
{"id":669,"date":"2021-11-28T14:19:53","date_gmt":"2021-11-28T14:19:53","guid":{"rendered":"http:\/\/reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/?p=669"},"modified":"2021-11-28T14:19:56","modified_gmt":"2021-11-28T14:19:56","slug":"huayna-potosi-cimetiere-des-illusions","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/huayna-potosi-cimetiere-des-illusions\/","title":{"rendered":"Huayna Potosi, cimeti\u00e8re des illusions"},"content":{"rendered":"\n<p>C&rsquo;est une histoire qui date d\u00e9j\u00e0&#8230; pr\u00e8s de 15 ans se sont \u00e9coul\u00e9s depuis les journ\u00e9es que je raconte ici. Pour l&rsquo;avoir maintes fois \u00e9prouv\u00e9, je sais que les images fortes qui me restent en m\u00e9moire ont sans doute \u00e9t\u00e9 transform\u00e9es par les ann\u00e9es. Les petites souffrances, les petits plaisirs ordinaires, tout cela a disparu dans l&rsquo;oubli, ne laissant surnager que des sentiments magnifi\u00e9s, caricaturaux peut-\u00eatre&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 les sentiments m\u00e9lang\u00e9s qui refont surface \u00e0 l&rsquo;\u00e9vocation de ces moments, c&rsquo;est avec nostalgie que je repense \u00e0 cette \u00e9poque qui fut pour moi, \u00e0 bien des \u00e9gards, riche et heureuse.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les pr\u00e9paratifs<\/h2>\n\n\n\n<p>El alto, ao\u00fbt 1992. Pris de vertige, Sophie et moi contemplons avec \u00e9merveillement la ville de La Paz qui s&rsquo;\u00e9tale \u00e0 perte de vue. Voici presque trois mois que nous sommes en Bolivie et ce pays continue \u00e0 nous surprendre r\u00e9guli\u00e8rement par sa d\u00e9mesure. Ici, tout est exag\u00e9r\u00e9, immense, superlatif. Les climats contrast\u00e9s \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame. Les cultures humaines, d&rsquo;une insondable anciennet\u00e9 qui porte le myst\u00e8re. Les fleuves tentaculaires. Les altitudes \u00e9normes. La Paz porte en elle ces contrastes. Capitale de plus d&rsquo;un million d&rsquo;habitant perch\u00e9e \u00e0 pr\u00e8s de 4000 m\u00e8tres d&rsquo;altitude, dans les rues de laquelle se c\u00f4toient des indiens dignes et silencieux, des m\u00e9tis mis\u00e9rables et des blancs richissimes.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9guli\u00e8rement, entre deux vir\u00e9es vers l&rsquo;un ou l&rsquo;autre des lieux qui nous attirent particuli\u00e8rement dans ce pays, nous revenons ici. Peu \u00e0 peu, la ville nous est devenue famili\u00e8re. Nous avons pris nos habitudes dans une minuscule gargotte de l&rsquo;arri\u00e8re quartier central. La mamita qui le tient nous a pris en affection depuis notre premier passage. A l&rsquo;\u00e9poque, pein\u00e9e de nous voir abattus par le \u00ab\u00a0Sorojche\u00a0\u00bb (mal de l&rsquo;altitude) \u00e0 notre arriv\u00e9e de l&rsquo;avion, elle nous avait pr\u00e9par\u00e9 forces tisanes de coca qui, si elles ne nous avaient pas forc\u00e9ment soign\u00e9, ne nous avaient en tout cas pas fait de mal, et la gentillesse avec laquelle elles nous avaient \u00e9t\u00e9 prodigu\u00e9es nous avaient fait chaud au coeur : ne pas \u00eatre trait\u00e9s de \u00ab\u00a0gringos\u00a0\u00bb nous avait fait du bien.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis notre arriv\u00e9e, nous avons engrang\u00e9 de fabuleux moments, \u00e0 descendre le Rio Mamor\u00e9 sur un tanker a p\u00e9trole accueillis \u00e0 la table du capitaine, \u00e0 jouer de la musique dans la f\u00eate de l&rsquo;association \u00e9tudiante de Sucre, \u00e0 chanter \u00ab\u00a0Estoy llorando, amargamente\u00a0\u00bb avec un papi guitariste hilare et d\u00e9saccord\u00e9 de Toro Toro, \u00e0 \u00e9changer des regards tranquilles et chaleureux avec des paysans des Yungas ne parlant pas un mot d&rsquo;espagnol mais nous offrant spontan\u00e9ment \u00e0 boire en nous voyant passer sous le soleil de plomb de l&rsquo;apr\u00e8s-midi&#8230; Encore plus que les paysages, encore plus que la culture, nous avons \u00e9t\u00e9 touch\u00e9s par les gens de ce pays. De prime abord, rudes, froids&#8230; et puis, lorsqu&rsquo;enfin la glace se brise, accueillants, f\u00eatards&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce voyage en terre humaine, je l&rsquo;avais souhait\u00e9 depuis mon s\u00e9jour au P\u00e9rou, quelques ann\u00e9es auparavant. A l&rsquo;\u00e9poque, c&rsquo;est la haute-montagne qui nous avait attir\u00e9s, Pascal et moi, vers la Cordill\u00e8re Blanche&#8230; des sommets, \u00e7a oui, on en avait vus&#8230; On en avait gravi un certain nombre, rat\u00e9 un nombre bien plus important&#8230; Aventure sportive fabuleuse pour le jeune de 19 ans que j&rsquo;\u00e9tais \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque&#8230; et pourtant&#8230; pourtant, pr\u00e8s d&rsquo;un an apr\u00e8s le retour en France, j&rsquo;ai port\u00e9 en moi une langueur \u00e9trange. Une partie de mon coeur \u00e9tait rest\u00e9e l\u00e0-bas, je le sentais. Mais pas dans les montagnes, non&#8230; aupr\u00e8s des gens, des indiens et des m\u00e9tis avec lesquels, \u00e0 force de se c\u00f4toyer, s&rsquo;\u00e9taient tiss\u00e9s de vrais liens d&rsquo;affection et de respect mutuel&#8230; Je me revoyait donnant, sur la table crasseuse de la cuisine du vendeur de \u00ab\u00a0Jugos\u00a0\u00bb de l&rsquo;angle de la rue, des cours de math \u00e0 sa fillette. Je repensais a ce jeune guide m\u00e9tis qui nous avait accompagn\u00e9s trois jours durant, et avec lequel nous avions eu des heures de conversation attentive et sensible pour bien comprendre si la terre \u00e9tait bien ronde, ou si l&rsquo;homme avait r\u00e9ellement march\u00e9 sur la Lune. Des ann\u00e9es apr\u00e8s, c&rsquo;\u00e9tait d&rsquo;eux que je me souvenais, plus que du Huascaran&#8230; Alors, avec Sophie, nous avions fait le projet de revenir en Am\u00e9rique Latine, pour y rencontrer \u00e0 nouveau ce peuple.<\/p>\n\n\n\n<p>On veut toujours ce qu&rsquo;on n&rsquo;a pas&#8230; d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 ne pas me pr\u00e9occuper de montagne plus que d&rsquo;humanit\u00e9, j&rsquo;ai tout de m\u00eame pass\u00e9 beaucoup, beaucoup de temps \u00e0 lorgner, depuis les places de village, les sommets couverts de glaciers \u00e9tincelants. Aujourd&rsquo;hui, \u00e0 15 jour de notre envol vers la France, le coeur d\u00e9j\u00e0 gros de quitter tous ces gens, un vieux d\u00e9mon recommence \u00e0 me tarauder. ll me semble tout \u00e0 coup absurde, vide de sens, impossible de quitter ce pays sans en avoir approch\u00e9 un sommet d&rsquo;un peu plus pr\u00e8s. Caprice d&rsquo;enfant g\u00e2t\u00e9 : nous n&rsquo;avons aucun mat\u00e9riel, aucune carte, aucun renseignement concret sur ce qui se fait facilement dans le coin&#8230; si \u00e7a existe ! Mais il doit y avoir un Dieu pour les ent\u00eat\u00e9s car tout s&rsquo;encha\u00eene simplement : petit tour au minuscule local du club alpin bolivien, o\u00f9 on trouve du mat\u00e9riel et des renseignements.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;Illimani, qui tr\u00f4ne, \u00e9norme, au dessus de la Paz, est \u00e9poustouflant de majestuosit\u00e9, mais ses 6400 m sont r\u00e9put\u00e9s pour \u00eatre \u00ab\u00a0pesantes\u00a0\u00bb. Il para\u00eet, nous dit un alpiniste local, que lorsqu&rsquo;on se tient au bivouac du \u00ab\u00a0nido de condores\u00a0\u00bb, on ressent un inexplicable sentiment d&rsquo;\u00e9crasement&#8230; La rigueur scientifique de l&rsquo;affirmation ne m&rsquo;appara\u00eet pas clairement, mais j&rsquo;ai envie de mettre toutes les chances de mon c\u00f4t\u00e9 pour ce coup un peu foireux, et j&rsquo;\u00e9coute volontiers le conseil avis\u00e9 de notre interlocuteur : le sommet facile du coin, c&rsquo;est le Huayna Potosi. 6100m. D\u00e9j\u00e0 une altitude respectable pour un habitant de la Normandie, mais qui cumule pas mal d&rsquo;avantages : il est tout pr\u00e8s de la Paz, et, pos\u00e9 sur l&rsquo;altiplano, pr\u00e9sente un d\u00e9nivel\u00e9 de seulement 1400 m \u00e0 partir du point le plus \u00e9lev\u00e9 de la piste (4700m). La voie normale ne pr\u00e9sente pas de difficult\u00e9s particuli\u00e8res pour un habitu\u00e9 de la haute montagne.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous voici donc, Sophie et moi, ainsi que Fran\u00e7ois et Virginie, debout sur le rebord du versant qui domine La Paz. Derri\u00e8re nous, apr\u00e8s la derni\u00e8re maison d&rsquo;adobe inachev\u00e9e, la route goudronn\u00e9e laisse sans transition place \u00e0 une piste qui s&rsquo;\u00e9lance au travers des immensit\u00e9s herbeuses de l&rsquo;altiplano, pointant droit vers le sommet qui nous int\u00e9resse.<\/p>\n\n\n\n<p>Bient\u00f4t un camion passe et nous emm\u00e8ne&#8230; En avant.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/1991\/0601_huayna_potosi\/19910601_huayna_potosi_14.jpg\" alt=\"\" width=\"840\" height=\"553\"\/><figcaption>La Paz, depuis El Alto. Au fond, le sommet de l&rsquo;Illimani<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Premi\u00e8re tentative<\/h2>\n\n\n\n<p>Il ne fait pas bien beau sur l&rsquo;altiplano, en ces journ\u00e9es d&rsquo;ao\u00fbt. Le Huayna Potosi, encore lointain est empanach\u00e9 de nuages. L&rsquo;atmosph\u00e8re s&rsquo;est refroidie et rend la montagne peu engageante. Maussades, en nous frappant les \u00e9paules pour lutter contre le vent glac\u00e9 qui nous surg\u00e8le sur le plateau arri\u00e8re du camion, nous contemplons notre objectif qui grandit peu \u00e0 peu. Mais il para\u00eet qu&rsquo;il ne pleut jamais en cette saison&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Un village appara\u00eet au loin, couvrant tout le sommet d&rsquo;une colline. Le nombre de b\u00e2timents m&rsquo;impressionne : tant de maisons au milieu de nulle part ? Mais quelque chose cloche dans le paysage que j&rsquo;ai sous les yeux. Bient\u00f4t je comprends que le gigantisme des lieux a troubl\u00e9 ma compr\u00e9hension de ce que je vois : ces constructions sont minuscules. Ce sont des tombes, ou quelque chose comme \u00e7a&#8230; Aucun village \u00e0 l&rsquo;horizon, pourtant. Qui est venu enterrer ses morts si loin de tout ? Le camion, crachant et cahotant, laisse derri\u00e8re lui cette \u00e9nigme non r\u00e9solue qui dispara\u00eet \u00e0 l&rsquo;horizon.<\/p>\n\n\n\n<p>Le camion nous abandonne \u00e0 un col, et plonge vers la vall\u00e9e.&nbsp; Le silence retombe sur la montagne embrum\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous voil\u00e0 seuls. C&rsquo;est un curieux endroit, qui pr\u00e9sente de nombreux signes d&rsquo;occupation industrielle&#8230; probablement un site minier. Un vieux barrage dont l&rsquo;utilit\u00e9 nous \u00e9chappe forme une retenue d&rsquo;eau d&rsquo;un bleu laiteux. C&rsquo;est par l\u00e0 que d\u00e9bute notre itin\u00e9raire.<\/p>\n\n\n\n<p>Notre projet est de proc\u00e9der en trois \u00e9tapes, avec un camp vers 4900 m d&rsquo;altitude, un autre vers 5500 m, sur le ressaut glaciaire situ\u00e9 sous l&rsquo;ar\u00eate sommitale. 150 m de d\u00e9nivel\u00e9 seulement pour aujourd&rsquo;hui, 600 pour demain. Cette lente mont\u00e9e est cens\u00e9e nous permettre de nous acclimater un tant soit peu, et ne devrait pas nous demander trop d&rsquo;efforts physique.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis troubl\u00e9 de constater \u00e0 quel point cet endroit ressemble \u00e0 tant de sites des Alpes ou des Pyr\u00e9n\u00e9es. Au dessus d&rsquo;une certaine altitude, toutes les montagnes du monde semblent donc pr\u00e9senter des similitudes d&rsquo;aspect&#8230; Ce barrage que nous traversons, cette conduite forc\u00e9e que nous suivons durant quelques kilom\u00e8tres&#8230; ce sentier net, t\u00e9moin du passage r\u00e9gulier d&rsquo;un nombre important de personnes&#8230; combien de fois ais-je travers\u00e9 ce genre de paysage dans mon pays ?<\/p>\n\n\n\n<p>Les d\u00e9tails de cette premi\u00e8re partie d&rsquo;ascension s&rsquo;estompent dans mon souvenir. Au second jour de mont\u00e9e, l&rsquo;herbe laissa bient\u00f4t place \u00e0 une longue moraine, puis \u00e0 un ressaut rocheux assez raide au sommet duquel appara\u00eet le glacier. Sur un rocher, un bolivien en basquet, avec un sac de voyage \u00e0 la main, nous observe sans mot dire&#8230; nous qui nous croyons en tr\u00e8s haute montagne, voil\u00e0 de quoi rabaisser notre orgueil.<\/p>\n\n\n\n<p>Un cheminement glaciaire facile nous am\u00e8ne, \u00e0 travers la pur\u00e9e de poix, \u00e0 notre site de bivouac, dont la proximit\u00e9 nous est signal\u00e9e par un accroissement subit du nombre de merdes et de boites de conserves au m\u00e8tre carr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;avais os\u00e9 esp\u00e9rer que notre acclimatation, apr\u00e8s quelques mois pass\u00e9s sur l&rsquo;altiplano, serait suffisante pour dormir \u00e0 5500, et je m&rsquo;\u00e9tais tromp\u00e9. Mal de t\u00eate et naus\u00e9es nous ont accompagn\u00e9 d\u00e8s la soir\u00e9e et toute la nuit durant, nous laissant glauques et vides de volont\u00e9 au petit matin. Pourquoi faut-il si souvent souffrir pour \u00eatre heureux ? Dans la tente voisine, des espagnols font la f\u00eate. A 5400 m, ils tiennent une forme qui fait envie.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ces conditions, s&rsquo;arracher \u00e0 la ti\u00e9deur des duvets pour se jeter dans le froid glacial du matin f\u00fbt une \u00e9preuve pour tous&#8230; et pourtant salutaire car une fois au vent, les naus\u00e9es ont rapidement disparu. Ph\u00e9nom\u00e8ne connu, mais auquel on n&rsquo;arrive pourtant pas \u00e0 croire lorsqu&rsquo;on se sent mourant.<\/p>\n\n\n\n<p>La volont\u00e9 et la clairvoyance ne nous sont pas pour autant revenues. Une observation rapide de l&rsquo;ar\u00eate sommitale nous avait sembl\u00e9 r\u00e9v\u00e9ler un itin\u00e9raire contournant par la droite un ressaut rocheux pour, sans doute, revenir vers la gauche et rejoindre le fil de l&rsquo;ar\u00eate. Sans r\u00e9fl\u00e9chir plus avant, notre caravane cotonneuse s&rsquo;est \u00e9branl\u00e9e dans le givre matinal, tra\u00eenant les pieds et r\u00eavant \u00e0 des lieux plus cl\u00e9ments. Lentement, le ressaut rocheux approche. Mauvaise surprise : au del\u00e0 du replat visible depuis le camp, il n&rsquo;y a rien d&rsquo;autre qu&rsquo;un pr\u00e9cipice qui plonge vers la mer de nuage recouvrant la for\u00eat amazonienne ! Rien qui soit par nous praticable, rien qui m\u00e8ne facilement vers le sommet en tout cas. Abasourdis par cette d\u00e9couverte qui nous d\u00e9passe, nous errons un moment sur le replat avant de nous rendre \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence : nous venons de perdre beaucoup de temps et d&rsquo;\u00e9nergie pour rien&#8230; enfin, \u00e0 part le plaisir de profiter de cette vue magnifique.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans trop y croire, nous redescendons dans la combe et choisissons un nouvel itin\u00e9raire qui, apr\u00e8s un court examen, appara\u00eet sans ambigu\u00eft\u00e9 et de mani\u00e8re \u00e9vidente comme le bon&#8230; La peste soit de notre n\u00e9gligence ! La lente et laborieuse mont\u00e9e reprend.<\/p>\n\n\n\n<p>De nouveau sur l&rsquo;ar\u00eate, mais 2 heures plus tard, un coup d&rsquo;oeil \u00e0 l&rsquo;altim\u00e8tre nous consterne : 250 m de d\u00e9nivel\u00e9 en 3 heures de marche, un vrai anti-record. Les tentes, \u00e0 port\u00e9e de main, nous narguent de mani\u00e8re insupportable.<\/p>\n\n\n\n<p>Une autre cord\u00e9e progresse un peu plus haut sur l&rsquo;ar\u00eate. D&rsquo;o\u00f9 vient-elle ? Myst\u00e8re, nous n&rsquo;avons vu personne depuis ce matin&#8230; Surgissant du n\u00e9ant, elle a profit\u00e9 de notre \u00e9garement matinal pour passer devant ! Plus probablement, elle arrive tout droit et directement de la vall\u00e9e, sans avoir fait de camp interm\u00e9diaire. Ce sont sans doute des gens du coin, bien acclimat\u00e9s en tout cas pour pouvoir avancer comme \u00e7a&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Voir ces gens manifestement si en forme alors que nous nous tra\u00eenons ach\u00e8ve de nous d\u00e9moraliser. Subitement, les deux filles et moi on n&rsquo;y cro\u00eet plus, on n&rsquo;a plus le go\u00fbt. Seul Fran\u00e7ois garde le moral. Conciliabule sur l&rsquo;ar\u00eate. Fran\u00e7ois va tenter sa chance seul. Je vais redescendre avec les filles. Cette d\u00e9cision n&rsquo;est m\u00eame pas difficile \u00e0 prendre pour moi : je n&rsquo;ai plus d&rsquo;envie, cet endroit me semble \u00e0 pr\u00e9sent inint\u00e9ressant au possible, je ne comprends plus l&rsquo;int\u00e9r\u00eat que j&rsquo;ai pu lui porter.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est sans \u00e9motion, sans envie, que nous regardons Fran\u00e7ois partir dans la brume qui monte.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis nous entamons la descente.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/1991\/0601_huayna_potosi\/19910601_huayna_potosi_03.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/1991\/0601_huayna_potosi\/19910601_huayna_potosi_06.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/1991\/0601_huayna_potosi\/19910601_huayna_potosi_06.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/1991\/0601_huayna_potosi\/19910601_huayna_potosi_11.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/1991\/0601_huayna_potosi\/19910601_huayna_potosi_13.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption>Le camp d&rsquo;altitude du Huayna<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Interlude<\/h2>\n\n\n\n<p>Je suis furieux. En col\u00e8re contre moi-m\u00eame. Triste. D\u00e9courag\u00e9&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Au fur et \u00e0 mesure de la descente des pentes du Huayna Potosi, avec la baisse d&rsquo;altitude, tout s&rsquo;arrangeait rapidement. Le moral revenait. Les forces physiques semblaient \u00e0 nouveau miraculeusement intactes. De retour \u00e0 La Paz, nous voil\u00e0 carr\u00e9ment en pleine forme, avec plus de p\u00eache qu&rsquo;au d\u00e9part, sans doute. Ce renoncement sans batailler au moins un peu en devient incompr\u00e9hensible et rageant.<\/p>\n\n\n\n<p>Les filles sont contentes : ce qu&rsquo;elles ont v\u00e9cu leur convient : beaux paysages, belle exp\u00e9rience&#8230; Fran\u00e7ois, lui, est aux anges : apr\u00e8s notre s\u00e9paration, il est tranquillement mont\u00e9 jusqu&rsquo;au sommet, qu&rsquo;il a atteint relativement facilement. Il est redescendu sans probl\u00e8me. Ce matin, Virginie et lui sont repartis vers d&rsquo;autres horizons, nous laissant tous les deux au soleil de la Paz. Encore une petite semaine avant notre d\u00e9part vers la France. Les formalit\u00e9s sont \u00e0 jour, passeports, billets, horaires&#8230; tout est pr\u00eat. Comment utiliser au mieux les quelques jours qui nous restent ?<\/p>\n\n\n\n<p>Sophie r\u00e9fl\u00e9chit, envisage de se promener un peu dans les alentours, propose des id\u00e9es&#8230; de mon c\u00f4t\u00e9, je tra\u00eene la patte, je n&rsquo;ai envie de rien, je suis amorphe&#8230; Je comprends peu \u00e0 peu que je suis compl\u00e8tement habit\u00e9 par l&rsquo;id\u00e9e de retourner au Huayna Potosi, de ne pas rester sur cet \u00e9chec&#8230; J&rsquo;ai le sentiment qu&rsquo;il y a encore le temps, que c&rsquo;est encore possible, mais plus pour longtemps&#8230; Chaque heure qui passe rapproche l&rsquo;\u00e9ch\u00e9ance fatidique et augmente la tension int\u00e9rieure que j&rsquo;\u00e9prouve. N&rsquo;y tenant plus, j&rsquo;explique mon \u00e9tat \u00e0 Sophie. A ma surprise, elle me propose de retourner en montagne. Je sais qu&rsquo;elle n&rsquo;en a pas sp\u00e9cialement envie&#8230; c&rsquo;est un beau cadeau !<\/p>\n\n\n\n<p>Mon sang ne fait qu&rsquo;un tour. En quelques heures tout est \u00e0 nouveau pr\u00eat.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Deuxi\u00e8me tentative<\/h2>\n\n\n\n<p>De nouveau, El Alto, l&rsquo;attente d&rsquo;un camion. La chance s&rsquo;est enclench\u00e9e : 10 minutes d&rsquo;attente suffisent pour voir appara\u00eetre un v\u00e9hicule qui, surprise, ne nous demande que 10 bolivianos, 3 fois moins que la derni\u00e8re fois.<\/p>\n\n\n\n<p>Il fait grand beau cette fois. La vue du Huayna qui grandit sur fonds de ciel bleu nous remplit de bonheur. Cette fois on y croit !<\/p>\n\n\n\n<p>Au passage, je ne peux m&#8217;emp\u00eacher de prendre \u00e0 nouveau en photo le cimeti\u00e8re perdu sur fonds de sommet enneig\u00e9. Me souvenant de ce site si intrigant, je me suis tenu pr\u00eat depuis plusieurs kilom\u00e8tres, persuad\u00e9 de tenir l\u00e0 un clich\u00e9 de grand reportage, avec tous les ingr\u00e9dients qui font une photo de l\u00e9gende : nature sauvage et impressionnante, signes de culture humaine enracin\u00e9e et typ\u00e9e&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Des ann\u00e9es apr\u00e8s, une br\u00e8ve recherche sur Internet m&rsquo;apprendra que TOUS les occidentaux qui partent pour l&rsquo;ascension du Huayna Potosi prennent cette photo, sous le m\u00eame angle et avec la m\u00eame focale que moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Premi\u00e8re d\u00e9ception en r\u00e9alisant que je n&rsquo;ai rien invent\u00e9 d&rsquo;original, que je suis sensible \u00e0 ce qui touche tout le monde, que probablement on est tous un peu format\u00e9s&#8230; Seconde d\u00e9sillusion : et pourquoi donc est-ce que je souhaite \u00eatre diff\u00e9rent des autres ? Est-ce un mal d&rsquo;avoir des points communs avec ses fr\u00e8res humains ?<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis, \u00e0 force d&rsquo;y repenser, de me rem\u00e9morer les \u00e9motions qui m&rsquo;avaient assailli \u00e0 la vue de ce site, j&rsquo;ai compris que peut-\u00eatre, il y avait bien en cet endroit quelque chose de fondamental, qui \u00e9veille de l&rsquo;\u00e9motion et de la d\u00e9votion en tout homme. L&rsquo;immensit\u00e9 horizontale, le vent dans les touffes d&rsquo;Ichu, et cette pyramide blanche dress\u00e9e vers le ciel, l&rsquo;appel d&rsquo;une force sup\u00e9rieure, le soleil accroch\u00e9 tout l\u00e0-haut. Comment ne pas imaginer qu&rsquo;il y a quelques si\u00e8cles ou mill\u00e9naires un de mes anc\u00eatres a ressenti \u00e0 cette vue une force irr\u00e9sistible, magique, lui dictant d&rsquo;enterrer l\u00e0 son parent, pour lui permettre d&rsquo;entamer une ascension heureuse vers la lumi\u00e8re ? Comment des si\u00e8cles d&rsquo;une telle d\u00e9votion, aujourd&rsquo;hui mat\u00e9rialis\u00e9e par ce village de tombes, pourraient ne pas toucher l&rsquo;homme qui passe ? Ce cimeti\u00e8re, c&rsquo;est peut-\u00eatre la porte magique qui donne acc\u00e8s au monde de l&rsquo;altitude et des esprits.<\/p>\n\n\n\n<p>Le camion nous abandonne sans crier gare \u00e0 Milluni, bien plus bas que notre point de d\u00e9part de la derni\u00e8re fois. Mais finalement, c&rsquo;est tranquillement qu&rsquo;on rejoint le col \u00e0 pied, empruntant m\u00eame un raccourci de mon cru qui d\u00e9pla\u00eet fort \u00e0 Sophie, ce qui est vraiment exag\u00e9r\u00e9 de sa part car il ne nous aura sans doute pas rallong\u00e9 de beaucoup !<\/p>\n\n\n\n<p>Surprise : au col nous ne sommes plus seuls : un occidental est assis l\u00e0, sur l&rsquo;herbe qui borde la piste. De toute \u00e9vidence il nous attend car d\u00e8s notre descente du camion il se pr\u00e9cipite sur nous et commence \u00e0 nous entretenir dans un anglais tr\u00e8s approximatif. Il est allemand, manifestement tr\u00e8s \u00e9nerv\u00e9. Il nous explique avec col\u00e8re qu&rsquo;il s&rsquo;est fait cambrioler son mat\u00e9riel dans sa tente, qu&rsquo;il faut absolument qu&rsquo;on vienne voir&#8230; Sophie n&rsquo;est pas enthousiaste (je la comprends). Moi non plus, mais je ne sais pas trouver le courage d&rsquo;expliquer \u00e0 cet homme que ma venue ne sera d&rsquo;aucune utilit\u00e9, que sa col\u00e8re me retombe en partie dessus et que je n&rsquo;aime pas \u00e7a&#8230; Alors je le suis sans discuter. Montant \u00e0 grandes enjamb\u00e9es dans l&rsquo;herbe verte il me d\u00e9crit sans cesse la situation, m&rsquo;explique que les gens de ce pays sont des voleurs, que le seul int\u00e9r\u00eat de la Bolivie c&rsquo;est vraiment les montagnes et uniquement elles&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Pauvre homme : il a plac\u00e9 un cadenas sur la fermeture \u00e9clair de la tente. Un coup de canif a bien \u00e9videmment suffi \u00e0 ouvrir le passage et embarquer en toute tranquillit\u00e9 le contenu all\u00e9chant de cet abri trop pr\u00e9caire.<\/p>\n\n\n\n<p>Un peu plus tard, difficilement parvenus \u00e0 nous extraire de la col\u00e8re de cet homme, Sophie et&nbsp; moi sommes pensifs sur le sentier du Huayna. La sc\u00e8ne nous a fait mal. Non pas pour la \u00ab\u00a0victime\u00a0\u00bb, qui s&rsquo;en remettra. Mais pour le regard haineux que cet homme porte sur ce pays et ses habitants. Il nous a sembl\u00e9 uniquement d\u00e9sireux d&rsquo;utiliser ces montagnes pour son plaisir personnel, sans comprendre qu&rsquo;on ne peut pas traverser un pays en ignorant la r\u00e9alit\u00e9 de ses habitants et de ses coutumes. Notre richesse est une tentation \u00e9norme pour ceux qui vivent ici. On les a exploit\u00e9s des si\u00e8cles durant, ils sont souvent en col\u00e8re contre nous. Il nous semble que pour se sentir serein dans ce pays il faut accepter cet \u00e9tat de fait. Si on apporte de la richesse, on risque de se la faire voler et c&rsquo;est comme \u00e7a, on n&rsquo;en mourra pas. Si on ne veut pas prendre le risque de se faire trop d\u00e9pouiller, il faut venir pauvre. Vivre au plus pr\u00e8s des gens d&rsquo;ici. Au seul risque de d\u00e9couvrir avec \u00e9merveillement que la vie qui en r\u00e9sulte n&rsquo;est pas plus d\u00e9sagr\u00e9able.<\/p>\n\n\n\n<p>Heureusement, la mont\u00e9e au camp se fait comme une promenade de sant\u00e9, et notre malaise se dissipe peu \u00e0 peu dans le ciel bleu.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous retrouvons avec plaisir la plate forme am\u00e9nag\u00e9e la semaine pr\u00e9c\u00e9dente. Il fait ti\u00e8de, lumineux&#8230; tout va bien&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Pour cette seconde tentative, nous avons chang\u00e9 de strat\u00e9gie : puisque nous ne sommes pas tr\u00e8s bien acclimat\u00e9s, on ne va pas tra\u00eener en altitude comme la derni\u00e8re fois : plus de camp \u00e0 5500 m qui donne mal \u00e0 la t\u00eate : on dort ici, \u00e0 4900, et puis on fonce au sommet le lendemain matin. Vite fait bien fait, un rapide passage en altitude qui ne laisse pas le temps \u00e0 la nature de nous prendre dans ses filets. 1200 m de mont\u00e9e, sans mat\u00e9riel de camping sur le dos, ce n&rsquo;est pas grand chose&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9veil \u00e0 1h30 du matin. Pas de vent, temp\u00e9rature \u00e0 peine fra\u00eeche&#8230; Et puis, incroyable : on a faim ! A cette altitude et cette heure, c&rsquo;est un fait suffisamment rare pour \u00eatre not\u00e9 !<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9part 2h30, glacier \u00e0 3h30. Les pointes des crampons font craquer la glace d&rsquo;une mani\u00e8re impressionnante qui nous fait sursauter bien qu&rsquo;on y soit maintenant habitu\u00e9s. Je n&rsquo;ai pas le souvenir d&rsquo;avoir constat\u00e9 ce fait en France mais il me rappelle une <a href=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/gestion\/un_ecrit.aspx?idecrit=671\">ascension en Cordill\u00e8re Blanche<\/a> quelques ann\u00e9es auparavant. Est-ce une particularit\u00e9 des glaciers sud-am\u00e9ricains ?<\/p>\n\n\n\n<p>6h00 : arriv\u00e9e au camp interm\u00e9diaire, \u00e0 5500 m. Sans signe de mal de l&rsquo;altitude, mais d\u00e9j\u00e0 plus tout \u00e0 fait indemne : nous sentons que les forces ont nettement diminu\u00e9. S&rsquo;ensuit une discussion entrecoup\u00e9e de petites marches pur se r\u00e9chauffer : va t-on continuer ? A deux ? Sophie ne veut pas. Pas question non plus de rester l\u00e0 \u00e0 attendre, sous peine de geler en quelques minutes et de venir grossir les rangs des blocs de mati\u00e8re organique durcis par le froid qui pars\u00e8ment la neige aux alentours.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous d\u00e9cidons de nous s\u00e9parer. Je pars vers le haut tandis que Sophie part en direction du camp, qu&rsquo;elle atteindra rapidement et sans probl\u00e8me tandis.<\/p>\n\n\n\n<p>De mon c\u00f4t\u00e9, je commence \u00e0 en chier franchement : jambes en coton, plus d&rsquo;\u00e9nergie. Heureusement, ni mal de t\u00eate, ni naus\u00e9e, ce que je ressens comme une grande chance !<\/p>\n\n\n\n<p>Je d\u00e9cide de rebrousser chemin \u00e0 5700m. Puis \u00e0 5800. A 5900 encore. Bient\u00f4t, mes d\u00e9cisions se rapprochent et c&rsquo;est tous les 50, 40, puis 10 m de d\u00e9nivel\u00e9 que je suis pr\u00eat \u00e0 mettre fin \u00e0 cette aventure d\u00e9bile. Chaque fois, un je-ne-sais-quoi me pousse \u00e0 faire encore un pas de plus, bien \u00e9videment pas pour aller au sommet, id\u00e9e que j&rsquo;ai abandonn\u00e9e depuis longtemps, mais simplement pour d\u00e9couvrir la vue qu&rsquo;on pourrait avoir de derri\u00e8re la butte qui est juste devant moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Le soleil tape maintenant, il fait moins froid, je peux m&rsquo;arr\u00eater fr\u00e9quemment, et m\u00eame m&rsquo;allonger. J&rsquo;en profite pour m&rsquo;endormir quelques minutes dans la neige et me r\u00e9veiller avec la t\u00eate qui tourne.<\/p>\n\n\n\n<p>Me voici devant une crevasse. Bien modeste, \u00e0 vrai dire : 50 cm de large tout au plus. Un jeu d&rsquo;enfant. Un coup d&rsquo;oeil au fonds me terrifie : des parois qui s&rsquo;enfoncent \u00e0 perte de vue pour dispara\u00eetre dans l&rsquo;obscurit\u00e9. Le risque d&rsquo;y tomber est nul, mais la machine \u00e0 s&rsquo;inventer des histoires tourne maintenant \u00e0 fonds. Il me faut de longues minutes pour d\u00e9cider de tenter le tout pour le tout : une manoeuvre d&rsquo;un audace incroyable : je lance un pieds sur l&rsquo;autre bord. Me voil\u00e0 tel le colosse de Rhode en \u00e9quilibre instable sur les deux l\u00e8vres. Le monde tourne autour de moi. Je lance mon piolet, il s&rsquo;ancre dans la neige, dans un geste d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 je tire&#8230; me voil\u00e0 pass\u00e9 !<\/p>\n\n\n\n<p>Moiti\u00e9 marchant moiti\u00e9 rampant j&rsquo;atteins la base de l&rsquo;ar\u00eate sommitale. Toute la cordill\u00e8re royale appara\u00eet soudain, en un clair obscur \u00e9tonnant : les versants sud sont blancs de neige, les versants nord noirs et secs&#8230;&nbsp; La pente est maintenant plus raide, en glace. Curieusement, toute trace de fatigue a disparu&#8230; Proximit\u00e9 du sommet ? N\u00e9cessit\u00e9 de se concentrer sur les difficult\u00e9s techniques et la s\u00e9curit\u00e9 ? Enfin, me voil\u00e0 au sommet, seul au dessus du monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Un point noir approche au bas de l&rsquo;ar\u00eate. Je crois reconna\u00eetre la d\u00e9marche de l&rsquo;allemand scandalis\u00e9&#8230; Il semble avoir r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9passer ses malheurs et \u00e0 repartir dans l&rsquo;action. Je n&rsquo;ai n\u00e9anmoins pas la moindre envie de le croiser \u00e0 nouveau, et de m\u00e9langer des sentiments si contradictoires dans ce lieu fantastique. En entamant la descente, je fais un d\u00e9tour pour passer au large !<\/p>\n\n\n\n<p>Je cours jusqu&rsquo;au camp interm\u00e9diaire. Il est grand temps, le mal de l&rsquo;altitude me rejoint, il faut quitter la montagne au plus vite. Au camp inf\u00e9rieur, Sophie est l\u00e0, tranquille mais heureuse de me voir revenir. Main dans la main, nous terminons ensemble la descente dans l&rsquo;herbe verte. Il me restera toujours le regret de ne pas avoir pu \u00eatre avec elle l\u00e0-haut&#8230;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/1991\/0601_huayna_potosi\/19910601_huayna_potosi_19.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption>Au loin, mer de nuage sur la for\u00eat amazonienne<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/1991\/0601_huayna_potosi\/19910601_huayna_potosi_28.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption>Tout l&rsquo;itin\u00e9raire vers le sommet, depuis la base<\/figcaption><\/figure><\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/1991\/0601_huayna_potosi\/19910601_huayna_potosi_21.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/1991\/0601_huayna_potosi\/19910601_huayna_potosi_25.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption>Une cord\u00e9e passe\u2026<\/figcaption><\/figure><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image wp-duotone-000000-ffffff-1\"><figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/1991\/0601_huayna_potosi\/19910601_huayna_potosi_17.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption>La cordill\u00e8re royale, depuis l&rsquo;ar\u00eate sommitale du Huayna<\/figcaption><\/figure><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;est une histoire qui date d\u00e9j\u00e0&#8230; pr\u00e8s de 15 ans se sont \u00e9coul\u00e9s depuis les journ\u00e9es que je raconte ici. 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