
{"id":627,"date":"2021-11-28T14:31:46","date_gmt":"2021-11-28T14:31:46","guid":{"rendered":"http:\/\/reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/?p=627"},"modified":"2021-11-28T14:31:48","modified_gmt":"2021-11-28T14:31:48","slug":"reve","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/reve\/","title":{"rendered":"R\u00eave"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-right\">Ce texte figure dans le livre \u00ab\u00a0<a rel=\"noopener noreferrer\" href=\"http:\/\/reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/index.php\/sacre-mont-blanc-un-livre-pour-le-boss\/\" target=\"_blank\">Sacr\u00e9 mont Blanc<\/a>\u00ab\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">C\u00e9vennes, Printemps 2002<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ouvre la porte grin\u00e7ante du placard de mon bureau c\u00e9venol et en extirpe avec d\u00e9lice un vieil exemplaire du guide Vallot, Tome 1 (Mont-Blanc-Tr\u00e9-la-t\u00eate). Sa l\u00e9gendaire couverture lustr\u00e9e vert fonc\u00e9 est noircie au coin sup\u00e9rieur droit. Le carton est br\u00fbl\u00e9, vestige d&rsquo;un d\u00e9but d&rsquo;incendie dans la cave o\u00f9 j&rsquo;avais laiss\u00e9 moisir des ann\u00e9es durant ce pr\u00e9cieux ouvrage. Cette fois, nous avions bien failli y laisser des plumes. Les nombreux amis heureusement pr\u00e9sents ce jour l\u00e0 avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9quisitionn\u00e9s d\u2019urgence pour acheminer des gamelles d&rsquo;eau. Dans la panique tout le monde se croisait en tous sens en s&rsquo;arrosant mutuellement. Au final, Sophie avait sorti le tuyau d&rsquo;arrosage et \u00e9teint avec beaucoup de panache les grandes flammes qui l\u00e9chaient d\u00e9j\u00e0 les poutres de ch\u00e2taignier multicentenaires ultra-s\u00e8ches et terriblement inflammables.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s l&rsquo;alerte, j&rsquo;avais mis de c\u00f4t\u00e9 un carton de livres tremp\u00e9s et encore fumants. Des manuels d&rsquo;informatique datant des ann\u00e9es 80, pr\u00e9sentant d&rsquo;obscurs langages de programmation oubli\u00e9s depuis longtemps. Souvenirs de ma p\u00e9riode \u00e9tudiant d\u00e9j\u00e0 branch\u00e9 informatique (sur ce plan-l\u00e0, au moins, j&rsquo;\u00e9tais en avance). Une curieuse nostalgie m&rsquo;avait donn\u00e9 envie d&rsquo;y farfouiller pour me replonger une derni\u00e8re fois dans la syntaxe absconse du Forth ou du Lisp, avant que l&rsquo;ensemble ne prenne la direction du container \u00e0 papier recycl\u00e9. Et voil\u00e0 t-y pas que je tombe sur le guide Vallot ! Je me souviens avoir \u00e9prouv\u00e9 de l&rsquo;indignation \u00e0 imaginer qu&rsquo;il aurait pu finir ses jours au pilon avec \u00ab\u00a0Le Basic pour les nuls\u00a0\u00bb (tiens, un de ces jours il faudra que j&rsquo;\u00e9crive un \u00ab\u00a0mont Blanc pour les nuls\u00a0\u00bb, je pense que j&rsquo;aurai bient\u00f4t suffisamment d&rsquo;exp\u00e9rience pour \u00e7a). Je l&rsquo;avais r\u00e9cup\u00e9r\u00e9, \u00e9pousset\u00e9, ouvert (avec difficult\u00e9 car la reliure s&rsquo;\u00e9tait quelque peu raidie au cours des diff\u00e9rentes \u00e9preuves qu&rsquo;elle avait eu \u00e0 subir)&#8230; et je m&rsquo;\u00e9tais replong\u00e9 dans ce texte au style si d\u00e9suet et pourtant si essentiel.<\/p>\n\n\n\n<p>Sept ans apr\u00e8s l\u2019incendie, je me retrouve en train de faire les m\u00eames gestes, caressant les pages avec la m\u00eame tendresse, observant chaque croquis en d\u00e9tail. Je tourne les pages au hasard, cherchant une id\u00e9e directrice pour une balade de quatre ou cinq jours, mais cette fois le guide ne m&rsquo;aide pas. Il y a tellement de possibilit\u00e9s. Les itin\u00e9raires y sont d\u00e9crits de mani\u00e8re si touffue, si d\u00e9taill\u00e9e, que je m\u2019y perds&#8230; J&rsquo;ai besoin d&rsquo;une vision globale. La carte sera plus parlante ! Je l&rsquo;extirpe \u00e0 son tour du placard et l&rsquo;ouvre sur la table. Elle est tout en plis d\u00e9chir\u00e9s et chiffonn\u00e9s qui font les montagnes russes, je les lisse tendrement de la main. Celle-l\u00e0 aussi, elle a v\u00e9cu ! Comme \u00e0 chaque fois que je la ressors, je suis impressionn\u00e9 par la quantit\u00e9 de blanc qu&rsquo;il y a l\u00e0-dessus. Les glaciers y couvrent des surfaces gigantesques, rien a voir avec les autres massifs montagneux de France. Mon c\u0153ur palpite d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>De nombreux itin\u00e9raires sont trac\u00e9s au crayon \u00e0 m\u00eame la carte, num\u00e9rot\u00e9s selon la codification du guide Vallot. La plupart n&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 que des r\u00eaves inaboutis, quelques-uns vu ont vu mes pieds de pr\u00e8s. Voyons, voyons\u2026 Par o\u00f9 commencer&nbsp;? Quelles seront les contraintes&nbsp;? Comme d&rsquo;habitude, pas question d&#8217;emprunter un t\u00e9l\u00e9ph\u00e9rique. Je n&rsquo;ai rien contre cet outil formidable, mais je pr\u00e9f\u00e8re le r\u00e9server aux cas d&rsquo;urgence. Pour rien au monde je ne me passerai de la marche d&rsquo;approche en basse altitude&nbsp;: elle permet de faire en douceur la coupure avec la vie d&rsquo;avant et constitue une mise en jambe pour la suite de la mont\u00e9e. Comme d&rsquo;habitude \u00e9galement, je souhaite que nous soyons en autonomie totale. Nous devrons porter la tente et la nourriture. Les sacs seront lourds et nous avancerons lentement. Nous ne serons pas pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 l&rsquo;altitude et devrons g\u00e9rer cet aspect sur place. Les sp\u00e9cialistes estiment que l\u2019organisme peut s\u2019acclimater de 500 m\u00e8tres de d\u00e9nivel\u00e9 par jour. A ce rythme, en d\u00e9marrant \u00e0 1500 m\u00e8tres d&rsquo;altitude, il nous faudrait&#8230; voyons voyons&#8230; 5 jours pour atteindre le sommet&#8230; plus une pour la redescente. 6 journ\u00e9es en autonomie. C&rsquo;est beaucoup.<\/p>\n\n\n\n<p>La majorit\u00e9 des grimpeurs qui montent au mont Blanc par la \u00ab&nbsp;voie normale&nbsp;\u00bb ne consacrent pourtant que deux journ\u00e9es \u00e0 l&rsquo;ascension. Leur combat contre l&rsquo;altitude exploite sur le \u00ab&nbsp;d\u00e9lai de gr\u00e2ce&nbsp;\u00bb (appellation personnelle), ces quelques heures dont on dispose, lorsqu&rsquo;on d\u00e9passe son altitude d&rsquo;acclimatation, avant de ressentir les effets du mal des montagnes. Le premier jour ils gagnent le refuge du Go\u00fbter, \u00e0 3800 m\u00e8tres d&rsquo;altitude. Les plus sensibles tombent malade pendant la nuit et ne pourront m\u00eame pas se lever. Ceux qui, au petit matin, partent vers le sommet, m\u00e8nent sans le savoir une course contre la montre&nbsp;pour faire l&rsquo;aller-retour pendant le d\u00e9lai de gr\u00e2ce. Tout le monde n&rsquo;y parvient pas, et de loin. Notre cas de figure va \u00eatre tr\u00e8s diff\u00e9rent&nbsp;: nous monterons doucement, mais en permanence pendant plusieurs jours. Nous ne pourrons donc jamais redescendre sous notre altitude d\u2019acclimatation, qui augmentera tout doucement et a priori l\u00e9g\u00e8rement moins vite que notre altitude r\u00e9elle. Nous serons exactement sur le fil, \u00e0 la limite de l\u2019acclimatation (pr\u00e9voir de l&rsquo;aspirine).<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9capitulons&nbsp;: il me faut donc pr\u00e9parer un itin\u00e9raire techniquement facile (pour \u00eatre praticable avec de gros sacs), qui monte tout doucement et r\u00e9guli\u00e8rement depuis la vall\u00e9e (pour l&rsquo;acclimatation). Voil\u00e0 qui ne nous laisse pas beaucoup de possibilit\u00e9s. Je les connais bien, toutes ces voies, pour les avoir d\u00e9j\u00e0 parcourues plusieurs fois chacune. Mais j\u2019ai besoin de refaire le point. Pour la milli\u00e8me fois, je me plonge dans la carte et commence \u00e0 explorer m\u00e9ticuleusement chaque versant du Massif.<\/p>\n\n\n\n<p>Hmm\u2026 Il y a la voie des Grands-Mulets, oui, bien s\u00fbr\u2026 C\u2019est l\u2019itin\u00e9raire suivi par les premiers ascensionnistes. Je les comprend, ces h\u00e9ros du XVIIIe si\u00e8cle, d&rsquo;avoir choisi cette option, car depuis la vall\u00e9e de Chamonix l\u2019itin\u00e9raire semble \u00e9vident&nbsp;: une puissante cr\u00eate rocheuse couverte de for\u00eats monte droit vers le mont Blanc jusqu&rsquo;au c\u0153ur des glaciers. A cette \u00e9poque, l\u2019univers de la glace \u00e9tait r\u00e9put\u00e9 dangereux, mortel m\u00eame, et l\u2019on cherchait \u00e0 retarder au maximum le moment o\u00f9 il faudrait y poser le pied. D\u2019o\u00f9 l\u2019int\u00e9r\u00eat de cette cr\u00eate, dont le sommet semblait constituer un avant-poste du monde des vivants au c\u0153ur de la haute montagne.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s les premiers m\u00e8tres, au sortir du hameau des Bossons, le sentier entame une vertigineuse, interminable, hypnotique s\u00e9rie de lacets. J&rsquo;ai cru compter plus de lacets sur ce flanc de montagne que nulle part ailleurs dans le monde. Un virage \u00e0 gauche. Une minute de marche. Un virage \u00e0 droite. Une minute de marche. Les pens\u00e9es s\u2019\u00e9vadent, mais le corps vit au rythme des changements de cap. Le temps ne se compte plus en minutes, il s\u2019\u00e9value en nombre de vir\u00e9es de bord, et bient\u00f4t la notion m\u00eame de dur\u00e9e perd toute signification.<\/p>\n\n\n\n<p>Les bruits de la vall\u00e9e, de plus en plus lointains, finissent par se fondre en un grondement sourd. Deux flots y m\u00e9langent leur rumeur : les eaux tumultueuses de l&rsquo;Arve et les camions qui montent en files denses vers le tunnel du Mont-Blanc. Au sortir de la for\u00eat, le glacier des Bossons appara\u00eet, raide, craquel\u00e9, hostile. De loin en loin, les pyl\u00f4nes rouill\u00e9s d&rsquo;un t\u00e9l\u00e9ph\u00e9rique d\u00e9saffect\u00e9 s&rsquo;accrochent aux pentes d&rsquo;herbe d\u00e9sertes, t\u00e9moins d&rsquo;une activit\u00e9 r\u00e9volue. Quelles obscures motivations ont attir\u00e9 en ces lieux l&rsquo;homme de la vall\u00e9e ? Au loin, une pierre roule et ricoche de paroi en paroi, laissant derri\u00e8re elle de longs \u00e9chos, et va s&rsquo;ab\u00eemer dans une crevasse du glacier. Un vent descendant s&rsquo;installe, frais et lourd, portant des effluves de glace. \u00c7\u00e0 et l\u00e0, des abris de pierre \u00e9difi\u00e9s \u00e0 l&rsquo;abri de rochers colossaux t\u00e9moignent d\u2019ascensions anciennes.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans transition, la pente laisse place \u00e0 l&rsquo;horizontale et la vue s&rsquo;\u00e9largit. Un fleuve de glace fractur\u00e9e s&rsquo;\u00e9tale \u00e0 perte de vue, dans toutes les directions. La roche prend fin ici. La colossale cascade de glace qui d\u00e9vale depuis le sommet du mont Blanc, 2000 m\u00e8tres plus haut, vient s\u2019y \u00e9craser de plein fouet et lui livre un combat de Titans. L&rsquo;air faussement calme vibre sous l&rsquo;effet des forces en pr\u00e9sence. Cet endroit pr\u00e9cis o\u00f9 se frottent roc et glace s\u2019appelle \u00ab&nbsp;la Jonction&nbsp;\u00bb. C\u2019est un endroit hors du commun, point de contact entre deux mondes. Le chemin ram\u00e8ne vers la civilisation et sa s\u00e9curit\u00e9. Faire un pas de plus vers l&rsquo;avant projette au c\u0153ur de la haute montagne, sauvage, dangereuse&#8230; A chacun de prendre sa d\u00e9cision. Je ne me rappelle pas avoir franchi une seule fois cette limite sans avoir eu la tentation de rester en de\u00e7\u00e0, \u00e0 l&rsquo;abri&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques centaines de m\u00e8tres au-dessus de la Jonction, perch\u00e9 sur un \u00eelot rocheux escarp\u00e9, isol\u00e9 au milieu des glaces fractur\u00e9es, tr\u00f4ne le refuge des Grands-Mulets, premi\u00e8re \u00e9tape de l&rsquo;ascension du mont Blanc par ce versant. Les alpinistes y acc\u00e8dent g\u00e9n\u00e9ralement par un autre itin\u00e9raire, dont le point de d\u00e9part est la station interm\u00e9diaire du t\u00e9l\u00e9ph\u00e9rique de l&rsquo;aiguille du Midi, \u00e0 2300 m\u00e8tres d&rsquo;altitude. De l\u00e0, une travers\u00e9e ascendante facile les am\u00e8ne directement sur le replat du glacier, largement au-dessus de la Jonction. 500 m\u00e8tres de d\u00e9nivel\u00e9&nbsp;au lieu de 2000, le calcul est vite fait. Rejoindre trace \u00ab&nbsp;officielle&nbsp;\u00bb depuis la Jonction constitue une premi\u00e8re aventure sur la route du sommet. Il n&rsquo;y a pas de cairns, pas de balisage : le passage est trop mouvant. D&rsquo;une semaine \u00e0 l&rsquo;autre, les points de rep\u00e8re se d\u00e9placent ou sont engloutis. Ceux qui s&rsquo;engagent sur la glace doivent tracer leur propre chemin au travers du d\u00e9dale de crevasses. Une ann\u00e9e particuli\u00e8rement mauvaise, les crevasses nous avaient oblig\u00e9 \u00e0 effectuer d&rsquo;infinis d\u00e9tours. Nous ne cessions de passer et repasser tout pr\u00e8s de la Jonction, qui s&rsquo;\u00e9loignait tr\u00e8s, tr\u00e8s lentement, refusant de se laisser engloutir sous un horizon pourtant si proche. Je me sentais marin quittant le port face au vent dans la temp\u00eate, tirant d&rsquo;interminables bords pour m&rsquo;\u00e9loigner de la c\u00f4te, tout en craignant de perdre de vue ce rep\u00e8re rassurant.<\/p>\n\n\n\n<p>Oui, vraiment, la Jonction est un endroit magique, et un peu mal\u00e9fique \u00e0 la fois. Peut-\u00eatre est-ce elle qui donne l&rsquo;essentiel de son int\u00e9r\u00eat \u00e0 ce versant&#8230; Mais il ne faut pas se laisser abuser&nbsp;: sous ses airs de \u00ab&nbsp;Grande&nbsp;\u00bb, elle ne culmine qu\u2019\u00e0 2589 pauvres petits m\u00e8tres d\u2019altitude. Il en reste encore 2300 \u00e0 grimper pour atteindre le sommet&nbsp;! Certes le reste de l\u2019itin\u00e9raire ne pr\u00e9sente pas de difficult\u00e9s techniques majeures, mais il est long et engag\u00e9&nbsp;: il faut franchir plusieurs ressauts glaciaires crevass\u00e9s, surmont\u00e9s de s\u00e9racs instables, avant de rejoindre le col du D\u00f4me et l\u2019ar\u00eate sommitale. Une v\u00e9ritable \u00ab&nbsp;bavante&nbsp;\u00bb, que les alpinistes du XIXe si\u00e8cle d\u00e9laisseront rapidement apr\u00e8s les premi\u00e8res ascensions victorieuses pour tourner leurs chaussures \u00e0 clous vers l\u2019aiguille du Go\u00fbter.<\/p>\n\n\n\n<p>Pench\u00e9 sur ma carte, je continue \u00e0 remonter le versant d\u2019un index gourmand. 3509 m\u00e8tres&nbsp;: Rocher de l&rsquo;heureux retour. C\u2019est ici que De Saussure et son \u00e9quipe victorieuse pass\u00e8rent leur troisi\u00e8me nuit en montagne sur le retour de la premi\u00e8re ascension. Le secteur m\u2019a toujours intrigu\u00e9. En contrebas du fameux rochers, quelques centaines de m\u00e8tres \u00e0 l\u2019est, il y a une vaste et magnifique combe glaciaire, presque horizontale. Encadr\u00e9e par deux \u00e9pouvantables chutes de s\u00e9racs, en amont et en aval, surplomb\u00e9e par les vertigineuses parois ouest du mont Maudit, elle est totalement isol\u00e9e du reste du monde. C\u2019est un endroit aust\u00e8re et dangereux, un cul- de-sac absolu, un d\u00e9sert \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du d\u00e9sert&#8230; Qui pourrait avoir envie d\u2019y aller&nbsp;? J\u2019ignore le nom de cet endroit interdit \u2013 en a-t-il seulement un&nbsp;?&nbsp;\u2013 mais chaque fois que je l&rsquo;ai approch\u00e9, mon imagination s\u2019est emball\u00e9e. J\u2019ai cru y apercevoir des traces de pas dessinant des itin\u00e9raires myst\u00e9rieux\u2026 Parfois m\u00eame, aveugl\u00e9 par le contre-jour, m\u2019a-t-il sembl\u00e9 y distinguer une silhouette furtive. Un avion s\u2019est peut-\u00eatre \u00e9cras\u00e9 l\u00e0, il y a longtemps&nbsp;? Ou un ballon dirigeable&nbsp;? Il y eut un survivant. Il n\u2019a pas r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019\u00e9chapper. Ou plut\u00f4t\u2026 il s\u2019est trouv\u00e9 bien l\u00e0-haut, loin d\u2019une civilisation futile et destructrice qu\u2019il d\u00e9teste. Depuis des ann\u00e9es, il vit dans une grotte de glace. Il se nourrit des d\u00e9bris alimentaires perdus par les centaines de cord\u00e9es qui, 1000 m\u00e8tres plus haut, traversent le col du Mont-Maudit. Quelques vieux alpinistes connaissent son existence et le nourrissent en secret. Un jour je le trouverai, et je le ram\u00e8nerai \u00e0 la civilisation \u2013 \u00e0 moins que je m\u2019installe avec lui, s\u2019il veut bien de moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus haut encore, au dessus du Grand Plateau, plusieurs combes permettent de rejoindre le col de la Brenva et l&rsquo;ar\u00eate nord du mont Blanc. Mmmm, il y aurait peut-\u00eatre encore mieux \u00e0 faire. Accroch\u00e9e au mur de la chambre de mon fils, il y a une photo panoramique du mont Blanc, prise d\u2019avion. Officiellement, je la lui ai offerte pour tenter de lui transmettre un peu de ma passion, mais en fait ce fut surtout pour me faire plaisir \u00e0 moi-m\u00eame, et je passe beaucoup de temps \u00e0 la contempler en r\u00eavassant. Un jour que mon regard fl\u00e2nait dans ce secteur, j\u2019ai cru y d\u00e9celer un itin\u00e9raire direct, montant du Grand Plateau vers le sommet. Mais, c\u2019est idiot, l\u2019ombre projet\u00e9e par l\u2019ar\u00eate des Bosses cache une partie de la zone et m&#8217;emp\u00eache d\u2019en \u00eatre certain. Il me faudrait voir sur place\u2026 ou bien ouvrir le guide Vallot, mais je ne sais pas pourquoi, tout d\u2019un coup j&rsquo;ai la flemme. Je pr\u00e9f\u00e8re continuer \u00e0 r\u00eaver et faire des plans sur la com\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p>Moui, moui, moui, int\u00e9ressant, ce versant, int\u00e9ressant\u2026 La voie historique n\u2019est certes pas la plus rapide, c\u2019est un fait. Mais c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment pour cette raison que je l\u2019aime. Et pour son isolement, \u00e0 l\u2019\u00e9cart de l\u2019autoroute du Go\u00fbter, pour son parfum surann\u00e9, pour le souvenir des h\u00e9ros qui l\u2019ont parcourue. J\u2019y ai tant de souvenirs. J\u2019y repasserai toujours avec plaisir. Pourquoi pas cette fois ?<\/p>\n\n\n\n<p>Tout \u00e0 ma r\u00e9flexion, je contemple le paysage c\u00e9venol visible par la fen\u00eatre de mon bureau. La vall\u00e9e du Tarnon, le causse M\u00e9jean et ses falaises puissantes, les contreforts du Mont Aigoual. Juste en face de moi, une petite cr\u00eate rocheuse \u00e9merge de la vall\u00e9e et monte vers la Can de l\u2019Hospitalet. Je la suis du regard\u2026 tiens, c\u2019est bizarre&nbsp;: son profil m\u2019\u00e9voque quelque chose de connu&nbsp;: il marque un premier ressaut assez ample, surmont\u00e9 d\u2019un second plus petit. Mais oui, bien s\u00fbr&nbsp;: on dirait les fameuses \u00ab&nbsp;bosses&nbsp;\u00bb de l\u2019ar\u00eate du m\u00eame nom, les derni\u00e8res centaines de m\u00e8tres sur la voie normale du mont Blanc. \u00c7a alors&nbsp;! A 800 m\u00e8tres d\u2019altitude, quasiment 4000 m\u00e8tres plus bas, mais on s\u2019y croirait&nbsp;! Il y a quelques ann\u00e9es il avait neig\u00e9 pr\u00e8s de soixante dix centim\u00e8tres sur les C\u00e9vennes, nous \u00e9tions mont\u00e9s l\u00e0-haut \u00e0 pied, en famille\u2026 On avait brass\u00e9, brass\u00e9, comme en haute montagne. Comme sur le mont Blanc en d\u00e9but de saison. L\u2019ar\u00eate du Boss, ici m\u00eame, chez moi. J\u2019en suis tout heureux.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me penche \u00e0 nouveau sur ma carte, et d\u00e9place mon attention vers le sud-ouest. Mon index survole l\u2019aiguille du Go\u00fbter sans s\u2019y arr\u00eater. La voie normale du Boss est un itin\u00e9raire pratique, mais ce que je recherche aujourd\u2019hui, c\u2019est un endroit pour r\u00eaver. Je survole l\u2019aiguille de Bionnassay\u2026 Mmmm, un souvenir me revient&nbsp;: c\u2019est la nuit, nous progressons \u00e0 califourchon sur l\u2019ar\u00eate \u2026 pas mal non plus, ce secteur. Il faudrait arriver par le sud. Voyons, voyons\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9part des Contamines, mont\u00e9e au mont Tondu, descente au glacier de Tr\u00e9-la-t\u00eate, ar\u00eates de Miage, aiguille de Bionassay, d\u00f4me du Go\u00fbter, mont Blanc. 25 kilom\u00e8tres d\u2019ar\u00eates \u00e0 parcourir avant d\u2019atteindre le Boss, dont 15 \u00e0 plus de 3000 m\u00e8tres. De quoi installer une sacr\u00e9ment belle ambiance de haute-montagne, en s\u2019acclimatant tout doucement\u2026 Les ar\u00eates sont des lieux magiques. A mi-chemin de la ligne et de la courbe, elles sont presque aussi a\u00e9riennes que les pics, et m\u00e9nagent un espace de libert\u00e9 pour aller et venir. Creuser une plate-forme sous le sommet d&rsquo;une ar\u00eate effil\u00e9e et y planter sa tente&#8230; pousser plus loin la trace le lendemain et recommencer plus loin et plus haut&#8230; Bon sang, que cet itin\u00e9raire me fait envie&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2002\/0915_mont_blanc\/20020915_mont_blanc_voici_miage.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption> Vers les d\u00f4mes de Miage <\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Il y a tout de m\u00eame un probl\u00e8me de taille &#8211; ou plut\u00f4t, un probl\u00e8me de poids, devrais-je dire. Au pied de l&rsquo;aiguille de Bionnassay, l\u2019ar\u00eate se redresse sensiblement et se transforme en un ressaut rocheux de 300 m\u00e8tres de d\u00e9nivel\u00e9. Rien de difficile, je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 parcouru plusieurs fois, mais impossible \u00e0 franchir avec 25 kilos sur le dos. J\u2019arpente nerveusement le bureau en tous sens en me grattant le menton. Il y a certainement une solution. Comment font donc les alpinistes tr\u00e8s charg\u00e9s engag\u00e9s dans des grandes voies&nbsp;? En Himalaya, par exemple&nbsp;? Ils font des portages, bien s\u00fbr&nbsp;! Hmmmm, voyons donc ce que donnerait le franchissement de ce passage en technique himalayenne.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faudrait poser un camp au bas du ressaut, vers\u2026 (je reviens \u00e0 ma carte) 3800 m\u00e8tres d\u2019altitude. Bien. Le lendemain matin, premi\u00e8re ascension avec seulement la moiti\u00e9 du chargement sur le dos, passage au sommet de l\u2019Aiguille (4052 m\u00e8tres), redescente au col de Bionnassay (3888 m\u00e8tres), d\u00e9p\u00f4t du mat\u00e9riel, retour au camp par le m\u00eame chemin. Combien de temps cela mettrait-il&nbsp;? 4 heures en tout&nbsp;? 5 heures&nbsp;? \u00c7a laisserait le temps de faire une seconde ascension avec le reste du mat\u00e9riel, et d\u2019installer le camp au col. Je me frotte les mains d\u2019enthousiasme&nbsp;: c\u2019est certain, avec deux ascensions dans la m\u00eame journ\u00e9e, c\u2019est possible&nbsp;! Le reste de l\u2019itin\u00e9raire, ensuite, est facile comme tout, puisqu\u2019il rejoint la voie normale au d\u00f4me du Go\u00fbter. Il est chouette, cet itin\u00e9raire, il me pla\u00eet vraiment bien.<\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p>Che Guevara boit le mat\u00e9 avec sa bombilla, Che Guevara fume un gros cigare, Che Guevara sur son lit de mort \u00e0 la Higueira, Che Guevara est en string sur la plage de la Havane (non, \u00e7a c\u2019est une blague), Che Guevara est encord\u00e9 dans la neige sur les flancs du Popocatepetl&#8230; toutes ces photos sont c\u00e9l\u00e8bres, mais pas autant que LA photo du Che. Vous savez, ce portrait l\u00e9g\u00e8rement flou, sur lequel notre homme, coiff\u00e9 de son b\u00e9ret \u00e0 \u00e9toile, jette vers le lointain un regard grave. Celle l\u00e0, le monde entier la conna\u00eet. C&rsquo;est \u00e0 elle que l&rsquo;on doit de savoir reconna\u00eetre le Che sur toutes les autres. Elle entretient la l\u00e9gende.<\/p>\n\n\n\n<p>Le mont Blanc, c&rsquo;est un peu le Che Guevara de la montagne : d&rsquo;innombrables photos connues le prennent pour sujet : l&rsquo;ar\u00eate de Peuterey \u00e0 l&rsquo;automne, encadr\u00e9e de m\u00e9l\u00e8zes d\u00e9j\u00e0 jaunes, ou l\u2019aiguille et le d\u00f4me du Go\u00fbter immuablement point\u00e9s du doigt par la statue de Paccard \u00e0 Chamonix&#8230; Ces photos sont toutes c\u00e9l\u00e8bres, mais ni leur notori\u00e9t\u00e9, ni leur force d\u2019\u00e9vocation ne sont au niveau de LA photo. Celle-l\u00e0 est prise depuis le Br\u00e9vent, un sommet d&rsquo;altitude moyenne situ\u00e9 juste en face, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la vall\u00e9e de Chamonix. On y voit une formidable ligne de cr\u00eate dentel\u00e9e, enfilade de sommets puissants. Une glace \u00e9paisse les couvre presque totalement, ne laissant d\u00e9passer que quelques pointes rocheuses effil\u00e9es. L&rsquo;un des sommets culmine nettement, c&rsquo;est le Boss, bien s\u00fbr. Plusieurs sommets secondaires l&rsquo;encadrent, contribuant \u00e0 renforcer l&rsquo;impression de sup\u00e9riorit\u00e9 du ma\u00eetre. De colossales langues glaciaires d\u00e9chiquet\u00e9es plongent vers la vall\u00e9e de Chamonix. Cette photo, tout le monde la conna\u00eet&nbsp;: elle est imprim\u00e9e sur les calendriers de la Poste, sur les \u00e9tiquettes d&rsquo;eaux min\u00e9rales, sur les papiers \u00e0 en-t\u00eate des entreprises qui veulent faire dynamique (c\u2019est \u00e0 dire toutes les entreprises). Regardez mieux, la prochaine fois, vous la reconna\u00eetrez.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le langage des alpinistes, les \u00ab&nbsp;trois Monts&nbsp;\u00bb, ce sont les trois principaux sommets visibles sur cette photo&nbsp;: le mont Blanc et ses deux satellites de gauche, le mont Maudit et le mont Blanc du Tacul (le \u00ab&nbsp;Tape-cul&nbsp;\u00bb, comme l\u2019appellera affectueusement un ami avec lequel nous en avions fait l\u2019ascension). Un ensemble d&rsquo;une puissance sans pareille en Europe. Un versant que tout alpiniste d\u00e9butant r\u00eave d\u2019arpenter.<\/p>\n\n\n\n<p>La mani\u00e8re la plus courante de \u00ab&nbsp;faire les trois Monts&nbsp;\u00bb consiste \u00e0 prendre la premi\u00e8re benne du t\u00e9l\u00e9ph\u00e9rique de l&rsquo;aiguille du Midi. \u00c9mergez \u00e0 3800 m\u00e8tres d&rsquo;altitude, dans le froid, le soleil, le vent. Redescendez l\u2019ar\u00eate nord jusqu\u2019au Col du Midi, \u00e0 3500 m\u00e8tres, puis foncez, foncez, foncez. Montez \u00e0 l\u2019\u00e9paule du Tacul (4100 m\u00e8tres), redescendez au col Maudit, grimpez jusqu\u2019au col du Mont-Maudit (4200 m\u00e8tres), traversez le col de la Brenva, puis prenez tout droit dans la pente jusqu\u2019au sommet. Ces neuf kilom\u00e8tres de long pour 1500 m\u00e8tres de d\u00e9nivel\u00e9e constituent une journ\u00e9e d\u2019alpinisme assez classique, mais son altitude \u00e9lev\u00e9e lui donne une ampleur non n\u00e9gligeable. S\u2019il fait beau, que vous avez la forme et que vous \u00eates correctement acclimat\u00e9, il se peut que vous arriviez au sommet, avant de reprendre votre course, vers la vall\u00e9e cette-fois ci.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2002\/0915_mont_blanc\/20020915_mont_blanc_corniche_de_la_brenva.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption>Les corniches du col de la Brenva<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Lors de mes premiers pas en haute-montagne, j\u2019ai comme tout d\u00e9butant eu envie de souscrire \u00e0 cette ascension mythique. J\u2019ai m\u00e9ticuleusement respect\u00e9 le sc\u00e9nario \u00ab&nbsp;officiel&nbsp;\u00bb d\u00e9crit ci-dessus, j\u2019en suis revenu \u00e9bloui. Mais frustr\u00e9&nbsp;: dix heures d\u2019efforts\u2026 et si peu de temps pour en profiter ! Sans compter le choc culturel, de retour au t\u00e9l\u00e9ph\u00e9rique, lorsque vous d\u00e9boulez parmi des hordes de touristes en bras de chemise qui vous photographient \u00e0 tout va\u2026 Il m&rsquo;avait manqu\u00e9 le temps de m\u2019habiller le c\u0153ur avant, et de dig\u00e9rer tout cela dans le calme apr\u00e8s. Ah, il doit bien y avoir une mani\u00e8re de parcourir cet itin\u00e9raire sans c\u00e9der au Dieu du stress&nbsp;! Il faudrait trouver un moyen pour atteindre le col du Midi sans prendre la benne. Y monter doucement, en prenant le temps de s\u2019acclimater, par un itin\u00e9raire facile.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2002\/0915_mont_blanc\/20020915_mont_blanc_mer_de_glace.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Pas besoin de consulter la carte pour imaginer la solution&nbsp;: c\u2019est la Mer de Glace, bien s\u00fbr&nbsp;! Cette esp\u00e8ce de chauss\u00e9e g\u00e9ante mais tranquille qui serpente au c\u0153ur du Massif. Elle a beau \u00eatre l\u2019un des glaciers les plus c\u00e9l\u00e8bres du Monde, il y r\u00e8gne un grand calme d\u00e8s lors que l\u2019on s\u2019\u00e9loigne des acc\u00e8s touristiques. Partir du Montenvers, \u00e0 1900 m\u00e8tres d\u2019altitude, voil\u00e0 qui ferait un sacr\u00e9 bel itin\u00e9raire, 25 kilom\u00e8tres dans l\u2019univers d&rsquo;en haut\u2026 Je suis d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9 par l\u00e0, mais qu\u2019importe, j\u2019en ai le c\u0153ur qui palpite&nbsp;!<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce texte figure dans le livre \u00ab\u00a0Sacr\u00e9 mont Blanc\u00ab\u00a0 C\u00e9vennes, Printemps 2002 J&rsquo;ouvre la porte grin\u00e7ante du placard de mon bureau c\u00e9venol et en extirpe avec d\u00e9lice un vieil exemplaire&hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1515,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[12,1],"tags":[],"class_list":["post-627","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-mont-blanc","category-recits"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/627","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=627"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/627\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1517,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/627\/revisions\/1517"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1515"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=627"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=627"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=627"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}