
{"id":848,"date":"2021-11-24T16:27:12","date_gmt":"2021-11-24T16:27:12","guid":{"rendered":"http:\/\/reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/?page_id=848"},"modified":"2021-11-24T16:27:13","modified_gmt":"2021-11-24T16:27:13","slug":"bienvenue-la-haut","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.reveeveille.net\/lamontagnetranquille\/","title":{"rendered":"Bienvenue l\u00e0-haut&#8230;"},"content":{"rendered":"\n<p>Il y a le silence, que je ne c\u00f4toie pas assez souvent dans ma vie de tous les jours. Celui-l\u00e0 est un silence vivant, fait de sons amples et r\u00e9sonnants ou de minuscules petits bruits d\u00e9licats.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a l&rsquo;espace, qui lib\u00e8re la t\u00eate, qui m&rsquo;hypnotise. Lorsque la vue se d\u00e9gage \u00e0 l&rsquo;infini, la pression sur l&rsquo;\u00eatre se lib\u00e8re, les limites du corps se font plus floues et l&rsquo;interp\u00e9n\u00e9tration avec l&rsquo;univers plus profonde.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a les paysages, qui ont cette particularit\u00e9 en montagne d&rsquo;\u00eatre les plus changeants du monde. Chaque rocher contourn\u00e9 am\u00e8ne son lot de surprises, chaque cr\u00eate franchie est un basculement d&rsquo;univers. Il y a des paysages immenses, infinis, d&rsquo;autres minuscules.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a le min\u00e9ral, le v\u00e9g\u00e9tal et l&rsquo;animal, qui se r\u00e9pondent, s&rsquo;opposent, se battent pour leur survie, se compl\u00e8tent. C&rsquo;est un spectacle sans fin.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a le climat. La neige, le froid, le vent, le soleil, dans leur alternance permanente, font en permanence passer le corps de la jouissance \u00e0 la souffrance, et par l\u00e0 m\u00eame ils me signifient que je suis vivant, et bien vivant.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a l&rsquo;effort physique. Qui centre les pens\u00e9es, calme le tourbillon int\u00e9rieur. Et qui peut, justement s&rsquo;il est distill\u00e9 au long d&rsquo;une progression douce, \u00eatre si l\u00e9ger.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a l&rsquo;altitude&#8230; je ne saurais dire pourquoi elle me fait du bien, mais je le constate. Avoir un jour souffert du mal de l&rsquo;altitude, et sentir aujourd&rsquo;hui son corps s&rsquo;acclimater, adapter finement son fonctionnement \u00e0 une atmosph\u00e8re de plus en plus t\u00e9nue&#8230; La comparaison est sans doute attendue, mais je me sens m&rsquo;\u00e9lever spirituellement en m\u00eame temps que mes pas me portent plus haut&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 pourquoi j&rsquo;aime tant \u00eatre en montagne. Pour \u00eatre immerg\u00e9 dans toutes ces sensations qui me font du bien. Voil\u00e0 pourquoi, ce qui m&rsquo;importe lorsque je prends le chemin de l&rsquo;altitude, ce n&rsquo;est pas d&rsquo;atteindre un objectif (un sommet, un col&#8230;), c&rsquo;est d\u2019\u00catre en montagne. D&rsquo;y passer le plus de temps possible. C&rsquo;est ce que j&rsquo;appelle \u00ab\u00a0l&rsquo;immersion douce\u00a0\u00bb. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une formule officielle, vous ne la trouverez pas dans le dictionnaire des expressions de haute montagne, mais d&rsquo;une appellation personnelle pour d\u00e9crire la mani\u00e8re dont j&rsquo;aime aller en haute montagne. Comme ce site tout entier est d\u00e9di\u00e9 \u00e0 cette approche, prenons le temps d&rsquo;en parler un peu, qu&rsquo;il n&rsquo;y ait pas d&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela implique pour moi d&rsquo;entrer doucement en montagne. D\u00e8s que j&rsquo;arrive dans une r\u00e9gion de montagne, avant m\u00eame de passer \u00e0 l&rsquo;action, je commence \u00e0 en profiter pleinement. L&rsquo;ambiance g\u00e9n\u00e9rale, le redressement des paysages, le b\u00e2ti caract\u00e9ristique, le son des clarines, la vue des sommets, me mettent d\u00e9j\u00e0 en \u00e9tat de bonheur. Au moment de mettre le sac sur le dos, je suis d\u00e9j\u00e0 pleinement en montagne depuis longtemps, psychologiquement et \u00e9motionnellement pr\u00eat pour la suite.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame si souvent j&rsquo;ai un projet de sommet, envie de monter le plus haut possible, chaque \u00e9tage d&rsquo;altitude m&rsquo;importe et me touche au plus profond. La vall\u00e9e avec ses humains affair\u00e9s (dont certains sont affair\u00e9s \u00e0 des occupations de montagne !), la for\u00eat, l&rsquo;alpage, les pierriers, la roche, les glaciers&#8230; C&rsquo;est \u00e0 pas lents que je les traverse. Je m&rsquo;y arr\u00eate, je m&rsquo;en impr\u00e8gne au maximum, j&rsquo;y dors aussi souvent que je peux. L&rsquo;\u00e9tage sup\u00e9rieur de cette pyramide, celui des sommets, n&rsquo;a aucune valeur \u00e0 mes yeux sans les \u00e9tages qui le portent. Foncer l\u00e0-haut, ou y \u00eatre parachut\u00e9, ne pr\u00e9sente aucun sens pour moi. Voil\u00e0 pourquoi, sans que cela soit une religion, j&rsquo;utilise tr\u00e8s rarement les remont\u00e9es m\u00e9caniques. Le t\u00e9l\u00e9ph\u00e9rique, cet extraordinaire instrument de d\u00e9couverte est aussi un grand castrateur. Un emp\u00eacheur de communier en rond.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/1900\/0101_illustrations_montagne\/19000101_illustrations_montagne_24.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption>L\u00e0-haut&#8230;<br>Merci Claudine pour cette aquarelle qui illustre si bien mes ressentis<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>L&rsquo;immersion douce, c&rsquo;est ensuite la d\u00e9marche de ralentir. J&rsquo;ai souvent entendu les guides dire \u00ab\u00a0en montagne, la s\u00e9curit\u00e9 c&rsquo;est la rapidit\u00e9\u00a0\u00bb. Plus vite on est redescendu, mieux c&rsquo;est. Je comprends \u00e9videmment la logique de cette affirmation, mais elle ne s&rsquo;applique pas \u00e0 ce que je vais chercher l\u00e0-haut. Si je peux parcourir en 2 ou 3 jours une course qui se fait ordinairement dans la journ\u00e9e, je le ferai. En r\u00e9fl\u00e9chissant certes \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9, aux endroits ou je poserai mes camps, aux \u00e9chappatoires possibles en cas de coup dur ou de mauvais temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Le simple fait de disposer d&rsquo;une tente ou d&rsquo;un mat\u00e9riel de bivouac affranchit d&rsquo;ailleurs d&rsquo;une partie des risques de l&rsquo;alpinisme : combien de fois m&rsquo;est-il arriv\u00e9 de poser le camp dans des conditions m\u00e9t\u00e9o \u00e9pouvantables apr\u00e8s une subite et inattendue d\u00e9gradation du temps, et de passer des heures d\u00e9licieuses \u00e0 lire au fonds du duvet pendant qu&rsquo;ailleurs des alpinistes luttaient pour redescendre en vie dans la vall\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Ralentir est d&rsquo;ailleurs une n\u00e9cessit\u00e9, dans cette approche : impossible de tenir les m\u00eames horaires avec 15 ou 20 kilos sur le dos. On marche moins vite, et on marche moins longtemps aussi. C&rsquo;est un tout : on est plus lourds, on est plus lents, on est plus autonomes, on est plus longtemps dans la montagne. Et lorsque le camp est en place, on est au c\u0153ur du sujet, beaucoup plus que dans n&rsquo;importe quel refuge. C&rsquo;est alors un bonheur absolu de d\u00e9couvrir les environs, de monter au sommet proche sans rien sur le dos, de s&rsquo;assoir sur un rocher pour r\u00eaver, de construire un igloo, d&rsquo;aller voir si la vue est diff\u00e9rente au tournant de la cr\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 ce que je mets derri\u00e8re les mots \u00ab\u00a0Immersion douce\u00a0\u00bb. Voil\u00e0 ce que j&rsquo;essaie de d\u00e9crire, et peut-\u00eatre de transmettre, au cours de ces pages. J&rsquo;esp\u00e8re que \u00e7a vous parlera autant qu&rsquo;\u00e0 moi.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a le silence, que je ne c\u00f4toie pas assez souvent dans ma vie de tous les jours. 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