, il faudra vraiment b\u00e9n\u00e9ficier de bonnes journ\u00e9es, d&rsquo;une neige qui porte bien. Une chose est s\u00fbre : l&rsquo;acclimatation devra \u00eatre particuli\u00e8rement soign\u00e9e. S&rsquo;il y a un endroit en Europe o\u00f9 l&rsquo;on risque le mal de l&rsquo;altitude, c&rsquo;est bien au sommet du Mont-Blanc ! Parmi les personnes qui arrivent \u00e0 cet endroit sans ressentir de malaise (ce qui constitue d\u00e9j\u00e0 une faible proportion de ceux qui partent pour le sommet), il est probable qu&rsquo;un pourcentage non n\u00e9gligeable tomberait malade dans les heures qui suivent s&rsquo;ils y restaient.<\/p>\n\n\n\n<p>Hum&#8230; pas facile. Il faudrait \u00eatre rapide, l\u00e9ger, acclimat\u00e9. Tout l&rsquo;inverse de la situation qui sera la n\u00f4tre au d\u00e9part du sentier ! Mais comment font-ils, ceux qui partent \u00e0 l&rsquo;assaut des grands sommets himalayens ?<\/p>\n\n\n\n<p>H\u00e9&#8230; mais la voil\u00e0, la solution : proc\u00e9der comme en Himalaya, faire tout comme si on \u00e9tait une exp\u00e9dition lourde : des camps d&rsquo;altitude, des allers-retours en dents de scie pour l&rsquo;acclimatation, on monte un peu lourd et on redescend l\u00e9gers se reposer. On pourrait m\u00eame passer rapidement au sommet d\u00e8s le 3\u00e8me jour, d\u00e9poser du matos, redescendre dormir plus bas&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;id\u00e9e n&rsquo;est pas mauvaise, il reste plein d&rsquo;inconnues, mais je me la garde sous le coude.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">30 janvier 2003 : quel itin\u00e9raire choisir ?<\/h2>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ouvre la porte grin\u00e7ante du placard c\u00e9venol de mon bureau et en extirpe avec d\u00e9lice la carte \u00ab\u00a0Mont-Blanc Saint Gervais\u00a0\u00bb, ainsi que le guide Vallot, Tome 1 (Mont-Blanc Tr\u00e9 la t\u00eate).<\/p>\n\n\n\n<p>Sa couverture vert fonc\u00e9 lustr\u00e9e est orn\u00e9e d&rsquo;un triangle noir au coin sup\u00e9rieur droit de la couverture. A cet endroit le carton est noirci, vestige d&rsquo;un d\u00e9but d&rsquo;incendie dans la cave o\u00f9 j&rsquo;avais laiss\u00e9 moisir des ann\u00e9es durant ce pr\u00e9cieux ouvrage. Cette fois on avait bien failli y laisser des plumes. Les nombreux amis pr\u00e9sents \u00e0 ce moment avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9quisitionn\u00e9s pour porter des gamelles d&rsquo;eau, dans la panique tout le monde se croisait en tous sens en s&rsquo;arrosant mutuellement. Au final, Sophie avait sorti en toute h\u00e2te le tuyau d&rsquo;arrosage et \u00e9teint avec beaucoup d&rsquo;allure les grandes flammes qui l\u00e9chaient les poudres de ch\u00e2taignier multicentenaires ultra s\u00e8ches et terriblement inflammables.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s l&rsquo;alerte, j&rsquo;avais mis de c\u00f4t\u00e9 un carton de livres fumants et mouill\u00e9s. Des vieilleries sans int\u00e9r\u00eat, des manuels d&rsquo;informatique datant des ann\u00e9es 80, pr\u00e9sentant d&rsquo;obscurs langages de programmation oubli\u00e9s depuis longtemps. Sophie \u00e9tait pass\u00e9e par l\u00e0, avait emport\u00e9 le carton dans l&rsquo;id\u00e9e de lui faire terminer ses jours \u00e0 la d\u00e9charge de Florac. Une curieuse nostalgie m&rsquo;a donn\u00e9 envie de farfouiller dans ce carton pour y relire une derni\u00e8re fois la syntaxe absconse du Forth. Et voil\u00e0 t&rsquo;y pas que je tombe sur le guide Vallot. Je me souviens avoir \u00e9prouv\u00e9 de l&rsquo;indignation \u00e0 imaginer qu&rsquo;il aurait pu finir ses jours \u00e0 la fosse commune avec \u00ab\u00a0Le Basic pour les nuls\u00a0\u00bb (tiens, un de ces jours il faudra que j&rsquo;\u00e9crive un \u00ab\u00a0Le Mont-Blanc pour les nuls\u00a0\u00bb, je pense que j&rsquo;aurai bient\u00f4t suffisamment d&rsquo;exp\u00e9rience pour \u00e7a).<\/p>\n\n\n\n<p>Je l&rsquo;avais r\u00e9cup\u00e9r\u00e9, \u00e9pousset\u00e9, ouvert (avec difficult\u00e9 car la reliure s&rsquo;\u00e9tait quelque peu raidie au cours des diff\u00e9rents \u00e9preuves qu&rsquo;elle avait eu \u00e0 subir ces derniers jours)&#8230; et je m&rsquo;\u00e9tais replong\u00e9 debout au coin de la cour dans ce texte si vieillot et pourtant si essentiel.<\/p>\n\n\n\n<p>7 ans plus tard, me revoil\u00e0 faisant les m\u00eames gestes, caressant les pages avec la m\u00eame tendresse, observant chaque d\u00e9tail des croquis. Je tourne les pages au hasard, cherchant une id\u00e9e directrice, mais tout \u00e7a est trop touffu, trop d\u00e9taill\u00e9. La carte sera plus parlante !<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;\u00e9tale les vieux plis sur la table. Elle a v\u00e9cu, celle-la. De nombreux itin\u00e9raires sont trac\u00e9s au crayon, num\u00e9rot\u00e9s selon la codification du guide Vallot. La plupart n&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 que des r\u00eaves, quelques-uns ont vu mes pieds de pr\u00e8s. L&rsquo;\u00e9norme quantit\u00e9 de blanc de cette carte m&rsquo;effraie et m&rsquo;\u00e9merveille \u00e0 la fois. Quel univers&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Je commence \u00e0 explorer chaque versant.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">4 f\u00e9vrier 2003 : le versant des premiers ascensionnistes<\/h2>\n\n\n\n<p>Ce versant m&rsquo;appara\u00eet imm\u00e9diatement comme int\u00e9ressant. Il est parcouru par une voie facile, qui part de la vall\u00e9e. C&rsquo;est la voie \u00ab\u00a0historique\u00a0\u00bb, utilis\u00e9e par les premiers ascensionnistes.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle part des Bossons, monte par un sentier facile et agr\u00e9able jusqu&rsquo;\u00e0 la jonction. Elle prend pied sur le glacier \u00e0 2500m, traverse une zone relativement perturb\u00e9e puis rejoint le sentier glaciaire qui m\u00e8ne au refuge des Grands Mulets depuis le plan de l&rsquo;aiguille et la station interm\u00e9diaire du t\u00e9l\u00e9ph\u00e9rique de l&rsquo;aiguille du midi.<\/p>\n\n\n\n<p>De l\u00e0, on monte par des pentes faciles (mais interminables) jusqu&rsquo;au col du D\u00f4me d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;on rejoint l&rsquo;ar\u00eate des bosses et la voie normale actuelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui me plait dans ce versant, ce sont les nombreux chemins de traverses qui y existent : de la jonction on peut, par une longue diagonale \u00e0 droite, rejoindre l&rsquo;ar\u00eate de l&rsquo;aiguille du midi par une voie facile mais totalement d\u00e9laiss\u00e9e. Un itin\u00e9raire quasiment parall\u00e8le \u00e0 celui-ci part du replat situ\u00e9 au niveau du refuge, rejoint une ar\u00eate peu marqu\u00e9e qui monte directement au d\u00f4me du go\u00fbter. Celle-l\u00e0, on peut dire que je la lorgne depuis des ann\u00e9es : elle m&rsquo;a toujours sembl\u00e9 \u00eatre un excellent compromis entre la facilit\u00e9, la tranquillit\u00e9 et la beaut\u00e9, et je me suis jur\u00e9 d&rsquo;y passer un jour&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a aussi, \u00e0 partir du grand plateau, plusieurs possibilit\u00e9s faciles pour rejoindre le col de la Brenva et l&rsquo;ar\u00eate nord du Mont-Blanc. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs par ces travers\u00e9es que sont pass\u00e9s durant plusieurs ann\u00e9es les premiers ascensionnistes, ne d\u00e9couvrant l&rsquo;acc\u00e8s vers l&rsquo;ar\u00eate des bosses que plus tardivement (ce dernier itin\u00e9raire nous para\u00eet aujourd&rsquo;hui tellement familier qu&rsquo;on a du mal \u00e0 comprendre ce qui a pu les emp\u00eacher d&rsquo;y penser !!!). Dans la chambre de mon fils Nils il y a une photo panoramique du Mont-Blanc devant laquelle je passe de nombreuses heures \u00e0 r\u00eav\u00e2sser. Il me semble nettement voir que la mont\u00e9e directe du grand plateau vers le sommet est facile. C&rsquo;est con, une zone d&rsquo;ombre cache le base de l&rsquo;itin\u00e9raire pr\u00e9sum\u00e9 et m&rsquo;\u00f4te la certitude absolue que mon hypoth\u00e8se est exacte. Il me faudra voir sur place, ou bien ouvrir le guide Vallot, mais je ne sais pas pourquoi, j&rsquo;ai la flemme, je pr\u00e9f\u00e8re continuer \u00e0 r\u00eaver et faire des plans sur la com\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p>S&rsquo;engager par ce versant offre donc plein de possibilit\u00e9s d&rsquo;aller et venir, de monter d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 et redescendre de l&rsquo;autre, d&rsquo;autant plus que les replats pour poser un camp interm\u00e9diaire sont nombreux. J&rsquo;imagine bien un premier camp \u00e0 la jonction, un second vers 3500, et \u00e0 partir de l\u00e0 des d\u00e9ambulations \u00e0 droite \u00e0 gauche pour s&rsquo;acclimater, genre : monter au d\u00f4me par l&rsquo;ar\u00eate nord et redescendre par le col du go\u00fbter, monter au col de la Brenva d\u00e9poser du matos et redescendre&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis \u00e9galement assez tent\u00e9 de prendre pied sur le plateau neigeux situ\u00e9 au nord de l&rsquo;ar\u00eate rocheuse portant le refuge des Grands Mulets. Ce plateau donne acc\u00e8s \u00e0 tout un tas de voies vers le col du midi et le Mont-Blanc du Tacul, pas difficiles mais compl\u00e8tement oubli\u00e9es des hommes, en raison je pense d&rsquo;une certaine exposition aux chutes de s\u00e9racs et de pierres, et \u00e9galement parce qu&rsquo;elles m\u00e8nent \u00e0 des objectifs secondaires alors que leurs approches sont aussi longues que celles des grands sommets. Ce genre d&rsquo;endroit me fascine, y poser un camp \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart du bruit du monde serait chouette.<\/p>\n\n\n\n<p>Bref, ce versant me pla\u00eet bien. Son inconv\u00e9nient serait peut-\u00eatre une certaine aust\u00e9rit\u00e9 : il est un peu \u00ab\u00a0\u00e9cras\u00e9\u00a0\u00bb par le d\u00f4me du go\u00fbter qui le surplombe de 1000 m, de ce c\u00f4t\u00e9 l\u00e0 la vue manque de d\u00e9gagement et me laisse une impression g\u00e9n\u00e9rale de manque de lumi\u00e8re&#8230; Mais peut-\u00eatre est-ce parce que chaque fois que je suis pass\u00e9 par l\u00e0&#8230; c&rsquo;\u00e9tait la nuit !<\/p>\n\n\n\n<p>Je parcourerai \u00e0 nouveau avec plaisir les premier 1500 m, menant \u00e0 la jonction au travers des for\u00eats, puis des maigres herbages et enfin des rochers. J&rsquo;ai toujours trouv\u00e9 \u00e0 cet endroit une ambiance particuli\u00e8re : on est l\u00e0, suspendus au dessus de Chamonix, un des centres de du monde de l&rsquo;alpinisme.<\/p>\n\n\n\n<p>On p\u00e9n\u00e8tre sans s&rsquo;en apercevoir dans le monde de la haute montagne, prot\u00e9g\u00e9s de lui pendant quelques heures encore par cette avanc\u00e9e qui \u00e9carte les glaces pour porter un peu de verdure au bord des glaciers.<\/p>\n\n\n\n<p>La vall\u00e9e gronde doucement du flot m\u00e9lang\u00e9 des eaux de la rivi\u00e8re et des camions qui montent (\u00e0 nouveau, h\u00e9las) vers le tunnel du Mont-Blanc. Les sentiers vides r\u00e9sonnent pourtant d&rsquo;un \u00e9trange silence imm\u00e9diat, rendu vaguement inqui\u00e9tant par les vestiges de pyl\u00f4nes de t\u00e9l\u00e9ph\u00e9riques effondr\u00e9s, signes d&rsquo;une activit\u00e9 pass\u00e9e dont on ne comprend pas la fin. Au loin, une pierre roule et ricoche de paroi en paroi, laissant derri\u00e8re elle de longs \u00e9chos, et va s&rsquo;ab\u00eemer dans une crevasse du glacier des bossons, que les yeux parcourent pour tenter d&rsquo;y apercevoir quelque morceau de ferraille provenant d&rsquo;un antique avion \u00e9cras\u00e9 au cours d&rsquo;une catastrophe a\u00e9rienne r\u00e9elle ou imaginaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Le sentier fait des lacets, des lacets, des lacets, plus de lacets que je n&rsquo;en ai jamais vu nulle part ailleurs. Brusquement, vers 2200 m d&rsquo;altitude, au sortir des derni\u00e8res v\u00e9g\u00e9tations, les lacets cessent, une longue travers\u00e9e horizontale nous porte rapidement vers le dernier ressaut rocheux. On fait la pause tout en marchant, soulag\u00e9s pour un moment de ne plus sentir la gravitation nous retenir de monter. Au pied des rochers, les lacets reprennent de plus belle, le vent qui vient \u00e0 notre rencontre est maintenant frais, charg\u00e9 de la puissance des glaces toutes proches \u00e0 pr\u00e9sent. On serpente entre plusieurs abris de pierre qui gardent la marque de g\u00e9n\u00e9rations de grimpeurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, voici la glace. D&rsquo;un seul coup, la vue s&rsquo;\u00e9largit, la pierre dispara\u00eet, et le champ de glace de la jonction s&rsquo;\u00e9tale \u00e0 perte de vue. C&rsquo;est ici, pr\u00e9cis\u00e9ment, que tout le poids de la glace p\u00e8se sur le rocher, que l&rsquo;eau gel\u00e9e frotte sur la pierre. Un pas de plus et vous \u00eates en haute montagne. Je ne me rappelle pas avoir franchi une seule fois cette limite sans avoir eu la tentation de rester ici, \u00e0 l&rsquo;abri&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s que l&rsquo;on est engag\u00e9s sur la glace, il faut tracer un cheminement toujours complexe dans la glace noire et cassante pour rejoindre \u00e0 1 km environ le replat qui m\u00e8ne au refuge. Ici, pas de cairns, pas de traces, le passage est trop peu fr\u00e9quent\u00e9. Chacun cherche son chemin, c&rsquo;est la r\u00e8gle ! Je me rappelle une ann\u00e9e ou la situation \u00e9tait si mauvaise, les tours et d\u00e9tours si nombreux que nous ne cessions de passer et repasser tout pr\u00e8s de la jonction, qui s&rsquo;\u00e9loignait tr\u00e8s, tr\u00e8s lentement, refusant de se laisser engloutir sous un horizon pourtant si proche. Je me sentais marin quittant le port bout au vent, oblig\u00e9 \u00e0 tirer d&rsquo;interminables bords et observant la c\u00f4te quasi immobile, alors m\u00eame que j&rsquo;avais tellement envie de ne pas perdre de vue ce rep\u00e8re si cher portant tous mes espoirs.<\/p>\n\n\n\n<p>La jonction est un endroit&#8230; magique et mal\u00e9fique \u00e0 la fois. Peut-\u00eatre finalement est-ce elle qui donne l&rsquo;essentiel de son int\u00e9r\u00eat \u00e0 ce versant&#8230;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">12 f\u00e9vrier 2003 : le versant Miage<\/h2>\n\n\n\n<p>A vrai dire, Miage n&rsquo;est pas un versant. J&#8217;emploie ce terme pour d\u00e9signer l&rsquo;ensemble constitu\u00e9 par le glacier de Tr\u00e9-la-t\u00eate, les ar\u00eates qui l&rsquo;entourent, l&rsquo;aiguille de Bionassay et le d\u00f4me du go\u00fbter. Il ne constitue pas \u00e0 proprement parler un itin\u00e9raire habituel pour le Mont-Blanc. Les gens qui y circulent ont g\u00e9n\u00e9ralement pour objectif un sommet secondaire du sud du massif, voire la Bionassay, et poussent rarement jusqu&rsquo;au sommet.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce versant est pourtant remarquable \u00e0 plus d&rsquo;un \u00e9gard : il comporte beaucoup d&rsquo;itin\u00e9raires faciles et beaux. Il permet de progresser doucement en altitude, donc de s&rsquo;acclimater tranquillement tout en \u00e9tant au calme. Je le trouve en effet, du moins jusqu&rsquo;au d\u00f4me du go\u00fbter, sauvage et \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart du reste du massif. J&rsquo;ai fait plusieurs ann\u00e9es de suite des balades dans ce coin ayant pour objectif le sommet. Une affligeante malchance m\u00e9t\u00e9o ne m&rsquo;a pas permis d&rsquo;atteindre le but fix\u00e9, mais je me suis peu \u00e0 peu attach\u00e9 a cette immense ar\u00eate de Miage. Imaginez le projet : d\u00e9part des Contamines, mont\u00e9e au Mont Tondu par le sud, puis redescente sur le glacier de Tr\u00e9-la-t\u00eate, mont\u00e9e \u00e0 l&rsquo;aiguille de la B\u00e9rang\u00e8re, travers\u00e9e des ar\u00eates de Miage, mont\u00e9e \u00e0 la Bionassay, et Mont-Blanc. Un itin\u00e9raire de plus de 20 km de long, dont 10 entre 3000 et 4000. Une ambiance s&rsquo;installe durablement, des camps successifs \u00e9gren\u00e9s le long de cette ar\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>Les ar\u00eates sont des lieux magiques, cela j&rsquo;en suis s\u00fbr sans pourtant pouvoir l&rsquo;argumenter. A mi chemin de la ligne et de la courbe, presque aussi a\u00e9riennes que le pic, tout en laissant un espace de libert\u00e9 pour aller et venir. Creuser une plateforme sous le sommet d&rsquo;une ar\u00eate effil\u00e9e et y planter sa tente&#8230; pousser plus loin la trace le lendemain et recommencer plus loin et plus haut&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Le seul petit probl\u00e8me pos\u00e9 par ce magnifique versant est l&rsquo;ar\u00eate sud de l&rsquo;aiguille de Bionassay. Sans \u00eatre difficile, elle redresse sensiblement l&rsquo;itin\u00e9raire dans des ressauts rocheux a\u00e9riens, d\u00e9licats \u00e0 franchir lorsque l&rsquo;on porte plus de 25 kilos. Quelques d\u00e9cim\u00e8tres de neige fra\u00eeche par dessus tout \u00e7a et les difficult\u00e9s deviennent r\u00e9elles. Par trois fois dans le pass\u00e9, j&rsquo;ai but\u00e9 sur ce ressaut pour cause de neige.<\/p>\n\n\n\n<p>La solution serait \u00e9videmment de passer ce ressaut avec peu de poids sur le dos. Il ne d\u00e9passe gu\u00e8re 300 m de d\u00e9nivel\u00e9e, il faudrait le franchir en 2 fois, mais dans l&rsquo;optique d&rsquo;une ascension \u00ab\u00a0himalayenne\u00a0\u00bb cela se con\u00e7oit : un camp en bas du ressaut (vers 3600 ?), une premi\u00e8re ascension pour faire le sommet, d\u00e9poser du mat\u00e9riel au col situ\u00e9 entre la Bionnassay et le D\u00f4me du go\u00fbter (vers 3950 m je crois), redescente au camp, le lendemain nouvelle ascension avec le reste du mat\u00e9riel et installation d&rsquo;un camp au col.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l&rsquo;on estime que ce passage est franchissable dans ces conditions, le reste de l&rsquo;itin\u00e9raire ne pose plus aucune difficult\u00e9, il reste juste \u00e0 passer 2 ou 3 jours en dessous \u00e0 s&rsquo;amuser, 1 journ\u00e9e pour terminer l&rsquo;acclimatation au dessus, et le tour est jou\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Une seule chose m&#8217;emb\u00eate un peu : je suis venu tr\u00e8s souvent sur ce versant ces derni\u00e8res ann\u00e9es, et je me demande s&rsquo;il ne serait pas int\u00e9ressant de changer un peu&#8230; Mais je suis tiraill\u00e9 car il y a tellement de possibilit\u00e9s sympathiques ici !<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">22 avril 2004 : les 3 Monts<\/h2>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 plus d&rsquo;un an que je n&rsquo;ai pas avanc\u00e9 le projet, initialement pr\u00e9vu pour 2003 ! La vie a pass\u00e9 un peu diff\u00e9remment de ce que j&rsquo;avais pr\u00e9vu. Rien de grave, plut\u00f4t plein de belles choses, en fait, qui m&rsquo;ont momentan\u00e9ment d\u00e9tourn\u00e9 de tout \u00e7a. Et puis, j&rsquo;ai eu quelques occasions inattendues d&rsquo;aller en montagne. Un tour en <a href=\"http:\/\/reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/index.php\/retour-a-loisan\/\">Oisan<\/a>, une <a href=\"http:\/\/reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/index.php\/rencontres-du-premier-deuxieme-et-troisieme-type-a-la-croix-de-belledonne\/\">\u00e9trange ballade en Belledonne<\/a>&#8230; de quoi faire patienter.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais l&rsquo;id\u00e9e n&rsquo;est pas morte, loin de l\u00e0. Le printemps me pousse \u00e0 me remettre au travail. Cette fois \u00e7a semble s\u00fbr : je programme le d\u00e9part pour la mi-septembre 2004. Avec qui, comment ? C&rsquo;est encore un myst\u00e8re ! Pour le moment, il me reste un dernier \u00ab\u00a0versant\u00a0\u00bb \u00e0 explorer par la pens\u00e9e pour en tester les atouts : l&rsquo;ar\u00eate des 3 Monts.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 un magnifique itin\u00e9raire, bien connu de tous les alpinistes qui fr\u00e9quentent le massif. J&rsquo;ai la sensation que malgr\u00e9 la faible difficult\u00e9 technique de l&rsquo;itin\u00e9raire, chacun, quelque soit son niveau, a envie de s&rsquo;y frotter au moins une fois.<\/p>\n\n\n\n<p>Il me semble que c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;on est, sur la plus longue distance de tout le massif, et peut-\u00eatre de toutes les Alpes, en tr\u00e8s haute montagne. La barre des 4000 est pass\u00e9e peu de temps apr\u00e8s le d\u00e9but de la mont\u00e9e au dessus du col du midi, et les 4 ou 5 kilom\u00e8tres suivants se font tout l\u00e0-haut, perch\u00e9s sous le ciel. Les autres sommets du massif, les grands sommets italiens, tout cela n&rsquo;est bient\u00f4t plus qu&rsquo;un lointain tapis aux pieds des heureux qui ont la chance de se trouver l\u00e0 dans de bonnes conditions.<\/p>\n\n\n\n<p>Officiellement, la travers\u00e9e des 3 Monts consiste \u00e0 passer successivement au sommet du Mont-Blanc du Tacul, du Mont Maudit puis du Mont-Blanc lui-m\u00eame. Dans la r\u00e9alit\u00e9, la majeure partie des gens se contentent de passer au large des deux premiers, environ 100 m plus bas. A ce stade l\u00e0, on a d\u00e9j\u00e0 pas mal de d\u00e9nivel\u00e9e dans les pattes et lorsqu&rsquo;on n&rsquo;a pas la tente pour fractionner les \u00e9tapes on pr\u00e9f\u00e8re tracer la route&#8230; Ca reste une portion \u00e9poustouflante. J&rsquo;y ai v\u00e9cu une me mes plus <a href=\"http:\/\/reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/index.php\/la-frontiere-en-fraude\/\">d\u00e9sagr\u00e9ables aventures de montagne<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;itin\u00e9raire peut \u00eatre allong\u00e9 d&rsquo;innombrables mani\u00e8res en amont et en aval des 3 Monts.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9part peut se faire de l&rsquo;aiguille du midi, comme la majorit\u00e9 des ascensionnistes, mais il me semble que c&rsquo;est quelque peu en r\u00e9duire l&rsquo;int\u00e9r\u00eat : il ne reste alors plus rien de l&rsquo;acclimatation physique, mais aussi affective, qui donne tant de valeur et de plaisir \u00e0 une ballade en haute montagne. A l&rsquo;occasion de l&rsquo;un de mes pr\u00e9c\u00e9dents projets, non r\u00e9alis\u00e9s pour cause de m\u00e9t\u00e9o, j&rsquo;avais imagin\u00e9 monter en t\u00e9l\u00e9ph\u00e9rique par le versant italien jusqu&rsquo;au col du G\u00e9ant. Cette concession \u00e0 la civilisation nous aurait permis de monter un bon stock de nourriture sans trop de fatigue, nous apportant ainsi l&rsquo;autonomie n\u00e9cessaire au projet.<\/p>\n\n\n\n<p>Il se serait agi de marcher 2 heures vers le sud ouest et de poser un camp dans la combe situ\u00e9e entre la Tour Ronde et les ar\u00eates d&rsquo;Entr\u00e8ves. Nous aurions pu passer l\u00e0 quelques jours \u00e0 nous acclimater tout en faisant de petites ascensions accessibles en bien peu de marche. Nous aurions ensuite, frais et dispos, repris le chemin du Mont-Blanc en rejoignant le col du midi et les 3 Monts. Cette id\u00e9e me tente \u00e0 vrai dire toujours, mais elle me semble trop longue \u00e0 mettre en oeuvre pour une simple mise en jambe \u00e0 3 nuits au sommet. Mais j&rsquo;y repenserai, un de ces jours&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9part peut aussi se faire de tout en bas, comme par exemple du Montenvers. J&rsquo;ai fait deux fois cette travers\u00e9e, elle est d\u00e9crite dans \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/index.php\/un-mont-blanc-reussi\/\">Un mont-Blanc r\u00e9ussi<\/a>\u00ab\u00a0, c&rsquo;est un profil de ballade vraiment bien adapt\u00e9, splendide&#8230; et vide !<\/p>\n\n\n\n<p>Mais on peut allonger l&rsquo;itin\u00e9raire \u00e0 l&rsquo;autre bout, apr\u00e8s le sommet. En redescendant par la voie normale fran\u00e7aise, italienne, ou les grands mulets, on arrive d\u00e9j\u00e0 \u00e0 un sacr\u00e9 kilom\u00e9trage. Mais le top du top est de redescendre (ou de monter) par la Bionassay, et&#8230; de continuer (ou d&rsquo;arriver) par les D\u00f4mes de Miage. On plane alors litt\u00e9ralement, avec plus de 10 km \u00e0 plus de 4000 m, et plus de 20 km \u00e0 plus de 3500. Je n&rsquo;ai h\u00e9las pas encore r\u00e9ussi \u00e0 faire tout d&rsquo;une traite. Qui sait.<\/p>\n\n\n\n<p>La travers\u00e9e des 3 Monts est int\u00e9ressante aussi par le faut qu&rsquo;elle s&rsquo;interconnecte avec la voie des grands Mulets : une travers\u00e9e facile permet de joindre le grand plateau au col de la Brenva, et de passer ainsi d&rsquo;une logique \u00e0 l&rsquo;autre en cours de route&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Oui, vraiment, les 3 monts c&rsquo;est bien&#8230; J&rsquo;y suis peut-\u00eatre un peu trop souvent venu, mais c&rsquo;est bien ! Ceci dit, \u00e0 bien y r\u00e9fl\u00e9chir, je ne suis pas s\u00fbr que ce soit un bon itin\u00e9raire pour le projet \u00ab\u00a03 nuits au sommet\u00a0\u00bb : il me semble que beaucoup d&rsquo;\u00e9nergie serait dilapid\u00e9e dans de grandes horizontales, au d\u00e9triment de la prise d&rsquo;altitude et de l&rsquo;acclimatation.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">22 avril 2004 : alors, finalement ?<\/h2>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0, j&rsquo;ai fini le tour des versants qui me sont accessibles (du moins avec 30 kilos sur le dos). Il y en a, en tout et pour tout, 3. J&rsquo;\u00e9carte d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment, pour une raison que j&rsquo;ignore, la voie normale italienne (peut-\u00eatre un peu trop aust\u00e8re ? souvenirs de trop grande exposition ? Il y a si longtemps que j&rsquo;y suis pass\u00e9, \u00e0 vrai dire&#8230;) et la voie normale fran\u00e7aise (l\u00e0 par contre je sais bien pourquoi).<\/p>\n\n\n\n<p>Il va maintenant falloir choisir. Et \u00e0 vrai dire, je pense que le choix est d\u00e9j\u00e0 fait. Le versant Miage et les 3 monts repr\u00e9sentent des itin\u00e9raires trop longs et trop horizontaux. Je crains l&rsquo;\u00e9puisement avant m\u00eame d&rsquo;arriver en haut. Ils constituent de belles aventures en soi, il serait stupide de les ramener \u00e0 la dimension de simples voies d&rsquo;acc\u00e8s au sommet. A l&rsquo;heure d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, je penche donc pour la \u00ab\u00a0voie des premiers ascensionnistes\u00a0\u00bb. Ce versant me semble le plus adapt\u00e9 pour plusieurs raisons:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>son profil est int\u00e9ressant : il monte vite, mais permet de s&rsquo;arr\u00eater partout, et donc de g\u00e9rer comme on veut l&rsquo;acclimatation sans gaspiller inutilement son \u00e9nergie \u00e0 faire des horizontales interminables.<\/li><li>il est riche de possibilit\u00e9s de variantes, de raccrochages avec des itin\u00e9raires voisins. On va s&rsquo;y ballader, ce sera fantastique<\/li><li>il est assez tranquille en soi, et ce sera le calme absolu d\u00e8s qu&rsquo;on s&rsquo;\u00e9loignera un peu du centre du versant.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Tout de suite, en fonction de ce que j&rsquo;ai collect\u00e9 comme infos, je sens que c&rsquo;est par cet itin\u00e9raire que nous aurons le plus de chances d&rsquo;arriver rapidement et bien acclimat\u00e9 au sommet. Ca peut changer, on ne sait jamais, mais pour l&rsquo;instant c&rsquo;est d\u00e9cid\u00e9, je pars sur cette option.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">29 juin 2004 : d\u00e9part en septembre<\/h2>\n\n\n\n<p>La date est maintenant approximativement fix\u00e9e : \u00e7a sera du 10 au 20 septembre, ou quelque chose comme \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u00e9quipe se dessine peu \u00e0 peu. Il y aura C\u00e9cile et Olivier, qui ont particip\u00e9 \u00e0 <a href=\"http:\/\/reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/index.php\/un-mont-blanc-reussi\/\">un Mont-Blanc r\u00e9ussi<\/a>, il y aura Pierre, qui a particip\u00e9 \u00e0 plusieurs Mont-Blanc rat\u00e9s, et des nouveaux : Sylvain sans doute, pour les autres je laisse venir&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Nous serons au minimum 5, je vais essayer de compl\u00e9ter l&rsquo;\u00e9quipe pour arriver \u00e0 un nombre logique, comme 7 (une tente de 4 et une tente de 3). A suivre&#8230;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">29 ao\u00fbt 2004 : le projet s&rsquo;affine<\/h2>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u00e9t\u00e9 a pass\u00e9,&nbsp; tourbillonnant. Beaucoup de concerts (mon m\u00e9tier), un peu (trop peu) de criques bretonnes iod\u00e9es, venteuses et parfois ensoleill\u00e9es pour penser \u00e0 autre chose. La rentr\u00e9e scolaire est pour apr\u00e8s demain, le rythme de croisi\u00e8re annuel va d\u00e9j\u00e0 reprendre, sans que j&rsquo;aie vraiment pu d\u00e9compresser, je sens encore dans mes tripes le poids des derniers mois de travail.<\/p>\n\n\n\n<p>Heureusement, la ballade en montagne approche. Je sais par exp\u00e9rience que c&rsquo;est elle qui me permettra vraiment de recharger les batteries et de retourner au charbon avec une \u00e9nergie neuve. Ou en est-on ?<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u00e9quipe a connu d&rsquo;importantes fluctuations de derni\u00e8re minute. Sylvain et Pierre ne viendront finalement pas. Sylvain va faire sa premi\u00e8re vendange dans les journ\u00e9es qui nous concernent, Pierre a trouv\u00e9 un boulot, tant mieux pour lui, tant pis pour nous. En contrepartie, on a gagn\u00e9 Christophe et Antoine, par ou\u00ef dire et bouche \u00e0 oreille&#8230; Nous voil\u00e0 donc 5, un chiffre qui ne me pla\u00eet qu&rsquo;\u00e0 moiti\u00e9 : c&rsquo;est trop pour ma tente de 4, et \u00e7a ne remplit qu&rsquo;imparfaitement une seconde tente. On aura plus de poids sur le dos, et moins chaud la nuit&#8230; A moins d&rsquo;essayer de se tasser \u00e0 5 dans une tente ? On testera \u00e7a au camping&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>En tout cas, on est maintenant en contact assez serr\u00e9, on r\u00e9capitule le mat\u00e9riel, on se pose des questions \u00e0 droite \u00e0 gauche, la sauce prend peu \u00e0 peu.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai beaucoup repens\u00e9 \u00e0 l&rsquo;itin\u00e9raire ces derni\u00e8res semaines. J&rsquo;ai essay\u00e9 d&rsquo;\u00e9laguer un peu dans les nombreuses possibilit\u00e9s offertes par ce versant pour commencer \u00e0 fixer les choses. Tout en sachant qu&rsquo;il est tout \u00e0 fait impossible de planifier pr\u00e9cis\u00e9ment les choses, je n&rsquo;ai pas pu m&#8217;emp\u00eacher de r\u00eaver de longues heures et d&rsquo;imaginer une progression \u00ab\u00a0id\u00e9ale\u00a0\u00bb, celle qu&rsquo;on ne suivra pas, mais bon&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 donc comment \u00e7a pourrait se passer. La carte est \u00e0 l&rsquo;envers, ce n&rsquo;est pas une erreur, c&rsquo;est dans ce sens l\u00e0 dans ma t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/1900\/0101_illustrations_montagne\/19000101_illustrations_montagne_06.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">9 septembre 2004 : on bascule<\/h2>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s un \u00e9t\u00e9 pourri, il a fait un somptueux d\u00e9but de septembre. Grand beau, tous les jours, partout en France. Le temps r\u00eav\u00e9 pour partir en haute montagne.<\/p>\n\n\n\n<p>Demain, le 10, c&rsquo;est fini. Une d\u00e9pression arrive d&rsquo;Espagne et la m\u00e9t\u00e9o sur le Mont-Blanc se d\u00e9grade durablement. J&rsquo;ai rag\u00e9, pest\u00e9. Puis j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir. Et si on essayait quand m\u00eame ? Quitte \u00e0 monter tout doucement, m\u00e8tre par m\u00e8tre, \u00e0 poser le camp \u00e0 chaque fois qu&rsquo;on en a marre de lutter contre le vent et la neige ? Et puis j&rsquo;ai aussi pens\u00e9 qu&rsquo;on allait rest\u00e9s enlis\u00e9s dans le versant, \u00e0 passer tout notre temps sous la tente, que quand on serait haut en altitude et que l&rsquo;orage gronderait des heures durant je serais inquiet, inquiet d&rsquo;\u00eatre durablement bloqu\u00e9 l\u00e0-haut, inquiet de prendre la foudre, de sentir la couche de neige s&rsquo;\u00e9paissir, se fragiliser, et descendre sur nous en longues coul\u00e9es venimeuses. J&rsquo;ai eu peur d&rsquo;avoir peur.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;avais pr\u00e9par\u00e9 un projet de remplacement en Oisan. Un coup d&rsquo;oeil \u00e0 la m\u00e9t\u00e9o des Hautes-Alpes me fait vite comprendre qu&rsquo;on y sera nettement mieux. C&rsquo;est pas encore le top, mais il y aura de longs r\u00e9pits entre les pr\u00e9cipitations&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai pris ma d\u00e9cision. Je retourne en Oisan, je tourne enfin le dos au Mont-Blanc, apr\u00e8s toutes ces ann\u00e9es. Et soudain, je me sens lib\u00e9r\u00e9, enthousiaste. Ca va \u00eatre&#8230; diff\u00e9rent, nouveau.<\/p>\n\n\n\n<p>Les 3 nuits au Mont-Blanc, ce sera pour 2005, et puis voil\u00e0. De quoi vous fournir encore quelques pages de r\u00e9flexion pr\u00e9paratoire d&rsquo;ici l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Demain, d\u00e9part pour Vallouise. Au projet : une longue <a href=\"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/index.php\/divagations-en-oisan-itineraire\/\" data-type=\"post\" data-id=\"655\">divagation sur les glaciers du Mon\u00e9tier<\/a>, les Agneaux, le Pic de Neige-cordier et les Ecrins&#8230; des choses faciles et banales, mais faites sans redescendre, et par des itin\u00e9raires buissonniers et des combes cach\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>A bient\u00f4t !<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">19 mai 2009<\/h2>\n\n\n\n<p>Mon Dieu, que le temps a pass\u00e9&#8230; sans nuits au sommet du Mont Blanc ! J&rsquo;y suis pourtant retourn\u00e9 deux fois, dont une fantastique vir\u00e9e en 2020 \u00e0 l&rsquo;occasion de laquelle cela aurait \u00e9t\u00e9 possible mais&#8230; la vie en a d\u00e9cid\u00e9 autrement. Durant toutes ces ann\u00e9es j&rsquo;ai men\u00e9 d&rsquo;autres projets, pass\u00e9 du temps dans d&rsquo;autres massifs avec d&rsquo;autres gens. J&rsquo;ai essay\u00e9 d&rsquo;amener mon fils vers la haute montagne&#8230; sans r\u00e9el succ\u00e8s. Aujourd&rsquo;hui, j&rsquo;aimerai toujours \u00e9norm\u00e9ment passer 3 nuits au sommet du Mont Blanc. Mais je crois que je vais arr\u00eater de l&rsquo;annoncer.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En deux mots : installer un camp au sommet du Mont-Blanc de Courmayeur (4700 m), et y passer 3 nuits \u00e0 glander. Simple, non ? Pourtant, voici des ann\u00e9es que&hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1497,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[12,5],"tags":[],"class_list":["post-673","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-mont-blanc","category-projets"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/673","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=673"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/673\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1401,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/673\/revisions\/1401"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1497"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=673"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=673"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=673"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}