
{"id":649,"date":"2021-11-28T14:25:38","date_gmt":"2021-11-28T14:25:38","guid":{"rendered":"http:\/\/reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/?p=649"},"modified":"2021-11-28T14:25:40","modified_gmt":"2021-11-28T14:25:40","slug":"galere-hivernale-dans-le-valais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/galere-hivernale-dans-le-valais\/","title":{"rendered":"Gal\u00e8re hivernale dans le Valais"},"content":{"rendered":"\n<p>Ce f\u00fbt, cette fois encore, une dr\u00f4le d&rsquo;aventure. \u00c9crire ces lignes me fait r\u00e9aliser combien les histoires qui marquent le plus sont g\u00e9n\u00e9ralement celles qui n&rsquo;ont pas tourn\u00e9 comme on l&rsquo;aurait souhait\u00e9. Bien s\u00fbr, certaines grandes bamb\u00e9es effectu\u00e9es d&rsquo;une traite sous un ciel bleu profond restent ch\u00e8res \u00e0 mes souvenirs, mais probablement la palme de mes souvenir va t-elle \u00e0 toutes ces m\u00e9saventures, celles-l\u00e0 m\u00eame qui m&rsquo;ont fait pester, jurer que jamais on ne m&rsquo;y reprendrait, et parfois craindre que jamais on ne me revoie tout court.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette fois ci nous \u00e9tions 5. Si mes souvenirs ne me trompent pas il y avait Sophie, Pascal, Mireille, Yves et moi. Le projet \u00e9tait de changer un peu nos habitudes de Pyr\u00e9n\u00e9es, et de partir plus loin, plus haut, dans un nouveau massif. J&rsquo;avais entendu parler du Valais suisse depuis longtemps, en des termes qui me laissaient penser que ce massif se pr\u00eatait bien au ski de randonn\u00e9e : de vastes glaciers pas trop escarp\u00e9s, des sommets large et accessibles (\u00e0 part le Cervin !)&#8230; Les nombreux 4000 me faisaient bien r\u00eaver \u00e9galement, et je ne doutais pas de fouler tr\u00e8s bient\u00f4t le sommet du Mont Rose (4600m) sans difficult\u00e9s particuli\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>La p\u00e9riode choisie, quant \u00e0 elle, f\u00fbt \u00e0 l&rsquo;origine de la gal\u00e8re permanente que nous conn\u00fbmes : les vacances de No\u00ebl. J&rsquo;avais souvent ski\u00e9 \u00e0 cette \u00e9poque de l&rsquo;ann\u00e9e dans des massifs non glaciaires, et tout s&rsquo;\u00e9tait bien pass\u00e9. L&rsquo;alpiniste le plus d\u00e9butant sait pourtant qu&rsquo;\u00e0 cette saison les crevasses sont encore grandes ouvertes, pas encore colmat\u00e9es par des chutes de neige suffisantes. Je me pensais exp\u00e9riment\u00e9 mais j&rsquo;omis tout simplement ce d\u00e9tail, et j&rsquo;allais avoir l&rsquo;occasion de le regretter am\u00e8rement.<\/p>\n\n\n\n<p>Le voyage d\u00e9marra par un long p\u00e9riple automobile qui nous fit nous entasser \u00e0 Rouen dans de vieilles bagnoles fatigu\u00e9es, traverser la France en diagonale, faire un petit passage \u00e0 Chamonix pour nous \u00e9quiper en compl\u00e9ment de mat\u00e9riel puis p\u00e9n\u00e9trer en Suisse pour nous diriger vers Zermatt, point de d\u00e9part programm\u00e9 de n\u00f4tre vir\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est dans ce charmant petit village que nous f\u00eemes notre premi\u00e8re erreur : prendre le t\u00e9l\u00e9ph\u00e9rique du \u00ab\u00a0Klein Matterhorn\u00a0\u00bb. Ce formidable outil pour les skieurs en recherche d&rsquo;ambiances de haute montagne causa notre perte : il nous d\u00e9posa \u00e0 3600 m d&rsquo;altitude, sans acclimatation, \u00e0 4 heures de l&rsquo;apr\u00e8s midi, dans la neige immacul\u00e9e du glacier. Un vent glac\u00e9 soufflait du sud et poussait vers nous des lambeaux de nuages. Il m&rsquo;appara\u00eet \u00e9vident aujourd&rsquo;hui que la transition f\u00fbt beaucoup trop brutale : apr\u00e8s une nuit pass\u00e9e en voiture, nous arrivions crev\u00e9s, transis, absolument pas acclimat\u00e9s, encore dans l&rsquo;ambiance de la ville.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9j\u00e0 le mal de t\u00eate nous gagnait, et alors que nous chaussions nos skis face \u00e0 l&rsquo;immensit\u00e9 d\u00e9sertique et glac\u00e9e, un sentiment d&rsquo;erreur s&rsquo;immis\u00e7ait peu \u00e0 peu en moi \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de nous \u00e9loigner de ce lieu s\u00fbr que constituait la gare sup\u00e9rieure du t\u00e9l\u00e9ph\u00e9rique. Mon in\u00e9branlable optimisme de l&rsquo;\u00e9poque balaya rapidement ces appr\u00e9hensions, du moins devant les autres, et nous pouss\u00e2mes sur nos b\u00e2tons pour nous projeter vers l&rsquo;inconnu.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Premier jour<\/h2>\n\n\n\n<p>Oh, pour s\u00fbr le trajet pr\u00e9vu pour cette premi\u00e8re journ\u00e9e avait bien pris en compte le petit nombre d&rsquo;heures dont nous disposions avant la nuit. Il s&rsquo;agissait de rejoindre un minuscule refuge de 6 places situ\u00e9 sur une barre rocheuse \u00e0 environ 3 km de la station du t\u00e9l\u00e9ph\u00e9rique. 3 km de faux plat et de pente douce, avec apparemment tr\u00e8s peu de crevasses&#8230;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/1984\/1228_valais\/19841228_valais_22.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption>Les premiers m\u00e8tres \u00e0 ski. D\u00e9j\u00e0, les nuages approchent<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Oui mais voila, tout allait de travers. Les fixations r\u00e9gl\u00e9es \u00e0 la va-vite au magasin de Chamonix s&rsquo;ouvraient insidieusement au moindre virage, je perdais mon gant dans une crevasse pas plus tard que 10 mn apr\u00e8s le d\u00e9part, l&rsquo;une des peaux de phoque de Pascal se d\u00e9collait fr\u00e9quemment et finit rapidement par dispara\u00eetre compl\u00e8tement dans le tr\u00e9fonds de cette poudreuse au sein de laquelle il valait mieux ne pas tomber sous peine de rester enseveli, suffoquant, attendant une main secourable. Rien de tr\u00e8s grave, au fond, non, juste de quoi rendre la progression tr\u00e8s, tr\u00e8s lente.<\/p>\n\n\n\n<p>Peu \u00e0 peu la nuit s&rsquo;approchait, peu \u00e0 peu les nuages s&rsquo;approchaient. La barre rocheuse cens\u00e9e porter le refuge, quant \u00e0 elle, n&rsquo;approchait pas beaucoup, justement. Quand tout \u00e0 coup nous nous retrouv\u00e2mes envelopp\u00e9s par ce nuage qui nous tournait autour depuis si longtemps, nous n&rsquo;y \u00e9tions pas encore. La derni\u00e8re heure se fit \u00e0 la boussole, et lorsqu&rsquo;enfin nous but\u00e2mes sur le rocher il faisait sombre. Les cartes suisses ont cette particularit\u00e9 (du moins \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque) d&rsquo;\u00eatre au 50.000\u00e8, dont assez peu pr\u00e9cises par rapport \u00e0 nos 25.000\u00e8 fran\u00e7aises. Nous \u00e9tions donc tout \u00e0 fait incapables de dire si le refuge recherch\u00e9 se trouvait au sommet de la barre, \u00e0 son pieds, vers la droite ou vers la gauche. Plusieurs tentatives pour le trouver \u00e9chou\u00e8rent lamentablement et il fallut nous rendre \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence : on allait dormir l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Le pied de la barre n&rsquo;\u00e9tait d&rsquo;ailleurs pas un mauvais endroit en soi : le rocher surplombant nous prot\u00e9geait des chutes de neige et autres cailloux, une grosse cong\u00e8re en forme de banane dress\u00e9e devant nous \u00e9bauchait un solide mur contre le vent&#8230; Seulement, nous n&rsquo;\u00e9tions gu\u00e8re \u00e9quip\u00e9s pour une telle nuit. Nos duvets \u00e9taient con\u00e7us pour -5, pas pour les -25 ou -30 qu&rsquo;il allait faire (\u00e0 3600 m \u00e0 No\u00ebl c&rsquo;est une temp\u00e9rature ordinaire).<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a toujours un moment tr\u00e8s d\u00e9sagr\u00e9able \u00e0 passer lorsqu&rsquo;on fait le constat qu&rsquo;on est sorti du bon sc\u00e9nario et qu&rsquo;on entre en gal\u00e8re : les pires id\u00e9es tournoient alors dans les esprits, et on reste l\u00e0 \u00e0 contempler la tourmente qui nous g\u00e8le les moustaches en se disant que ce n&rsquo;est pas possible, que c&rsquo;est un mauvais r\u00eave, qu&rsquo;on va se r\u00e9veiller au chaud dans sa couette&#8230; A vrai dire nous batt\u00eemes des pieds un long, long moment (peut-\u00eatre 2 heures) avant de nous d\u00e9cider \u00e0 faire de cet endroit notre chambre \u00e0 coucher. Alors, fr\u00e9n\u00e9tiquement, nous avons creus\u00e9, au piolet, au pied, \u00e0 la main, jusqu&rsquo;\u00e0 am\u00e9nager un minuscule d\u00e9duit dans la cong\u00e8re. 3 d&rsquo;entre nous s&rsquo;y sont entass\u00e9s, les mieux \u00e9quip\u00e9s sont rest\u00e9s dehors. Mireille et pascal ont superpos\u00e9 leurs deux duvets et s&rsquo;y sont enfil\u00e9s de force tous les deux. Chaud, mais serr\u00e9 ! Serr\u00e9, mais chaud !<\/p>\n\n\n\n<p>Durant notre labeur le vent \u00e9tait tout \u00e0 fait tomb\u00e9. Lorsque quelqu&rsquo;un planta une bougie dans le sommet de la cong\u00e8re, sa flamme monta tout droit sans vaciller, donnant \u00e0 notre campement de fortune des allures de chapelle au calme respectable et serein. Et de fait, la nuit se passa sans mauvais tourments.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a un Dieu pour les alpinistes imprudents. Un grand soleil radieux nous r\u00e9veilla. Pas un nuage, pas un souffle de vent. La bougie br\u00fblait encore, \u00e9conomis\u00e9e par la faible teneur en oxyg\u00e8ne r\u00e9gnant \u00e0 cette altitude. D\u00e9j\u00e0 de l&rsquo;eau de fonte coulait le long du rocher, annon\u00e7ant une journ\u00e9e estivale au sein de cet univers d&rsquo;hiver. La vue portait \u00e0 des centaines de kilom\u00e8tres et un enthousiasme d\u00e9bordant balaya en un clin d&rsquo;oeil les inqui\u00e9tudes de la veille. Cette fois on y \u00e9tait, on allait faire une balade fantastique.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/1984\/1228_valais\/19841228_valais_03.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption>Le r\u00e9veil dans la rimaye<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Pendant que tout le monde d\u00e9jeune, Pascal et moi on prospecte les alentours pour trouver ce refuge. Comble de l&rsquo;ironie, il se trouvait exactement \u00e0 la verticale de notre bivouac. Pour l&rsquo;atteindre la veille il aurait fallu virer beaucoup plus \u00e0 gauche et monter progressivement pour passer au dessus de la barre, puis revenir sur la droite. Ca n&rsquo;aurait m\u00eame pas allong\u00e9 la distance \u00e0 parcourir, seulement voila, ce n&rsquo;est pas ce qu&rsquo;on a fait !<\/p>\n\n\n\n<p>On redescend, enthousiastes, chercher les autres. Tout le monde se hisse au sommet pour voir l&rsquo;adorable petite boite h\u00e9micylindrique que constitue le refuge. Ces Suisses sont uniques : l\u00e0-dedans tout est nickel, propre et en ordre. 6 couchettes superpos\u00e9es, avec des matelas mo\u00eblleux&#8230; \u00e7a fait si envie. Chacun s&rsquo;allonge 3 mn pour voir un peu ce que \u00e7a fait, pour prendre des forces et partir dans la foul\u00e9e&#8230; Il fait si bon ici, c&rsquo;est si agr\u00e9able ! 2 mn plus tard, tout le monde dort \u00e0 poings ferm\u00e9s, et c&rsquo;est en dormant que nous passons glorieusement cette seconde journ\u00e9e de nos aventures suisses.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n&rsquo;y a rien d&rsquo;autre \u00e0 dire, si ce n&rsquo;est que c&rsquo;est \u00e0 cette occasion que nous avons fait l&rsquo;int\u00e9ressante exp\u00e9rience de manger des aliments surgel\u00e9s par le froid de la nuit pr\u00e9c\u00e9dente. Avec de l&rsquo;orange, c&rsquo;est vraiment d\u00e9licieux : on retrouve le go\u00fbt des oranges givr\u00e9es, et m\u00eame lorsqu&rsquo;il fait froid \u00e7a passe tr\u00e8s bien. Par contre le camembert givr\u00e9 c&rsquo;est immangeable je ne le conseillerai pas \u00e0 mon pire ennemi.<\/p>\n\n\n\n<p>Je r\u00e9ussis \u00e0 m&rsquo;extirper de ma couchette vers le milieu de l&rsquo;apr\u00e8s midi et d\u00e9cide de valoriser ma journ\u00e9e en montant tout droit au dessus du refuge pour atteindre le sommet qui est l\u00e0, un sommet d&rsquo;\u00e0 peine plus de 4000m. Ca ne fait que 400m de d\u00e9nivel\u00e9, les mains dans les poches, c&rsquo;est comme si c&rsquo;\u00e9tait fait. Je monte avec d\u00e9termination, fier d&rsquo;avance de pouvoir r\u00e9veiller l&rsquo;\u00e9quipe en frimant de mon ascension \u00e9clair. Mais bient\u00f4t mes pas se font plus lents, mon coeur s&#8217;emballe, ma t\u00eate cogne&#8230; Je me retourne, contemple la vue \u00e0 couper le souffle, je regarde vers le haut pour \u00e9valuer ce qu&rsquo;il me reste \u00e0 parcourir, mais putain pourquoi \u00e7a n&rsquo;approche pas ? La mort dans l&rsquo;\u00e2me je redescends vers la cabane. C&rsquo;est ainsi que j&rsquo;ai rat\u00e9 le seul sommet que j&rsquo;aurais pu faire durant cette vir\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Deuxi\u00e8me jour<\/h2>\n\n\n\n<p>Seconde nuit dans cette maison de poup\u00e9e. Seconde erreur au petit matin : nous prenons la chose cool et ce n&rsquo;est pas avant 9 heures que nous d\u00e9marrons.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/1984\/1228_valais\/19841228_valais_14.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption>Photo instructive : on y voit \u00e0 la fois le refuge (au sommet de la barre rocheuse) et l&#8217;emplacement de notre crevasse (au pied de la m\u00eame barre). Il ne manquait pas grand chose, pour passer une bonne nuit \u2026<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Objectif : traverser un col \u00e0 3900 pour redescendre vers le refuge du Mont Rose. Apr\u00e8s ? H\u00e9 bien tout droit vers le sommet lui-m\u00eame ! Pas de difficult\u00e9s particuli\u00e8res, d&rsquo;ailleurs la carte mentionne un itin\u00e9raire de ski de randonn\u00e9e. Il y a juste des petites croix sur la redescente du col, mais ce n&rsquo;est pas \u00e7a qui va nous faire peur !<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/1984\/1228_valais\/19841228_valais_30.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption>Pique nique au col, comme si de rien n&rsquo;\u00e9tait<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>De fait la mont\u00e9e se passe sans probl\u00e8me : la neige est excellente, le temps magnifique, et vers 1 heure nous atteignons le col. Plus qu&rsquo;\u00e0 filer dans la descente apr\u00e8s le pique nique au soleil ! Damned : un coup d&rsquo;oeil rapide vers le bas et nous voil\u00e0 abasourdis. Quoi, c&rsquo;est \u00e7a que \u00e7a veut dire, des croix sur un itin\u00e9raire de ski de randonn\u00e9e, en suisse ? Nous avons sous les yeux une pente de neige verglac\u00e9e qui descend \u00e0 45 degr\u00e9s sur au moins 300 m de d\u00e9nivel\u00e9, une rimaye qui nous semble terrifiquement ouverte au pied, et puis ensuite des kilom\u00e8tres et des kilom\u00e8tres de glacier d\u00e9chiquet\u00e9 par des crevasses b\u00e9antes. Loin, tr\u00e8s loin en contrebas nous apercevons le refuge au soleil sur un \u00e9peron rocheux. Comme il est loin, comme il est inaccessible.<\/p>\n\n\n\n<p>Changement de strat\u00e9gie. Nous d\u00e9cidons de passer par un autre col, plus facile d&rsquo;apr\u00e8s la carte mais n\u00e9cessitant de revenir un peu en arri\u00e8re puis de parcourir une distance presque double, mais qu&rsquo;importe, il est encore t\u00f4t ! Aussit\u00f4t dit, aussit\u00f4t fait. 1 heure de plus pour atteindre ce col et vers 2 heures nous y voici. La pente de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 est d\u00e9bonnaire, pas une crevasse en vue, \u00e7a va \u00eatre du g\u00e2teau ! Je m&rsquo;appr\u00eate en fait \u00e0 effectuer la descente \u00e0 ski la plus \u00e9prouvante de toute ma vie, mais je ne m&rsquo;en doute pas encore.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous voici partis dans de grandes travers\u00e9es sur cette neige immacul\u00e9e. Le Cervin est devant nous, vu sous un angle inhabituel qui lui conf\u00e8re une silhouette nouvelle, avec un \u00e9trange ressaut \u00e0 mi-hauteur. Peu \u00e0 peu nous perdons de la hauteur et bient\u00f4t la pente s&rsquo;accentue. De loin en loin les premi\u00e8res crevasses apparaissent et vers 16 heures, lorsque nous p\u00e9n\u00e9trons dans l&rsquo;ombre des sommets nous sommes encore hauts, si hauts !<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/1984\/1228_valais\/19841228_valais_25.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption>La pente se redresse, d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;ombre des sommets nous rejoint<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Les crevasses deviennent nombreuses, nous nous encordons. Bient\u00f4t, Pascal qui est en t\u00eate ne cesse de passer au travers des ponts de neige. Arr\u00eat, extirpation laborieuse \u00e0 cause du gros sac et des skis qui se coincent&#8230; Nous avan\u00e7ons \u00e0 une vitesse d&rsquo;escargot. La troupe s&rsquo;\u00e9nerve. La distance qui s\u00e9pare le premier du dernier est grande, impos\u00e9e par la corde qui nous relie et doit toujours \u00eatre tendue et comme le relief devient tr\u00e8s accident\u00e9 on ne se voit plus, \u00e7a tra\u00eene, tout le monde demande des nouvelles&#8230; Nous voyons avec inqui\u00e9tude la nuit s&rsquo;approcher. Dormir dans ce champ de crevasses, pas question, il faut sortir de l\u00e0 au plus vite.<\/p>\n\n\n\n<p>Lors d&rsquo;une pause, nous sommes tous les cinq align\u00e9s dans la neige, immobile, lorsque tout \u00e0 coup un pont de neige s&rsquo;effondre de son propre poids, r\u00e9v\u00e9lant \u00e0 quelques m\u00e8tres de nous une crevasse b\u00e9ante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">***<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin la pente se fait moins forte, les crevasses s&rsquo;estompent. Il fait maintenant tout \u00e0 fait nuit mais le ciel est clair, et comble de chance (si l&rsquo;on peut dire) la lune est pleine. On y voit suffisamment pour avancer. Mais nous sommes si fatigu\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Yves passe devant et prend la position du skieur en pleine vitesse, jambes l\u00e9g\u00e8rement fl\u00e9chies. Plusieurs secondes passent, et rien ne se passe : il reste immobile, plant\u00e9 l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0h\u00e9, Yves<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; quoi<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; t&rsquo;avance ?<\/p>\n\n\n\n<p>-&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; t&rsquo;avance ou quoi ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; ben, j&rsquo;avance !\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Mais non, il n&rsquo;avance pas. Dans cette obscurit\u00e9, sur une neige uniforme, sans points de rep\u00e8res, Yves a l&rsquo;impression de nous emmener \u00e0 bon train vers le salut, mais il est d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment immobile. Je le vois qui plante pr\u00e9cautionneusement un b\u00e2ton dans la neige pour \u00e9valuer sa vitesse. D&rsquo;abord incr\u00e9dule, il se rend enfin \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence : \u00ab\u00a0ben, c&rsquo;est vrai que j&rsquo;avance pas, ma parole !\u00a0\u00bb. Tout le monde rit de bon c\u0153ur, chassant momentan\u00e9ment l&rsquo;inqui\u00e9tude des esprits.<\/p>\n\n\n\n<p>La fin de la descente du glacier f\u00fbt longue, longue. Plusieurs zones crevass\u00e9es se succ\u00e9d\u00e8rent, interminables et inqui\u00e9tantes, mais nous fin\u00eemes par arriver sur le glacier inf\u00e9rieur, \u00e0 peu pr\u00e8s horizontal et d\u00e9pourvu de crevasses. Il restait \u00e0 le remonter sur plusieurs kilom\u00e8tres pour atteindre le refuge. A vrai dire nous connaissions la direction g\u00e9n\u00e9rale mais de l\u00e0 a le situer pr\u00e9cis\u00e9ment dans ces vastes chaos rocheux que nous apercevions au loin ! Nous commen\u00e7ons \u00e0 avancer silencieusement dans le noir, en une cord\u00e9e bien droite, bien tranquille. Conscients d&rsquo;\u00eatre sortis des difficult\u00e9s, chacun est \u00e0 pr\u00e9sent plus serein et prend son mal en patience.<\/p>\n\n\n\n<p>Il devait pourtant \u00eatre \u00e9crit que nos aventures ne se termineraient pas ainsi. Un bruit sourd retentit dans la montagne \u00e0 notre droite. Quelque chose approche, tr\u00e8s loin,&nbsp;derri\u00e8re le col dont nous arrivons. Tout le monde s&rsquo;arr\u00eate et \u00e9coute la montagne. Le bruit grandit, devient \u00e9norme, r\u00e9sonne dans toute la vall\u00e9e. un h\u00e9licopt\u00e8re&nbsp;jaillit soudain au dessus du col, \u00e0 plusieurs kilom\u00e8tres de nous, et allume un puissant projecteur qu&rsquo;il braque sur le sol \u00e0 la recherche manifeste de quelque chose ou de quelqu&rsquo;un.<\/p>\n\n\n\n<p>Imm\u00e9diatement j&rsquo;imagine qu&rsquo;il nous cherche, et pourtant cela semble impossible : personne ne sait que nous sommes l\u00e0 ! La haut l&rsquo;h\u00e9lico a fini par&nbsp;rep\u00e9rer notre trace dan la neige : il d\u00e9vale la montagne, reli\u00e9 au sol par le pinceau de lumi\u00e8re qui suit avec assurance notre cheminement tortueux au travers des champs de crevasses. Implacablement il s&rsquo;approche. Je m&rsquo;affole : s&rsquo;il vient nous chercher, il va falloir payer ! Vite, il faut lui dire qu&rsquo;on n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;aide. Je crie \u00e0 la cord\u00e9e : \u00ab\u00a0levez le bras droit, tout le monde\u00a0\u00bb. Bras droit lev\u00e9, \u00e7a veut dire : \u00ab\u00a0pas besoin de secours\u00a0\u00bb. L&rsquo;h\u00e9lico est maintenant au dessus de nous, le bruit est \u00e9norme, il se r\u00e9percute sur les parois environnantes. Nous voil\u00e0 au centre du halo de lumi\u00e8re, tels des fuyards pris au pi\u00e8ge. Implacablement, ne tenant pas compte de nos signaux, il se pose dans une temp\u00eate de neige tourbillonnante \u00e0 quelques m\u00e8tres de nous.<\/p>\n\n\n\n<p>H\u00e9 bien voil\u00e0, je ne pensais pas que \u00e7a m&rsquo;arriverait un jour, mais je suis secouru par h\u00e9lico en montagne ! Contre mon gr\u00e9. Et pourtant, un sentiment de soulagement m&rsquo;envahit : \u00e7a va \u00eatre si facile, tout \u00e0 coup, de se laisser emmener, de retrouver la s\u00e9curit\u00e9 de la vall\u00e9e, apr\u00e8s ces moments de froid et de noir&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Bonjour, nous lance avec son charmant accent suisse un type qui descend de l&rsquo;h\u00e9lico avec son casque anti-bruit en moumoute sur les oreilles, vous n&rsquo;auriez pas aper\u00e7u une cord\u00e9e ?<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis surpris, et m\u00eame franchement interloqu\u00e9&#8230; Non seulement il ne manifeste aucune surprise apparente \u00e0 nous voir l\u00e0, dans la nuit, mais en plus ce n&rsquo;est pas du tout \u00e0 nous qu&rsquo;il s&rsquo;int\u00e9resse. Ma parole, il ne r\u00e9alise pas que nous sommes en perdition ? A l&rsquo;article de la mort ? Que nous avons v\u00e9cu des aventures terribles ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; heu&#8230; non, on n&rsquo;a vu personne depuis 2 jours !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ah, bon, qu&rsquo;il r\u00e9pond d&rsquo;une voix trainante&#8230; H\u00e9 bien, on va chercher plus loin&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Il commence \u00e0 repartir vers l&rsquo;h\u00e9lico. Bon sang, mais c&rsquo;est pas vrai, il repart, comme \u00e7a ? Il nous laisse ? Il va avoir nos morts sur la conscience ! Dans un ralenti th\u00e9\u00e2tral, il s&rsquo;arr\u00eate, se retourne, et demande :<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Et vous, \u00e7a va bien ?<\/p>\n\n\n\n<p>Mais non, ma parole, je ne peux pas. Je n&rsquo;arrive pas \u00e0 baisser la garde, \u00e0 jouer le vaincu, le faible. Avouer que je suis d\u00e9pass\u00e9, c&rsquo;est brusquement au dessus de mes forces. Je prends un ton faussement d\u00e9tach\u00e9 et r\u00e9ponds, en faisant tra\u00eener mes mots comme si tout \u00e7a \u00e9tait d&rsquo;un ennui fini :<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oui, oui, \u00e7a va, on va au refuge du mont Rose&#8230; Boah ! Il ne doit plus \u00eatre tr\u00e8s loin !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Dr\u00f4le d&rsquo;heure pour une mont\u00e9e en refuge ! qu&rsquo;il r\u00e9pond le Suisse. Il me semble percevoir un l\u00e9ger, l\u00e9ger sourire abaisser le coin de sa bouche. Il est par l\u00e0-bas, dans les rochers, ajoute-t-il en agitant le bras dans une direction impr\u00e9cise. Bon, allez, bonne rando. Salut !<\/p>\n\n\n\n<p>Et voil\u00e0 t&rsquo;y pas que tranquillement le gars remonte dans l&rsquo;h\u00e9lico, met les gaz \u00e0 fonds et dans un vacarme de tous les diables d\u00e9colle en nous faisant un dernier signe de la main. Mais ma parole, il ne nous secoure pas ! Voil\u00e0 que ce type ne nous propose m\u00eame pas de nous emmener, quelle inhospitalit\u00e9 ! Et d&rsquo;abord, qu&rsquo;est-ce qui lui disait qu&rsquo;on n&rsquo;\u00e9tait pas en danger ? Est-ce que je ne viens pas de faire la grande erreur de ma vie, celle de ma mort ? Le bruit s&rsquo;estompe. Nous voici seuls dans le noir, \u00e0 suivre des yeux la silhouette de l&rsquo;h\u00e9lico qui s&rsquo;\u00e9loigne. Tout \u00e0 coup, il allume son projecteur et projette deux flash sur le flanc du Mont Rose : mais oui, c&rsquo;est \u00e7a, il nous indique le refuge : cette tache noire que l&rsquo;on aper\u00e7oit l\u00e0, c&rsquo;est bien lui. Ah, ces suisses, quand m\u00eame, quels chics types !<\/p>\n\n\n\n<p>Tout est simple, maintenant&#8230; Qui a pu penser qu&rsquo;on \u00e9tait en difficult\u00e9 ? 2 heures plus tard nous dormons \u00e0 poings ferm\u00e9s dans un refuge surchauff\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain, le temps est radieux. Tous les cinq debout dans la neige, nous contemplons la montagne. Sa beaut\u00e9 si pure qui nous serre le c\u0153ur. Comment croire que c&rsquo;est dans ces m\u00eames espaces que nous avons v\u00e9cu toute cette aventure ?&nbsp;Submerg\u00e9s d&rsquo;\u00e9motion, nous nous \u00e9treignons longuement. Plus personne ne parle de monter au Mont Rose. Trop de peurs, trop de fatigue, trop de nuits dans la neige.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/1984\/1228_valais\/19841228_valais_17.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption>Au petit matin, \u00e0 la porte du refuge<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Nous entamons une travers\u00e9e sans histoire vers Zermatt, et rejoignons les premi\u00e8res pistes de ski. Crasseux et puants, charg\u00e9s comme des mulets, habill\u00e9s de brics et de brocs, nous atterrissons sur une autre plan\u00e8te. Des \u00eatres filiformes et multicolores mont\u00e9s sur ressorts fusent de tous c\u00f4t\u00e9s, nous \u00e9vitant dans des hurlements de joie incompr\u00e9hensibles. Nous revenons de si loin&#8230;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/1984\/1228_valais\/19841228_valais_36.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption>Redescente du glacier<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>A quelques m\u00e8tres de nous, un homme observe en silence notre r\u00e9int\u00e9gration du monde civilis\u00e9. Chemise de laine rouge \u00e0 carreaux, pantalon cotel\u00e9, lunettes de glacier. Visage large et barbu, tout respire chez lui la force tranquille, le gars qui s&rsquo;y conna\u00eet et \u00e0 qui on ne la fait pas. Il nous salue, nous questionne sur notre ballade. Nous r\u00e9capitulons du doigt tendu l&rsquo;itin\u00e9raire que nous avons suivi les jours pr\u00e9c\u00e9dents. Sans manifester d&rsquo;\u00e9motion apparente, il reste un moment silencieux \u00e0 contempler la montagne enneig\u00e9e. Au bout d&rsquo;un long moment, il s&rsquo;exclame enfin : \u00ab\u00a0Ah, vous \u00eates pass\u00e9s par l\u00e0 ? Bien ! On est contents de vous revoir, mais&#8230; ne recommencez pas !\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce f\u00fbt, cette fois encore, une dr\u00f4le d&rsquo;aventure. \u00c9crire ces lignes me fait r\u00e9aliser combien les histoires qui marquent le plus sont g\u00e9n\u00e9ralement celles qui n&rsquo;ont pas tourn\u00e9 comme on&hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1507,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,16],"tags":[],"class_list":["post-649","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-recits","category-valais"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/649","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=649"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/649\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1508,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/649\/revisions\/1508"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1507"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=649"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=649"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=649"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}