{"id":567,"date":"2024-09-27T15:32:36","date_gmt":"2024-09-27T13:32:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.reveeveille.net\/cevennevivante\/wordpress\/?p=567"},"modified":"2024-09-27T15:32:39","modified_gmt":"2024-09-27T13:32:39","slug":"mitterrand-et-les-cevennes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.reveeveille.net\/cevennevivante\/mitterrand-et-les-cevennes\/","title":{"rendered":"Mitterrand et les C\u00e9vennes"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab\u00a0La chute lente du Ventoux sur la plaine de Carpentras,<br>la t\u00eate ronde du Beuvray, la Loire laqu\u00e9e de Saint Beno\u00eet, la roche de Solutr\u00e9,<br>la solitude de l&rsquo;Aigoual<br>sont pour moi des points de rep\u00e8re plus importants que la date des \u00e9lections l\u00e9gislatives\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">\u00ab\u00a0Ma part de v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb, Fran\u00e7ois Mitterrand, 1969<\/p>\n\n\n\n<p>En 2002, je d\u00e9couvrais, suspendue sans fa\u00e7on au mur d&rsquo;une cuisine c\u00e9venole, une \u00e9tonnante photo. On y voyait le propri\u00e9taire des lieux serrant la main \u00e0 Fran\u00e7ois Mitterrand. La sc\u00e8ne, qui n&rsquo;avait pour t\u00e9moins que deux gendarmes et quelques amis, se d\u00e9roulait au beau milieu d&rsquo;un pr\u00e9 de la can de l&rsquo;Hospitalet, ce petit plateau calcaire situ\u00e9 au sud de la Loz\u00e8re, entre le Mont Aigoual, le Mont Loz\u00e8re et le causse M\u00e9jean. Intrigu\u00e9, j&rsquo;interrogeai mon h\u00f4te qui me raconta l&rsquo;histoire du clich\u00e9. Dans les ann\u00e9es 70 et 80 Mitterrand s\u00e9journait r\u00e9guli\u00e8rement dans le massif de l&rsquo;Aigoual, ou l&rsquo;accueillait un ami. Il repartait g\u00e9n\u00e9ralement vers Paris en h\u00e9licopt\u00e8re, et cette fois l\u00e0 son \u00e9quipe de s\u00e9curit\u00e9 avait choisi ce pr\u00e9 pour faire atterrir l&rsquo;engin, sans pr\u00e9venir ni le propri\u00e9taire ni les gendarmes, qui avaient tous accouru pour en savoir plus et avaient eu la stup\u00e9faction de se trouver face au Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/1900\/0101_illustrations_cevennevivante\/19000101_illustrations_cevennevivante_06.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>L&rsquo;histoire, amusante, m&rsquo;inspira l&rsquo;\u00e9criture d&rsquo;une <a href=\"https:\/\/www.reveeveille.net\/cevennevivante\/?p=393\" data-type=\"post\" data-id=\"393\">nouvelle de fiction<\/a>. Puis j&rsquo;oubliai cette aventure.<\/p>\n\n\n\n<p>Dix ans plus tard, j&rsquo;eus l&rsquo;occasion de passer un peu de temps dans le village de Rousses, situ\u00e9 au pied du Mont Aigoual, tout pr\u00e8s de l&rsquo;ancien lieu de vill\u00e9giature du Pr\u00e9sident. J&rsquo;eus la surprise de constater que de nombreuses personnes avaient crois\u00e9 Mitterrand, de mani\u00e8re rapide et anecdotique, certes, mais que ces rencontres avaient laiss\u00e9 un souvenir fort dans le pays. Me revint en m\u00e9moire la petite phrase que le Pr\u00e9sident avait adress\u00e9e \u00e0 son interlocuteur en lui serrant la main dans le pr\u00e9 de la can de l&rsquo;Hospitalet avant de monter dans son h\u00e9licopt\u00e8re&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Vous habitez un beau pays, Monsieur. Rude, mais beau&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;eus alors envie de comprendre ce qui avait bien pu attirer Mitterrand dans notre petit pays, et ce qui s&rsquo;\u00e9tait nou\u00e9 entre l&rsquo;homme, le territoire et ses habitants. En \u00e9coutant les souvenirs des c\u00e9venols, et en les croisant avec des \u00e9l\u00e9ments de la petite et parfois de la grande Histoire, je parvins \u00e0 me faire une id\u00e9e sur cette question. Je vous la livre ici.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Rencontres<\/h2>\n\n\n\n<p>5 d\u00e9cembre 1965&nbsp;: premier tour des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles. Charles de Gaulle, Pr\u00e9sident sortant, h\u00e9ros de 1940, pense l&#8217;emporter en un seul tour. A 20h30, bien avant les r\u00e9sultats officiels, une estimation diffus\u00e9e sur les m\u00e9dias annonce qu&rsquo;il serait en ballotage avec 45% des voix, suivi par Mitterrand \u00e0 35% des suffrages. Le soir m\u00eame, les r\u00e9sultats officiels confirment ce classement. Quelques jours plus tard, le second tour place le G\u00e9n\u00e9ral en t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les semaines qui suivent, Fran\u00e7ois Mitterrand s&rsquo;interroge sur l&rsquo;estimation diffus\u00e9e sur les m\u00e9dias le soir du premier tour. Les r\u00e9sultats d&rsquo;un vote n&rsquo;avaient encore jamais \u00e9t\u00e9 donn\u00e9s \u00e0 l&rsquo;avance. La technique du \u00ab&nbsp;sondage de sortie d&rsquo;urne&nbsp;\u00bb, aujourd&rsquo;hui classique, n&rsquo;\u00e9tait pas encore pratiqu\u00e9e en France. Son efficacit\u00e9 \u00e9veille l&rsquo;int\u00e9r\u00eat du candidat d\u00e9\u00e7u, en vue de futures campagnes \u00e9lectorales. Il aimerait en savoir plus. L&rsquo;un des proches de Mitterrand, Robert Badinter, va le renseigner&nbsp;: la pr\u00e9vision a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e par un certain Charles Salzmann, un de ses amis<sup>2<\/sup>. Mitterrand demande \u00e0 Badinter d&rsquo;organiser une rencontre avec lui. Celle-ci a lieu au d\u00e9but de l&rsquo;ann\u00e9e 1967.<\/p>\n\n\n\n<p>Durant cette entrevue, Charles Salzmann explique \u00e0 Mitterrand comment il a mis au point ce premier sondage \u00e9lectoral gr\u00e2ce \u00e0 de nouvelles m\u00e9thodes statistiques import\u00e9es des Etats-Unis. Mais ce n&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;un des nombreux sujets qu&rsquo;ils abordent. A la v\u00e9rit\u00e9, le courant passe imm\u00e9diatement entre les deux hommes et durant 3 heures ils parlent de tout&nbsp;: politique, bien s\u00fbr, mais aussi philosophie, et surtout litt\u00e9rature, un sujet qui les rapprochera toute leur vie. Au d\u00e9tour de la conversation, Charles Salzmann raconte au Pr\u00e9sident qu&rsquo;il passe ses vacances \u00e0 Massevaques, un petit hameau perch\u00e9 sur le flanc nord de l&rsquo;Aigoual, o\u00f9 il a quelques ann\u00e9es auparavant achet\u00e9 une maison<sup>3<\/sup>. Voil\u00e0 comment il raconte la suite de l&rsquo;histoire :<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Un soir de ce m\u00eame \u00e9t\u00e9, vers 19 heures, on sonne \u00e0 la porte de la cuisine de ma maison c\u00e9venole, o\u00f9 nous nous appr\u00eations \u00e0 d\u00eener. C&rsquo;\u00e9tait Fran\u00e7ois Mitterrand. \u00ab\u00a0Je passais par l\u00e0 avec quelques amis. Je me suis souvenu que vous y aviez votre maison. J&rsquo;ai souhait\u00e9 vous dire bonjour&#8230; j&rsquo;esp\u00e8re que je ne vous d\u00e9range pas\u00a0\u00bb. En fait, il avait voulu voir comment je vivais et ainsi mieux appr\u00e9cier qui j&rsquo;\u00e9tais. Ce qu&rsquo;il vit de ma vie simple, \u00e9l\u00e9mentaire, dans ces merveilleuses C\u00e9vennes, un des endroits les plus beaux du monde, dut lui plaire; Toujours est-il qu&rsquo;il prit ensuite l&rsquo;habitude d&rsquo;y venir passer quelques jours, presque chaque ann\u00e9e, et m\u00eame bien apr\u00e8s \u00eatre devenu pr\u00e9sident de la R\u00e9publique.\u00bb<sup>4<\/sup><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Rapidement, Massevaques devient un lieu important et un rendez-vous r\u00e9gulier pour Mitterrand. Il y vient au moins une fois par an, plus lorsqu&rsquo;il le peut. Il profite parfois d&rsquo;un des week-ends prolong\u00e9s de mai, accourant apr\u00e8s avoir assist\u00e9 aux c\u00e9r\u00e9monies comm\u00e9moratives. Le plus souvent il vient \u00e0 l&rsquo;automne, l&rsquo;une des plus belles saisons qui soit sur les flancs de l&rsquo;Aigoual. Beaucoup d&rsquo;aspects de ce petit pays lui plaisent profond\u00e9ment. Avant tout, la nature.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2013\/0326_massevaques_montcamp\/20130326_massevaques_montcamp_06.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Au d\u00e9tour de la piste appara\u00eet Massevaques<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Au spectacle de la nature il m&rsquo;arrive souvent de vivre ces moments de bonheur o\u00f9 l&rsquo;on s&rsquo;arr\u00eate et dit&nbsp;: c&rsquo;est le plus bel endroit du monde. La terre, notre amie, prodigue ses merveilles. Je la contemple depuis l&rsquo;enfance sans \u00e9puiser jamais cette facult\u00e9 d&rsquo;\u00e9tonnement qui na\u00eet de la beaut\u00e9 et qui donne l&rsquo;obscure envie de remercier quelqu&rsquo;un.<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>5<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 sans doute la premi\u00e8re chose que Mitterrand vient chercher sur les flancs de l&rsquo;Aigoual\u00a0: la nature sauvage. Massevaques est entour\u00e9 d&rsquo;immensit\u00e9s d\u00e9sertiques o\u00f9 ne r\u00e9sonnent que le brame du cerf \u00e0 l&rsquo;automne, et parfois le grondement lointain du Tapoul en crue. Un peu plus loin, le Causse M\u00e9jean et les cr\u00eates schisteuses des C\u00e9vennes offrent une fabuleuse diversit\u00e9 de territoires sauvages.<\/p>\n\n\n\n<p>Mitterrand aime particuli\u00e8rement les for\u00eats.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab<em>&nbsp;Mon itin\u00e9raire de vie me conduit, me ram\u00e8ne de la for\u00eat des Landes \u00e0 celle du Morvan. Quand un voyage me le permet, je n&rsquo;oublie jamais le d\u00e9tour par Tron\u00e7ais, par Bell\u00e8me ou par la Margeride. Selon l&rsquo;humeur, c&rsquo;est Rambouillet que je pr\u00e9f\u00e8re, quand ce n&rsquo;est pas une autre, toutes les autres, Chantilly ou Fontainebleau, la Sologne de mes anc\u00e8tres ou la Double de mon enfance. On composerait un po\u00e8me \u00e0 tracer sur le papier le nom, simplement le nom, des for\u00eats de Chaource et de la Dombe, de Broc\u00e9liande et de la Chaise-Dieu. Ce que j&rsquo;y trouve, il me faudrait de longues heures pour l&rsquo;exprimer en quinze lignes.&nbsp;<\/em>\u00bb<sup>6<\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>Il est \u00e9tonnant de constater que dans ce texte Mitterrand n&rsquo;\u00e9voque pas les for\u00eats de l&rsquo;Aigoual, profondes et magnifiques, au c\u0153ur desquelles il passera beaucoup de temps, \u00e0 marcher mais aussi \u00e0 chercher des champignons, dont il est particuli\u00e8rement friand. Il est d&rsquo;ailleurs amateur de tous les produits de la nature (\u00ab&nbsp;<em>Papa avait rencontr\u00e9 Mitterrand qui cueillait des fraises vers Cabrillac<\/em>&nbsp;\u00bb), dont la r\u00e9colte silencieuse et contemplative est en elle-m\u00eame ressour\u00e7ante.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est souvent au c\u0153ur de la nature, en C\u00e9vennes et ailleurs, que Mitterrand viendra chercher le calme et l&rsquo;inspiration avant les nombreux moments difficiles de sa carri\u00e8re politique<sup>7<\/sup>. De ces immersions il sortira souvent confort\u00e9, renforc\u00e9, pr\u00eat \u00e0 affronter les \u00e9preuves.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">***<\/p>\n\n\n\n<p>Mitterrand monte d&rsquo;un pas tranquille mais assur\u00e9 vers le sommet d&rsquo;une colline. Derri\u00e8re lui, des personnalit\u00e9s politiques et des journalistes le suivent avec peine, crachant leurs poumons. Au loin, des paysages somptueux de vignobles et de cr\u00eates calcaires.<\/p>\n\n\n\n<p>La t\u00e9l\u00e9vision nous a souvent montr\u00e9 ces images. L&rsquo;ascension rituelle de la roche de Solutr\u00e9<sup>8<\/sup> f\u00fbt parfois pr\u00e9sent\u00e9e comme une tradition folklorique ou une strat\u00e9gie de communication. Ce rituel avait pourtant un sens r\u00e9el pour Mitterrand car depuis toujours il aime profond\u00e9ment la marche. Elle lui fait un bien physique tant qu&rsquo;intellectuel.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Une bonne partie de l&rsquo;apr\u00e8s-midi j&rsquo;ai march\u00e9 droit devant moi \u00e0 perte de ciel et de terre. Je respirais un air l\u00e9ger, br\u00fbl\u00e9, qu&#8217;embaumaient les herbes balsamiques (on retrouve leur odeur dans le lait des brebis). Au dessus du Rajal del Gorps un \u00e9pervier planait. J&rsquo;ai suivi la trace de la transhumance le long de pistes rectilignes qui, soudain, bifurquaient parmi les archipels de roches sculpt\u00e9es par l&rsquo;\u00e9rosion. Je m&rsquo;\u00e9merveillais de fouler ce fonds des mers qu&rsquo;un lent mouvement du feu central a soulev\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 mi-chemin de l&rsquo;espace et je l&rsquo;apostrophais. O&nbsp;! terre, si pr\u00e9cieuse, si pr\u00e9caire. Si nous n&rsquo;y prenons pas garde elle va nous manquer sous les pieds.&nbsp;<\/em>\u00bb<sup>9<\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>Les flancs de l&rsquo;Aigoual, et au del\u00e0 les C\u00e9vennes et les Causses environnants, offrent \u00e0 Mitterrand un in\u00e9puisable terrain pour assouvir son besoin de marche. Il parcourt les alentours en tous sens, parfois seul, souvent accompagn\u00e9 de Salzmann ou de quelques amis. L&rsquo;une de ses promenades favorites consiste \u00e0 descendre d\u00e9jeuner \u00e0 l&rsquo;auberge de madame Ponge, aux Vanels. Le chemin, grandiose, monte au Prat du Terron (le col qui domine Massevaques), puis redescend vers le serre de Combe-calde et le col de Peyrerol, traverse le hameau de Montcamp et rejoint les Vanels par le ravin de canto-loubo. Deux heures de marche pour se mettre en app\u00e9tit. Cet itin\u00e9raire, Mitterrand l&rsquo;a si souvent emprunt\u00e9 qu&rsquo;il reste dans les m\u00e9moires des c\u00e9venols comme \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.reveeveille.net\/cevennevivante\/le-chemin-de-mitterrand\/\" data-type=\"post\" data-id=\"352\">Le chemin de Mitterrand<\/a>\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">***<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis il y a les paysans c\u00e9venols. Mitterrand est d&rsquo;origine rurale, il en est fier et l&rsquo;\u00e9voque r\u00e9guli\u00e8rement dans ses livres&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Il faut na\u00eetre en Province et toucher aux racines pour comprendre d&rsquo;instinct les relations des soci\u00e9t\u00e9s humaines et du sol o\u00f9 elles vivent<\/em>&nbsp;\u00bb<sup>10<\/sup>. Quand il parle de la campagne fran\u00e7aise, son ton est toujours lyrique&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Les champs s&rsquo;\u00e9talaient, gras et vides, m\u00fbrissant, sous les haleines de l&rsquo;hiver, des naissances secr\u00e8tes. Des villages blanc et gris s\u00e9paraient les chemins et les hommes, nonchalamment, sciaient leur bois devant les portes, s&rsquo;interpellaient en qu\u00eate des nouvelles de la nuit, poussaient en douceur sur les p\u00e9dales des bicyclettes&nbsp;\u00bb.<\/em><sup>11<\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>Dans les ann\u00e9es 60 en Loz\u00e8re, l&rsquo;un des d\u00e9partements les plus ruraux de France, et particuli\u00e8rement sur les flancs de l&rsquo;Aigoual, la soci\u00e9t\u00e9 moderne ne s&rsquo;est pas encore install\u00e9e. La vie ressemble encore \u00e0 celle du XIX\u00e8me si\u00e8cle. Le rapport \u00e0 la terre n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9 par les nouvelles formes d&rsquo;agriculture qui valorisent les meilleures terres en abandonnant les autres. Ici le paysan travaille \u00e0 son rythme, entretenant la moindre parcelle, montant des murettes et amenant l&rsquo;eau sur de lointains versants. Mitterrand aime prendre du temps avec ces gens ancr\u00e9s dans le concret, enracin\u00e9s \u00e0 leur terre. Leur bon sens, leur simplicit\u00e9 font du bien \u00e0 l&rsquo;homme politique, souvent emp\u00eatr\u00e9 dans des situations complexes, des rapports de force et des manigances. On peut r\u00e9ellement penser que cette affection que porte Mitterrand au monde agricole a, des ann\u00e9es plus tard, jou\u00e9 un r\u00f4le dans l&rsquo;engagement qu&rsquo;il prit \u2013 et tint &#8211; d&rsquo;annuler le projet d&rsquo;extension du camp militaire du Larzac.<\/p>\n\n\n\n<p>A chacun de ses passages sur le contrefort du Mont Aigoual, Mitterrand coule des jours tranquilles.<\/p>\n\n\n\n<p>La maison de Charles Salzmann est une b\u00e2tisse c\u00e9venole traditionnelle, dont il a conserv\u00e9 le cachet d&rsquo;origine, avec ses vieilles poutres en bois taill\u00e9es \u00e0 la hache, les vieilles portes, les contrevents&#8230; Il y r\u00e8gne une atmosph\u00e8re d&rsquo;autrefois, rustique et ancr\u00e9e. On s&rsquo;y chauffe au bois. Il n&rsquo;y a pas le t\u00e9l\u00e9phone. Pour entrer en contact avec le monde, l&rsquo;illustre h\u00f4te doit faire comme tout le monde&nbsp;: se rendre chez une voisine, Mme martin, qui poss\u00e8de la seule ligne du village.<\/p>\n\n\n\n<p>La tranquillit\u00e9 du lieu est propice \u00e0 la r\u00e9flexion et \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture. Mitterrand r\u00e9digera plusieurs chroniques pour \u00ab\u00a0L&rsquo;unit\u00e9\u00a0\u00bb<sup>12<\/sup> sur la table de la cuisine. A c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;habitat, il y a une cl\u00e8de<sup>13<\/sup>, restaur\u00e9e en petit h\u00e9bergement secondaire. C&rsquo;est l\u00e0 que loge Mitterrand.<\/p>\n\n\n\n<p>De ce pied \u00e0 terre fiable et agr\u00e9able, il m\u00e8ne sa d\u00e9couverte du pays. Il rencontre les habitants de Massevaques. Il s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 leur travail, il pose des questions. Parfois, il prend quelques photos, qu&rsquo;il leur envoie ensuite.<\/p>\n\n\n\n<p>Il se lie plus particuli\u00e8rement avec quelques paysans des environs. Il y a Fernand Couderc, le berger transhumant, qui monte chaque \u00e9t\u00e9 ses brebis depuis la plaine jusqu&rsquo;\u00e0 Massevaques. Mitterrand le rejoint parfois \u00ab\u00a0garder\u00a0\u00bb un moment avec lui, au pr\u00e9 appel\u00e9 \u00ab\u00a0quarante nuech\u00a0\u00bb, au dessus du hameau.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Chaque ann\u00e9e, Mr Couderc, il nous disait \u00ab\u00a0Ah, mais il m&rsquo;a fait sa visite, et puis il vient souvent me voir. J&rsquo;aime bien parler avec lui\u00a0\u00bb. Ils parlaient de la pluie et du beau temps, je crois, et ils parlaient un peu de tout, je pense.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Un jour qu&rsquo;il \u00e9tait avec Fernand, une brebis a fait un petit agneau. Mitterrand a regard\u00e9 la brebis, l&rsquo;agneau, et tout \u00e7a. Quand il est parti, Fernand Couderc a gard\u00e9 cet agneau et l&rsquo;a appel\u00e9 Fran\u00e7ois. L&rsquo;ann\u00e9e d&rsquo;apr\u00e8s, quand Mr Mitterrand est revenu, il est remont\u00e9 voir Fernand. Il lui a demand\u00e9 \u00e0 voir l&rsquo;agneau. Fernand est all\u00e9 dans le troupeau, y avait peut-\u00eatre 1500 eu 2000 brebis, et il lui a ramen\u00e9 son Fran\u00e7ois. Mitterran<\/em><em>d <\/em><em>a regard\u00e9 comment il avait grossi, tout \u00e7a. Mais Fernand n&rsquo;a jamais os\u00e9 lui dire comment il l&rsquo;avait appel\u00e9.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Mitterrand invitera un jour Fernand \u00e0 une r\u00e9ception officielle \u00e0 Florac. N&rsquo;\u00e9tant pas tr\u00e8s au fait du protocole, celui-ci ne jugera pas utile de se munir de son invitation. Lorsque le service de s\u00e9curit\u00e9 la lui demandera \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e, il sera surpris. Il expliquera : \u00ab\u00a0Mais enfin, je suis le berger de Massevaques, Mr Mitterrand m&rsquo;a invit\u00e9 !\u00a0\u00bb jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;on le laisse finalement entrer.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a aussi Maurice et Marguerite Gout, couple d&rsquo;agriculteurs de Montcamp, ce petit hameau situ\u00e9 sur le sentier qui descend de Massevaques aux Vanels.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;La premi\u00e8re fois qu&rsquo;on l&rsquo;a vu, il \u00e9tait avec Monsieur Salzmann. Ils descendaient \u00e0 pieds aux Vanels et ils passaient sur le chemin au pied de la maison. Il m&rsquo;a fait un signe de la main, il a juste dit bonjour, comme \u00e7a. Il n&rsquo;\u00e9tait pas encore Pr\u00e9sident mais on l&rsquo;avait souvent vu \u00e0 la t\u00e9l\u00e9. Quand je l&rsquo;ai reconnu, \u00e7a m&rsquo;a surprise. J&rsquo;en ai \u00e9t\u00e9 \u00e9motionn\u00e9e&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Une conversation clairsem\u00e9e s&rsquo;engage. Mitterrand pose quelques questions sur les b\u00e2timents, les outils agricoles. Cette premi\u00e8re entrevue n&rsquo;est pas longue, mais les Gout le reverront souvent car la descente aux Vanels devient rapidement une \u00e9tape incontournable des s\u00e9jours de Mitterrand.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Il passait toujours vers midi. A cette heure l\u00e0 on \u00e9tait souvent par l\u00e0, autour de la ferme, alors on ne pouvait pas le rater.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Chaque fois Mr Gout offre l&rsquo;ap\u00e9ritif \u00e0 son h\u00f4te illustre. Il ne se verse qu&rsquo;une goutte de pastis, juste \u00ab&nbsp;pour troubler un peu l&rsquo;eau&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis, au del\u00e0 des environs de Massevaques, Charles et Fran\u00e7ois sillonnent les petites routes des C\u00e9vennes. Charles Salzmann est propri\u00e9taire et conducteur d&rsquo;une 2 CV camionnette, et c&rsquo;est dans ce v\u00e9hicule bien peu protocolaire (pourtant connu dans le monde entier, et v\u00e9ritable ambassadeur de la France&nbsp;!) que Mitterrand r\u00e9alisa la plus grande partie de ses d\u00e9placements motoris\u00e9s en C\u00e9vennes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">***<\/p>\n\n\n\n<p>A force de bouger, sans chercher \u00e0 se cacher, Mitterrand rencontre in\u00e9vitablement des gens. Le pays r\u00e9sonne encore d&rsquo;anecdotes croustillantes.<\/p>\n\n\n\n<p>Yvan est \u00e0 la chasse. La cartouchi\u00e8re en travers du torse, il avance sur un sentier des environs du Pompidou<sup>14<\/sup>. Au loin, un petit groupe de trois ou quatre personnes vient \u00e0 sa rencontre. Ils se croisent avec les politesses d&rsquo;usage. Quelques m\u00e8tres plus loin, Yvan a comme un doute. Il s&rsquo;arr\u00eate, se retourne, et lance&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Est-ce que je parle au Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique ?<\/li>\n\n\n\n<li>Oui.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Une courte conversation s&rsquo;engage, les hommes partagent des ch\u00e2taignes \u00e0 la pointe de l&rsquo;opinel.<\/p>\n\n\n\n<p>Autre rencontre de chasse. G\u00e9rard Serri\u00e8re est \u00e0 la recherche d&rsquo;un de ses chiens qui est tomb\u00e9 dans le lit du Tapoul. En remontant \u00e0 Massevaques, il croise Mitterrand qui est \u00e0 la porte de la maison de Salzmann, et lui dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vous \u00eates tremp\u00e9, vous allez prendre froid, il faudrait vous changer&nbsp;\u00bb. Il l&rsquo;invite \u00e0 rentrer et lui pr\u00eate des habits secs.<\/p>\n\n\n\n<p>Il arrive que l&rsquo;illustre visiteur ne soit pas reconnu. Un jour, une femme du pays interpelle Mitterrand alors qu&rsquo;il passe dans la 2 CV de Salzmann :<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ah, Monsieur, vous savez que si vous ne rouliez pas dans une 2CV, on pourrait vous prendre pour Fran\u00e7ois Mitterrand, c&rsquo;est incroyable comme vous lui&nbsp; ressemblez !<\/p>\n\n\n\n<p>Mitterrand, fid\u00e8le \u00e0 lui-m\u00eame, ne r\u00e9pond pas, laissant planer le doute.<\/p>\n\n\n\n<p>Autre jour, autre lieu&nbsp;: un incendie de for\u00eat gronde au col du Marquair\u00e8s. Les pompiers de Florac sont mont\u00e9s. Un homme est l\u00e0, il essaye de leur donner un coup de main. Un des pompiers l&rsquo;observe et tout d&rsquo;un coup s&rsquo;\u00e9nerve&nbsp;: \u00ab&nbsp;Qui c&rsquo;est cet empot\u00e9, l\u00e0, qui sait pas sortir le tuyau ?\u00a0\u00bb. Mitterrand ne semblait pas tr\u00e8s dou\u00e9 pour jouer les pompiers.<\/p>\n\n\n\n<p>Ailleurs encore. Un gars monte en voiture vers Cabrillac. Un homme, en panne sur le bord de la route avec sa femme, l&rsquo;arr\u00eate et lui demande&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Pourriez-vous m&#8217;emmener chez madame Ansot<sup>15<\/sup> pour que je puisse appeler un r\u00e9parateur\u00a0?<br>&#8211; Bah, attendez, on va essayer de regarder \u00e7a, d&rsquo;abord\u00a0!\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>En soulevant le capot le gars le d\u00e9visage et il dit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Mais, je vous connais, vous, je vous ai vu quelque part ?<br>&#8211; C&rsquo;est possible, c&rsquo;est tr\u00e8s possible !<\/p>\n\n\n\n<p>Le gars replonge dans le capot pour en resurgir aussit\u00f4t&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Mais nom de dieu de nom de Dieu, je suis s\u00fbr que je vous ai vu quelque part !<\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e8ne se r\u00e9p\u00e8te. Lorsque, malgr\u00e9 son trouble, le gars r\u00e9ussit \u00e0 r\u00e9parer la voiture, l&rsquo;homme lui dit : \u00ab\u00a0Je vous remercie, arr\u00eatez-vous donc chez madame Ansot, on boira un pot !\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Arriv\u00e9 chez madame Ansot, il lui raconte \u00ab\u00a0Je me suis arr\u00eat\u00e9 pour d\u00e9panner un Monsieur qui \u00e9tait en panne&nbsp;!\u00a0\u00bb Madame Ansot lui r\u00e9pond \u00ab\u00a0Mais c&rsquo;\u00e9tait Monsieur Mitterrand !&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le gars, para\u00eet-il, s&rsquo;est trouv\u00e9 tout b\u00eate, il n&rsquo;a pas os\u00e9 boire un coup avec lui, il est parti en douce&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Autre souvenir&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Il y avait ce gars qui habitait dans un tipi, l\u00e0-haut \u00e0 Montcamp&#8230; Un prof de philo. C&rsquo;\u00e9taient des gens un peu marginaux, un couple, ils ont eu un b\u00e9b\u00e9 qui est n\u00e9 l\u00e0-haut, parce qu&rsquo;aucun docteur n&rsquo;a voulu y aller et elle ne voulait pas aller \u00e0 la clinique, mais \u00e7a \u00e7a n&rsquo;a rien \u00e0 voir. Un jour ils \u00e9taient l\u00e0-haut et Mitterrand est pass\u00e9. Apr\u00e8s le gars il a dit \u00e0 ceux de montcamp&nbsp;: Ya un gars qu&rsquo;est pass\u00e9, vraiment on aurait dit Mitterrand&nbsp;! H\u00e9 ben oui, c&rsquo;\u00e9tait lui, a r\u00e9pondu Mr go\u00fbt. Le gars \u00e9tait sid\u00e9r\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Une rencontre sur un mode un peu diff\u00e9rent : \u00ab\u00a0<em>Un jour que Mitterrand mangeait \u00e0 l&rsquo;auberge des Vanels, s&rsquo;y trouvaient par hasard les enfants de Michel Rocard, qu&rsquo;il ne connaissait pas (Rocard avait \u00e9t\u00e9 mari\u00e9 en premi\u00e8re noce avec une femme d&rsquo;une famille originaire de Vebron). La patronne madame Ponge racontait de fa\u00e7on savoureuse comme elle les avaient pr\u00e9sent\u00e9s, alors que c&rsquo;\u00e9tait la p\u00e9riode ou il commen\u00e7ait \u00e0 y avoir des tensions entre les deux hommes politiques.<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La famille<\/h2>\n\n\n\n<p>De temps \u00e0 autres, Mitterrand vient \u00e0 Massevaques accompagn\u00e9 d&rsquo;une femme. Il la pr\u00e9sente comme sa secr\u00e9taire. Les gens du pays le croient volontiers\u00a0: pourquoi en serait-il autrement\u00a0? Il s&rsquo;agit en fait de la seconde femme de sa vie, Anne Pingeot. Leur relation adult\u00e8re est \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque encore inconnue des fran\u00e7ais, ils ne se voient que dans des lieux discrets<sup>16<\/sup>. Massevaques constitue l&rsquo;un des \u00e9crins de tranquillit\u00e9 dans lesquels il peuvent vivre librement de courts fragments de cette vie cach\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Cette fois l\u00e0 j&rsquo;\u00e9tais dans le jardin, et puis mon mari \u00e9tait en train de faire un mur. J&rsquo;entends le chien aboyer. Je regarde, j&rsquo;arrive avec le tablier, j&rsquo;avais une salade dedans. Je vois Mr Salzmann qui me dit \u00ab\u00a0Madame Gout, voici Monsieur Mitterrand\u00a0\u00bb. Il y avait aussi cette petite. Elle avai<\/em><em>t <\/em><em>5 ou 6 ans ? Mon mari les a invit\u00e9s \u00e0 boire l&rsquo;ap\u00e9ritif, la petite a bu un sirop.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Mazarine accompagne plusieurs fois ses parents \u00e0 Massevaques. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 80 les fran\u00e7ais ne connaissent pas encore son existence et les habitants des environs sont parmi les premiers \u00e0 la rencontrer, bien avant que les m\u00e9dias ne racontent son histoire. Ils la consid\u00e8reront tout d&rsquo;abord comme \u00ab&nbsp;la fille de la secr\u00e9taire&nbsp;\u00bb, car c&rsquo;est ainsi que son p\u00e8re la pr\u00e9sente. Personne ne remet en cause cette version somme toute plausible, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que&#8230;<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/1900\/0101_illustrations_cevennevivante\/19000101_illustrations_cevennevivante_02.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\"> Mitterrand au col de Porte avec Mazarine sur les \u00e9paules <\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Un jour, alors que Mazarine a 3 ou 4 ans, un des habitants de Massevaques surprend une conversation entre elle et Mitterrand. Au d\u00e9tour d&rsquo;une phrase, il entend distinctement la fillette prononcer les mots \u00ab&nbsp;Dis, papa&#8230;&nbsp;\u00bb. Tr\u00e8s surpris, il s&rsquo;en ouvre \u00e0 ses voisins&nbsp;: \u00ab&nbsp;Me sa\u00efd pas&nbsp;? Ieu ditch papa&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;<\/em><em>Apr\u00e8s, <\/em><em>\u00e7a s&rsquo;est r\u00e9p\u00e9t\u00e9 dans le village et \u00e0 partir de ce moment ils se sont dout\u00e9s de quelque chose. <\/em><em>[Une habitante] m&rsquo;a <\/em><em>dit&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;T<\/em><em>u vois cette Mazarine&nbsp;? Elle est superbe. C&rsquo;est la fille \u00e0 Fran\u00e7ois Mitterrand&nbsp;!&nbsp;\u00ab\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Pass\u00e9es les interrogations, la pr\u00e9sence de Mazarine devient habituelle aux gens du pays.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Une fois ils se sont arr\u00eat\u00e9s devant la maison parce que Monsieur Salzmann il voulait prendre son miel, qu&rsquo;il prenait chez nous. Dans la voiture il y avait la petite Mazarine ainsi que la maman, Mme Pingeot.\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Mazarine semble tout \u00e0 fait \u00e0 son aise dans la nature c\u00e9venole.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Une fois, elle avait 7 ou 8 ans. Quand elle est arriv\u00e9e \u00e0 Montcamp elle avait le visage tout barbouill\u00e9 de myrtilles. Mitterrand a dit \u00e0 Mme Pingeot, la secr\u00e9taire, la m<\/em><em>\u00e8<\/em><em>re de la petite, de la laver avant de repartir. Je lui ai donn\u00e9 une cuvette, et elle lui a nettoy\u00e9 le visage sur un coin de la table de la cuisine.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Une fois, on avait une chatte sur le balcon, qui avait des petits. Il y en avait un tout blanc et Mazarine le voulait. Quand ils ont eu mang\u00e9 aux Vanels, Mitterrand a envoy\u00e9 son chauffeur avec Mazarine, pour venir le chercher. Mais le petit chat blanc on ne savait pas ou il \u00e9tait pass\u00e9, alors elle a pris un blanc et noir. On l&rsquo;appellait Zaza. Alors le petit chat est parti \u00e0 <\/em><em>P<\/em><em>aris. Mais il est pas rest\u00e9 chez Mitterrand, c&rsquo;est Madame Salzmann qui l&rsquo;a gard\u00e9, et chaque fois qu&rsquo;elle venait \u00e0 Massevaques elle amenait zaza, et elle venait nous le faire voir. Elle l&rsquo;a gard\u00e9 14 ou 15 ans.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans le pays, on r\u00e9sume cette aventure avec fiert\u00e9&nbsp;: \u00ab\u00a0Ya un chat de Montcamp qui s&rsquo;est \u00e9tabli \u00e0 l&rsquo;Elys\u00e9e !\u00a0\u00bb Et on ajoute&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Si elle revient dans le coin, j&rsquo;ai des petits chats, si elle veut <\/em><em>pour ses enfants <\/em><em>je peux lui en donner un. <\/em><em>[\u2026] Moi je crois qu&rsquo;elle reviendra.<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Charles Salzmann<\/h2>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est pendant la seconde guerre mondiale que Charles Salzmann a fait connaissance avec les C\u00e9vennes. Comme de nombreux autres juifs, il est venu avec sa famille se mettre au vert dans ces petites montagnes si propices \u00e0 la discr\u00e9tion. Il en a gard\u00e9 une tendresse pour ce pays et ces habitants qui l&rsquo;avaient aid\u00e9, et d\u00e8s qu&rsquo;il pourra, il y ach\u00e8tera le pied-\u00e0-terre de Massevaques.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 70, Salzmann devient l&rsquo;un des proches de Mitterrand, qui lui demande de le conseiller sur les aspects li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;image et la communication. Mais la relation qui s&rsquo;installe entre eux d\u00e9passe largement le cadre professionnel. Anne Pingeot n&rsquo;est enceinte que de cinq mois lorsque Mitterrand lui apprend, comme \u00e0 quelques tr\u00e8s rares intimes, qu&rsquo;il attend un enfant avec une autre femme que la premi\u00e8re dame de France. Et puis il y a toute la singularit\u00e9 de la relation champ\u00eatre qui se noue en C\u00e9vennes.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Notre amiti\u00e9 fut ainsi color\u00e9e par nos conversations lors de longues marches dans les drailles, dans l&rsquo;odeur des gen\u00eats et la recherche de c\u00e8pe. Le soir, devant un feu de h\u00eatre, grillant des ch\u00e2taignes, nous avons appris \u00e0 vraiment nous conna\u00eetre&#8230; du moins les \u00e9v\u00e9nements de nos vies respectives, car il fut, et est rest\u00e9, consid\u00e9rablement secret.&nbsp;\u00bb<sup>17<\/sup><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Politiquement, Charles et Fran\u00e7ois sont d&rsquo;accord sur presque tout, mise \u00e0 part la relation avec le parti communiste. Salzmann, farouchement antisovi\u00e9tique, pense qu&rsquo;il faut s&rsquo;en tenir \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart, alors que Mitterrand souhaite s&rsquo;en rapprocher pour augmenter ses chances aux \u00e9lections pr\u00e9sidentielles de 1974.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0<em>Je me souviens [en 1974] d&rsquo;une matin\u00e9e de vacances dans les C\u00e9vennes. Il [Mitterrand] passait quelques jours chez moi et m&rsquo;avait demand\u00e9 de le conduire \u00e0 mon reboisement, pr\u00e8s du Pompidou (eh oui, la vie a de ces ironies !). Je conduisais ma camionnette 2 CV qui\u00a0 sentait bon le bois de h\u00eatre et les gen\u00eats s\u00e9ch\u00e9s que nous avions ramass\u00e9s la veille pour alimenter la chemin\u00e9e. Le soleil \u00e9clatant des matins c\u00e9venols m&#8217;emplissait comme toujours d&rsquo;une joie d\u00e9chirante. <\/em>J&rsquo;avais au c\u0153ur<em> un sentiment de gratitude que la nature f\u00fbt si belle. Nous roulions en silence sur ces routes de montagne \u00e0 lacets serr\u00e9s, \u00e0 travers le violet des bruy\u00e8res et le gris des schistes. Mitterrand, d&rsquo;une voix douce, me demanda si je le pensais si na\u00eff ou manquant de caract\u00e8re pour se faire berner par les communistes, un nouveau Kerenski en somme ? Je l&rsquo;assurai de ma confiance, mais j&rsquo;ajoutai : &lsquo;Je crains qu&rsquo;une fois que vous les aurez install\u00e9s au pouvoir avec vous, et si vous ne faites pas leur politique, ils ne vous fassent subir le sort de Bernes et Masaryk&rsquo;<\/em>\u00a0\u00bb <sup>18<\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>Ce diff\u00e9rend, discut\u00e9 sur une route des C\u00e9vennes, est suffisamment profond pour que Salzmann d\u00e9cide de ne pas assister Mitterrand dans sa seconde campagne pr\u00e9sidentielle. Le 19 mai 1974, Mitterrand est finalement devanc\u00e9 par Val\u00e9ry Giscard d&rsquo;Estaing, au cours du scrutin le plus serr\u00e9 de la V\u00e8me r\u00e9publique. Qui sait si, avec les conseils de Salzmann, il n&rsquo;aurait pas gagn\u00e9 le 1% de voix qui lui manqu\u00e8rent ce jour l\u00e0 ?<\/p>\n\n\n\n<p>Cette m\u00e9saventure n&rsquo;obscurcit pas les relations entre les deux hommes. Mitterrand continue ses voyages \u00e0 Massevaques. Dans les ann\u00e9es qui suivent, Salzmann finit par se ranger au point de vue de Mitterrand concernant le PC, et il d\u00e9cide de l&rsquo;aider en vue de l&rsquo;\u00e9lection de 1981. Les s\u00e9jours c\u00e9venols s&rsquo;\u00e9maillent de moments de r\u00e9flexion et de travail destin\u00e9s \u00e0 affiner les strat\u00e9gies de communication.<\/p>\n\n\n\n<p>En ao\u00fbt 1980, Salzmann \u00e9crit \u00e0 Mitterrand depuis Valleraugue : \u00ab\u00a0<em>Cher Fran\u00e7ois, esp\u00e9rant que vous passez de bonnes vacances, je pense \u00e9videmment \u00e0 vous, alors que je contemple le bas des 4000 marches, n&rsquo;osant vraiment pas me lancer dans une ascension &#8211; o\u00f9 pourtant je perdrai deux kilos<\/em>\u00ab\u00a0<sup>19<\/sup>. Apr\u00e8s cette aimable introduction c\u00e9venole, Salzmann d\u00e9voile \u00e0 Mitterrand ses pronostics concernant l&rsquo;\u00e9lection \u00e0 venir. Il lui affirme que s&rsquo;il joue finement, il battra Giscard au second tour par 52% des voix contre 48%.<\/p>\n\n\n\n<p>Salzmann va m\u00eame au del\u00e0 de la statistique : il prodigue des conseils. Si Mitterrand veut atteindre ce score il doit avant tout travailler son image, qui est encore celle d&rsquo;un \u00ab\u00a0<em>ambitieux trop habile<\/em>\u00ab\u00a0. Dans une note de novembre 1980, il lui sugg\u00e8re de mettre en avant trois aspects de sa personnalit\u00e9 :<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab\u00a0Terrien : homme de terre, racines paysannes.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Force int\u00e9rieure : m\u00e9dite longuement, s&rsquo;isole face \u00e0 la nature, puise dans l&rsquo;id\u00e9al un surcro\u00eet de force.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Volontaire : s&rsquo;est \u00e9vad\u00e9 trois fois<sup>20<\/sup>, la troisi\u00e8me fois f\u00fbt la bonne. Il en sera de m\u00eame pour les pr\u00e9sidentielles.<\/em>\u00ab\u00a0<sup>21<\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>Il est r\u00e9v\u00e9lateur de constater combien les deux premiers de ces traits sont en prise directe avec ce que Mitterrand vient chercher au contact des C\u00e9vennes et de ses habitants. Sans doutes ses s\u00e9jours \u00e0 Massevaques vont l&rsquo;aider \u00e0 endosser encore mieux ce personnage, qui lui correspond intimement mais qu&rsquo;il a besoin de mettre en sc\u00e8ne pour que les fran\u00e7ais re\u00e7oivent parfaitement le message.<\/p>\n\n\n\n<p>Un peu plus tard, en f\u00e9vrier 1981, Salzmann fait \u00e9voluer \u00ab&nbsp;force int\u00e9rieure&nbsp;\u00bb en \u00ab&nbsp;force tranquille&nbsp;\u00bb. Ce slogan, on s&rsquo;en souvient, a marqu\u00e9 les esprits, et tint probablement un r\u00f4le dans la victoire<sup>22<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s son accession \u00e0 la Pr\u00e9sidence, Mitterrand propose \u00e0 Salzmann un poste de conseil en sondages et communication. Celui-ci accepte. Pendant huit ann\u00e9es, il assistera le Pr\u00e9sident en France et dans de tr\u00e8s nombreux pays o\u00f9 il l&rsquo;accompagnera \u00e0 l&rsquo;occasion de voyages officiels. Il rencontrera de nombreux grands de ce monde. Il quittera finalement le poste de conseiller en 1989, estimant avoir apport\u00e9 ce qu&rsquo;il pouvait \u00e0 la pr\u00e9sidence. Pour le remercier, Mitterrand le nommera \u00e0 la Pr\u00e9sidence du conseil d\u2019administration de la Soci\u00e9t\u00e9 concessionnaire fran\u00e7aise pour la construction et l\u2019exploitation du tunnel routier sous le Mont-Blanc.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Mitterrand pr\u00e9sident<\/h2>\n\n\n\n<p>Le 10 mai 1981, Mitterrand devient Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, avec 51,76% des voix. A 0,24&nbsp;% pr\u00e8s, Salzmann a vu juste : la force tranquille l&rsquo;a emport\u00e9&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les c\u00e9venols qui l&rsquo;ont rencontr\u00e9 et sont fiers de le conna\u00eetre, c&rsquo;est une grande surprise, un vrai bonheur.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;J&rsquo;ai jamais pris qu&rsquo;une cuite, c&rsquo;est celle-l\u00e0, c&rsquo;est le jour qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu Pr\u00e9sident. La seule et unique. J&rsquo;en ai pas fait avant, j&rsquo;en ai pas fait apr\u00e8s. Une cuite, une vraie !&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le nouveau Pr\u00e9sident ne modifie pas pour autant son habitude de venir r\u00e9guli\u00e8rement en C\u00e9vennes. Lors du s\u00e9jour qui suit son \u00e9lection, il croise Mr Gout de Montcamp. Ils se connaissent depuis longtemps, mais celui-ci, impressionn\u00e9, demande :<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Comment je dois vous appeler, maintenant ?<br>&#8211; Comme avant, tout simplement. Appelez-moi Monsieur Mitterrand, r\u00e9pond l&rsquo;int\u00e9ress\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Son nouveau statut complique quelque peu les choses. Un Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique ne peut pas se d\u00e9placer seul. A chacune de ses visites, deux grosses voitures grises sont gar\u00e9es en permanence dans massevaques, de part et d&rsquo;autre de la maison o\u00f9 il loge. Dedans, des agents de s\u00e9curit\u00e9 veillent.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;<\/em><em>Ils n&rsquo;\u00e9taient pas abordables, les gardes du corps. [\u2026] Un jour, papa avait parl\u00e9 \u00e0 un garde, il lui avait dit \u00ab&nbsp;Alors, on vient faire la visite annuelle&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Il \u00e9tait mont\u00e9 dans sa voiture, il voulait pas [lui] parler. On sentait qu&rsquo;ils avait l&rsquo;ordre de ne pas&#8230;&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les grosses voitures grises parcourent \u00e0 toute vitesse les petites routes des C\u00e9vennes pour pr\u00e9parer ou s\u00e9curiser les s\u00e9jours du Pr\u00e9sident. Elles attirent d&rsquo;ailleurs beaucoup plus l&rsquo;attention qu&rsquo;il ne le souhaiterait lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Le moindre d\u00e9placement engendre une \u00e9tonnante procession : la 2CV de Monsieur Salzmann ouvre la route, avec le Pr\u00e9sident \u00e0 la place du mort. Arrive ensuite la voiture officielle, occup\u00e9e par le seul chauffeur. Le convoi est clotur\u00e9 par le 4X4 des gardes du corps. Les gens du pays observent avec amusement.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour rallier les C\u00e9vennes, il a cependant r\u00e9guli\u00e8rement recours \u00e0 un v\u00e9hicule plus voyant : l&rsquo;h\u00e9licopt\u00e8re, qui lui permet de gagner un temps pr\u00e9cieux sur un planning tr\u00e8s charg\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Un jour il \u00e9tait l\u00e0, \u00e0 Montcamp, comme d&rsquo;habitude il avait bu l&rsquo;ap\u00e9ritif, avec un millim\u00e8tre de pastis au fond du verre. A quatre ou cinq heures il prenait l&rsquo;h\u00e9licopt\u00e8re \u00e0 Perjuret. Et le lendemain on l&rsquo;entendait \u00e0 la radio, il dinait \u00e0 Berlin.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>A chaque arriv\u00e9e, l&rsquo;ami Salzmann est l\u00e0, pour recevoir son invit\u00e9 au pied de l&rsquo;h\u00e9licopt\u00e8re et l&#8217;emmener dans sa 2CV.<\/p>\n\n\n\n<p>Les lieux de d\u00e9pose ou de d\u00e9part changent r\u00e9guli\u00e8rement, sans doute au gr\u00e9 des objectifs, ou pour des imp\u00e9ratifs de s\u00e9curit\u00e9. La can de l&rsquo;Hospitalet, ce plateau d\u00e9sertique tout proche, constitue un terrain id\u00e9al pour accueillir relativement discr\u00e8tement cet engin bruyant et son illustre passager.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Des amis \u00e0 nous, les Blach\u00e8re, \u00e9taient assis sur des fauteuils pliants <\/em><em>[sur la can de l&rsquo;Hospitalet]<\/em><em>. Ils te voient cet h\u00e9licopt\u00e8re et ils se disent \u00ab&nbsp;Qu&rsquo;est-ce-qui se passe&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Tac&nbsp;! Ils te voient mon Mitterrand qui descend&nbsp;!\u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Souvent, les autorit\u00e9s locales ne sont pas averties, ce qui donne lieu \u00e0 des sc\u00e8nes cocasses. <em>\u00ab&nbsp;<\/em><em>La haut au dessus il y avait un h\u00e9licopt\u00e8re pos\u00e9 dans une prairie. Les pales tournaient <\/em><em>encore<\/em><em>. En passant en voiture les gendarmes l&rsquo;ont vu et ils \u00e9taient pas au courant. Ren\u00e9, <\/em><em>l<\/em><em>e beau fils des Martin de Carnac, qui \u00e9tait gendarme, est descendu pour aller voir. La porte s&rsquo;ouvre, quelqu&rsquo;un descend. Et puis ils tombent nez \u00e0 nez avec Mitterrand, alors ils ne savaient plus comment faire. \u00ab&nbsp;Il m&rsquo;a tendu la main, j&rsquo;ai serr\u00e9 la main&nbsp;\u00bb, mais il savait pas s&rsquo;il devait le saluer militairement.\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La photo d\u00e9crite en introduction rapporte une sc\u00e8ne du m\u00eame type. Les gendarmes de Barre-des-C\u00e9vennes avaient aper\u00e7u l&rsquo;h\u00e9licopt\u00e8re de loin. Accourant sur la can de l&rsquo;Hospitalet pour v\u00e9rifier que rien d&rsquo;anormal ne se passait, ils \u00e9taient tomb\u00e9s sur leur chef supr\u00e8me<sup>23<\/sup> et, comme le raconte avec humour l&rsquo;agriculteur propri\u00e9taire des terres, \u00e9taient rest\u00e9s p\u00e9trifi\u00e9s au garde-\u00e0-vous sans oser broncher. Depuis, lorsque madame demande \u00ab\u00a0Je vais nourrir les b\u00eates, tu sais o\u00f9 elles sont\u00a0? \u00bb, monsieur r\u00e9pond parfois \u00ab\u00a0Au pr\u00e9 \u00e0 Mitterrand\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Pr\u00e9sident doit rester joignable \u00e0 tout instant. En cas d&rsquo;urgence nationale, comme un accident nucl\u00e9aire ou une d\u00e9claration de guerre, il serait tr\u00e8s g\u00eanant que l&rsquo;on n&rsquo;arrive pas \u00e0 l&rsquo;avertir ! La ligne t\u00e9l\u00e9phonique de Mme martin ne doit plus inspirer une confiance suffisante \u00e0 l&rsquo;\u00e9quipe charg\u00e9e de suivre le Pr\u00e9sident car lors de chacun de ses s\u00e9jours, un v\u00e9hicule de transmission bard\u00e9 d&rsquo;antennes est install\u00e9 sur les hauteurs de Massevaques, pr\u00eat \u00e0 \u00e9tablir une liaison radiophonique avec l&rsquo;Elys\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Une fois il y a eu une r\u00e9union des Ministres \u00e0 Massevaques. Il y a deux ou trois ministres qui sont venus, c&rsquo;est \u00e0 dire qu&rsquo;il y avait plusieurs h\u00e9licopt\u00e8res qui ont circul\u00e9. Et notamment il y avait Georgina Dufoy. Moi je l&rsquo;ai revue, je lui ai parl\u00e9, ensuite. Ben oui, parce qu&rsquo;elle \u00e9tait de N\u00eemes&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame la traditionnelle descente \u00e0 l&rsquo;auberge des Vanels se complique. Une voiture grise r\u00f4de \u00e0 l&rsquo;avance dans les environs puis attend les marcheurs \u00e0 mi-parcours, \u00e0 Montcamp, pour v\u00e9rifier que tout est en ordre. Un agent de s\u00e9curit\u00e9 les suit de loin sur le sentier. Ces mesures de s\u00e9curit\u00e9 restent, malgr\u00e9 tout, assez peu contraignantes, sans doute insuffisantes pour r\u00e9ellement prot\u00e9ger le Pr\u00e9sident d&rsquo;une attaque bien pr\u00e9par\u00e9e sur cet itin\u00e9raire qu&rsquo;il emprunte r\u00e9guli\u00e8rement, et sur le bord duquel il aurait \u00e9t\u00e9 si facile \u00e0 un tireur isol\u00e9 de se cacher.<\/p>\n\n\n\n<p>A l&rsquo;auberge, deux agents mangent \u00e0 sa table avec sa famille et ses amis. Avant la fin du repas, ils sortent voir si tout est en ordre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Mitterrand et les c\u00e9venols<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans sa vie publique, Mitterrand met sans \u00e9tats d&rsquo;\u00e2me la puissance de la parole au service de ses ambitions. Pour s\u00e9duire, punir, r\u00e9compenser, forcer, il n&rsquo;h\u00e9site jamais \u00e0 parler de mani\u00e8re lyrique ou grandiloquente, mais \u00e9galement \u00e0 mentir, \u00e0 travestir, \u00e0 omettre, \u00e0 laisser croire. <em>\u00ab&nbsp;Le pr\u00e9sident veille toujours \u00e0 rester insaisissable. Il ne fait jamais ce qu&rsquo;il dit. Il ne dit jamais ce qu&rsquo;il fait. Il ne se d\u00e9voile que tr\u00e8s rarement, et \u00e0 bon escient. Entre-temps, il se barricade avec soin derri\u00e8re les silences, les amphigouris ou les contrev\u00e9rit\u00e9s qu&rsquo;il prof\u00e8re, avec une tranquille effronterie, pour brouiller les esprits&nbsp;\u00bb<\/em><sup>24<\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu&rsquo;il est en C\u00e9vennes, il est tout le contraire&nbsp;: il ne cherche plus \u00e0 embrouiller ni \u00e0 manipuler ses interlocuteurs.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Il parlait pas beaucoup, il \u00ab&nbsp;allongeait&nbsp;\u00bb pas. Il r\u00e9pondait aux questions, oui, non, comme \u00e7a, mais pas trop plus.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Il \u00e9tait pas imposant. Il \u00e9tait pas bavard, il disait rien. Il r\u00e9pondait, mais c&rsquo;\u00e9tait pas une grande gueule, quoi.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est bien simple, en C\u00e9vennes il ne parle presque plus. Lorsqu&rsquo;il rencontre des c\u00e9venols, le plus souvent, il se contente de r\u00e9pondre aux questions. Et si parfois il en pose quelques-unes lui-m\u00eame, elles portent sur des sujets anodins\u00a0: la m\u00e9t\u00e9o, la prochaine r\u00e9colte, la mani\u00e8re dont poussent les patates. Les conversations, en apparence banales, d\u00e9marrent par les petites nouvelles de la vie et s&rsquo;\u00e9puisent rapidement, en \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb songeurs adress\u00e9s \u00e0 personne.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab\u00a0Et nous, on lui a peut-\u00eatre pas tellement parl\u00e9 non plus, sans doute. Si on avait su qu&rsquo;il serait pr\u00e9sident apr\u00e8s, on lui aurait peut-\u00eatre plus parl\u00e9 du tout, qui sait\u00a0? Mais on savait pas\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab\u00a0Il ne parlait pas beaucoup. Nous non plus. Peut-\u00eatre qu&rsquo;on ne lui parlait pas plus que ce qu&rsquo;il fallait. On \u00e9tait quand m\u00eame impressionn\u00e9s, parce que c&rsquo;\u00e9tait quand m\u00eame pas le commun des mortels. Mais il te faisait pas de r\u00e9flexions.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les c\u00e9venols, c&rsquo;est un fait \u00e9tabli, ont la parole rare en toute circonstance. Impressionn\u00e9s par le personnage, ils s&rsquo;av\u00e8rent carr\u00e9ment mutiques. D\u00e8s ses premiers s\u00e9jours c\u00e9venols, dans les ann\u00e9es 60, Mitterrand est c\u00e9l\u00e8bre\u00a0: il a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 d\u00e9put\u00e9, s\u00e9nateur, premier secr\u00e9taire du parti socialiste, plusieurs fois Ministre, et deux fois candidat \u00e0 la Pr\u00e9sidence (1965 et 1974), excusez du peu\u00a0! Les gens n&rsquo;osent gu\u00e8re mener la conversation plus avant que ce que lui-m\u00eame d\u00e9cide. Il r\u00e8gne donc une certaine \u00ab\u00a0entente du silence\u00a0\u00bb entre Mitterrand et les c\u00e9venols.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce caract\u00e8re \u00ab\u00a0taiseux\u00a0\u00bb des habitants fait l&rsquo;affaire de l&rsquo;homme public, qui tient \u00e0 sa tranquillit\u00e9. \u00ab\u00a0<em>Les habitants de Massevaques ? Ils \u00e9taient muets comme des tombes !<\/em>\u00ab\u00a0, raconte une habitante de Rousses. Lorsque des journalistes viennent les interroger pour essayer d&rsquo;obtenir des informations sur l&rsquo;illustre visiteur, ils doivent se contenter d&rsquo;informations tr\u00e8s impr\u00e9cises, quand on ne leur r\u00e9pond pas carr\u00e9ment\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Mitterrand ? Non non, il n&rsquo;y a personne de ce nom l\u00e0 par ici !\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La capacit\u00e9 \u00e0 tenir sa langue est d&rsquo;ailleurs une fiert\u00e9 locale. <em>\u00ab&nbsp;En <\/em><em>C\u00e9vennes, <\/em><em>\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, <\/em><em>les gens quand ils <\/em><em>tenaient un <\/em><em>secret, attention, hein, c&rsquo;<\/em><em>\u00e9tait<\/em><em> top secret. <\/em><em>Ce serait impensable <\/em><em>aujourd&rsquo;hui, il y aurait France machin et 40.000 journalistes&#8230; Ce silence, c&rsquo;est historique. Ici il y a toujours eu des gens qui ont cach\u00e9 des juifs, qui pendant la guerre n&rsquo;ont pas d\u00e9nonc\u00e9 les autres&#8230; je pense que \u00e7a tient \u00e0 \u00e7a&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Taiseux pour taiseux, dans les rares \u00e9changes entre Mitterrand et les c\u00e9venols, un sujet, en particulier, est toujours soigneusement \u00e9vit\u00e9&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00abOn lui parlait pas de politique, parce que lui il faisait de la politique \u00e0 une \u00e9chelle autre que la n\u00f4tre.\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les C\u00e9vennes sont, traditionnellement et depuis \u00ab&nbsp;toujours&nbsp;\u00bb, acquises \u00e0 la gauche. On aurait pu imaginer que les discussions politiques iraient bon train entre les c\u00e9venols et cet homme qui portait leurs id\u00e9es au plus haut niveau. Mais Mitterrand vient en C\u00e9vennes pr\u00e9cis\u00e9ment pour s&rsquo;\u00e9loigner de la politique. Ceux qui l&rsquo;ont approch\u00e9 ont rapidement compris qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas opportun de s&rsquo;aventurer sur ce terrain.<\/p>\n\n\n\n<p>Parfois, abandonnant pour quelques instants sa r\u00e9serve, le futur Pr\u00e9sident se laisse aller \u00e0 un trait d&rsquo;humour&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab<em>\u00a0De temps en temps, il parlait avec un petit sourire. \u00c7a voulait sans doute dire quelque chose. Une fois y avait mon beau fr\u00e8re par les escaliers. Il faisait bien chaud, alors il avait quitt\u00e9 le chapeau et il le tenait \u00e0 la main. Mitterrand lui a dit : \u00ab\u00a0Monsieur, couvrez vous, couvrez-vous. C&rsquo;est pas parce que je suis l\u00e0 que vous devez enlever le chapeau !\u00a0\u00bb (rires)\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>En de rares occasions, le contact se fait plus familier, et fait la fiert\u00e9 de ceux qui le vivent&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>C&rsquo;est pas de l&rsquo;orgueil, je n&rsquo;en ajoute pas. Un matin, j&rsquo;avais 17, 18 ans, je vais chez Monsieur Salzmann (je faisais des m\u00e9nages chez lui) et il me dit \u00ab&nbsp;Tu vas d\u00e9jeuner avec nous&nbsp;\u00bb (il me tutoyait). Je dis \u00ab&nbsp;Non merci&nbsp;\u00bb. Alors Mitterrand avait dit \u00ab&nbsp;On t&rsquo;a gard\u00e9 des \u00e9clairs au chocolat&nbsp;\u00bb. J&rsquo;avais eu droit \u00e0 mon \u00e9clair au chocolat au petit dej&rsquo;. Ca m&rsquo;est rest\u00e9, \u00e7a&nbsp;!&nbsp;Une fois, en revenant de travailler chez les Salzmann, il n&rsquo;y avait personne pour me redescendre, et je suis descendue avec les gardes du corps. Arriv\u00e9e \u00e0 Rousses, il y avait madame M. devant la porte, qui <\/em><em>pensait<\/em><em> qu&rsquo;il y avait Mitterrand qui allait passer. <\/em><em>Mais c&rsquo;\u00e9tait moi<\/em><em>&nbsp;! Je lui faisais bonjour. On en a bien ri de \u00e7a&nbsp;! <\/em><em>[\u2026] A No\u00ebl il m&rsquo;envoyait des chocolats. Chaque fois c&rsquo;\u00e9tait sign\u00e9 Mitterrand et Salzmann&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Si la parole qui lie Mitterrand aux c\u00e9venols est rare, elle est constante et fid\u00e8le. Chaque fois qu&rsquo;il le peut, Mitterrand repasse visiter ses principaux interlocuteurs, leur t\u00e9moignant ainsi sans ambigu\u00eft\u00e9 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat et l&rsquo;affection qu&rsquo;il leur porte. Les c\u00e9venols sont sensibles \u00e0 cette fid\u00e9lit\u00e9. Et puis, ils appr\u00e9cient sa simplicit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand il est \u00e0 Massevaques, Fran\u00e7ois Mitterrand redevient un homme ordinaire. Ce qu&rsquo;il souhaite avant tout, c&rsquo;est vivre normalement, loin de l&rsquo;\u00e9tiquette. Il c\u00f4toie sans c\u00e9r\u00e9monie les habitants des environs et il vit leur vie.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Quand il allait manger aux Vanels il ne se faisait pas mettre \u00e0 part, il mangeait dans la salle, avec tout le monde. Il avait dit \u00e0 la patronne \u00ab\u00a0Vous me mettez avec tout le monde.\u00a0\u00bb&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Il aimait beaucoup les champignons, alors elle lui en faisait souvent. Il lui disait \u00ab\u00a0O, vous m&rsquo;avez g\u00e2t\u00e9 avec ces champignons\u00a0\u00bb. C&rsquo;\u00e9tait des C\u00e8pes, en C\u00e9vennes quand on parle de champignon c&rsquo;est les c\u00e8pes.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Ou je l&rsquo;avais admir\u00e9, c&rsquo;\u00e9tait avec le saucisson. Il y avait un gros saucisson, un j\u00e9sus, comme on appelait \u00e7a ici. Il s&rsquo;\u00e9tait coup\u00e9 une tranche, deux tranches, il les a mang\u00e9es comme \u00e7a, avec ses doigts, sans regarder s&rsquo;il y avait une serviette pour s&rsquo;essuyer !&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Il \u00e9tait simple, gentil. Il ne faisait pas de complications.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;La seule chose importante, dans une auberge, c&rsquo;est la cuisine. Si les gens ils aiment pas la cuisine, ils reviennent une fois, mais pas deux. Lui, il revenait \u00e0 chaque fois&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Il passait avec un pantalon en velour<\/em><em>s<\/em><em>, il passait pas en costume. Comme vous et moi, quoi.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00abQuand il \u00e9tait l\u00e0, il s&rsquo;enlevait de la politique, il \u00e9tait vraiment le bonhomme&#8230; on pouvait pas le savoir. Il parlait beaucoup avec sa petite, sa fille que je savais pas que c&rsquo;\u00e9tait sa fille.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Il mangeait ce qu&rsquo;on lui mettait sur la table, il regardait m\u00eame pas ce qu&rsquo;il y avait \u00e0 manger. C&rsquo;\u00e9tait pas un homme difficile&#8230;&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2013\/0326_massevaques_montcamp\/20130326_massevaques_montcamp_12.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Le pr\u00e9 du Terron, un lieu o\u00f9 Mitterrand passait souvent en promenade<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Si Mitterrand ne demande pas de traitement particulier, les c\u00e9venols lui portent tout de m\u00eame une attention sp\u00e9ciale. A l&rsquo;auberge des Vanels, il demande \u00e0 manger comme tout le monde et croit \u00eatre entendu, mais la patronne le g\u00e2te sans lui dire :<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Un jour, c&rsquo;\u00e9tait un lundi, j&rsquo;arrive \u00e0 l&rsquo;auberge avec un groupe de catalans. Je demande s&rsquo;il y a assez pour le nombre qu&rsquo;on \u00e9tait. Elle me dit&nbsp;: pas de probl\u00e8me, et elle nous am\u00e8ne des quantit\u00e9s incroyables de sanglier et de bonnes choses. Je lui demande comment \u00e7a se fait qu&rsquo;il y a tant de plats pr\u00e9par\u00e9s un lundi, elle me r\u00e9pond <\/em><em>\u00ab\u00a0<\/em><em>Oh, ce sont les restes de Fran\u00e7oi<\/em><em>s<\/em><em>\u00ab\u00a0<\/em><em>. Alors il y a un catalan qui a demand\u00e9 <\/em><em>\u00ab\u00a0<\/em><em>C&rsquo;est qui, Fran\u00e7ois&nbsp;?<\/em><em>\u00ab\u00a0<\/em><em> &nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Certains s&rsquo;efforcent m\u00eame de prot\u00e9ger son intimit\u00e9, alors qu&rsquo;il ne le demande pas.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;On \u00e9tait mont\u00e9s avec ma m\u00e8re au troupeau pour chercher du fumier. On s&rsquo;\u00e9tait arr\u00eat\u00e9s chez madame Martin pour acheter du fromage au passage. Pendant qu&rsquo;on \u00e9tait dans la maison, Mitterrand est arriv\u00e9 pour passer un coup de fil. Je me souviens, devant la porte je l&rsquo;ai vu rattacher son lacet de soulier. Je me suis dit \u00ab&nbsp;Chouette, on va pouvoir parler un peu avec Mitterrand&nbsp;\u00bb. J&rsquo;\u00e9tais contente parce que j&rsquo;avais envie de l&rsquo;inviter \u00e0 descendre \u00e0 Rousse<\/em><em>s <\/em><em>un de ces jours pour organiser un moment convivial avec les habitant. Mais madame Martin, quand elle nous a eu donn\u00e9 nos fromages, elle nous a fait sortir par la porte de derri\u00e8re pour ne pas qu&rsquo;on le croise. Je n&rsquo;ai jamais eu d&rsquo;autres occasions de le croiser, h\u00e9las&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le contact est donc plut\u00f4t bon entre Mitterrand et les c\u00e9venols. L&rsquo;un d&rsquo;eux r\u00e9sume cette relation d&rsquo;une phrase bien sentie&nbsp;: \u00ab&nbsp;Machiavel est toujours sympathique&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">***<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque, le 22 mars 1988, Fran\u00e7ois Mitterrand annonce sa candidature \u00e0 sa propre succession, il sait depuis longtemps<sup>25<\/sup> qu&rsquo;il est malade, atteint d&rsquo;un cancer de la prostate. Comme \u00e0 son habitude, il a voulu rester ma\u00eetre de son image. Donner cette information aux fran\u00e7ais l&rsquo;aurait fait para\u00eetre affaibli, et il ne l&rsquo;a pas souhait\u00e9. C&rsquo;est donc en faisant mine de rien qu&rsquo;il va prendre sa propre succession \u00e0 la t\u00eate de l&rsquo;\u00e9tat, alors que sa sant\u00e9 se d\u00e9grade, et que la douleur monte, jusqu&rsquo;\u00e0 atteindre des niveaux difficilement supportables.<\/p>\n\n\n\n<p>Il viendra encore un ou deux fois \u00e0 Massevaques, pour y vivre des s\u00e9jours plus confin\u00e9s. La longue descente \u00e0 l&rsquo;auberge des Vanels n&rsquo;est plus \u00e0 sa port\u00e9e, il devra se contenter de courtes sorties aux alentours. Charles Salzmann, qui le sait condamn\u00e9, garde un souvenir douloureux de ces promenades c\u00e9venoles qu&rsquo;il sait \u00eatre les derni\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Les derni\u00e8res ann\u00e9es de son r\u00e8gne s&rsquo;ach\u00e8veront sans qu&rsquo;il revoie ses ch\u00e8res C\u00e9vennes. Il meurt le 8 janvier 1996. Charles Salzmann meurt le 22 juin 2009.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Finalement<\/h2>\n\n\n\n<p>Mitterrand \u00e9tait un grand amoureux de la France et de ses terroirs. Il les a souvent parcourus officiellement, en tant que premier secr\u00e9taire du PS, Ministre ou Pr\u00e9sident. Il a \u00e9galement abrit\u00e9 ses escapades priv\u00e9es dans de nombreux lieux plus ou moins connus du grand public.<\/p>\n\n\n\n<p>En tant que Pr\u00e9sident, il a bien s\u00fbr fr\u00e9quent\u00e9 le fort de Br\u00e9gan\u00e7on, Rambouillet, Marly-le-Roy&#8230; Ces lieux, adapt\u00e9s pour recevoir les Pr\u00e9sidents en exercice, \u00e9taient tr\u00e8s pratiques. Accessibles, surveill\u00e9s, prot\u00e9g\u00e9s, \u00e9quip\u00e9s du n\u00e9cessaire de communication pour parer aux impr\u00e9vus, ils facilitaient l&rsquo;organisation de s\u00e9jours au calme, tout en restant proche de la fonction.<\/p>\n\n\n\n<p>Mitterrand pr\u00e9f\u00e9rait cependant passer son temps libre dans des lieux plus simples, qui avaient pour lui un sens plus profond. Il retournait r\u00e9guli\u00e8rement dans les fiefs familiaux, \u00e0 Jarnac en Charentes (sa ville natale), ou bien \u00e0 Cluny en Sa\u00f4ne et Loire (village familial de sa femme Dani\u00e8le), ou il retrouvait aussi les compagnons de r\u00e9sistance. Il s\u00e9journa encore plus souvent sa propre maison secondaire, \u00e0 Latch\u00e9 dans les Landes, pour passer des vacances priv\u00e9es mais presque officielles puisque souvent m\u00e9diatis\u00e9es. Il y \u00e9tait r\u00e9guli\u00e8rement accompagn\u00e9 d&rsquo;amis politiques, voire de chefs d&rsquo;\u00e9tat.<\/p>\n\n\n\n<p>Tous ces territoires l&rsquo;ont profond\u00e9ment marqu\u00e9, et par sa fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 y retourner souvent, il les a marqu\u00e9s en retour. Il n&rsquo;en fait pas secret. Il les \u00e9voque dans plusieurs \u00e9crits autobiographiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu&rsquo;il voulait vraiment se retirer du monde, il lui fallait aller encore ailleurs. En des lieux plus recul\u00e9s, plus discrets. Il y en avait au moins deux. A Gordes, dans le Vaucluse, il \u00e9tait copropri\u00e9taire d&rsquo;une maison &#8211; dont l&rsquo;existence resta cach\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort &#8211; dans laquelle il se rendit souvent avec Anne Pingeot et Mazarine. Et puis il y avait Massevaques. Cette retraite c\u00e9venole semble \u00eatre rest\u00e9e totalement \u00e0 part dans son esprit. Il n&rsquo;y re\u00e7ut quasiment jamais d&rsquo;invit\u00e9s, il n&rsquo;en parla dans aucun de ses \u00e9crits officiels. On pourrait imaginer que ce silence cache quelque secret. Il n&rsquo;en est sans doute rien. Massevaques repr\u00e9sentait tout simplement pour Mitterrand le contact direct, sans interm\u00e9diaire, avec la nature et le monde rural. Ici, et ici seulement, il pouvait \u00eatre l&rsquo;homme plut\u00f4t que le politique, mener une conversation parfaitement ordinaire et banale avec une personne crois\u00e9e dans la rue ou sur un sentier.<\/p>\n\n\n\n<p>Les 24 et 25 juin 1985, pendant son premier mandat pr\u00e9sidentiel, il effectue un unique voyage officiel en C\u00e9vennes. Au Vigan, \u00e0 Al\u00e8s, \u00e0 Mende, ses discours sont pointus, techniques. Il y parle politique, Europe, March\u00e9 Commun&#8230;. L&rsquo;arr\u00eat qu&rsquo;il fait \u00e0 Florac, \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de sa retraite de Massevaques, est diff\u00e9rent. Le discours qu&rsquo;il prononce dans cette petite cit\u00e9 est court, exempt de consid\u00e9rations politiques. C&rsquo;est le c\u0153ur qui parle :<\/p>\n\n\n\n<p><em>[&#8230;] C&rsquo;est un pays de lutte par ici. Il faut avoir lu la litt\u00e9rature de ces si\u00e8cles derniers pour savoir que cette population, fi\u00e8re d&rsquo;elle-m\u00eame, d\u00e9sireuse d&rsquo;assumer la libert\u00e9 de sa pens\u00e9e, a su affronter les pires p\u00e9rils. Mais tout cela a \u00e9t\u00e9 pay\u00e9 cher et tout ce qui peut composer le paysage humain de la Loz\u00e8re et, en particulier, des C\u00e9vennes, a pr\u00e9sent\u00e9 un effort quasiment surhumain dans lequel se sont perdus beaucoup des v\u00f4tres. Vous avez raison de le dire, la nature est rest\u00e9e intacte, vous avez su la prot\u00e9ger. Elle \u00e9tait, elle aussi, menac\u00e9e et la source d&rsquo;int\u00e9r\u00eats est consid\u00e9rable. Vous avez bien voulu le rappeler, chaque ann\u00e9e je viens me promener par vos chemins, \u00e0 la fin de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 et il n&rsquo;est pas de pays, en dehors de mon pays d&rsquo;origine que j&rsquo;aime pour les raisons que l&rsquo;on devine, qui ait davantage attach\u00e9 mon go\u00fbt de la France. Nous venons de survoler, du Vigan jusqu&rsquo;ici, ce pays fort admirable mais, en m\u00eame temps, nous avons pu constater la destruction de l&rsquo;habitat ancien. Il \u00e9tait facile d&rsquo;apercevoir de quelle fa\u00e7on l&rsquo;homme s&rsquo;\u00e9tait retir\u00e9 d&rsquo;un certain nombre de vall\u00e9es ou de plateaux. [&#8230;] On vient d&rsquo;un peu partout jusqu&rsquo;ici. On n&rsquo;y reste pas, l&rsquo;hiver est dur, c&rsquo;est du tourisme passager trop souvent. Mais il n&rsquo;y a pas que cela. Vous avez les vall\u00e9es, vous avez les rivi\u00e8res, vous avez les richesses de la nature, comme on dit de \u00ab\u00a0l&rsquo;environnement<sup>26<\/sup>\u00ab\u00a0. [&#8230;] J&rsquo;aurai fait un grand parcours, beaucoup de haltes, celle-ci restera dans ma m\u00e9moire, en tout cas dans ma m\u00e9moire affective. [&#8230;] Merci \u00e0 vous, habitants de Florac et de la r\u00e9gion, vos tr\u00e8s belles rivi\u00e8res, leurs confluents, cette \u00ab\u00a0Fleur des eaux\u00a0\u00bb, cette petite cit\u00e9 log\u00e9e dans l&rsquo;anfractuosit\u00e9 des Causses avec l&rsquo;Aigoual de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, croyez-moi, c&rsquo;est une partie de la France \u00e0 laquelle je tiens. Il faut qu&rsquo;elle vive, on va s&rsquo;y appliquer tous ensemble.\u00a0\u00bb<sup>27<\/sup><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 un long et lyrique d\u00e9veloppement de l&rsquo;expression \u00ab&nbsp;Un pays rude mais beau&nbsp;\u00bb que Mitterrand avait employ\u00e9e avant de monter dans son h\u00e9licopt\u00e8re sur la can de l&rsquo;Hospitalet. Ce sont cette rudesse et cette beaut\u00e9, tant des paysages que des gens qui vivent l\u00e0, qui lui parlent et qui le touchent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">***<\/p>\n\n\n\n<p>Mitterrand a aim\u00e9 les C\u00e9vennes. Les C\u00e9vennes le lui ont largement rendu. Dans ces ann\u00e9es d&rsquo;immense espoir, alors qu&rsquo;une partie de la France attendait de le voir arriver au pouvoir, il ne pouvait pas \u00eatre mieux accueilli que dans ce petit pays dont la tradition politique est \u00e0 gauche depuis toujours.<\/p>\n\n\n\n<p>Voir cet homme connu, admir\u00e9, choisir leur petit pays pour venir se ressourcer a repr\u00e9sent\u00e9 une grande fiert\u00e9 pour les c\u00e9venols. Le voir arriver \u00e0 la t\u00eate de la France encore bien plus. Dans les ann\u00e9es qui suivirent l&rsquo;\u00e9lection de 1981, malgr\u00e9 quelques avanc\u00e9es sociales significatives, les gens de gauche comprirent peu \u00e0 peu que la gauche ne pouvait pas tout. Mais les c\u00e9venols rest\u00e8rent fid\u00e8les \u00e0 Mitterrand, l&rsquo;homme, qui avait su les comprendre, plus encore qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;homme politique. On en parle encore dans les hameaux c\u00e9venols&#8230; et on en parlera encore longtemps.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Il a fait sa vie et&#8230; nous faisons la notre.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Au dessus du hameau des Ablatats, tout pr\u00e8s de Massevaques, les hasards de la morphogen\u00e8se ont donn\u00e9 \u00e0 la cr\u00eate rocheuse le profil d&rsquo;un visage. Le front fuyant, le nez aquilin, les l\u00e8vres fines et pinc\u00e9es font sans h\u00e9siter dire aux habitants des environs&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Regardez&nbsp;: C&rsquo;est Mitterrand&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2013\/0326_massevaques_montcamp\/20130326_massevaques_montcamp_21.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Le profil<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Sources, remerciements<\/h2>\n\n\n\n<p>Le texte qui pr\u00e9c\u00e8de est en \u00e9volution permanente. J&rsquo;esp\u00e8re que sa lecture ravivera des m\u00e9moires, et fera ressurgir de nouveaux souvenirs, de nouvelles anecdotes, qui viendront l&rsquo;enrichir. Si c&rsquo;est votre cas, n&rsquo;h\u00e9sitez pas \u00e0 me <a href=\"https:\/\/www.reveeveille.net\/cevennevivante\/contact\/\" data-type=\"page\" data-id=\"1488\">contacter<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Les t\u00e9moignages rapport\u00e9s dans ce document ont \u00e9t\u00e9 apport\u00e9s par Eliette Valat (Rousses), Alain Argenson (Rousses), Annick Argenson (Rousses), Maurice et Marguerite Gout (Montcamp, Rousses), Lucette Ponge (Les Vanels, V\u00e9bron), Claude Espinasse (Ispagnac), G\u00e9rard Serri\u00e8re (La Salle Prunet), Marie-Lise Rouquette (Prat-nouvel, Rousses), Guy Bazalgette (Les Crottes, Bassurels), Robert Chaze (Massevaques), Jean-Paul Martin (Florac), Jo\u00ebl Chaptal. La photo d&rsquo;\u00e9poque a \u00e9t\u00e9 pr\u00eat\u00e9e par Guy Bazalgette. Je leur adresse \u00e0 tous mes remerciements chaleureux. Les photos d&rsquo;aujourd&rsquo;hui sont de moi-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai \u00e9galement trouv\u00e9 dans les ouvrages suivants des \u00e9clairages compl\u00e9mentaires&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Mitterrand, une vie, Franz-Olivier Giesbert, Editions du seuil, mai 1996<\/li>\n\n\n\n<li>Le bruit de la main gauche, Charles Salzmann<\/li>\n\n\n\n<li>La paille et le grain, Fran\u00e7ois Mitterrand<\/li>\n\n\n\n<li>L&rsquo;abeille et l&rsquo;architecte, Fran\u00e7ois Mitterrand<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Merci \u00e0 Sophie Lemonnier pour ses relectures, ses conseils, et le lien avec les habitants de Rousses.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<p>1 \u00ab&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.reveeveille.net\/cevennevivante\/?p=393\" data-type=\"post\" data-id=\"393\">Une rose au paradis<\/a>&nbsp;\u00bb, que vous pouvez lire sur internet<\/p>\n\n\n\n<p>2 Charles Salzmann est \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque directeur du CFRO (Centre Fran\u00e7ais de Recherche Op\u00e9rationnelle), l&rsquo;organisme qui a r\u00e9alis\u00e9 l&rsquo;\u00e9tude<\/p>\n\n\n\n<p>3 Comme beaucoup d&rsquo;autres juifs, Charles Salzmann a d\u00e9couvert la r\u00e9gion pendant la guerre&nbsp;: il avait \u00e9t\u00e9 cach\u00e9 aux Ablatats (un hameau de Rousses) par le pasteur.<\/p>\n\n\n\n<p>4 Le bruit de la main gauche, Charles Salzmann, p. 25 <\/p>\n\n\n\n<p>5 La paille et le grain, p. 29<\/p>\n\n\n\n<p>6 L&rsquo;abeille et l&rsquo;architecte, P. 294.<\/p>\n\n\n\n<p>7 D\u00e9bats t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s, prise de d\u00e9cisions importantes&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>8 Peu de temps apr\u00e8s la seconde guerre mondiale, quelques amis ex-r\u00e9sistants bourguignons &#8211; dont Mitterrand \u2013 prirent l&rsquo;habitude de se retrouver \u00e0 la Pentec\u00f4te pour faire l&rsquo;ascension de cette colline. La tradition f\u00fbt h\u00e9las rapidement d\u00e9natur\u00e9e par la pr\u00e9sence envahissante de personnalit\u00e9s m\u00e9diatiques ou politiques<\/p>\n\n\n\n<p>9 La paille et le grain, p. 151. Ce r\u00e9cit ne se d\u00e9roule pas sur l&rsquo;Aigoual, mais non loin de l\u00e0, sur le Causse du Larzac, ou Mitterrand avait pour ami l&rsquo;historien et \u00e9crivain Claude Manceron auquel il rendait visite r\u00e9guli\u00e8rement. Comme Charles Salzmann, Claude Manceron f\u00fbt conseiller aupr\u00e8s du candidat puis du Pr\u00e9sident Mitterrand. Petit d\u00e9tail croustillant, le <em>Rajal del Gorps<\/em> auquel il fait allusion est l&rsquo;endroit pr\u00e9cis o\u00f9 se d\u00e9roul\u00e8rent plusieurs rassemblements mythiques lors de la lutte des paysans du Larzac contre l&rsquo;extension du camps militaire, entre 1971 et 1981. Lui-m\u00eame y sera s\u00e9rieusement bouscul\u00e9 en ao\u00fbt 1974 alors qu&rsquo;il assistait secr\u00e8tement \u00e0 l&rsquo;un d&rsquo;eux. Je n&rsquo;ai pas r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9terminer si le r\u00e9cit bucolique qu&rsquo;il fait ici se d\u00e9roule avant ou apr\u00e8s le rassemblement.<\/p>\n\n\n\n<p>10 La paille et le grain, p.25<\/p>\n\n\n\n<p>11 Cet vision embellie de la France rurale a fait dire \u00e0 ses biographes que sur ce point Mitterrand \u00e9tait en accord avec l&rsquo;id\u00e9ologie de Vichy. Il est effectivement de notori\u00e9t\u00e9 publique qu&rsquo;avant 1942 le futur homme de gauche a un peu cherch\u00e9 sa voie politique, approchant d&rsquo;assez pr\u00e8s la droite nationaliste.<\/p>\n\n\n\n<p>12 Revue cr\u00e9\u00e9e par le parti socialiste en 1972. Mitterrand en \u00e9tait le plus prestigieux collaborateur. Sa chronique, \u00ab&nbsp;Ma part de v\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb, donna au journal une audience importante<\/p>\n\n\n\n<p>13 Petit b\u00e2timent \u00e0 deux pi\u00e8ces autrefois destin\u00e9 \u00e0 faire s\u00e9cher les ch\u00e2taignes.<\/p>\n\n\n\n<p>14 Sans doute Charles Salzmann avait-il emmen\u00e9 Mitterrand visiter la plantation de pins qu&rsquo;il poss\u00e9dait dans les environs du Pompidou.<\/p>\n\n\n\n<p>15 Gestionnaire de l&rsquo;auberge \u00ab&nbsp;Les hauts de hurlevent&nbsp;\u00bb \u00e0 Cabrillac, o\u00f9 para\u00eet-il les hommes politiques allaient manger<\/p>\n\n\n\n<p>16 Cette liaison, et l&rsquo;existence de Mazarine, ne seront officialis\u00e9s qu&rsquo;en 1994. Lorsque Mitterrand devient Pr\u00e9sident, \u00e0 Paris tout est organis\u00e9 pour qu&rsquo;il puisse discr\u00e8tement vivre une double vie. Un appartement est d\u00e9di\u00e9 \u00e0 sa seconde famille, des agents de s\u00e9curit\u00e9 se consacrent \u00e0 leur protection.<\/p>\n\n\n\n<p>17 Le bruit de la main gauche, Charles Salzmann, p. 27<\/p>\n\n\n\n<p>18 Le bruit de la main gauche, Charles Salzmann, p. 27<\/p>\n\n\n\n<p>19 Le bruit de la main gauche, Charles Salzmann, p. 55<\/p>\n\n\n\n<p>20 Le 18 juin 1940, Mitterrand est fait prisonnier par les allemands. En dix-huit mois de captivit\u00e9 il s&rsquo;\u00e9vadera trois fois, mais sera repris deux fois avant de pouvoir rentrer en France.<\/p>\n\n\n\n<p>21 Le bruit de la main gauche, Charles Salzmann, p. 64<\/p>\n\n\n\n<p>22 A partir de 1980, Mitterrand travaille la communication de la pr\u00e9sidentielle avec un homme autrement plus m\u00e9diatique que Salzmann : le publiciste Jacques S\u00e9gu\u00e9la, qui a comme Salzmann rapport\u00e9 des Etats-Unis une nouvelle vision de la communication politique. S\u00e9gu\u00e9la s&rsquo;attribue lui aussi la paternit\u00e9 du slogan \u00ab&nbsp;La force tranquille&nbsp;\u00bb. Il y a l\u00e0 une petite ambigu\u00eft\u00e9 qui sans doute ne sera pas lev\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>23 Le pr\u00e9sident de la r\u00e9publique est le chef des arm\u00e9es, donc le sup\u00e9rieur ultime des Gendarmes<\/p>\n\n\n\n<p>24 Mitterrand, une vie, p. 765<\/p>\n\n\n\n<p>25 Depuis 1981, \u00e0 peine quelques mois apr\u00e8s sa premi\u00e8re \u00e9lection.<\/p>\n\n\n\n<p>26 Il subsiste un petit myst\u00e8re \u00e0 propos de cet \u00ab&nbsp;environnement&nbsp;\u00bb dont il est question ici. Malgr\u00e9 la proximit\u00e9 de Mitterand avec les terroirs et la nature, il n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 un \u00ab&nbsp;environnementaliste&nbsp;\u00bb en politique. Pourquoi&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>27 Allocution de Fran\u00e7ois Mitterrand, Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, \u00e0 la mairie de Florac (Loz\u00e8re), lundi 24 juin 1985. 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