{"id":537,"date":"2021-04-30T13:54:47","date_gmt":"2021-04-30T11:54:47","guid":{"rendered":"http:\/\/www.reveeveille.net\/cevennevivante\/wordpress\/?p=537"},"modified":"2022-10-01T19:18:33","modified_gmt":"2022-10-01T17:18:33","slug":"une-semaine-de-jeune","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.reveeveille.net\/cevennevivante\/une-semaine-de-jeune\/","title":{"rendered":"Une semaine de je\u00fbne"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La semaine d&rsquo;avant<\/h3>\n\n\n\n<p>Depuis des ann\u00e9es, au printemps, Sophie je\u00fbne une semaine. Avec prudence, je me suis jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent content\u00e9 de la regarder faire. Cette fois elle m&rsquo;a invit\u00e9 \u00e0 partager l&rsquo;aventure avec elle, et j&rsquo;ai accept\u00e9. J&rsquo;ai confiance, elle est devenue sp\u00e9cialiste de la chose et saura me guider dans les moments difficiles. Sa s\u0153ur Anne-Marie, m\u00e9decin et adepte elle aussi du jeune, nous accompagnera et pourra elle aussi nous aider \u00e0 comprendre et g\u00e9rer ce qui va se passer en nous. Enfin, ma propre s\u0153ur Claire sera \u00e9galement avec nous. Une histoire de fratries, en quelques sortes.<\/p>\n\n\n\n<p>Durant la semaine qui pr\u00e9c\u00e8de, nous all\u00e9geons peu \u00e0 peu notre alimentation en \u00e9liminant d&rsquo;abord la viande et l&rsquo;alcool, puis le pain et les laitages. Le dernier soir, c&rsquo;est religieusement que nous prenons ensemble notre dernier repas, compos\u00e9 pour l&rsquo;essentiel d&rsquo;une soupe d&rsquo;herbes sauvages, en essayant d&rsquo;en profiter au maximum.<\/p>\n\n\n\n<p>Le dernier aliment ing\u00e9r\u00e9 consistera en un litre de jus de pruneau pour chacun. Ce laxatif naturel va permettre \u00e0 nos intestins de se purger pour aborder cette semaine particuli\u00e8re. Le liquide est sucr\u00e9, un peu \u00e9c\u0153urant, il faut y aller doucement. Nous nous posons devant un bon film (\u00ab\u00a09 mois ferme\u00a0\u00bb) pour boire tranquillement, et surtout&#8230; attendre que la potion fasse son effet. Align\u00e9s sur le canap\u00e9, notre bouteille \u00e0 la main, nous regardons Sandrine Kiberlain attendre un heureux \u00e9v\u00e9nement, comme nous. Chacun \u00e0 notre tour, nous nous absentons discr\u00e8tement aux toilettes.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Lundi<\/h3>\n\n\n\n<p>R\u00e9veil tardif. Nous nous retrouvons autour de la table de la cuisine pour ne pas manger ensemble. Impression bizarre, on n&rsquo;est pas habitu\u00e9s. La fonction sociale du repas nous manque un peu&#8230; les tartines aussi. Au menu\u00a0: tisane pour tout le monde.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je peux mettre un peu de sucre\u00a0?<br>&#8211; Voyons Marc, bien s\u00fbr que non\u00a0! R\u00e9pond Anne Marie impitoyablement<\/p>\n\n\n\n<p>Pour \u00eatre efficace, un je\u00fbne doit rester actif. A 13 heures nous partons pour une grande balade qui nous m\u00e8ne de Rousse vers Massevaques, sur les contreforts nord du Mont Aigoual. Il serait normalement l&rsquo;heure de prendre le repas de midi, les ventres commencent \u00e0 demander. Il y a une sensation de creux, et un certain nombre de bruits bizarres se font entendre. Nos corps sont encore en forme pour cette premi\u00e8re journ\u00e9e, mais le niveau d&rsquo;\u00e9nergie baisse un peu et c&rsquo;est tranquillement, en s&rsquo;aidant de b\u00e2tons de marche, que nous entamons la mont\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Le printemps est magnifique. Les bourgeons apparaissent aux branches des h\u00eatres, le sol de la for\u00eat est couvert de mousses \u00e9paisses, le lieu ressemble \u00e0 une sc\u00e8ne du seigneur des anneaux. Loin en contrebas, le Tapoul encore \u00e9pais des eaux de l&rsquo;hiver fraie son chemin \u00e0 travers la montagne. Le son des cascades emplit le silence. Anne-Marie et Sophie commencent les cueillettes des plantes sauvages qui vont permettre de donner un peu de go\u00fbt aux bouillons de l\u00e9gume du soir.<\/p>\n\n\n\n<p>Les derniers m\u00e8tres de la mont\u00e9e sont laborieux. Nous profitons de chaque pierre pour poser un cul. Le retour, en descente, est plus facile.<\/p>\n\n\n\n<p>Retour vers 19 heures&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Allez, je vous pr\u00e9pare un bon repas<br>&#8211; Tr\u00e8s dr\u00f4le !<\/p>\n\n\n\n<p>Cette soir\u00e9e est p\u00e9nible entre toutes : chacun notre tour nous passons \u00e0 la salle de bain et, dans la position de celui qui prie Allah tourn\u00e9 vers la Mecque face contre terre, nous proc\u00e9dons \u00e0 un premier lavement intestinal \u00e0 l&rsquo;eau ti\u00e8de. Moment d\u00e9licieux s&rsquo;il en est.<\/p>\n\n\n\n<p>Un petit plaisir du soir\u00a0: le bouillon de l\u00e9gume. Il ne reste pas une once de mati\u00e8re solide l\u00e0-dedans, mais  par rapport aux tisanes de la journ\u00e9e le go\u00fbt de cette boisson nous apporte une r\u00e9elle sensation nourrissante, qui fait un bien fou. H\u00e9las, l&rsquo;effet s&rsquo;estompe rapidement.<\/p>\n\n\n\n<p>Une bonne com\u00e9die italienne \u00ab&nbsp;Mille soleils&nbsp;\u00bb, nous permet de positiver.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Mardi<\/h3>\n\n\n\n<p>Ce matin, au r\u00e9veil, nous sommes tous faibles comme des chatons. Sophie a des naus\u00e9es. Pour en att\u00e9nuer l&rsquo;effet, Anne Marie lui propose un peu de jus de pruneau.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je peux en avoir un peu aussi ?<br>&#8211; Marc, enfin, bien s\u00fbr que non\u00a0!<\/p>\n\n\n\n<p>Se bouger pour partir en balade exige cette fois un r\u00e9el effort de volont\u00e9. Direction le causse M\u00e9jean, o\u00f9 nous entamons  \u00e0 partir de Drigas une boucle vers l&rsquo;enceinte protohistorique de la Rode. Les premiers m\u00e8tres sont difficiles, mais le corps prend assez rapidement le rythme et finalement la balade s&rsquo;av\u00e8re agr\u00e9able, et appropri\u00e9e car les d\u00e9nivel\u00e9s sont relativement faibles.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le fil de nos pens\u00e9es de marcheurs, la nourriture commence \u00e0 devenir un th\u00e8me r\u00e9current. Nous parlons assez peu, mais c&rsquo;est souvent pour relever une odeur qui \u00e9voque une saveur, ou bien carr\u00e9ment pour imaginer une recette farfelue ou grotesquement calorique.<\/p>\n\n\n\n<p>Au sommet, la vue est splendide. La couverture nuageuse s&rsquo;est d\u00e9chir\u00e9e, laissant filtrer le soleil qui projette de larges taches de lumi\u00e8re ici et l\u00e0. Assis sur les d\u00e9bris de l&rsquo;enceinte, nous contemplons le paysage en silence. Des dolines profondes abritent des petites prairies verdoyantes, oasis d&rsquo;intimit\u00e9 dans ce paysage d\u00e9sol\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Tiens, apr\u00e8s cette belle balade \u00e7a serait chouette de s&rsquo;arr\u00eater \u00e0 Florac prendre un pot au bistrot&#8230;<br>&#8211; Pour boire quoi, me demande Anne Marie ?<br>&#8211; Ah oui, zut\u00a0!<\/p>\n\n\n\n<p>Le film du soir devient d\u00e9j\u00e0 un rituel. Se poser sur un canap\u00e9 tous ensemble et se laisser bercer par de belles histoires et images correspond exactement \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat d\u2019\u00e9nergie basse dans lequel nous nous trouvons. Le choix d&rsquo;aujourd&rsquo;hui se porte sur \u00ab\u00a0Nostalgie de la lumi\u00e8re\u00a0\u00bb, un documentaire po\u00e9tique et poignant qui entrem\u00eale les t\u00e9moignages des astronomes explorant les profondeurs de l&rsquo;univers depuis les grands observatoires de la cordill\u00e8re des Andes chiliennes et des femmes \u00e0 la recherche de leurs proches disparus pendant les ann\u00e9es de l&rsquo;apr\u00e8s-Pinochet, enterr\u00e9s sur le m\u00eame territoire. Choix discutable pour ce soir\u00a0: la lenteur du film en endort quelques un.e.s. Il faudra le revoir plus en forme.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette nuit, sommeil agit\u00e9. A la fois lourd et fr\u00e9quemment interrompu, parcouru d&rsquo;\u00e9clairs de lucidit\u00e9, d&rsquo;id\u00e9es absurdes&#8230; On dit qu&rsquo;au bout de quelques jours les pens\u00e9es s&rsquo;\u00e9claircissent et que la cr\u00e9ativit\u00e9 de chacun se d\u00e9veloppe. J&rsquo;ai h\u00e2te d&rsquo;en arriver l\u00e0. Pour l&rsquo;instant ce n&rsquo;est pas le cas.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Mercredi<\/h3>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est le fameux \u00ab\u00a0troisi\u00e8me jour\u00a0\u00bb, celui durant lequel, pour la plupart des gens, le corps fait son basculement vers une nouvelle physiologie, adapt\u00e9e au je\u00fbne. Tout le monde est effectivement tr\u00e8s molasson, encore plus que la veille. Du coup nous choisissons une balade sans d\u00e9nivel\u00e9, dans les gorges du Tarn, pr\u00e8s de Qu\u00e9zac. Malgr\u00e9 la facilit\u00e9 de l&rsquo;itin\u00e9raire, nous n&rsquo;avan\u00e7ons pas. Chaque pas est fait en conscience, \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie. Tous les 50 m\u00e8tres il y a une bonne raison de s&rsquo;arr\u00eater, pour cueillir quelques plantes sauvages, regarder le paysage, ou tester le confort d&rsquo;un banc opportun\u00e9ment pos\u00e9 l\u00e0. Cet effort doux r\u00e9ussit finalement \u00e0 remettre l&rsquo;organisme au travail. Le pas devient un peu plus assur\u00e9, ne subsiste que le creux \u00e0 l&rsquo;estomac, avec lequel il va falloir r\u00e9ussir \u00e0 vivre encore quelques jours.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le sous bois, pr\u00e8s de l&rsquo;eau, le sol est couvert d&rsquo;ail des ours. L&rsquo;air embaume une odeur ent\u00eatante.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je peux croquer un petit peu d&rsquo;ail\u00a0?<br>&#8211; Non non non, r\u00e9pond Anne marie en agitant le doigt. Elle est sans piti\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques m\u00e8tres plus loin, je ne r\u00e9siste pas&nbsp;: je cueille une feuille et en croque un minuscule morceau. Une vague de saveur me submerge \u00e0 faire tourner la t\u00eate. Bon sang, c&rsquo;est pas possible&nbsp;! Vivement que je puisse m&rsquo;en faire des ventr\u00e9es&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le chemin du retour, nous faisons quelques courses \u00e0 Florac pour le samedi. \u00ab&nbsp;D\u00e9j\u00e0!&nbsp;\u00bb, me dis-je in petto.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce soir, c&rsquo;est le moment du second lavement. L&rsquo;eau qui sort commence \u00e0 s&rsquo;\u00e9claircir. Le moment n&rsquo;est pas sp\u00e9cialement agr\u00e9able mais c&rsquo;est vrai qu&rsquo;il laisse place \u00e0 un \u00e9tat de relatif bien-\u00eatre, comme si l&rsquo;on sentait imm\u00e9diatement l&rsquo;effet de cette propret\u00e9 int\u00e9rieure. Accueillir le bouillon est encore un bonheur.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutes ces petites choses prennent \u00e9norm\u00e9ment de temps. On pourrait croire que les journ\u00e9es de je\u00fbne sont interminable puisqu&rsquo;on \u00e9conomise la dur\u00e9e de trois repas. Pourtant, comme nous faisons tout tr\u00e8s lentement, la nuit arrive toujours trop vite. Il est d\u00e9j\u00e0 bien tard lorsque nous sommes pr\u00eats pour le film du soir. Notre choix se porte sur \u00ab\u00a0De rouille et d&rsquo;Os\u00a0\u00bb. Un film fort, qui nous touche sans doute plus qu&rsquo;en temps ordinaire, tout en sensibilit\u00e9 que nous sommes en ce moment. Et puis, c&rsquo;est incroyable le nombre de sc\u00e8nes de bouffe que comportent tous ces films\u00a0! Les estomacs croassent sans cesse.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Jeudi<\/h3>\n\n\n\n<p>D\u00e9briefing au petit dej&rsquo;. Tout le monde va relativement bien, malgr\u00e9 une nuit plut\u00f4t agit\u00e9e, sans cesse interrompue par des r\u00eaves et des id\u00e9es fulgurantes. Pas mal d&rsquo;insomnies. Mais le moral est bon malgr\u00e9 tout, et puis nous sentons que nos corps commencent \u00e0 s&rsquo;habituer. Il va \u00eatre possible de faire une balade un peu plus physique qu&rsquo;hier.<\/p>\n\n\n\n<p>En pressant mon citron pour le jus du matin, je tente le coup&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je peux laisser la pulpe&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Anne marie l\u00e8ve les yeux au ciel, l&rsquo;air d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous partons vers le vallon de Saint-Flour du Pompidou, une petite vall\u00e9e cach\u00e9e au regard des hommes. Un chemin suit la rivi\u00e8re en traversant des magnifiques ripisylves et des terrasses agricoles en ruine. De vieux moulins bien abim\u00e9s r\u00e9sistent encore au temps. Le trajet de retour est enti\u00e8rement en mont\u00e9e. Nous adoptons un rythme tr\u00e8s lent. Les filles en profitent pour faire d&rsquo;abondantes r\u00e9coltes de plantes sauvages.<\/p>\n\n\n\n<p>Le bouillon du soir s&rsquo;en trouve fortement aromatis\u00e9. Il est absolument d\u00e9licieux. A ce stade du jeune, la forme est assez bonne pour tout le monde et la faim n&rsquo;est plus tr\u00e8s pr\u00e9sente. Ce qui manque avant tout c&rsquo;est la diversit\u00e9 des go\u00fbts, et ce soir nous sommes g\u00e2t\u00e9s. Nous savourons en silence autour de la table.<\/p>\n\n\n\n<p>Film&nbsp;: Balzac et la petite tailleuse chinoise.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Vendredi<\/h3>\n\n\n\n<p>Pas de balade aujourd&rsquo;hui. Nous nous dirigeons vers Bagnols les Bain, o\u00f9 nous \u00ab&nbsp;prendrons les eaux&nbsp;\u00bb aux bains tout l&rsquo;apr\u00e8s-midi.<\/p>\n\n\n\n<p>Le contraste avec la fra\u00eecheur de l&rsquo;ext\u00e9rieur est rude&nbsp;: il fait une temp\u00e9rature tropicale, l\u00e0-dedans, et cela ne fait pas forc\u00e9ment bon m\u00e9nage avec notre \u00e9tat. Claire ne se sent pas tr\u00e8s bien. Quant \u00e0 moi, j&rsquo;ai l&rsquo;impression que mon jour de transition, c&rsquo;est aujourd&rsquo;hui&nbsp;: je suis encore plus ramolli qu&rsquo;avant-hier. Je passe de bains en bains au ralenti. A un moment, je m&rsquo;accoude \u00e0 la berge, pose ma t\u00eate sur mes bras et je r\u00eavasse pendant un quart d&rsquo;heure en me laissant bercer par les mouvements de l&rsquo;eau chaude. Une jeune femme membre de l&rsquo;\u00e9quipe vient v\u00e9rifier si tout va bien, elle doit se demander si je n&rsquo;ai pas fait un malaise.<\/p>\n\n\n\n<p>Le soir, sentant la reprise approcher, nous commen\u00e7ons \u00e0 fantasmer gravement sur la nourriture, et les conversations vont bon train sur tous les fantastiques plats que nous aimerions consommer l\u00e0, imm\u00e9diatement. L&rsquo;\u00e9vocation de toutes ces bonnes chose exacerbe la faim, c&rsquo;est un moment amusant mais finalement assez difficile \u00e0 vivre.<\/p>\n\n\n\n<p>Pas de film le soir&nbsp;: tout le monde est trop crev\u00e9, ramolli par les eaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis un peu d\u00e9\u00e7u par cette journ\u00e9e&nbsp;: je l&rsquo;imaginais facile, \u00e9nergique, lumineuse et constructive. \u00c7a n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 le cas. Nous n&rsquo;avons pas tous les m\u00eames rythmes face au jeune, c&rsquo;est certain !<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Samedi<\/h3>\n\n\n\n<p>Nuit pleine d&rsquo;insomnies. Mais r\u00e9veil en forme. Je me sans normal, en fait. Serait-ce mon jour de basculement \u00e0 moi&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd&rsquo;hui, on recommence \u00e0 manger. Il va falloir y aller tr\u00e8s doucement, sur plusieurs jours. Ce matin, cinq pruneaux, des graines de lin et un peu de yaourt de soja. Le moment est solennel. Sophie a fait une belle table avec une nappe, des branches fleuries, et quatre petits bols. Nous sommes un peu emprunt\u00e9s devant nos portions. Je me lance le premier. Doucement. Le sucre des pruneaux, quel bonheur&nbsp;! Les graines de lin sont un peu plus coriace, on aurait pu s&rsquo;en passer&#8230; A deux pruneaux, j&rsquo;ai l&rsquo;impression de n&rsquo;avoir d\u00e9j\u00e0 plus faim. Ou sont pass\u00e9s mes fantasmes de repas pantagru\u00e9liques d&rsquo;hier soir&nbsp;? Mais ce n&rsquo;est pas grave. Le vrai moment important de la reprise, ce ne sont pas ces vulgaires pruneaux, \u00e7a va se passer ce midi. L\u00e0, nous pourrons manger du sal\u00e9, du consistant. C&rsquo;est un moment \u00e0 ne pas b\u00e2cler.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous pr\u00e9parons religieusement une belle salade de pissenlits, un petit frichti \u00e0 partir de soja grill\u00e9, et du sarrasin. Le tout assaisonn\u00e9 de tout ce qui donne la saveur et le go\u00fbt \u00e0 ce genre d&rsquo;aliments et qu&rsquo;on a presque oubli\u00e9&nbsp;: huile, Tamari, herbes, pistou d&rsquo;ail des ours&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je me pr\u00e9parerai bien en plus un steak de 400 grammes et des frites. Ca vous dit les filles ?<\/p>\n\n\n\n<p>Elles ne r\u00e9pondent m\u00eame plus. Il fait grand beau, nous enfournons nos merveilles dans un beau panier d&rsquo;osier, et en route vers le \u00ab&nbsp;petit coin magique&nbsp;\u00bb, un endroit magnifique et secret de la can de l&rsquo;Hospitalet.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant la marche, l&rsquo;envie de manger monte en nous. D&rsquo;un accord tacite, nous \u00e9courtons un peu la rando pour chercher un beau parterre de gazon fleuri et passer \u00e0 table sans plus attendre. Chacun se constitue une assiette avec toutes nos petites merveilles. Voil\u00e0, on peut manger&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Les styles sont bien diff\u00e9renci\u00e9s. Certain(e)s ont du mal \u00e0 ne pas enfourner tout d&rsquo;un coup. D&rsquo;autres prennent plus le temps, m\u00e2chant longuement, savourant ces go\u00fbts \u00e9pic\u00e9s, le craquement de la salade sous les dents, l&rsquo;onctuosit\u00e9 l\u00e9g\u00e8re du sarrasin. Il me semble \u00e9vident, en cet instant, que pour nos anc\u00eatres Cro-Magnon, manger \u00e0 sa faim devait constituer un vrai bonheur. Sans doute est-ce \u00e9galement vrai pour bon nombre de mes fr\u00e8res humains aujourd&rsquo;hui. Oui, vraiment, je\u00fbner peut modifier le regard que l&rsquo;on porte sur l&rsquo;alimentation, certes, mais aussi sur l&rsquo;ordre dans lequel on hi\u00e9rarchise les choses importantes de la vie.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Plus tard<\/h3>\n\n\n\n<p>Repas apr\u00e8s repas, nous avons r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 progressivement les diff\u00e9rentes cat\u00e9gories d&rsquo;aliments. C\u00e9r\u00e9ales d&rsquo;abord, puis pain. Plus tard, fromage et laitages. Au bout de plusieurs jours, viande pour certains. Bien plus tard, alcool. Chaque fois, ce fut un bonheur. Pendant plusieurs jours encore, le plaisir de manger est rest\u00e9 fort, puis a repris sa place ordinaire dans la vie courante. Des kilos ont \u00e9t\u00e9 perdus (4 environ) : le dernier jour j&rsquo;ai pu constater que ma (l\u00e9g\u00e8re) bou\u00e9e autour du ventre avait totalement disparu, j&rsquo;\u00e9tais plat comme une limande. Mais le je\u00fbne n&rsquo;est pas un outil forc\u00e9ment efficace pour maigrir car les kilos ont \u00e9t\u00e9 repris rapidement.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qu&rsquo;il me reste de cette courte exp\u00e9rience est un sentiment nouveau \u2013 et durable, je crois &#8211; sur l&rsquo;alimentation. Manger plus qu&rsquo;\u00e0 sa faim est une sorte de gaspillage. Moins manger permet de mieux appr\u00e9cier ce que l&rsquo;on mange. Je m&rsquo;en souviendrai.<\/p>\n\n\n\n<p>Et je recommencerai l&rsquo;an prochain, c&rsquo;est s\u00fbr&nbsp;!<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La semaine d&rsquo;avant Depuis des ann\u00e9es, au printemps, Sophie je\u00fbne une semaine. Avec prudence, je me suis jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent content\u00e9 de la regarder faire. 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