
{"id":1634,"date":"2024-02-28T16:19:28","date_gmt":"2024-02-28T16:19:28","guid":{"rendered":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/?p=1634"},"modified":"2024-03-08T15:38:24","modified_gmt":"2024-03-08T15:38:24","slug":"le-viso-loin-au-dessus-de-la-plaine-du-po","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/le-viso-loin-au-dessus-de-la-plaine-du-po\/","title":{"rendered":"Le Viso, loin au dessus de la plaine du P\u00f4"},"content":{"rendered":"\n<p>Le Viso est un sommet singulier, par bien des aspects. Ses 3800 m\u00e8tres d&rsquo;altitude ne le classent pas parmi les plus hauts des Alpes (il a des centaines de pr\u00e9tendants devant lui !), mais sa position isol\u00e9e au dessus des plaines italiennes, \u00e9loign\u00e9 de tout concurrent, lui donne l&rsquo;allure d&rsquo;un \u00ab\u00a0grand\u00a0\u00bb. J&rsquo;ai appris tout je\u00fbnot \u00e0 reconnaitre sans h\u00e9sitation son profil asym\u00e9trique et ses deux t\u00eates anguleuses. Il m&rsquo;impressionnait, je l&rsquo;imaginais difficile \u00e0 gravir, voire dangereux, et tout en le contemplant de tous les sommets alpins que je gravissais, je reculai sans cesse le projet de lui rendre visite.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:33.33%\"><div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/1985\/0410_oisan_prepa_perou\/19850410_oisan_prepa_perou_02.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Depuis l&rsquo;Oisans, dans les ann\u00e9es 80.<\/figcaption><\/figure>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:66.66%\">\n<p>C&rsquo;est en r\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 une balade d&rsquo;acclimatation \u00e0 l&rsquo;altitude, avant de partir vers les 4000 suisses, que je suis pass\u00e9 \u00e0 l&rsquo;action.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;itin\u00e9raire d&rsquo;ascension le plus couru d\u00e9marre au Pian del R\u00e9 (nord-est du sommet), fait \u00e9tape au refuge Quintino Sella et traverse le pas des Sagnettes. Mon affection pour les d\u00e9tours m&rsquo;a port\u00e9 vers une variante un peu moins fr\u00e9quent\u00e9e, qui d\u00e9marre de Castello (sud-ouest du sommet) et fait \u00e9tape au bivouac Boarelli.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s les premiers m\u00e8tres, cette montagne m&rsquo;est apparue rude et aust\u00e8re. Sur toutes les montagnes du monde, la mont\u00e9e depuis une vall\u00e9e vers une c\u00eeme, transite par des \u00e9tages interm\u00e9diaires apaisants que sont une for\u00eat ombrageuse, un alpage verdoyant aux reliefs tout en douceur&#8230; ces \u00e9tapes incontournables d&rsquo;une ascension permettent de pr\u00e9parer le corps, l&rsquo;esprit et le coeur \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e dans la haute montagne.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p>Rien de tel ici. Apr\u00e8s un court cheminement en fond de vall\u00e9e, un vallon secondaire charmant au premier abord se resserre et se redresse rapidement en un couloir raide, trop \u00e9troit pour que le sentier puisse y d\u00e9ployer des lacets. La mont\u00e9e, droit la pente, est \u00e9prouvante, longue, monotone. C&rsquo;est absorb\u00e9s par cet effort uniforme que l&rsquo;on d\u00e9passe sans le croiser l&rsquo;\u00e9tage des alpages bucoliques. Impossible de pr\u00e9parer correctement son coeur et son esprit ici.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2023\/0806_viso\/20230806_viso_02.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Lorsqu&rsquo;enfin on atteind le sommet du couloir, l&rsquo;on d\u00e9bouche \u00e0 2800 m\u00e8tres au sein d&rsquo;un univers \u00e9trange, totalement min\u00e9ral. Sur ce vaste replat ondul\u00e9, la v\u00e9g\u00e9tation n&rsquo;existe plus. Plus \u00e9tonnant encore, la roche-m\u00e8re elle-m\u00eame semble avoir disparu : le sol n&rsquo;est compos\u00e9 que de cailloux fractur\u00e9s, comme si l&rsquo;on progressait sur un \u00e9boulis horizontal. De loin en loin, plusieurs petits lacs s&rsquo;\u00e9tagent dans des d\u00e9pressions successives. Comment l&rsquo;eau peut-elle \u00eatre retenue par ce sol cribl\u00e9 d&rsquo;interstices ? Et pourquoi aucune berge accueillante n&rsquo;entoure les surfaces d&rsquo;eau ? L&rsquo;endroit pourra \u00e9voquer le Mordor aux fans de Tolkien.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2023\/0806_viso\/20230806_viso_13.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Le lac Torciollino sup\u00e9rieur<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Au milieu de l&rsquo;immensit\u00e9 d\u00e9sertique appara\u00eet bient\u00f4t le pignon triangulaire du bivouac Boarelli. La journ\u00e9e est bien avanc\u00e9e, un petit vent frais s&rsquo;est lev\u00e9, il va \u00eatre bon de se mettre \u00e0 l&rsquo;abri. Le refuge, comptant peu de places, est parait-il souvent bond\u00e9. Mais le silence et l&rsquo;immobilit\u00e9 absolue des environs nous donnent bon espoir d&rsquo;y trouver deux couchettes libres. Peut-\u00eatre m\u00eame y serons-nous seuls ?<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2023\/0806_viso\/20230806_viso_03.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Une d\u00e9licieuse bouff\u00e9e d&rsquo;air ti\u00e8de nous souffle au visage lorsque nous poussons la porte. Une vingtaine de personnes s&rsquo;agitent l\u00e0-dedans. Toutes les couchettes sont d\u00e9j\u00e0 occup\u00e9es, et plusieurs personnes sont en train de s&rsquo;installer \u00e0 m\u00eame les bancs et le sol. Il va falloir aviser. Derniers arriv\u00e9s, trop tard arriv\u00e9s, nous n&rsquo;avons qu&rsquo;\u00e0 nous en prendre \u00e0 nous m\u00eame ! Sauf que&#8230; \u00e0 bien y regarder, les duvets allong\u00e9s sur les couchettes semblent bien espac\u00e9s ! Les premiers ont pris leurs aises, ils sont moins de 10 \u00e0 occuper les 14 places disponibles. Et de toute \u00e9vidence, ils ne semblent pas dispos\u00e9s \u00e0 faire de la places. Notre arriv\u00e9e ne leur fait pas plaisir, comme en t\u00e9moigne l&rsquo;absence de r\u00e9ponse \u00e0 nous salutations, et l&rsquo;attitude d&rsquo;\u00e9vitement subtil qu&rsquo;ils adoptent, \u00e9vitant de regarder dans notre direction.<\/p>\n\n\n\n<p>Consternation&#8230; moi qui, pr\u00e9cis\u00e9ment pour ce genre de raison, fr\u00e9quente tr\u00e8s rarement les refuges ! L&rsquo;envie de fuir cet endroit inhospitalier nous saisit. Les duvets sont dans les sacs, mais ou nous poser dans ce d\u00e9sert de pierraille balay\u00e9 de vents glac\u00e9s ? Une bonne \u00e2me, de celles qui se sont install\u00e9es par terre, nous vient en aide. Il se trouve, \u00e0 un quart d&rsquo;heure de marche en direction du sommet, une sorte de grotte qui peut constituer un bon abri pour deux personnes. Le tuyau est valable. Nous allons passer une nuit somptueuse sous les \u00e9toiles.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2023\/0806_viso\/20230806_viso_04.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Un abri parfait<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Le lendemain matin, notre quart d&rsquo;heure d&rsquo;avance nous lance seuls sur l&rsquo;itin\u00e9raire, suivis de tr\u00e8s loin par une chenille lumineuse qui ondule sur la trace. Nous suivons en silence les points jaunes du balisage. Ils sont si proches les uns des autres qu&rsquo;il semble impossible de se perdre, et pourtant, lorsque monte la <em>nebbia<\/em>, il para\u00eet qu&rsquo;ils semblent toujours trop espac\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>A 3200 m\u00e8tres, le passage au bivouac Andr\u00e9otti, bizarrement plac\u00e9 au pied d&rsquo;une barre rocheuse qui semble mena\u00e7ante alors qu&rsquo;un magnifique espace horizontal s\u00e9curisant s&rsquo;\u00e9tend juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 (\u00e0 garder en m\u00e9moire pour y monter la tente, une prochaine fois !) marque une \u00e9tape dans l&rsquo;ascension. La pente se redresse, et les 600 derniers m\u00e8tres se feront sur un mode de randonn\u00e9e escarp\u00e9e entrecoup\u00e9e de quelques passages n\u00e9cessitant de poser les mains.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2023\/0806_viso\/20230806_viso_06.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2023\/0806_viso\/20230806_viso_07.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2023\/0806_viso\/20230806_viso_10.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Aucune difficult\u00e9 technique, mais la roche, totalement fractur\u00e9e, d\u00e9gueule en coul\u00e9es de gravats de toutes tailles, que l&rsquo;on peine \u00e0 ne pas faire partir sous nos pieds. Il faut \u00eatre attentif en permanence, sans recevoir en retour le plaisir d&rsquo;un rocher franc et sain sous la main. A 3500 m\u00e8tres d&rsquo;altitude, alors que la fatigue commence \u00e0 poindre, ce n&rsquo;est pas forc\u00e9ment une partie de plaisir.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, bon an mal an, prenant son mal en patience, on finit par atteindre le sommet. Une bonne vingtaine de personnes nous rejoindront dans le quard d&rsquo;heure suivant, transformant l&rsquo;\u00e9troite plateforme en dance floor.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2023\/0806_viso\/20230806_viso_01.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2023\/0806_viso\/20230806_viso_09.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Au sommet, coup d&rsquo;oeil vers le nord<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>La vue me d\u00e9\u00e7oit un peu. L&rsquo;isolement, qui rend le Viso si impressionnant vu d&rsquo;en bas, \u00e9loigne \u00e0 l&rsquo;infini les autres sommets, qui ne constituent qu&rsquo;un horizon dentel\u00e9 peu impressionnant.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2023\/0806_viso\/20230806_viso_11.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Seule exception, \u00e0 quelques centaines de m\u00e8tres en direction du sud-ouest, le Viso di Vallanta (3781), seconde pointe du massif, semble spacieux, confortable&#8230; et surtout beaucoup plus calme. Imm\u00e9diatement, l&rsquo;envie d&rsquo;y planter la tente pour une ou deux nuits tranquilles m&rsquo;assaille. Ce sera pour la prochaine acclimatation !<\/p>\n\n\n\n<p>A la redescente, nous croisons les dormeurs trop espac\u00e9s du bivouac Boarelli. Un peu g\u00ean\u00e9s, ils font mine de rien, certains nous d\u00e9cochent m\u00eame quelques sourires. Allez les gars, sans rancune, merci de nous avoir offert cette magnifique nuit sous les \u00e9toiles, qui aura finalement constitu\u00e9 le meilleur moment de ces deux journ\u00e9es un peu trop min\u00e9rales \u00e0 mon go\u00fbt.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Viso est un sommet singulier, par bien des aspects. 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