
{"id":569,"date":"2021-11-28T16:42:12","date_gmt":"2021-11-28T16:42:12","guid":{"rendered":"http:\/\/reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/?p=569"},"modified":"2021-11-28T16:42:14","modified_gmt":"2021-11-28T16:42:14","slug":"rencontres-du-premier-deuxieme-et-troisieme-type-a-la-croix-de-belledonne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/rencontres-du-premier-deuxieme-et-troisieme-type-a-la-croix-de-belledonne\/","title":{"rendered":"Rencontres du premier, deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me type \u00e0 la Croix de Belledonne"},"content":{"rendered":"\n<p>Les derni\u00e8res centaines de m\u00e8tres de l&rsquo;ascension de la Croix de Belledone depuis le lac du Crozet sont d&rsquo;une curieuse diversit\u00e9. C&rsquo;est d&rsquo;abord un encha\u00eenement de lacs assez classiques, quoique tout \u00e0 fait charmants, au fond d&rsquo;une vall\u00e9e l\u00e9g\u00e8rement aust\u00e8re mais rafra\u00eechissante. Puis, par l&rsquo;interm\u00e9diaire de pentes plus raides d&rsquo;\u00e9boulis instables, il faut s&rsquo;extirper de ce monde bien connu et gagner progressivement un univers plus min\u00e9ral, qui \u00e9voque la haute montagne malgr\u00e9 une altitude encore modeste.<\/p>\n\n\n\n<p>Des langues neigeuses trainassent dans les talwegs. De loin, j&rsquo;avais cru reconna\u00eetre des n\u00e9v\u00e9s, mais maintenant que j&rsquo;approche, je constate que ce sont les derniers lambeaux de glaciers agonisants. D&rsquo;incontestables mouvements de glace remuent les surfaces, et de minuscules crevasses partent vers les profondeurs, si fines qu&rsquo;elles sont tout \u00e0 fait inoffensives. Quant aux reflets bleu et gris, ils m&rsquo;apportent la preuve ultime : il y eut ici, en des \u00e9poques encore r\u00e9centes, de v\u00e9ritables glaciers. R\u00e9chauffement global ? C&rsquo;est l&rsquo;interpr\u00e9tation qui me vient imm\u00e9diatement \u00e0 l&rsquo;esprit lorsque Fran\u00e7ois r\u00e9p\u00e8te plusieurs fois d&rsquo;affil\u00e9e&nbsp; \u00ab\u00a0C&rsquo;est ahurissant la fonte en quelques ann\u00e9es\u00a0\u00bb. Mais un jour il reneigera, et peut-\u00eatre&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Encore quelques pentes sauvages et l&rsquo;\u00e9mergence au col me plonge brutalement dans une ambiance totalement min\u00e9rale. Plus la moindre tache de couleur. Rien qu&rsquo;un immense pierrier rouill\u00e9 entrecoup\u00e9 de courts verrous rocheux. Tout l\u00e0-haut, juste sous le sommet, se d\u00e9ploie une vaste \u00e9paule de cailloux, comme un fantastique cairn \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle des g\u00e9ants du lieu. Le coup d&rsquo;oeil est impressionnant. Une ligne pointill\u00e9e serpente dans la face, marquant l&rsquo;itin\u00e9raire pr\u00e9f\u00e9rentiel des randonneurs. Quelques points noirs se meuvent lentement et silencieusement le long de cet axe qui rejoint la grande croix sommitale. L&rsquo;ensemble impose le recueillement et c&rsquo;est en silence que je gagne les derni\u00e8res pentes.<\/p>\n\n\n\n<p>Les alentours du sommet h\u00e9bergent d\u00e9j\u00e0 une vingtaine de personnes (tr\u00e8s peu compte-tenu du lieu et de la saison, m&rsquo;affirme Fran\u00e7ois). Deux ou trois petits groupes pique-niquent \u00e0 l&rsquo;abri du vent en versant ouest. Je passe mon chemin et dirige mes pas vers la croix elle-m\u00eame. Le plateau sommital se resserre en une courte ar\u00eate depuis laquelle la vue se d\u00e9gage brutalement. C\u00f4t\u00e9 nord ouest, une face vertigineuse plonge vers le glacier de Freydane, impressionnant malgr\u00e9 sa petite taille d&rsquo;agonisant. C\u00f4t\u00e9 sud-est la perspective est tr\u00e8s large. La barre des Grandes Rousses appara\u00eet dans toute sa longueur, constell\u00e9e de glaciers. Les massifs de l&rsquo;Oisan et de la Vanoise, plus lointains, pr\u00e9sentent cependant des allures alti\u00e8res. Rapide tour d&rsquo;horizon&#8230; pas de massif du Mont-Blanc. J&rsquo;en d\u00e9duis qu&rsquo;il se cache juste derri\u00e8re le Grand Pic de Belledonne (tout proche mais de toute \u00e9vidence tr\u00e8s difficilement accessible depuis la Croix en raison d&rsquo;une succession de gendarmes tr\u00e8s raides) qui nous surplombe d&rsquo;une cinquantaine de m\u00e8tres&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis isol\u00e9 dans la contemplation pensive et \u00e9merveill\u00e9e de toute cette cr\u00e9ation lorsqu&rsquo;une conversation proche attire mon attention.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Moi en fait, quant un mec qui me pla\u00eet me rappelle, je sais que c&rsquo;est dans la poche. Mais tu vois, je cherche pas forc\u00e9ment \u00e7a non plus !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Oui, je suis pareil, j&rsquo;aime beaucoup engager des relations approfondies avec des filles, mais pas forc\u00e9ment sur le mode amoureux. Tu vois, c&rsquo;est un peu comme nous, l\u00e0, c&rsquo;est sympa, on discute, tout&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La fille qui sait que c&rsquo;est dans la poche a la vingtaine, elle parle avec un ton affirm\u00e9 et un rien mani\u00e9r\u00e9. Le gars a quelques ann\u00e9es de plus, il suit la conversation de mani\u00e8re \u00e0 la fois attentive et lointaine, \u00e0 moiti\u00e9 int\u00e9ress\u00e9 seulement mais de bonne volont\u00e9 pour ne pas l\u00e2cher le morceau. En gros ils se disent de plein de mani\u00e8res diff\u00e9rentes qu&rsquo;ils sont copains-copains et que baiser l&rsquo;autre ne les int\u00e9resse pas du tout. En vrai ils donnent l&rsquo;impression que s&rsquo;il y avait un fourr\u00e9 pas loin de ce sommet pel\u00e9 ils consommeraient imm\u00e9diatement leurs contradictions.<\/p>\n\n\n\n<p>La conversation me ram\u00e8ne \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Pouss\u00e9 par mon c\u00f4t\u00e9 obscur et voyeur, je suis tent\u00e9 de rester l\u00e0 \u00e0 \u00e9couter mine de rien pour en savoir plus et \u00e9ventuellement assister \u00e0 l&rsquo;in\u00e9luctable aboutissement de cette affaire, mais apr\u00e8s un bref combat int\u00e9rieur je privil\u00e9gie finalement la recherche de silence. Je m&rsquo;\u00e9loigne un peu sur l&rsquo;ar\u00eate en direction du Grand Pic et d&rsquo;un hypoth\u00e9tique Mont-Blanc cach\u00e9 par l\u00e0. Quelques m\u00e8tres plus loin, un jeune couple est assis, \u00e9changeant ses impressions \u00e0 voix basse. Un homme d&rsquo;\u00e2ge plus m\u00fbr, en qui on devine un sportif de la montagne, leur tourne le dos, chaussures pos\u00e9es \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, orteils ostensiblement en \u00e9ventail, dans des socquettes bleu marine. Il semble isol\u00e9 dans une contemplation pensive des Grandes Rousses, et croque de temps \u00e0 autres un concombre non \u00e9pluch\u00e9. Il cache bien son jeu car tout \u00e0 coup, intervenant sans y \u00eatre invit\u00e9 dans la conversation des jeunes tourtereaux, il lance \u00ab\u00a0Et d&rsquo;o\u00f9 venez-vous ?\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le couple est l\u00e9g\u00e8rement interloqu\u00e9, mais flatt\u00e9 peut-\u00eatre d&rsquo;\u00eatre remarqu\u00e9 par un vieux briscard. La conversation s&rsquo;engage sur un mode surr\u00e9aliste. Le briscard interroge, r\u00e9pond, donne son avis&#8230; sans tourner la t\u00eate vers ses interlocuteurs, les yeux toujours fixement point\u00e9s vers l&rsquo;Alpe d&rsquo;Huez.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00ab\u00a0Moi, vous savez, je suis un rapide\u00a0\u00bb, les \u00ab\u00a0La Croix de Belledonne, vous savez, c&rsquo;est le sommet le plus dur du massif, il n&rsquo;y a pas beaucoup de gens qui arrivent \u00e0 le faire dans la journ\u00e9e\u00a0\u00bb ou les \u00ab\u00a0Moi je suis d&rsquo;ici, je suis toujours en montagne, c&rsquo;est normal que je sois \u00e0 l&rsquo;aise\u00a0\u00bb s&rsquo;encha\u00eenent \u00e0 un rythme acc\u00e9l\u00e9r\u00e9, momentan\u00e9ment interrompus par des listes de sommets gravis ou des descriptifs d&rsquo;aventures v\u00e9cues en d&rsquo;autres lieux. Les yeux ne quittent toujours pas l&rsquo;horizon.<\/p>\n\n\n\n<p>Vaguement d\u00e9prim\u00e9 par cette illustration de l&rsquo;esprit montagnard je me d\u00e9place de quelques m\u00e8tres sur l&rsquo;ar\u00eate et entre \u00e0 nouveau dans le p\u00e9rim\u00e8tre phonique du couple dragueur.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Allo, doudou ? C&rsquo;est moi !\u00a0\u00bb&nbsp; C&rsquo;est dans la poche t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 son petit copain, rest\u00e9 seul \u00e0 Paris pour une raison que je ne peux pas \u00e9lucider. Elle parle de telle sorte que les skieurs de la Grande Rousse puissent l&rsquo;entendre par del\u00e0 les vall\u00e9es et les collines bleut\u00e9es. Une fois cette entr\u00e9e en mati\u00e8re de haut vol termin\u00e9e, elle entreprend de d\u00e9crire \u00e0 Fred (car c&rsquo;est son nom), la vue circulaire \u00e0 360 degr\u00e9s qu&rsquo;elle a d&rsquo;ici (elle se trompe, le Pic de Belledonne rogne au moins 20 degr\u00e9s de vue, il reste moins de 340 degr\u00e9s utiles). Elle explique que c&rsquo;est vraiment for-mi-dable, qu&rsquo;elle aimerait tant partager ce moment avec Fred, quel dommage que tu ne sois pas l\u00e0, mais heureusement j&rsquo;ai de la compagnie j&rsquo;ai rencontr\u00e9 un gars super sympa qui m&rsquo;accompagne, c&rsquo;est extra, mais que non, on ne fait rien de mal ! On dirait que \u00e7a chauffe \u00e0 l&rsquo;autre bout du fil.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est dans la poche raccroche, l&rsquo;air renfrogn\u00e9, et explique \u00e0 attentif et lointain que Fred est vraiment un mec g\u00e9-nial, mais hy-per-hy-per-ja-loux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Il m&rsquo;a demand\u00e9 si on n&rsquo;\u00e9tait pas en train de faire des c\u00e2lins, c&rsquo;est dingue comme il est parano !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ah mais moi, tu sais, je ferai jamais une chose pareil, je suis hyper r\u00e9glo l\u00e0-dessus !\u00a0\u00bb, r\u00e9torque imm\u00e9diatement attentif et lointain en parcourant les alentours du regard pour voir si merde y aurait vraiment pas un seul buisson sur ce foutu sommet, mais pourquoi on n&rsquo;a pas choisi de faire l&rsquo;ascension du Puy de Sancy (non, l\u00e0 c&rsquo;est moi qui rajoute !)<\/p>\n\n\n\n<p>Sur ces entrefaites arrive mon copain Fran\u00e7ois. Il m&rsquo;attendait en bas de l&rsquo;\u00e9boulis sommital depuis 20 minutes, on s&rsquo;\u00e9tait perdus de vue et il me croyait derri\u00e8re. Voil\u00e0 de quoi d\u00e9tourner momentan\u00e9ment mon attention de la f\u00e9brile activit\u00e9 de convivialit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;oeuvre sur ce sommet.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous ne somme pas assis c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te depuis une minute que d\u00e9bouche au pas de course du dernier ressaut une jeune fille blonde, cheveux courts, short moulant, cuisses muscl\u00e9es et bronz\u00e9es, tee-shirt aur\u00e9ol\u00e9 de transpiration, peau luisante, tout souffle dehors, accompagn\u00e9e d&rsquo;un berger allemand. Waouh ! Fran\u00e7ois et moi lan\u00e7ons un \u00ab\u00a0Bonjour\u00a0\u00bb bien audible \u00e0 la donzelle qui ne r\u00e9pond pas et s&rsquo;installe dos \u00e0 la croix. Ce silence nous \u00e9tonne et nous met mal \u00e0 l&rsquo;aise, car il est peu vraisemblable qu&rsquo;elle ne nous ait pas entendus, et puis une fille qui a cette allure, on a envie de l&rsquo;imaginer conviviale et chaleureuse, et puis merde, il doit bien y avoir des gens normaux sur ce sommet ! Comme si elle entendait nos pens\u00e9es, elle se tourne vers nous et nous lance un sourire \u00e0 faire fondre ce qui reste du glacier de Freydane. Sans trop comprendre la raison de ce revirement, notre niveau d&rsquo;esp\u00e9rance dans l&rsquo;humanit\u00e9 remonte aussit\u00f4t.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant ce temps, le jeune couple se d\u00e9cide \u00e0 entamer la descente. Ils disparaissent doucement&nbsp; derri\u00e8re le premier ressaut. Le vieux briscard immobile n&rsquo;a pas boug\u00e9 les yeux. Il ne saura jamais \u00e0 quoi ressemblent ces deux \u00eatres humains \u00e0 qui il a parl\u00e9 durant un quart d&rsquo;heure dans ce lieu magique.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous d\u00e9cidons de redescendre en faisant un l\u00e9ger crochet par une ant\u00e9cime que l&rsquo;on aper\u00e7oit \u00e0 droite de l&rsquo;itin\u00e9raire habituel. C&rsquo;est un plateau rouge\u00e2tre sur lequel j&rsquo;ai aper\u00e7u, durant la mont\u00e9e, des ensembles de pieux ou de cairns tr\u00e8s fins qui m&rsquo;ont intrigu\u00e9, et que j&rsquo;aimerai aller voir de plus pr\u00e8s. Quittant le sentier, nous coupons \u00e0 droite vers le lieu en question, au moment m\u00eame o\u00f9 des nuages commencent \u00e0 envahir l&rsquo;ar\u00eate. C&rsquo;est dans une ambiance de coton que nous abordons le site port\u00e9 sous la carte sous le nom de \u00ab\u00a0Col des rochers rouges\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous p\u00e9n\u00e9trons subitement dans un autre univers. En quelques m\u00e8tres la roche change radicalement de nature. Elle prend une couleur rouge, marron, et parfois violette qui trahit sa richesse en min\u00e9raux, probablement du fer. La roche semble \u00e9cras\u00e9e en couches flasques et irr\u00e9guli\u00e8res qui dessinent des ensembles de vagues comme fig\u00e9es par une glaciation min\u00e9rale. Entre ces blocs tortur\u00e9s, un liant qui ressemble fort \u00e0 un b\u00e9ton arm\u00e9 color\u00e9 apporte l&rsquo;impression que tout \u00e7a est issu de la main d&rsquo;un humain poss\u00e9d\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous progressons en silence dans cet univers \u00e9trange. Des nappes de brouillard courent au ras du sol, modifiant sans cesse la profondeur de champ et les perspectives. Il r\u00e8gne ici un silence surnaturel, juste troubl\u00e9 de temps \u00e0 autres par le bruit d&rsquo;une pierre d\u00e9plac\u00e9e par Fran\u00e7ois, que je n&rsquo;aper\u00e7ois plus. Instinctivement, nous nous sommes \u00e9cart\u00e9s l&rsquo;un de l&rsquo;autre, sans doute pour vivre s\u00e9par\u00e9ment et intimement ce moment que nous pressentons sp\u00e9cial.<\/p>\n\n\n\n<p>Soudain, des silhouettes \u00e9lanc\u00e9es apparaissent au travers du brouillard. Des pierres&#8230; dress\u00e9es. De simples \u00e9cailles de cette roche rouge. Mais des pierres de toutes tailles et de toutes formes. Les plus courtes on 40 cm, les plus hautes me d\u00e9passent. Il y en a des dizaines, des centaines&#8230; Lorsque le brouillard se densifie, seules quelques-unes sont visibles, toutes proches. Puis brusquement un coup de vent balaie les nuages et l&rsquo;on se retrouve au milieu d&rsquo;une immense arm\u00e9e de pierres.<\/p>\n\n\n\n<p>Un sentiment mystique s&rsquo;\u00e9veille en moi. Pourquoi de simples pierres dress\u00e9es ont-elles ce pouvoir \u00e9vocateur, pourquoi cette image de gestes multimill\u00e9naires s&rsquo;impose t&rsquo;elle ? Alors que ma raison sait que ces pierres ont \u00e9t\u00e9 dress\u00e9es par des promeneurs amateurs de land-art, mes tripes ressentent ce lieu comme rescap\u00e9 d&rsquo;un autre \u00e2ge&#8230; Port\u00e9 par ces sensations, je fais ce que toute personne sens\u00e9e ferait \u00e0 ma place : je dresse une pierre \u00e0 mon tour. Des raclements lointains m&rsquo;apportent la certitude que Fran\u00e7ois est en train de faire de m\u00eame quelque part l\u00e0-bas dans le brouillard.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous restons l\u00e0 longtemps, silencieux, assis hors de vue l&rsquo;un de l&rsquo;autre, avant de nous d\u00e9cider \u00e0 entamer la redescente.<\/p>\n\n\n\n<p>En vue du chemin, nous apercevons la jeune fille blonde qui redescend du sommet. Elle est maintenant accompagn\u00e9e d&rsquo;un homme avec lequel elle \u00e9change de grands gestes. En passant \u00e0 proximit\u00e9, nous entendons leur silence, ponctu\u00e9 de quelques grognements, et nous comprenons : elle est sourde et muette. Elle se tourne vers nous, et \u00e0 nouveau, nous offre un sourire radieux. Elle \u00e0 l&rsquo;air heureuse d&rsquo;\u00eatre l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous courons dans la descente en emportant ces images de la Croix de Belledonne.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les derni\u00e8res centaines de m\u00e8tres de l&rsquo;ascension de la Croix de Belledone depuis le lac du Crozet sont d&rsquo;une curieuse diversit\u00e9. 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