
{"id":653,"date":"2021-11-28T14:23:59","date_gmt":"2021-11-28T14:23:59","guid":{"rendered":"http:\/\/reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/?p=653"},"modified":"2021-11-28T14:24:01","modified_gmt":"2021-11-28T14:24:01","slug":"divagations-en-oisan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/divagations-en-oisan\/","title":{"rendered":"Divagations en Oisan"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-right\">L&rsquo; itin\u00e9raire de la balade racont\u00e9e dans cette page est d\u00e9crit <a href=\"http:\/\/sdfqsdfqsdf\">ici<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Depuis plusieurs ann\u00e9es la route qui me conduisait des C\u00e9vennes vers le Mont-Blanc longeait les sommets de l&rsquo;Oisan. La montagne sauvage toute proche inond\u00e9e de soleil et la perspective de me retrouver bient\u00f4t dans le mauvais temps r\u00e9current du Mont-Blanc allumaient un doute dans mon esprit : pourquoi ne pas s&rsquo;arr\u00eater l\u00e0, profiter simplement de ces beaux sommets chaleureux, moins hauts certes, mais donc justement plus d\u00e9tendants&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Chaque fois le d\u00e9mon de l&rsquo;altitude maximum avait gagn\u00e9. Mais je ressentais qu&rsquo;il \u00e9tait \u00e9galement temps pour moi de profiter \u00e0 nouveau des choses plus simples. Alors j&rsquo;ai ressorti les vieilles cartes de l&rsquo;Oisan, et essay\u00e9 d&rsquo;imaginer une ballade qui, comme \u00e0 mon habitude, permettrait d&rsquo;avancer tranquillement, tente sur le dos, en restant \u00ab\u00a0la-haut\u00a0\u00bb. Dans mon esprit pourtant, cette balade ne restait qu&rsquo;une alternative au projet \u00ab\u00a03 nuits au Mont-Blanc\u00a0\u00bb en cas de m\u00e9t\u00e9o d\u00e9favorable. Un pis-aller. Je parcourais donc tout d&rsquo;abord les cartes avec une distance vaguement ennuy\u00e9e, l&rsquo;esprit ailleurs. Suivant du doigt les lignes bleues des itin\u00e9raires de ski de rando je r\u00eavais \u00e0 d&rsquo;autres sommets. Et puis, \u00e0 force d&rsquo;essayer de visualiser les cols, de r\u00e9fl\u00e9chir aux sites qui pourraient accueillir une tente, d&rsquo;\u00e9valuer la difficult\u00e9 technique de tel passage glaciaire un peu plus raide, l&rsquo;envie est venue. De ne pas c\u00e9der. D&rsquo;y aller pour de vrai !<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, avec mes petits camarades on a pris le chemin de l&rsquo;Oisan.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant ce temps, pour une fois il a fait grand beau sur le Mont-Blanc. Et alors ?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">En route vers le monde de l&rsquo;altitude<\/h2>\n\n\n\n<p>Altitude&#8230; Ce mot me fait frissonner. Quand je r\u00eave \u00e0 l&rsquo;altitude, je bascule sans cesse et sans transition d&rsquo;un \u00e9tat de bien-\u00eatre profond \u00e0 une peur sans nom, de l&rsquo;avidit\u00e9 d&rsquo;y \u00eatre \u00e0 l&rsquo;envie de rester bien au chaud devant un bon feu dans la chemin\u00e9e de Saint Laurent. Je suis bien incapable de comprendre ce qui m&rsquo;attire \u00e0 ce point. Je me demande m\u00eame, question ultime, ce que signifie pr\u00e9cis\u00e9ment ce terme pour moi.<\/p>\n\n\n\n<p>A partir de quelle altitude puis-je d\u00e9cr\u00e9ter que maintenant, je suis \u00ab\u00a0en altitude\u00a0\u00bb ? 1000 m ? 3000 m ? 8000 m ? Rien de tout cela. Je vis \u00e0 870 m et il m&rsquo;arrive de me sentir \u00ab\u00a0en altitude\u00a0\u00bb sur une basse colline de l&rsquo;arri\u00e8re pays m\u00e9diterran\u00e9en. Je me suis promen\u00e9 \u00e0 6500 m sur quelques sommets andins et je suis toujours aussi excit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de gravir une dune sableuse de 6m50 au fond d&rsquo;une baie de la c\u00f4te bretonne.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;altitude, peut-\u00eatre que c&rsquo;est le pays que l&rsquo;on atteint lorsque l&rsquo;on monte, tout simplement. Etre plus haut qu&rsquo;ici et maintenant. L&rsquo;envie de plus&#8230; c&rsquo;est si banal, et peut-\u00eatre si inutile.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd&rsquo;hui, au petit matin je prends la route. Destination : le massif de l&rsquo;Oisan. Dans la paix du trajet solitaire, en contemplant les lignes de cr\u00eates c\u00e9venoles qui s&rsquo;\u00e9chelonnent \u00e0 l&rsquo;infini, je songe que pour moi le voyage vers l&rsquo;altitude commence ici. Parfois, au coeur de l&rsquo;hiver, ces montagnes modeste se couvrent de neige, et le vent peut y faire pousser des cong\u00e8res qui lui donnent des airs de haute montagne.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour l&rsquo;heure, il me faut commencer par descendre de ce haut-pays et regagner la plaine, relier la montagne \u00e0 la montagne par une trajectoire basse qui racle des centaines de kilom\u00e8tres durant le socle de cette bonne vieille Terre. J&rsquo;imagine un viaduc gigantesque, tendu entre le Mont Aigoual et la barre des Ecrins, gr\u00e2ce auquel je pourrais enfin vivre ce r\u00eave d&rsquo;enfant : ne jamais redescendre&#8230;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_01.jpg\" alt=\"\" width=\"840\" height=\"425\"\/><figcaption>Descente de la montagne c\u00e9venole<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Du chalet de Vallouise, confortablement install\u00e9s dans les profondeurs des fauteuils moelleux, nous pouvons \u00e0 loisir contempler la montagne \u00e0 travers la baie vitr\u00e9e. D&rsquo;ici, la notion d&rsquo;altitude prend une r\u00e9alit\u00e9 tangible : le monde de l&rsquo;altitude, c&rsquo;est <i>l\u00e0-haut<\/i>. C&rsquo;est \u00e0 dire qu&rsquo;en tout cas, \u00e7a n&rsquo;est pas ici. Pour que je rejoigne cet univers ch\u00e9ri, il va falloir que je m&rsquo;extirpe de ce cocon douillet et que je me bouge le cul. C&rsquo;est peut-\u00eatre \u00e7a, finalement, ma d\u00e9finition de l&rsquo;altitude : c&rsquo;est un lieu un peu plus \u00e9lev\u00e9 que le lieu dans lequel je me trouve \u00e0 un moment donn\u00e9, et qui n\u00e9cessite un effort pour \u00eatre atteint.<\/p>\n\n\n\n<p>Et, bien s\u00fbr, comme \u00e0 chaque fois je me demande avec appr\u00e9hension comment nous allons bien r\u00e9ussir \u00e0 l&rsquo;atteindre, ce monde. Vus d&rsquo;ici, les versants paraissent si&#8230; raides. Incertains. Instables. Paumatoires. Sans parler des parties glaciaires, al\u00e9atoires et mouvantes&#8230; Avant le d\u00e9part, je le sais pour l&rsquo;avoir si souvent v\u00e9cu, le moral va et vient, au gr\u00e9 du passage d&rsquo;un nuage fugitif devant le soleil, qui fait soudain voir les choses plus sombrement. Tant que la dynamique n&rsquo;est pas enclench\u00e9e, que le corps ne s&rsquo;est pas encore mis en mouvement, je n&rsquo;arrive jamais \u00e0 y croire vraiment. Dans ces moments l\u00e0, c&rsquo;est mieux pour moi d&rsquo;aller me coucher, tiens.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais lorsque par miracle, au petit matin suivant il fait grand beau, le monde de l&rsquo;altitude redevient instantan\u00e9ment un objectif presque acquis. La troupe se pr\u00e9cipite alors sur le chemin pleine d&rsquo;enthousiasme et de certitudes.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re journ\u00e9e d&rsquo;une mont\u00e9e vers l&rsquo;altitude est un moment de grand bonheur. La haute montagne d\u00e9j\u00e0 proche insuffle en continu une \u00e9nergie joyeuse et d\u00e9sordonn\u00e9e. Un chemin confortable se d\u00e9roule sous les pieds, qui permet chaque fois que l&rsquo;on le d\u00e9sire de se perdre dans des pens\u00e9es intimes sans se perdre vraiment.<\/p>\n\n\n\n<p>Au travers du min\u00e9ral, de plus en plus pr\u00e9sent, perce encore la vie ordinaire de la vall\u00e9e, et dans la douceur d&rsquo;un arr\u00eat on prend encore le temps de profiter de petites choses qui n&rsquo;ont rien \u00e0 voir avec le monde de l&rsquo;altitude.<\/p>\n\n\n\n<p>Durant cette journ\u00e9e, tout est possible, tout est facile.<\/p>\n\n\n\n<p>Vers le milieu de l&rsquo;apr\u00e8s-midi cependant, au d\u00e9tour d&rsquo;un rocher, l&rsquo;herbe se fait subitement plus rare. Un l\u00e9ger voile s&rsquo;installe devant le soleil et la temp\u00e9rature fra\u00eechit. Un peu plus haut C\u00e9cile est tir\u00e9e de son monologue int\u00e9rieur par ce changement d&rsquo;ambiance qui l&rsquo;a fait frissonner. Elle s&rsquo;arr\u00eate, intrigu\u00e9e, et balance la t\u00eate de droite et de gauche, interrogeant du regard les sommets et le ciel pour \u00e9couter l&rsquo;explication de ce qui se trame. C&rsquo;est le premier signal : ici va prendre fin le monde d&rsquo;en bas. Plus avant, on p\u00e9n\u00e8tre dans l&rsquo;espace interm\u00e9diaire, celui-l\u00e0 m\u00eame qui fait le lien avec le monde de l&rsquo;altitude.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici, selon son humeur et celle du ciel, on peut se sentir en bas ou en haut.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais c&rsquo;est la derni\u00e8re fois que l&rsquo;on a le choix : d\u00e9j\u00e0 les taches vertes de v\u00e9g\u00e9tation s&rsquo;espacent, puis disparaissent compl\u00e8tement, laissant place \u00e0 l&rsquo;univers min\u00e9ral de l&rsquo;\u00e9boulis. Remontant le ruisseau, dernier \u00e9l\u00e9ment vivant dans cet environnement silencieux, le regard finit par atteindre le glacier. Les nuages gris qui abordent l&rsquo;ar\u00eate rocheuse lui donnent un \u00e0 pr\u00e9sent aspect sinistre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le nez en l&rsquo;air, en \u00e9voquant les difficult\u00e9s ou les passages faciles nous suivons du doigt des itin\u00e9raires r\u00e9alistes ou fantasm\u00e9s. Rien ne permettra d&rsquo;en savoir plus avant d&rsquo;y \u00eatre pour de vrai.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce soir, nous allons pouvoir passer une derni\u00e8re nuit sur l&rsquo;herbe.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_04.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_06.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_05.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_09.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p>Le second jour de la mont\u00e9e vers l&rsquo;altitude est important : c&rsquo;est dans ces heures d\u00e9cisives que va se dessiner le succ\u00e8s ou l&rsquo;\u00e9chec de l&rsquo;\u00e9preuve de passage. Car il y a un seuil. Le franchir projette les heureux \u00e9lus au dessus des nuages, et tout devient ensuite plus simple. Le louper signifie errer longuement dans les chemins de traverse en cherchant toujours plus loin un hypoth\u00e9tique passage, alors qu&rsquo;un doute tenace nous travaille en nous laissant penser qu&rsquo;il est depuis longtemps derri\u00e8re nous. A la fin, d\u00e9courag\u00e9, apeur\u00e9, on entame une redescente qui n&rsquo;est qu&rsquo;une lugubre retraite, avec la sensation d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 refus\u00e9 \u00e0 la porte du paradis. Ce seuil n&rsquo;est pas connu de beaucoup de gens, car pour l&rsquo;appr\u00e9hender il faut \u00eatre soi-m\u00eame en charge de l&rsquo;itin\u00e9raire et du groupe. A ceux qui vont en montagne avec un guide il restera imperceptible, toute la tension de l&rsquo;\u00e9preuve reposant sur les \u00e9paules de celui qui m\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>A l&rsquo;or\u00e9e de cette seconde journ\u00e9e de mont\u00e9e vers l&rsquo;altitude, tout en progressant le long de cette moraine raide mais facile et rassurante, j&rsquo;observe le glacis rocheux au dessus duquel appara\u00eet le glacier. Les pentes semblent plus raides, les rochers doivent facilement partir sur cette surface lisse. L\u00e0-haut il faudra trouver un itin\u00e9raire qui empruntera les moindre asp\u00e9rit\u00e9s du relief. Il faudra aussi trouver un acc\u00e8s vers le glacier&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Comme la veille, le ciel se charge de nous envoyer un second signal. La brume s&rsquo;approche et nous engloutit soudain. La recherche du meilleur passage devra donc se faire en aveugle.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ma marche silencieuse, je l&rsquo;ai compris maintenant : le SEUIL, celui qui donne acc\u00e8s au monde de l&rsquo;altitude, ce sera pr\u00e9cis\u00e9ment LA.<\/p>\n\n\n\n<p>Une heure passe encore, silencieuse. Progressivement, la pente de la moraine s&rsquo;aplatit, puis nous voici immobiles et silencieux sur le replat. Au del\u00e0 commence la travers\u00e9e. D&rsquo;ici, malgr\u00e9 la brume, elle para\u00eet \u00e0 vrai dire peu mena\u00e7ante. Nous nous y engageons au jug\u00e9. De loin en loin, un souffle de vent d\u00e9chire la brume et la montagne appara\u00eet.&nbsp; Je dois vite me rendre \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence : nous progressons facilement et rapidement vers le glacier, dont l&rsquo;abord semble des plus facile, sur ce qui ressemble fort \u00e0 un chemin.<\/p>\n\n\n\n<p>Une demi-heure plus tard, nous posons un pied triomphal sur la glace, marquant en grande pompe notre entr\u00e9e officielle dans le monde de l&rsquo;altitude. Je suis fier : mes compagnons n&rsquo;ont pas l&rsquo;air d&rsquo;avoir ressenti la tension terrible de ce moment d\u00e9cisif, ce qui semble prouver sans \u00e9quivoque mes capacit\u00e9s de leader maximo et mes comp\u00e9tences d&rsquo;alpiniste de grande classe&#8230; Allez, en fait je mesure en silence ma b\u00eatise de meneur qui construit des difficult\u00e9s imaginaires et les affronte h\u00e9ro\u00efquement dans la solitude de ses pens\u00e9es tandis que les autres marchent t\u00eate en l&rsquo;air et nez au vent, profitant simplement du paysage sans s&rsquo;inventer de chim\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 tout, la suite de ma th\u00e9orie semble rester valide. Une fois sur le glacier, malgr\u00e9 les nombreuses crevasses entrem\u00eal\u00e9es, tout est plus simple. La progression devient plus homog\u00e8ne, le geste reste le m\u00eame plusieurs heures durant.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_10.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_14.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_12.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_16.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p>Il y a bien l\u00e0 une sensation d&rsquo;altitude nouvelle. La vall\u00e9e a disparu sous les nuages et nous voil\u00e0 quelque part ailleurs, sans plus aucun lien avec le monde d&rsquo;en bas.<\/p>\n\n\n\n<p>Bient\u00f4t, m\u00eame les crevasses semblent se fatiguer de nous entourer sans cesse, et nous voil\u00e0 simplement marchant au gr\u00e9 de nos envies sur un glacier simple.<\/p>\n\n\n\n<p>Au loin, une excroissance rocheuse \u00e9merge de ce univers blanc. Seule \u00e9mergence min\u00e9rale dans la blancheur, elle nous attire irr\u00e9sistiblement, n\u00e9cessiteux que nous sommes d&rsquo;atteindre un \u00ab\u00a0quelque part\u00a0\u00bb, au lieu de rester pos\u00e9s l\u00e0, au milieu de nulle part. C&rsquo;est la pointe des Arcas, indique la carte.<\/p>\n\n\n\n<p>Encore quelques centaines de m\u00e8tres de d\u00e9nivel\u00e9, durant lesquels ce foutu rocher semble reculer sans cesse, et nous arrivons \u00e0 un col qui semble parfait pour accueillir un camp s\u00fbr, calme et confortable.<\/p>\n\n\n\n<p>Les nuages s&rsquo;ouvrent pour nous accueillir, appara\u00eet un petit coquin qui \u00e9tait rest\u00e9 cach\u00e9 jusque l\u00e0 : le Pelvoux.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0, c&rsquo;est s\u00fbr : cette nuit, nous allons dormir dans le monde de l&rsquo;altitude.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_17.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_25.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_27.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_21.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_26.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_31.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_22.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption>Le Mont-Blanc par del\u00e0 les cr\u00eates de l&rsquo;Oisan<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_23.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_33.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Y&rsquo;a du monde au balcon<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><i>En revenant de la foire, de la foire \u00e0 Montbrison<br>J&rsquo;y ai rencontr\u00e9 3 filles, tapes ta pine<br>Trois p&rsquo;tites filles et trois gar\u00e7ons<br>Tapes ta pine contre mon con.<\/i><\/p>\n\n\n\n<p>Puissante et bien pos\u00e9e, la voix de Christophe fend l&rsquo;air cristallin et r\u00e9sonne sur les parois rocheuses alentour. Nous restons tous les trois fig\u00e9s par l&rsquo;incongruit\u00e9 de ces paroles p\u00e9cheresses dans un tel paysage de puret\u00e9. Et puis nous sentons la joie qui monte et nous voil\u00e0 tous \u00e0 rire de bon c\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_36.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Nous sommes au troisi\u00e8me jour de la balade. Apr\u00e8s deux journ\u00e9es essentiellement consacr\u00e9es \u00e0 monter pour rejoindre le monde de l&rsquo;altitude, nous pouvons \u00e0 pr\u00e9sent honn\u00eatement pr\u00e9tendre y \u00eatre pour de bon. Au programme de la journ\u00e9e : la travers\u00e9e des glaciers du Mon\u00e9tier, de la pointe des Arcas au col du Mon\u00eatier.&nbsp; Un itin\u00e9raire qui a tout pour nous plaire : techniquement facile, pas fatigant pour deux sous car pr\u00e9sentant peu de d\u00e9nivel\u00e9e, beau comme tout avec son profil en balcon qui nous maintient loin au dessus de la vall\u00e9e de la Guisane, entre 3200 et 3400 m\u00e8tres d&rsquo;altitude, et nous donne l&rsquo;impression de traverser le ciel au dessus du monde&#8230; L&rsquo;air calme et ti\u00e8de est d&rsquo;une merveilleuse transparence qui met le Mont Viso \u00e0 port\u00e9e de main.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_37.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Au milieu de cette progression essentiellement glaciaire, nous traversons un site \u00e9trange : le glacier est couvert de s\u00e9diments ocre, rouille et jaunes. Le soleil du matin projette nos ombres sur une cr\u00eate proche et donne \u00e0 notre groupe des allures de caravane traversant un d\u00e9sert africain. L&rsquo;image d&rsquo;une pub pour Terre d&rsquo;Aventure me traverse. Merveilleux d\u00e9paysement, qui cependant fait na\u00eetre un doute dans mon esprit : qu&rsquo;en est-il de l&rsquo;avenir de ce massif ? Cette interrogation me pr\u00e9occupera de mani\u00e8re croissante au fil des jours, pour culminer sur le <a href=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/gestion\/un_ecrit.aspx?idecrit=594\">glacier blanc<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_37.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>De fait, apr\u00e8s le lever de campement, la premi\u00e8re partie de matin\u00e9e est d&rsquo;une douceur et d&rsquo;une facilit\u00e9 que je crois bien n&rsquo;avoir jamais rencontr\u00e9 en haute montagne. La neige au sol, transform\u00e9e depuis longtemps par une absence totale de pr\u00e9cipitation, porte parfaitement. Les lentes ondulations de ce glacier sans crevasse n&rsquo;arrivent pas vraiment \u00e0 nous donner l&rsquo;impression de la mont\u00e9e et c&rsquo;est sans efforts que nous d\u00e9couvrons, au sommet de chaque petite bosse, l&rsquo;aspect nouveau du creux suivant.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_40.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Un terrain facile comme celui-ci donne de la souplesse au groupe : pas d&rsquo;encordement, chacun peut choisir son itin\u00e9raire et son rythme, qui ne sont pas forc\u00e9ment les m\u00eames que ceux du voisin. Cette libert\u00e9 est bien rare en haute montagne, je go\u00fbte avec bonheur cette ambiance si diff\u00e9rente de celle de la cord\u00e9e. Nous voici bient\u00f4t dispers\u00e9s sur l&rsquo;\u00e9tendue blanche, peu \u00e0 peu absorb\u00e9s dans des monologues internes dont nous \u00e9mergeons avec surprise de loin en loin, tournant et retournant la t\u00eate de droite et de gauche pour r\u00e9aliser que le paysage a chang\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Une ou deux heures passent ainsi. Notre rythme tranquille n&rsquo;est interrompu par aucune difficult\u00e9 ni fatigue, et rend finalement la progression rapide et r\u00e9guli\u00e8re. Il me semble que le col du Mon\u00eatier sera bien vite atteint.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour contredire ce bel optimisme, nous finissons par arriver au sommet d&rsquo;un verrou glaciaire assez raide. Ma carte, vieille de 20 ans, indique une continuit\u00e9 dans le relief, mais la fonte de ces derni\u00e8res ann\u00e9es a fait son oeuvre et l&rsquo;abaissement du niveau du glacier inf\u00e9rieur a accentu\u00e9 la pente et laiss\u00e9 \u00e9merger une barre rocheuse raide et instable.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme toujours, les lourdes charges que nous portons suffisent, malgr\u00e9 la faible difficult\u00e9 technique du passage, \u00e0 nous donner un sentiment d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 qui nous fait nous mouvoir avec lenteur et pr\u00e9caution. Dans cet entrelac de vires rocheuses d\u00e9lit\u00e9es, nous cherchons longtemps le meilleur site pour reprendre pied sur le glacier inf\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p>Par dix reprises, parvenu \u00e0 un m\u00e8tre de la glace je n&rsquo;ai pas r\u00e9ussi \u00e0 trouver un appui correct pour y prendre position en s\u00e9curit\u00e9. J&rsquo;ai d\u00fb remonter, et errer \u00e0 nouveau dans l&rsquo;\u00e9bouli instable, le doute s&rsquo;insinuant un peu plus en moi \u00e0 chaque fois. Mes altermoiements sont particuli\u00e8rement malencontreux dans ce versant nord. Entre ombre et lumi\u00e8re, cette montagne pourtant cl\u00e9mente et accueillante pr\u00e9sente au moins 25\u00b0C d&rsquo;amplitude thermique, et il faut bien choisir les endroits o\u00f9 faire la pause ! Je passe et repasse au large de mes 3 camarades qui, comme les gallinac\u00e9s d&rsquo;une basse cour un petit matin d&rsquo;hiver, se pressent frileusement les uns contre les autres, tapant du pied et se frottant le dos \u00e0 grandes brass\u00e9es, tout en manifestant leur impatience et en me lan\u00e7ant quelques remarques amus\u00e9es sur mes d\u00e9placements erratiques et inefficaces..<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_41.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Finalement, prenant mon courage \u00e0 deux mains et une broche \u00e0 glace dans la troisi\u00e8me, dans un grand fracas de cailloux instables qui d\u00e9valent la pente rebondissant en tous sens, je force ce bien modeste passage et ose enfin quitter la roche pour la glace.<\/p>\n\n\n\n<p>En tee-shirt sur le glacier inf\u00e9rieur resplendissant de soleil, nous savourons la chaleur retrouv\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><i>Les gar\u00e7ons disaient aux filles<br>Tapes ta pine<br>Les filles disaient aux gar\u00e7ons<br>Tapes ta pine contre mon con.<\/i><\/p>\n\n\n\n<p>Dans les mont\u00e9es, dans les descentes, \u00e0 la pause&#8230; Christophe chante sans cesse. A force d&rsquo;\u00e9couter avec attention, je commence \u00e0 comprendre la logique des paroles de sa chanson et \u00e0 en retenir quelques-unes. Au gr\u00e9 des respirations de Christophe, de l&rsquo;\u00e9vasion temporaire de ses pens\u00e9es vers d&rsquo;autres lieux ou d&rsquo;autres personnes, la m\u00e9lodie va et vient, se faisant parfois oublier pendant une minute, pour ressurgir soudain par bribes, souvent d&rsquo;ailleurs sur le \u00ab\u00a0tapes ta pine\u00a0\u00bb. Plus d&rsquo;une fois je m&rsquo;aper\u00e7ois que dans ma t\u00eate j&rsquo;ai moi aussi gard\u00e9 le fil de la chanson et que j&rsquo;en suis approximativement au m\u00eame stade.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_42.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Selon toute vraisemblance, l&rsquo;itin\u00e9raire que nous empruntons \u00e0 pr\u00e9sent n&rsquo;est presque jamais fr\u00e9quent\u00e9 : pour qui n&rsquo;est pas en raid de plusieurs jours, les longues distances rendent \u00e0 priori difficile (par manque de temps) ou peu int\u00e9ressant le transit du glacier du Mon\u00e9tier vers le col du m\u00eame nom. De fait, aucun cairn, aucune trace de passage ne sont visibles. La pente se redresse peu \u00e0 peu. Nous progressons dans des \u00e9boulis tr\u00e8s grossiers et assez instables sur lesquels je prends un grand plaisir \u00e0 sauter de roche en roche, \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute des sourds frottements annonciateurs de la chute, pr\u00eat \u00e0 m&rsquo;\u00e9carter en toute h\u00e2te lorsque le coin devient mauvais. Gambadant loin devant les autres, je m&rsquo;amuse, sans comprendre que ce milieu mouvant fait peur \u00e0 Antoine qui n&rsquo;en a pas l&rsquo;habitude. C&rsquo;est en faisant le d\u00e9briefing de la journ\u00e9e que je r\u00e9aliserai combien je me sens chez moi dans cet univers, et comme ceux qui n&rsquo;ont pas cette chance portent un fardeau d&rsquo;inqui\u00e9tude qui leur demande une \u00e9nergie de r\u00e9gulation importante et permanente. Il ne faut pas que j&rsquo;oublie \u00e7a dans l&rsquo;avenir, sinon je vais en d\u00e9go\u00fbter&#8230; ou en perdre !<\/p>\n\n\n\n<p>Retour \u00e0 la neige, \u00e0 une surface r\u00e9guli\u00e8re, stable, dans laquelle les 10 pointes des crampons p\u00e9n\u00e8trent profond\u00e9ment, donnant l&rsquo;impression de ma\u00eetriser sa progression, sa s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_44.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Une sorte de fiert\u00e9 s&rsquo;installe en moi : fiert\u00e9 d&rsquo;\u00eatre l\u00e0, d&rsquo;\u00eatre capable de faire les choix qui m\u00e8neront \u00e0 l&rsquo;objectif, fiert\u00e9 d&rsquo;\u00eatre \u00e0 l&rsquo;aise dans ses chaussures de montagne. C&rsquo;est b\u00eate, la fiert\u00e9, je ne suis pas fier d&rsquo;\u00eatre fier, c&rsquo;est pr\u00e9tentieux, mais je suis fier tout de m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous nous \u00e9levons loin au dessus du glacier inf\u00e9rieur, qui s&rsquo;enfonce vers la vall\u00e9e, vers un autre monde dont nous nous \u00e9loignons un peu plus \u00e0 chaque pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Aussi longtemps qu&rsquo;elle reste dans mon champ de vision, cette langue glaciaire me fascine. Alors que je la sens en v\u00e9rit\u00e9 mourante, elle semble couler \u00e0 grande vitesse, aspir\u00e9e par les profondeurs de la vall\u00e9e invisible. Il me semble percevoir son mouvement hypnotique, mat\u00e9rialis\u00e9 par une couronne de vagues concentriques \u00e0 l&rsquo;endroit de la rupture de pente.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme dans un cauchemar de ma jeunesse, je m&rsquo;imagine alpiniste la gravissant laborieusement, sur les pointes avant de mes crampons. Au d\u00e9but tout va bien, mais bient\u00f4t je m&rsquo;aper\u00e7ois avec horreur que la glace descend de plus en plus vite, contrant ma propre progression. Malgr\u00e9 tous mes efforts pour acc\u00e9l\u00e9rer, je reste ind\u00e9finiment immobile, condamn\u00e9 \u00e0 lutter sous peine d&rsquo;\u00eatre englouti dans l&rsquo;obscurit\u00e9 de la vall\u00e9e profonde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><i>Si vous n&rsquo;\u00e9tiez pas si b\u00eate, soul\u00e8veriez vos jupons<br>Vous y verriez une p&rsquo;tite b\u00eate, tapes ta pine<br>Pas plus grosse qu&rsquo;un h\u00e9risson, tapes ta pine contre mon con<\/i><\/p>\n\n\n\n<p>Christophe voue un v\u00e9ritable culte \u00e0 cette chanson. Apr\u00e8s l&rsquo;avoir entendue pour la premi\u00e8re fois, il nous raconte qu&rsquo;il en a soigneusement not\u00e9 les paroles pour pouvoir les apprendre, il dit que c&rsquo;est venu tr\u00e8s vite. Il a aussi fait un enregistrement \u00ab\u00a0live\u00a0\u00bb pour bien m\u00e9moriser la m\u00e9lodie et pouvoir chaque fois qu&rsquo;il le veut se rem\u00e9morer ce beau moment. Mais \u00e7a ne suffisait pas \u00e0 ass\u00e9cher son envie de rendre hommage \u00e0 la chanson, aux paroles et aux interpr\u00e8tes, alors il a cr\u00e9\u00e9 un livre d&rsquo;or de la chanson, dans lequel il fait \u00e9crire les auditeurs de la version originale et de ses propres d\u00e9clinaisons. Il sort le carnet de sa poche et l&rsquo;exhibe avec fiert\u00e9. C&rsquo;est pas vrai, il l&rsquo;a amen\u00e9 en montagne ! On fait une chasse impitoyable au gramme de trop et lui il am\u00e8ne en haute montagne le livre d&rsquo;or de la chanson Tapes ta pine. Je crois r\u00eaver. Mais je vais m&#8217;empresser d&rsquo;y consigner le torrent d&rsquo;\u00e9motions de toutes sortes qui me traverse \u00e0 l&rsquo;\u00e9couter !<\/p>\n\n\n\n<p>Progressivement la pente de glace s&rsquo;est adoucie. Nous p\u00e9n\u00e9trons peu \u00e0 peu dans le dernier cirque glaciaire avant l&rsquo;arriv\u00e9e au col. Un endroit&#8230; bizarre. De hautes parois rocheuses raides et aust\u00e8res nous entourent de toute part. A leurs pieds la neige est constell\u00e9e de pierres de toutes tailles. Une crevasse unique mais \u00e9norme et tr\u00e8s tortur\u00e9e traverse le cirque dans un mouvement compliqu\u00e9 qui oblige a n\u00e9gocier son itin\u00e9raire. Jusqu&rsquo;au dernier moment, le col reste invisible, nous donnant l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre un gibier fuyant devant son pr\u00e9dateur vers un cul de sac au fond duquel on va se retrouver dos au mur, face \u00e0 son destin. Une sourde hostilit\u00e9 se d\u00e9gage de ce lieu dans lequel je me sens pi\u00e9g\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le col du Mon\u00eatier n&rsquo;est pas seulement un col. C&rsquo;est un passage entre deux mondes. Au nord, c&rsquo;est la glace, l&rsquo;ombre, le froid. Au sud, la roche, le soleil, la chaleur. En quelques m\u00e8tres, l&rsquo;ambiance \u00ab\u00a0haute-montagne\u00a0\u00bb s&rsquo;\u00e9vapore comme par miracle. Un chemin bien trac\u00e9 part dans la descente, comme n&rsquo;importe quel GR de moyenne montagne. Cette ligne qui nous relie au monde civilis\u00e9 me d\u00e9leste instantan\u00e9ment de tout souci. A partir d&rsquo;ici, plus d&rsquo;initiatives \u00e0 prendre, plus de choix d&rsquo;itin\u00e9raires \u00e0 faire : le chemin se charge de tout, il sait ce qu&rsquo;il faut faire.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes plusieurs \u00e0 estimer que la vue sur les Ecrins constitue un arri\u00e8re-plan tr\u00e8s acceptable pour faire quelques photos, pour une fois complaisamment pos\u00e9es. Chacun va s&rsquo;asseoir \u00e0 son tour sur un rocher pro\u00e9minent plac\u00e9 l\u00e0 fort \u00e0 propos, et choisit l&rsquo;attitude qui lui semble le mettre le plus en \u00e9vidence.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_45.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Le cas de Christophe m\u00e9rite quelques commentaires. En bras de chemise malgr\u00e9 la petite brise glac\u00e9e, il fixe l&rsquo;objectif droit dans les yeux d&rsquo;un air d\u00e9contract. Il r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 la mani\u00e8re dont il va se pr\u00e9senter sur sa plaquette de promo d&rsquo;accompagnateur moyenne montagne, et \u00e7a lui semble vraiment hy-per-sym-pa de se monter comme \u00e7a. Il pr\u00e9tend que les filles vont tomber raides \u00e0 voir cette photo sur sa plaquette. Il imagine des slogans : \u00ab\u00a0Avec Christophe, vivez la montagne autrement\u00a0\u00bb, et nous les annonce avec fiert\u00e9, sans se troubler des&nbsp; plaisanteries douteuses qui fusent de toute part, pleines de pines et de h\u00e9rissons au poil doux. C&rsquo;est les vacances.<\/p>\n\n\n\n<p>Si un jour vous tombez sur une plaquette d&rsquo;accompagnateur avec cette photo, sachez que c&rsquo;est mon copain Christophe, qu&rsquo;il est tr\u00e8s bien, qu&rsquo;il faut absolument aller avec lui. Si vous vous ennuyez il pourra vous chanter des chansons (il en conna\u00eet au moins une). Mais sachez aussi que cette photo a une histoire marrante, qui vous sera cont\u00e9e un peu plus loin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><i>Vous y verriez un&rsquo;p&rsquo;tite b\u00eate, pas plus grosse qu&rsquo;un h\u00e9risson<br>Avec du poil bien moins raide, tapes ta pine<br>Mais aussi beaucoup moins long, tape ta pine contre mon con<\/i><\/p>\n\n\n\n<p>Ce que j&rsquo;aime particuli\u00e8rement dans cette chanson, c&rsquo;est ce ralentissement r\u00e9jouissant sur le mot \u00ab\u00a0Tapes\u00a0\u00bb. En fait, pour de vrai, Christophe chante \u00ab\u00a0Taaaaaa &#8211; p&rsquo;ta pi &#8211; neu\u00a0\u00bb. J&rsquo;ai l&rsquo;impression qu&rsquo;il en rajoute, qu&rsquo;il force le trait pour faire mieux, mais non, il m&rsquo;assure que lorsqu&rsquo;il a entendu la chanson pour la premi\u00e8re fois, chant\u00e9e par deux filles, c&rsquo;est exactement l&rsquo;intonation qu&rsquo;elles avaient donn\u00e9, et que lui ne cherchait qu&rsquo;\u00e0 reproduire fid\u00e8lement la chose. Chant\u00e9e par des filles ! Qui faisaient aussi tra\u00eener le \u00ab\u00a0Tapes\u00a0\u00bb ! Comme je regrette d&rsquo;avoir rat\u00e9 \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>Quittant le col \u00e0 regret, nous plongeons vers la vall\u00e9e. Une descente peu agr\u00e9able \u00e0 mon go\u00fbt, monotone et casse genou.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle permet cependant une \u00e9tonnante rencontre avec l&rsquo;une des statues de l&rsquo;Ile de P\u00e2ques arriv\u00e9e l\u00e0 on ne sait trop comment.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_49.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>En regardant grandir le refuge du glacier blanc, nous h\u00e9sitons. Trois jours hors de la civilisation ont d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 nous changer, y repasser maintenant ne nous fait pas envie. Nous pr\u00e9f\u00e9rons finalement nous arr\u00eater bien avant et prolonger la sensation de solitude. Seul le Pelvoux est autoris\u00e9 \u00e0 rester.<\/p>\n\n\n\n<p>Toilette dans la rivi\u00e8re, lecture, assoupissement au soleil&#8230; c&rsquo;est une belle fin pour une bien belle journ\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Empruntant l&rsquo;ar\u00eate d&rsquo;une moraine, je m&rsquo;\u00e9loigne un peu et m&rsquo;assois sur un rocher pos\u00e9 au milieu du ciel. Je laisse le silence m&rsquo;impr\u00e9gner. Le calme me gagne et peu \u00e0 peu je plonge en moi-m\u00eame, explorant tranquillement les m\u00e9andres de mes sensations. Mais je suis ramen\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 par une m\u00e9lodie lointaine qui r\u00e9sonne au travers des vall\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><i>Que faites-vous l\u00e0 roustons ?<br>Nous attendons l\u00e0 n\u00f4tre ma\u00eetre, qu&rsquo;est entr\u00e9 dans la maison<br>Il y est entr\u00e9 bien raide, tapes ta pine<br>Il en sortira moins long<br>Tapes ta pine contre mon con<\/i><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_50.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>En contemplant le camp qui s&rsquo;enfonce peu \u00e0 peu dans l&rsquo;ombre des sommets, je me demande si cette chanson est issue de fantasmes de gar\u00e7on ou si certaines filles expriment vraiment, parfois, des choses comme \u00e7a, et si elle les <i>ressentent pour de vrai<\/i>. Parce que moi, aucune fille ne m&rsquo;a jamais demand\u00e9 \u00e7a&#8230; en tout cas pas comme \u00e7a !<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Seuls dans un massif mort<\/h2>\n\n\n\n<p>Cette nuit, les nuages se sont install\u00e9s sur la montagne. Le bleu de la journ\u00e9e d&rsquo;hier, si pur qu&rsquo;il en \u00e9tait presque douloureux \u00e0 contempler, n&rsquo;est plus qu&rsquo;un lointain souvenir. Un souffle humide a pass\u00e9 sur chaque pierre et d\u00e9pos\u00e9 une mince pellicule d&rsquo;eau.<\/p>\n\n\n\n<p>Assourdie par l&rsquo;\u00e9pais brouillard au travers duquel nous taillons notre itin\u00e9raire, la respiration de la montagne n&rsquo;est plus la m\u00eame. Un \u00e9trange silence s&rsquo;est install\u00e9, fait d&rsquo;une note tr\u00e8s grave, inaudible mais que l&rsquo;organisme ressent jusque dans ses tr\u00e9fonds.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 trois jours que nous d\u00e9ambulons au travers de ce massif sans croiser \u00e2me qui vive. Sur le glacier du Mon\u00e9tier, \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart des sentiers battus, cela n&rsquo;avait rien d&rsquo;\u00e9tonnant. Aujourd&rsquo;hui, \u00e0 l&rsquo;approche du glacier Blanc, coeur touristique du massif, en toutes saisons point de convergence de caravanes h\u00e9t\u00e9roclites et bruyantes d&rsquo;alpinistes et de promeneurs de tous niveaux, le silence prend soudain un nouveau relief, plus inqui\u00e9tant. Il n&rsquo;y a pas \u00e2me qui vive. Ou sont-ils donc ? Et si, en quelques jours, un cataclysme nucl\u00e9aire avait d\u00e9truit le reste du monde, nous laissant seuls survivants errant dans une montagne d\u00e9sol\u00e9e, sans espoirs de redescente sous peine de p\u00e9rir irradi\u00e9s ?<\/p>\n\n\n\n<p>A l&rsquo;approche du refuge du glacier blanc, des mouvements furtifs attirent notre regard. Voici enfin d&rsquo;autres \u00eatres humains. Non que nous en recherchions la compagnie, bien au contraire. Mais apprendre qu&rsquo;ils existent toujours est un petit soulagement. Ce sont une vingtaine de chasseurs alpins. Ils partent apprendre le maniement des crampons un peu plus haut, sur le ressaut du glacier. Nos chemins se confondent un moment, mais les quelques blagues \u00e9chang\u00e9es entre nos deux groupes ne suffisent pas \u00e0 repousser le brouillard et laissent rapidement place \u00e0 des chuchotements qui vont s&rsquo;amenuisant. Derri\u00e8re de lointains rochers, de sombres silhouettes que l&rsquo;on n&rsquo;entend d\u00e9j\u00e0 plus disparaissent une par une, et bient\u00f4t le silence retombe sur notre colonne fantomatique.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_64.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Le glacier appara\u00eet au travers d&rsquo;une soudaine trou\u00e9e du brouillard. Il est sombre, tourment\u00e9, d\u00e9nu\u00e9 de toute neige. Si loin de l&rsquo;\u00e9tendue blanche, lisse et immacul\u00e9e dont je crois conserver le souvenir de mon dernier passage, voil\u00e0 20 ans. A cette vision le sentier sur lequel nous progressons nous semble tout \u00e0 coup accueillant : ici au moins le sol est ferme !<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_57.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_58.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_59.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p>Presque \u00e0 regret, il faut finalement poser le pied sur la glace et s&rsquo;\u00e9carter de la rive. La glace est dure, grise, marqu\u00e9e en profondeur de stries noires concentrant toute la crasse de l&rsquo;atmosph\u00e8re et des moraines. Bient\u00f4t, les formes sont hach\u00e9es, entrecoup\u00e9es de crevasses aux mouvements chaotiques. Toute couleur a disparu de ce monde au contraste absolu qui ne laisse exister que le noir et le blanc. Une impression de destruction par le feu r\u00e8gne ici, comme si cette surface \u00e9tait faite d&rsquo;un plastique qui aurait fondu sous l&rsquo;effet d&rsquo;un chalumeau g\u00e9ant.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques heures ont pass\u00e9. La sombre temp\u00eate de glace s&rsquo;est progressivement transform\u00e9e en un clapotis de petites crevasses se croisant en tous sens qui obligent \u00e0 des d\u00e9tours incessants. Parfois, tromp\u00e9s par cette hypnotique r\u00e9p\u00e9tition \u00e0 l&rsquo;infini de formes qui diff\u00e8rent et se ressemblent toutes, le regard s&rsquo;\u00e9gare, le sens de l&rsquo;orientation s&rsquo;affole, le plafond d\u00e9j\u00e0 si bas semble descendre encore, et les pens\u00e9es s&rsquo;\u00e9vadent.<\/p>\n\n\n\n<p>Me reviennent en m\u00e9moire des images de voilier au mouillage : le vent froid et humide nous glace la moelle tandis qu&rsquo;\u00e0 bord d&rsquo;une fragile annexe ballott\u00e9e par un ressac hach\u00e9 et moutonneux nous pagayons pour rejoindre la c\u00f4te proche qui semble ne pas approcher. Chaque vague qui nous trempe un peu plus fait grandir l&rsquo;inconfort. Je me sens sur le fil d&rsquo;une situation encore normale mais qui pourrait virer au sc\u00e9nario catastrophe si ce boudin de caoutchouc se retournait, nous projetant dans l&rsquo;eau glac\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Vers le fonds du glacier, au pied du col des \u00e9crins, la neige appara\u00eet enfin sur la glace. Grise elle aussi, humide, pourrie. D\u00e9j\u00e0 presque en eau, incapable d&rsquo;apporter \u00e0 ce glacier le froid dont il a besoin pour se r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer, r\u00e9sister \u00e0 la fonte le temps que l&rsquo;hiver am\u00e8ne son chargement de nouvelle neige. Au dessus de nos t\u00eates, les glaciers qui d\u00e9valent les pentes des sommets les plus fr\u00e9quent\u00e9s du massif sont si maigres ! Des pointes de rochers commencent \u00e0 appara\u00eetre ici et l\u00e0, t\u00e9moins qu&rsquo;il ne reste que la peaux sur les os.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce massif est mourant, je le sens dans mes tripes.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un silence vide de toute r\u00e9sonance humaine nous avons mont\u00e9 notre camp, le lendemain nous en avons install\u00e9 un autre au sommet du couloir de barre noire, le surlendemain, apr\u00e8s un passage au D\u00f4me des \u00c9crins nous avons entam\u00e9 la redescente. Au bas de la pente, \u00e0 l&rsquo;endroit ou le glacier redevient horizontal, \u00e0 travers une d\u00e9chirure du brouillard ti\u00e8de, nous avons aper\u00e7u, tr\u00e8s loin sur l&rsquo;autre versant du glacier, une cord\u00e9e qui progressait en sens inverse. Les trois points noirs reli\u00e9s par un mince fil suivaient un itin\u00e9raire \u00e9tonnant, erratique, ne menant \u00e0 rien. Nous les avons observ\u00e9s pendant une heure, reconnaissants d&rsquo;avoir quelqu&rsquo;un avec qui partager la majest\u00e9 du lieu. Sans doute ont-ils fait de m\u00eame, se demandant d&rsquo;o\u00f9 nous venions et souriant int\u00e9rieurement de la beaut\u00e9 de l&rsquo;existence d&rsquo;autres humains sur cette plan\u00e8te de glace fondante.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis, les voyant rejoindre l&rsquo;un apr\u00e8s l&rsquo;autre des piquets fich\u00e9s dans la glace \u00e0 intervalles r\u00e9guliers, et s&rsquo;arr\u00eater aupr\u00e8s de chacun d&rsquo;eux pour y manigancer d&rsquo;imp\u00e9n\u00e9trables op\u00e9rations, nous avons cru comprendre : il s&rsquo;agissait&nbsp; de glaciologues venus prendre le pouls du glacier, afin d&rsquo;estimer la vitesse de sa fin irr\u00e9m\u00e9diable et de se mettre \u00e0 son chevet.<\/p>\n\n\n\n<p>Le soir, au pr\u00e9 de Madame Carle, de retour dans le monde des hommes apr\u00e8s 6 jours de solitude, en faisant du stop en direction de Vallouise, je me suis demand\u00e9 pour quelles raisons ce massif \u00e9tait il \u00e0 ce point vide qu&rsquo;en une semaine pas une seule personne n&rsquo;ait pris le chemin du D\u00f4me, ni m\u00eame du refuge des \u00e9crins.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9ponse \u00e0 cette question ne m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 apport\u00e9e que quelques semaines apr\u00e8s le retour, lorsque j&rsquo;ai montr\u00e9 quelques photos \u00e0 mon fils, pour essayer de lui donner envie d&rsquo;aller un jour en montagne. En voyant appara\u00eetre la photo ci-dessus, prise le troisi\u00e8me jour depuis le col du Mon\u00eatier, au lieu d&rsquo;admirer la pose virile de Christophe il s&rsquo;est \u00e9cri\u00e9 : \u00ab\u00a0Oh, regarde papa, il y a des gens sur la montagne !\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Moi, je savais bien qu&rsquo;il n&rsquo;y avait eu personne de toute la semaine dans cette montagne morte, mais Nils a insist\u00e9, il a dit : \u00ab\u00a0Regarde, l\u00e0 !\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Oui, l\u00e0, regarde de plus pr\u00e8s !<\/p>\n\n\n\n<p>Encore plus pr\u00e8s !<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_91.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption> La photo des Ecrins sur laquelle apparaissent les points noirs a \u00e9t\u00e9 prise le 13 septembre 2004. Ca serait marrant si ceux qui ont r\u00e9alis\u00e9 cette ascension se reconnaissaient et me faisaient signe ! <\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Apercevoir ces deux points noirs, seuls sur cette montagne que j&rsquo;avais crue vide, m&rsquo;a procur\u00e9 une \u00e9motion difficilement descriptible. Alors, tout n&rsquo;est pas perdu, il y a encore de la vie par ici ! Cet hiver, j&rsquo;en suis s\u00fbr, il neigera. Beaucoup. Comme jamais. Et les glaciers de l&rsquo;Oisan vont recharger les batteries, et recommencer \u00e0 grossir.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Vers le dernier camp<\/h2>\n\n\n\n<p>Ce matin, il y a comme une ambiance&#8230; de fin. Au pied de la face des \u00c9crins, nous avons encore quelques efforts \u00e0 faire pour atteindre le point culminant du parcours. Alors d&rsquo;o\u00f9 me vient cette impression que tout est fini ? Que continuer est vain ?<\/p>\n\n\n\n<p>Quatre jours que nous avan\u00e7ons \u00e0 notre rythme tranquille. Quatre jours de plaisir et de r\u00eaverie, de tours et d\u00e9tours tricot\u00e9s \u00e0 travers cols, ar\u00eates et glaciers de traverse&#8230; Journ\u00e9es aux humeurs et paysages changeants, pleines du charme de l&rsquo;incertitude. Quel vallon se cache derri\u00e8re ce col, o\u00f9 seront-nous demain ? Le passage sera t-il possible ?<\/p>\n\n\n\n<p>Ici, sur cette vaste p\u00e9n\u00e9plaine blanche, tout est diff\u00e9rent. Binaire. Simple. Pr\u00e9visible. Un plan horizontal blanc, un plan inclin\u00e9 \u00e0 30 degr\u00e9s. Sans surprise. En haut, nous serons arriv\u00e9s. Au sommet. Mais au sommet de quoi ? Sera-ce l&rsquo;aboutissement de notre voyage ? L&rsquo;objectif qui donne sens \u00e0 tout le reste ? Comment l&rsquo;arriv\u00e9e sur un sommet, quel qu&rsquo;il soit, peut elle donner ou enlever de la valeur \u00e0 ce que nous avons v\u00e9cu ces derniers jours ?<\/p>\n\n\n\n<p>Non, ce n&rsquo;est pas \u00e7a qui me p\u00e8se. Je le comprends maintenant : nous allons monter, monter encore, et arriver au sommet. Mais derri\u00e8re ce sommet, il n&rsquo;y aura pas d&rsquo;autre sommet, pas d&rsquo;autre vallon cach\u00e9, plus d&rsquo;inconnu. Apr\u00e8s ce sommet il faudra redescendre. Entre ce lieu pr\u00e9cis o\u00f9 je me tiens debout dans l&rsquo;air \u00e0 peine froid de ce petit matin glauque, et le sommet, il n&rsquo;y a qu&rsquo;une seule et simple mont\u00e9e, lin\u00e9aire et sans surprise. Et quand nous serons arriv\u00e9s, ce sera fini. Ce sera \u00e0 nouveau la vie ordinaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les premi\u00e8res pentes, en passant sous l&rsquo;arc de s\u00e9racs, alors que nous montons pesamment, concentr\u00e9s, silencieux et soufflants, des images du pal\u00e9olithique me traversent. Nous sommes en d\u00e9but de p\u00e9riode glaciaire. Le froid est partout. Ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e, les p\u00e2turages ont maigri, il n&rsquo;y a plus de gibier plus rien \u00e0 manger. L&rsquo;instinct de survie nous a pouss\u00e9 \u00e0 aller voir ailleurs, \u00e0 franchir le grand glacier, derri\u00e8re lequel, aux dire des anciens, le climat a toujours \u00e9t\u00e9 plus chaud.<\/p>\n\n\n\n<p>Maintenant que nous sommes engag\u00e9s, plus question de faire demi-tour. Il faut passer. Braver les crevasses, \u00e9viter les pierres qui passent en sifflant sous les barres rocheuses, essayer de deviner \u00e0 quel endroit se d\u00e9clenchera l&rsquo;avalanche qui balaiera la montagne en grondant. Malgr\u00e9 notre peur, il n&rsquo;y a aucune question \u00e0 se poser, la pr\u00e9sence en ces lieux inhospitaliers est vitale, alors on avance, sans se poser de question. Le sens des choses est trac\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est peut-\u00eatre une r\u00e9miniscence de ces p\u00e9riodes lointaines qui parfois me brise le c\u0153ur quand je dois envisager de quitter la montagne et le glacier. Quand je suis dans ces lieux, tout est \u00e9vident : il y a des moments pour se battre contre les \u00e9l\u00e9ments, d&rsquo;autres plus tranquilles que par contraste je savoure totalement, sans rien rechercher d&rsquo;autre que la s\u00e9curit\u00e9 et le confort. Pourquoi faut-il toujours que \u00e7a cesse ?<\/p>\n\n\n\n<p>Nous voil\u00e0 finalement sur l&rsquo;ar\u00eate, but que nous nous \u00e9tions fix\u00e9s pour poser le camp. La journ\u00e9e est encore longue, nous aurions le temps de pousser jusqu&rsquo;au D\u00f4me tranquillement. Mais l\u00e0 n&rsquo;est pas l&rsquo;envie. C&rsquo;est notre dernier camp, et nous avons la ferme intention de profiter au maximum de ce site magnifique, si loin au dessus du monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Le temps est curieux, tr\u00e8s changeant. Chaque bande nuageuse qui passe, pouss\u00e9e par le vent, nous plonge dans la tourmente la plus sombre et nous laisse croire que nous serons bient\u00f4t en perdition, immobilis\u00e9s dans une tente croulant sous la neige. Puis une rafale chasse brusquement la brume, laissant le champ libre \u00e0 un immense ciel bleu.<\/p>\n\n\n\n<p>Antoine et moi passons de longues heures \u00e0 pi\u00e9tiner autour de la tente, incapables de nous d\u00e9cider \u00e0 rentrer, absorb\u00e9s par l&rsquo;incroyable vue, ne supportant pas l&rsquo;id\u00e9e de rater quelques minutes de ces instant fondamentaux. Nous sommes l\u00e0, plant\u00e9s, nous balan\u00e7ant d&rsquo;un pied sur l&rsquo;autre, parfois transperc\u00e9s de froid. La certitude de pouvoir nous mettre \u00e0 l&rsquo;abri lorsque nous le d\u00e9ciderons n&rsquo;est probablement pas \u00e9trang\u00e8re \u00e0 notre endurance.<\/p>\n\n\n\n<p>Les homo sapiens qui ont travers\u00e9 les Alpes, passaient-ils eux aussi de tels moments \u00e0 contempler sans raison pratique la montagne malgr\u00e9 la souffrance du froid, la peur&#8230; on se sont-ils enferm\u00e9s au plus profond de leur abri d\u00e8s qu&rsquo;ils l&rsquo;ont pu ?<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque, finalement, nous avons tous rejoint l&rsquo;abri ti\u00e8de de la tente, nous remettons nos \u00e9nergies en phase avec notre m\u00e8re la nature. Dans le recueillement, \u00e9coutant le vent siffler sur la corniche neigeuse, nous entamons le rituel de remerciement.<\/p>\n\n\n\n<p>Demain, si les dieux le veulent, nous serons dans la vall\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_66.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_82.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_69.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_72.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_86.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_78.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Passage au sommet<\/h2>\n\n\n\n<p>La mont\u00e9e au D\u00f4me a finalement constitu\u00e9 la partie la plus ordinaire de la ballade.&nbsp; Du camp, \u00e0 3700 m, il ne nous restait que 300 malheureux petits m\u00e8tres \u00e0 monter. Certes dans un d\u00e9cors grandiose, sous la barre. Certes avec quelques beaux passages neigeux ou glaciaires. Mais ce n&rsquo;\u00e9tait, comme je l&rsquo;avais craint la veille, qu&rsquo;une mont\u00e9e ordinaire vers un sommet. Voil\u00e0 tout.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_84.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_85.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p>Alors, au petit matin, nous avons d\u00e9mont\u00e9 le camp de l&rsquo;ar\u00eate, nous avons rejoint la trace \u00e0 quelques centaines de m\u00e8tres de l\u00e0, et apr\u00e8s avoir d\u00e9pos\u00e9 nos sacs \u00e0 l&rsquo;abri d&rsquo;un s\u00e9rac, nous sommes tranquillement mont\u00e9s l\u00e0-haut.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n&rsquo;y avait rien ni personne, juste un vent furieux et glacial qui nous faisait b\u00e9gayer et avancer en crabe, buste rigide et \u00e9paules remont\u00e9es autour des oreilles pour supporter. La montagne alentour luisait de soleil tandis qu&rsquo;un insupportable nuage nous plongeait dans une ombre permanente et d\u00e9moralisante. Il n&rsquo;y avait aucun endroit accueillant o\u00f9 se mettre, aucun abri, rien \u00e0 y faire.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors nous avons entam\u00e9 la redescente.<\/p>\n\n\n\n<p>Que dire de la descente&#8230; ce retour \u00e0 la civilisation qui se fait si vite, au regard de ces longues journ\u00e9es d&rsquo;isolement. Il ne faut, du sommet aux premier brins d&rsquo;herbe de la moyenne montagne, que quatre ou cinq heures d&rsquo;une marche \u00e0 allure raisonnable. D&rsquo;abord dans la neige blanche, puis la neige sale, puis la glace grise. Tr\u00e8s vite, il faut quitter le glacier pour le pierrier. Bient\u00f4t, la trace se transforme en sentier.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9j\u00e0, l&rsquo;intense solitude que nous avons connue n&rsquo;est plus qu&rsquo;un vieux souvenir. Le refuge du Glacier Blanc a retrouv\u00e9 son statut de belv\u00e9d\u00e8re touristique. Ses alentours grouillent de familles pique-niquantes, de promeneurs de tous poils et d&rsquo;alpinistes qui gagnent \u00e0 leur tour la haute-montagne. Ils sont nombreux \u00e0 monter aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est \u00e0 croire que, supr\u00eame d\u00e9licatesse, ils ont attendu de nous voir revenus pour ne pas d\u00e9ranger notre tranquillit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_87.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Le glacier blanc, malgr\u00e9 son spectaculaire recul de ces derni\u00e8res ann\u00e9es, accompagne notre descente, dernier t\u00e9moin de l&rsquo;existence d&rsquo;une haute-montagne, quelque part au dessus. C&rsquo;est un bonheur, dans la chaleur retrouv\u00e9e de la v\u00e9g\u00e9tation et des rochers constell\u00e9s de lichens multicolores, de l&rsquo;avoir \u00e0 nos c\u00f4t\u00e9s.&nbsp; Contempler le d\u00e9tail de la surface tourment\u00e9e d&rsquo;un glacier depuis un terrain doux et rassurant est l&rsquo;un des plaisirs les plus simples que je connaisse&#8230; qui prend bien s\u00fbr toute sa dimension lorsqu&rsquo;on revient pr\u00e9cis\u00e9ment d&rsquo;un long s\u00e9jour l\u00e0-haut. Croisant des promeneurs eux aussi absorb\u00e9s par ce spectacle \u00e9poustouflant, une bouff\u00e9e de l&rsquo;orgueil de \u00ab\u00a0celui qui y a \u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb m&rsquo;envahit soudain. Nos regards sur ce glacier qui recule ne seront jamais exactement les m\u00eames, c&rsquo;est comme \u00e7a&#8230;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_89.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Plus bas, le chemin devient large comme une autoroute et fr\u00e9quent\u00e9 comme une galerie marchande d&rsquo;hypermarch\u00e9. Au d\u00e9tour de ses nombreux lacet, nous croisons un certain nombre de marmottes qui semblent parfaitement habitu\u00e9es \u00e0 la pr\u00e9sence de l&rsquo;homme, c&rsquo;est le moins qu&rsquo;on puisse dire. J&rsquo;ai surpris celle-ci \u00e0 prendre la pose pour moi. Immobile, elle a patiemment attendu le bruit du d\u00e9clencheur pour pouvoir d\u00e9guerpir qu\u00e9mander une cacahou\u00e8te au promeneur suivant. J&rsquo;ai un appareil photo num\u00e9rique, qui ne fait pas de bruit au d\u00e9clenchement. Je crois qu&rsquo;elle attend encore.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis j&rsquo;ai couru, couru dans la descente, sautant comme un cabri pour \u00e9courter cette derni\u00e8re descente ne me plaisait pas. Au pr\u00e9 de madame Carle, plusieurs couples de jeunes de motards branch\u00e9s \u00e9taient attabl\u00e9s \u00e0 la buvette. J&rsquo;ai continu\u00e9 \u00e0 trottiner sur la route pour faire du stop. Des voitures allaient et venaient, indiff\u00e9rentes sur fonds de langue glaciaire mourante.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2004\/0918_balade_ecrins\/20040918_balade_ecrins_88.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Cette t\u00e2che blanche, c&rsquo;est la porte de mon pays.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo; itin\u00e9raire de la balade racont\u00e9e dans cette page est d\u00e9crit ici Depuis plusieurs ann\u00e9es la route qui me conduisait des C\u00e9vennes vers le Mont-Blanc longeait les sommets de l&rsquo;Oisan.&hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1503,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14,1],"tags":[],"class_list":["post-653","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-oisans","category-recits"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/653","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=653"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/653\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1504,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/653\/revisions\/1504"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1503"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=653"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=653"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=653"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}