
{"id":464,"date":"2021-11-28T16:13:26","date_gmt":"2021-11-28T16:13:26","guid":{"rendered":"http:\/\/reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/?p=464"},"modified":"2021-11-28T16:13:28","modified_gmt":"2021-11-28T16:13:28","slug":"le-telephone-portable","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/le-telephone-portable\/","title":{"rendered":"Le t\u00e9l\u00e9phone portable"},"content":{"rendered":"\n<p>Montage et t\u00e9l\u00e9phone portable&#8230; t\u00e9l\u00e9phone portable et montagne&#8230; Cet objet repr\u00e9sente pour moi les antipodes de ce que je viens chercher dans ces endroits retir\u00e9s du monde, \u00e0 savoir une parenth\u00e8se d\u00e9connect\u00e9e de mon rythme de vie ordinaire.&nbsp; \u00catre dans le lieu, totalement pr\u00e9sent \u00e0 lui, et non pas absorb\u00e9 par les paroles d&rsquo;une personne qui vit une autre vie en un autre lieu.<\/p>\n\n\n\n<p>Le portable en montagne donne parfois lieu \u00e0 des sc\u00e8nes confondantes, comme cette conversation surr\u00e9aliste \u00e0 laquelle j&rsquo;ai un jour assist\u00e9 au sommet de la <a href=\"http:\/\/reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/index.php\/rencontres-du-premier-deuxieme-et-troisieme-type-a-la-croix-de-belledonne\/\">Croix de Belledonne<\/a>, je vous invite fortement \u00e0 en rire avec moi, \u00e7a valait le d\u00e9tour. Mais le portable est aussi, souvent, un instrument salvateur&#8230; comme lors de cette petite sc\u00e8ne v\u00e9cue sur la <a href=\"http:\/\/reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/index.php\/un-mont-blanc-reussi\/\">mer de glace<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors &#8230; faut-il ajouter un portable \u00e0 la liste du mat\u00e9riel qu&rsquo;on jette dans le sac \u00e0 dos ? Apr\u00e8s m&rsquo;\u00eatre longtemps pos\u00e9 la question je me suis fait ma propre r\u00e9ponse. Mais je n&rsquo;ai pas la pr\u00e9tention de l&rsquo;imposer \u00e0 qui que ce soit.<\/p>\n\n\n\n<p>Personnellement, donc, j&#8217;emm\u00e8ne un portable lorsque je pars en haute montagne.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est pour moi un instrument de s\u00e9curit\u00e9. Non pas pour appeler les secours \u00e0 tout bout de champ, mais pour prendre la m\u00e9t\u00e9o du lendemain. La pratique que j&rsquo;ai, le fait de partir plusieurs jours, ne permet g\u00e9n\u00e9ralement pas d&rsquo;avoir une visibilit\u00e9 correcte de l&rsquo;\u00e9volution de la m\u00e9t\u00e9o sur l&rsquo;ensemble du s\u00e9jour. On part donc avec une id\u00e9e sur deux ou trois jours, ensuite c&rsquo;est l&rsquo;inconnu. J&rsquo;appr\u00e9cie alors beaucoup ce confort qui permet de planifier sur des bases objectives la suite de l&rsquo;itin\u00e9raire. Une fois, sur l&rsquo;ar\u00eate des d\u00f4mes de Miage dans le massif du Mont-Blanc, nous avions install\u00e9 un camp \u00e0 un col duquel la redescente \u00e9tait facile. Le temps \u00e9tait mauvais, et il fallait d\u00e9cider si oui ou non on s&rsquo;engageait dans les pentes de l&rsquo;aiguille de Bionnassay. La m\u00e9t\u00e9o, annonc\u00e9e comme bonne en d\u00e9but de semaine, \u00e9tait maintenant\u00a0 tr\u00e8s, tr\u00e8s mauvaise, et pour longtemps. Le lendemain matin, nous avons entam\u00e9 la redescente, le mauvais temps nous a rattrap\u00e9s alors que nous quittions le terrain glaciaire. Merci le portable, gr\u00e2ce auquel peut-\u00eatre nous n&rsquo;avons pas eu \u00e0 utiliser le service de secours&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Le portable est aussi pour moi un r\u00e9el outil de planification. Une ann\u00e9e, je remontais depuis plusieurs jours une ar\u00eate facile, par un temps \u00e9pouvantable. Chaque soir, le portable annon\u00e7ait la prolongation du mauvais temps, mais laissait entrevoir une courte ouverture pour le dernier jour de la semaine. C&rsquo;est cette ouverture annonc\u00e9e qui nous a permis d&rsquo;avoir le moral de continuer \u00e0 progresser, et de finalement nous r\u00e9veiller, le matin annonc\u00e9, dans un fantastique paysage surcharg\u00e9 de neige et de soleil. Ces quelques heures de grand beau temps ont donn\u00e9 son sens \u00e0 toute la semaine que nous venions de passer. Sans le portable, nous aurions jet\u00e9 l&rsquo;\u00e9ponge au bout de 2 jours et la balade n&rsquo;aurait \u00e9t\u00e9 qu&rsquo;un \u00e9chec.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, le portable me permet de rassurer ma famille&#8230; ils sont parfois un peu inquiets lorsque je pars loin de tout plusieurs jours durant, surtout lorsque le temps n&rsquo;est pas bon, ce qui a \u00e9t\u00e9 bien souvent le cas ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Alors je me permets de passer 2 coups de fil dans la semaine, juste 30 secondes pour dire que tout va bien, et le message passe ensuite de familles en familles.<\/p>\n\n\n\n<p>Utilis\u00e9 comme \u00e7a, le portable prend \u00e0 mes yeux une grande valeur. Son utilisation est entour\u00e9e de tout un rituel qui donne au moment une certaine gravit\u00e9. On est dans la tente, en fin d&rsquo;apr\u00e8s-midi. Il g\u00e8le d\u00e9j\u00e0 et notre camp est un \u00eelot de r\u00e9sistance contre la sauvagerie absolue. L&rsquo;un d&rsquo;entre nous allume le portable et attend en silence qu&rsquo;apparaissent les chevrons. La plupart du temps&#8230; il n&rsquo;y en a aucun.&nbsp; Les camps sont g\u00e9n\u00e9ralement situ\u00e9s \u00e0 l&rsquo;abri d&rsquo;\u00e9paulements qui interdisent la vision directe avec le relais le plus proche. Il faut alors sortir et chercher un endroit ou \u00ab\u00a0\u00e7a passe\u00a0\u00bb. Dans les rues de Paris c&rsquo;est un geste anodin, mais ici cette op\u00e9ration prend une autre dimension. J&rsquo;en garde des souvenirs remplis d&rsquo;angoisse : je m&rsquo;\u00e9loigne dans la nuit glac\u00e9e de la demi-sph\u00e8re orang\u00e9e et brillante de la tente, et je me dirige vers une barre rocheuse distante d&rsquo;une centaine de m\u00e8tres.<\/p>\n\n\n\n<p>Et s&rsquo;il y avait une crevasse, l\u00e0, sous mes pieds ? Et si je glissais dans la pente, maintenant ? Qui m&rsquo;entendrait ? Qui saurait ou je suis pass\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;arrive au pied des rochers. La neige fra\u00eeche recouvre l&rsquo;essentiel de la roche, j&#8217;empoigne une prise grossi\u00e8re, je tire n&rsquo;importe comment et me hisse en vrac quelques m\u00e8tres plus haut. L&rsquo;heure n&rsquo;est pas au style, je voudrais d\u00e9j\u00e0 \u00eatre de retour dans la tente&#8230; Un petit replat neigeux entre deux pointes de pierre noire. Je suis accueilli par un blizzard terrifiant, montant tout droit de la vall\u00e9e, charg\u00e9 d&rsquo;une neige piquante et glaciale qui transperce instantan\u00e9ment ma veste trop mince et remplis mes chaussures, que je n&rsquo;ai pas pris la peine de fermer (pourquoi fermer ses chaussures pour sortir passer un simple coup de fil ?).<\/p>\n\n\n\n<p>Au travers mes sourcils fronc\u00e9s j&rsquo;aper\u00e7ois, immens\u00e9ment bas, les lumi\u00e8res d&rsquo;un village sur lequel je ne sais pas mettre de nom&#8230; Bon sang, qu&rsquo;est-ce que je fous l\u00e0 ? Si je pouvais prendre un vin chaud pr\u00e8s de la chemin\u00e9e d&rsquo;une de ces maisons&#8230; je ne reviendrai jamais en montagne, c&rsquo;est trop dur&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Avec ma frontale j&rsquo;\u00e9claire le portable. Trois chevrons. Heureusement ! J&rsquo;essaie de composer le num\u00e9ro&#8230; impossible : je n&rsquo;y vois rien, aveugl\u00e9 par la neige. Je dois redescendre au pied du rocher, refaire le num\u00e9ro, et remonter en catastrophe pour que l&rsquo;appareil capte le r\u00e9seau \u00e0 temps. Je me tasse au sol, roul\u00e9 en boule contre la neige, pour \u00e9couter les sonneries&#8230; C&rsquo;est long, une sonnerie, par -20\u00b0C. C&rsquo;est trop long&#8230; Il n&rsquo;y a personne. J&rsquo;en suis presque soulag\u00e9, je vais foncer \u00e0 la tente.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0All\u00f4 ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Sophie, c&rsquo;est Marc !\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Montage et t\u00e9l\u00e9phone portable&#8230; t\u00e9l\u00e9phone portable et montagne&#8230; Cet objet repr\u00e9sente pour moi les antipodes de ce que je viens chercher dans ces endroits retir\u00e9s du monde, \u00e0 savoir une&hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1540,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-464","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-recits"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/464","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=464"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/464\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1541,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/464\/revisions\/1541"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1540"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=464"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=464"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=464"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}