{"id":386,"date":"2022-10-06T17:21:58","date_gmt":"2022-10-06T15:21:58","guid":{"rendered":"http:\/\/www.reveeveille.net\/cevennevivante\/wordpress\/?p=386"},"modified":"2022-10-06T17:21:59","modified_gmt":"2022-10-06T15:21:59","slug":"mais-ou-est-passe-le-colonel-pradeille","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.reveeveille.net\/cevennevivante\/mais-ou-est-passe-le-colonel-pradeille\/","title":{"rendered":"Mais o\u00f9 est pass\u00e9 le colonel Pradeille ?"},"content":{"rendered":"\n<p>Ce jeudi 8 janvier 2004, \u00e0 19 heures, la nuit est tomb\u00e9e depuis longtemps sur les C\u00e9vennes. Un lourd plafond de nuages bas \u00e9crase les vall\u00e9es et renforce l&rsquo;obscurit\u00e9. Autour de Florac, sur les routes sinueuses qui partent \u00e0 l&rsquo;assaut des versants, on aper\u00e7oit les phares des voitures qui retournent vers leurs hameaux respectifs, pleines d&rsquo;enfants fatigu\u00e9s par l&rsquo;\u00e9cole, la garderie, et les derni\u00e8res courses du soir.<\/p>\n\n\n\n<p>A 19 heures 03 tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment, le ciel s&rsquo;illumine bri\u00e8vement d&rsquo;une intense lueur orang\u00e9e. Une fraction de seconde durant, le paysage devient visible comme en plein jour. Un jour \u00e9trange, aux couleurs de feu. Les conducteurs des voitures clignent des yeux, \u00e9blouis. Sur les si\u00e8ges arri\u00e8res, des dizaines d&rsquo;enfants s&rsquo;\u00e9crient en m\u00eame temps : \u00ab\u00a0Ouaouh, t&rsquo;as vu \u00e7a papa ? Trop g\u00e9nial ! C&rsquo;\u00e9tait quoi ?\u00a0\u00bb Les plus observateurs ajoutent : \u00ab\u00a0Regardez, y a un parachute, l\u00e0 !\u00a0\u00bb. Mais d\u00e9j\u00e0 le noir retombe sur le paysage. Des discussions d\u00e9marrent entre les parents et les enfants, r\u00e9jouis ou inquiets. Pour essayer de comprendre. Des hypoth\u00e8ses sont \u00e9mises. Un feu d&rsquo;artifice ? Un OVNI ? Un feu de for\u00eat ? Mais tout a \u00e9t\u00e9 si vite que l&rsquo;\u00e9clair semble d\u00e9j\u00e0 irr\u00e9el, et bient\u00f4t les conversations d\u00e9rivent sur les devoirs pour le lendemain&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain, le Midi Libre et la Loz\u00e8re Nouvelle livrent l&rsquo;explication \u00e0 la une. Un avion militaire a eu un probl\u00e8me technique et s&rsquo;est \u00e9cras\u00e9 \u00e0 Mas Saint Ch\u00e9ly sur le causse M\u00e9jean. L&rsquo;\u00e9quipage s&rsquo;est \u00e9ject\u00e9 sans probl\u00e8me, l&rsquo;officier navigant a \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9 sain et sauf, il reste \u00e0 localiser le pilote, ce qui ne devrait plus tarder. Pas de victimes au sol, car la r\u00e9gion est d\u00e9serte. Pas de d\u00e9g\u00e2ts mat\u00e9riels, \u00e0 part l&rsquo;avion lui m\u00eame et quelques pins noirs pr\u00e8s du col de Coperlac. Rien de grave, en somme. Pourtant, ce matin l\u00e0, Florac est envahie de militaires. Ils sont des centaines, ils vont et viennent, \u00e0 pieds dans les rues, en v\u00e9hicule vers Mende et vers le causse qui n&rsquo;en avait pas tant vu depuis longtemps. Il y a aussi des gendarmes, des policiers, des enqu\u00eateurs, des superviseurs d&rsquo;enqu\u00eate venus de Paris. Il y a m\u00eame des gens aux fonctions plus obscures, qui semblent investis de pouvoirs importants octroy\u00e9s en haut lieux, qui vont et qui viennent en posant des questions insistantes. Toute cette agitation semble disproportionn\u00e9e pour un unique avion. Dans ce pays de r\u00e9fractaires, il n&rsquo;en faut pas plus pour que commencent \u00e0 circuler des hypoth\u00e8ses politiquement incorrectes : l&rsquo;avion aurait transport\u00e9 des ogives nucl\u00e9aires arm\u00e9es, elles auraient \u00e9t\u00e9 \u00e9ject\u00e9es par le crash et reposeraient quelque part sur le causse, il faudrait les trouver avant l&rsquo;explosion, ou avant qu&rsquo;elles ne soient vol\u00e9es par un mouvement islamiste.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant trois journ\u00e9es f\u00e9briles, l&rsquo;agitation est \u00e0 son comble. Sur le site du crash, des h\u00e9licopt\u00e8res filment, des techniciens mesurent, des militaires farfouillent les broussailles et ramassent des morceaux d&rsquo;avion. Mais les journaux locaux, probablement censur\u00e9s, n&rsquo;apportent aucune information nouvelle, d\u00e9layant a l&rsquo;infini ce qui a \u00e9t\u00e9 dit d\u00e8s le premier jour. Puis soudain, au matin du quatri\u00e8me jour, Florac se r\u00e9veille silencieuse, vide de militaires. Sans aucun fait nouveau pour relancer l&rsquo;int\u00e9r\u00eat, l&rsquo;affaire est oubli\u00e9e en une matin\u00e9e. La r\u00e9ponse \u00e0 toutes les questions qui restent pos\u00e9es ne sera jamais donn\u00e9e. Le pilote de l&rsquo;avion ? Jamais retrouv\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lieutenant Colonel Etienne Pradeille, chef de l&rsquo;escadrille Espoir, aligne son Mirage 2000D en bout de la piste principale de la base a\u00e9rienne de Nancy. Au poste arri\u00e8re, l&rsquo;officier navigant Fred Serquy fait le dernier check-up des gouvernes. A une trentaine de m\u00e8tres derri\u00e8re, d\u00e9cal\u00e9 de 45 degr\u00e9s, un second appareil est lui aussi pr\u00eat \u00e0 prendre son envol \u00e0 la suite du leader.&nbsp; Il est 17 heures 25, la nuit est presque totale. En plus de leur masque \u00e0 oxyg\u00e8ne et de leur casque habituel, les hommes d&rsquo;\u00e9quipage des deux avions portent aujourd&rsquo;hui des jumelles de vision nocturne. Ces appareils, qui amplifient la lumi\u00e8re et permettent de voir dans un noir presque absolu, recouvrent compl\u00e8tement leurs yeux de deux objectifs globuleux, et leurs donnent des airs d&rsquo;insectes monstrueux. Sur les tableaux de bord incroyablement complexes des avions, les voyants les plus lumineux sont obtur\u00e9s par du scotch noir, pour \u00e9viter de les \u00e9blouir. Le monde qu&rsquo;ils voient au travers de leurs curieuses lunettes est color\u00e9 en un vert sombre, et prend l&rsquo;aspect d&rsquo;une plan\u00e8te extraterrestre. Piloter un avion dans ces conditions n&rsquo;est pas facile, et n\u00e9cessite un entra\u00eenement s\u00e9rieux. C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;objet de la mission de cette nuit, encore compliqu\u00e9e par le mauvais temps qui r\u00e8gne sur la France.<\/p>\n\n\n\n<p>Immobiles, les deux avions attendent l&rsquo;autorisation de la tour de contr\u00f4le. Seul le bruit feutr\u00e9 des r\u00e9acteurs au ralenti brise le silence qui r\u00e8gne dans les cockpits.<\/p>\n\n\n\n<p>Le vol d&rsquo;aujourd&rsquo;hui rev\u00eat une signification tr\u00e8s particuli\u00e8re pour Etienne. Il va se d\u00e9rouler au dessus des C\u00e9vennes, le pays de son enfance. Mais surtout, sera son dernier vol. Avec Fred, il est le seul \u00e0 le savoir. Mais il pr\u00e9f\u00e8re ne pas y penser maintenant, par peur de manquer de courage.<\/p>\n\n\n\n<p>En 10 ann\u00e9es de service, Etienne a vol\u00e9 en C\u00e9vennes \u00e0 trois occasions. Il se souvient de la premi\u00e8re fois comme si c&rsquo;\u00e9tait hier. C&rsquo;\u00e9tait un exercice \u00e0 basse altitude. Le plan de vol remontait la vall\u00e9e de la Mimente, la plus \u00e9troite et la plus tortueuse de toutes. A 800 kilom\u00e8tres \u00e0 l&rsquo;heure, il avait d\u00e9bouch\u00e9 du causse M\u00e9jean au dessus de Florac et avait entam\u00e9 une plong\u00e9e si vertigineuse dans la vall\u00e9e du Tarnon que son coeur lui \u00e9tait remont\u00e9 au bord des l\u00e8vres. Il avait embouch\u00e9 la Mimente largement en dessous du niveau des cr\u00eates du Lemp\u00e9zou et de la can de l&rsquo;Hospitalet. A cette vitesse, les reliefs et les couleurs des versants s&rsquo;\u00e9taient brouill\u00e9s, transformant les serres et les Valats en une vague surface grise qui d\u00e9filait en continu des deux c\u00f4t\u00e9s. Perch\u00e9 \u00e0 mi-pente, le hameau de Ventajols avait z\u00e9br\u00e9 cette surface et avait instantan\u00e9ment disparu \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re de son champ de vision. 25 secondes \u00e0 peine apr\u00e8s l&rsquo;entr\u00e9e dans la vall\u00e9e, il avait tourn\u00e9 \u00e0 droite vers Saint Julien d&rsquo;Arpaon, dans un virage si resserr\u00e9 que son champ de vision s&rsquo;\u00e9tait r\u00e9tr\u00e9ci sous l&rsquo;action des 5 G d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration qu&rsquo;il subissait. A cet instant, le rayon de courbure de sa trajectoire avait \u00e9t\u00e9 exactement centr\u00e9 sur le hameau de Balazu\u00e8gnes, qui avait paru s&rsquo;immobiliser quelques fractions de secondes sur sa droite. Il en \u00e9tait si pr\u00e8s que malgr\u00e9 sa vitesse affolante il avait pu apercevoir un homme barbu qui l&rsquo;observait devant sa maison, \u00e0 la m\u00eame altitude que lui. Puis il avait modifi\u00e9 son assiette pour tourner \u00e0 gauche, et l&rsquo;homme avait disparu sous l&rsquo;avion. Dans un grondement d&rsquo;enfer, il avait contourn\u00e9 les ruines du ch\u00e2teau de Saint Julien, et \u00e0 la seconde pr\u00e9vue par le plan de vol, il avait tir\u00e9 sur le manche pour propulser son avion vers le ciel et le sortir de la vall\u00e9e au lieu de percuter la cr\u00eate du Mazel de Mort qui fermait le lacet de la rivi\u00e8re. Lors de cette man\u0153uvre insens\u00e9e, \u00e0 moiti\u00e9 \u00e9cras\u00e9 par l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration, il avait lanc\u00e9 un rugissement de plaisir et de stress m\u00eal\u00e9s. Dieu ! Il \u00e9tait Dieu sur son vaisseau divin !<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Tour de contr\u00f4le \u00e0 escadrille Espoir, vous avez l&rsquo;autorisation de d\u00e9coller, bon vent !\u00a0\u00bb Etienne \u00e9merge de ses souvenirs. Il enfonce la manette des gaz. Un rugissement monte de l&rsquo;avion qui bondit en avant. Le paysage verd\u00e2tre se met en mouvement vers l&rsquo;arri\u00e8re. Lentement, puis de plus en plus vite, des b\u00e2timents passent dans son champ de vision. L&rsquo;avion vibre furieusement. L&rsquo;an\u00e9momachm\u00e8tre indique d\u00e9j\u00e0 100 n\u0153uds. Puis 150&#8230; \u00e0 200 n\u0153uds, Etienne tire le manche vers lui. L&rsquo;avion bondit du sol. Le paysage dispara\u00eet instantan\u00e9ment et laisse place au moutonnement de la couche nuageuse qui approche \u00e0 toute vitesse. Etienne amorce un virage \u00e0 droite autour du terrain. Il y aper\u00e7oit le second appareil qui s&rsquo;\u00e9lance \u00e0 son tour, d\u00e9cal\u00e9 de 30 secondes. Puis il p\u00e9n\u00e8tre dans les nuages et tout s&rsquo;\u00e9teint.<\/p>\n\n\n\n<p>20 secondes plus tard il \u00e9merge dans un flot de lumi\u00e8re. La Lune presque pleine brille si fort que l&rsquo;amplificateur de lumi\u00e8re se met en protection pour \u00e9viter de lui br\u00fbler les yeux. Etienne le rel\u00e8ve sur son front et regarde autour de lui. Le spectacle est somptueux. Une mer de coton blanc s&rsquo;\u00e9tale \u00e0 l&rsquo;infini dans toutes les directions. Son \u00e9clat \u00e9clipse toutes les \u00e9toiles, et donne \u00e0 la vo\u00fbte c\u00e9leste une couleur bleu p\u00e2le. Le ciel est absolument vide. Au sud-est, \u00e0 plus de 200 kilom\u00e8tres, il aper\u00e7oit les sommets enneig\u00e9s des Alpes \u00e9merger de l&rsquo;oc\u00e9an. La forme massive du Mont-Blanc les domine tous.<\/p>\n\n\n\n<p>Espoir 2 cr\u00e8ve \u00e0 son tour le plafond et \u00e9merge dans l&rsquo;immensit\u00e9. Il vient se placer en Formation de Man\u0153uvre Offensive \u00e0 450 m\u00e8tres derri\u00e8re Espoir 1. Les deux appareils sont maintenant en vol stationnaire pour plusieurs dizaines de minutes sans obstacle. Le bruit des r\u00e9acteurs est r\u00e9gulier, tout est en ordre. La tension se rel\u00e2che peu \u00e0 peu dans cette impression de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Etienne se souvient de son \u00e9motion lorsque pour la premi\u00e8re fois il a pris place \u00e0 bord d&rsquo;un mirage 2000. Ce monstre de 15 m\u00e8tres de long, qui atteint sans efforts les 2200 kilom\u00e8tres \u00e0 l&rsquo;heure et monte \u00e0 18000 m\u00e8tres d&rsquo;altitude. Il se rappelle avec amusement une blague qu&rsquo;on racontait chez lui. L&rsquo;histoire d&rsquo;une Ferrari de 300 chevaux qui croise la transhumance, pour le plus grand malheur de son chauffeur impatient. 300 chevaux, c&rsquo;\u00e9tait cens\u00e9 repr\u00e9senter la puissance absolue. Avec les 13 tonnes de pouss\u00e9e de son r\u00e9acteur SNECMA, c&rsquo;est comme s&rsquo;il avait 100 Ferrari entre les jambes.<\/p>\n\n\n\n<p>Il \u00e9tait tomb\u00e9 amoureux des avions de chasse tout petit, en regardant les chevaliers du ciel \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, puis les livres de jeunesse et les revues sp\u00e9cialis\u00e9es, mais jamais il n&rsquo;avait imagin\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque qu&rsquo;il en piloterait un lui-m\u00eame. C&rsquo;est un long parcours qui l&rsquo;avait finalement men\u00e9 l\u00e0&#8230; Il se rappelle&#8230; La jeunesse dans les C\u00e9vennes, en vall\u00e9e fran\u00e7aise. Les parents agriculteurs. Une vie chouette, pleine de copains et de bons moments. Pourtant, \u00e0 l&rsquo;adolescence, quelque chose avait commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9railler. L&rsquo;impression de subir, d&rsquo;\u00eatre \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart du monde moderne, sans horizon. Les engueulades avec les parents qui ne voulaient pas comprendre. Un jour, au lyc\u00e9e, il s&rsquo;\u00e9tait jur\u00e9 qu&rsquo;il quitterait tout \u00e7a pour toujours et qu&rsquo;il r\u00e9aliserait son r\u00eave. Alors il s&rsquo;\u00e9tait mis \u00e0 travailler. Comme un fou. Il avait eu son bac scientifique avec mention, toute la vall\u00e9e en \u00e9tait rest\u00e9e bouche b\u00e9e. Puis math sup, math sp\u00e9, que ses parents avaient r\u00e9ussi \u00e0 lui payer, \u00e7a il leur en \u00e9tait reconnaissant. Puis le concours d&rsquo;entr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole de l&rsquo;air de salon de Provence. La concurrence f\u00e9roce qui r\u00e9gnait entre les 800 candidats, pour quelques rares \u00e9lus. Sa rage de r\u00e9ussir \u00e9tait si forte que rien n&rsquo;avait pu le freiner. Il avait \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9. Ensuite il y avait eu les 3 ann\u00e9es de formation&#8230; formation militaire et sportive, scientifique, pilotage. A 25 ans il \u00e9tait pilote de chasse, et avait \u00e9t\u00e9 affect\u00e9 \u00e0 la base a\u00e9rienne 133 de Nancy .<\/p>\n\n\n\n<p>Les premiers mois n&rsquo;avaient apport\u00e9 que du bonheur \u00e0 Etienne. L&rsquo;admiration facile des filles, dans les boites de Nancy. L&rsquo;impression de faire partie de l&rsquo;\u00e9lite, avec cette sorte de m\u00e9pris pour les gens ordinaires, les rampants, emp\u00eatr\u00e9s dans leurs vies ternes et vides. Et puis le vol, le vol, le vol, ces sensations si fortes.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais rapidement, une sorte de pesanteur s&rsquo;\u00e9tait install\u00e9e. La hi\u00e9rarchie militaire, bien s\u00fbr. Lourde, rigide. Aucune libert\u00e9 de mener sa vie comme il l&rsquo;aurait aim\u00e9. Quand on est militaire, personne ne vous approche plus de mani\u00e8re naturelle. Dans ces conditions, comment construire des relations approfondies avec une fille, avec des amis ? Etienne \u00e9tait rest\u00e9 solitaire. Heureusement, il y avait Fred, son co\u00e9quipier, le seul avec lequel une vraie complicit\u00e9 s&rsquo;\u00e9tait install\u00e9e, au cours des vols communs.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis, il y avait&#8230; autre chose qui pesait \u00e0 Etienne. Quelque chose qui avait \u00e0 voir avec son pays. Loin des C\u00e9vennes, il prit peu \u00e0 peu conscience qu&rsquo;il y avait connu, malgr\u00e9 tout, quelque chose de fort. D&rsquo;unique. Des gens diff\u00e9rents. Sans concession. Que ce soient les c\u00e9venols ou les n\u00e9o-ruraux, ils restaient souvent \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart du syst\u00e8me, parfois en d\u00e9saccord total avec toute forme de pouvoir centralis\u00e9. Etienne se sentait de plus en plus mal avec l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;\u00eatre au service de l&rsquo;arm\u00e9e, cet \u00e9norme organisation destin\u00e9e \u00e0 soutenir les pouvoirs en place. Sans qu&rsquo;il comprenne comment cela avait \u00e9t\u00e9 possible, bient\u00f4t sa vie \u00e9tait devenue vide de sens. Puis ha\u00efssable. M\u00eame les vols aux sensations fantastiques ne lui apport\u00e8rent plus un refuge suffisant pour supporter le reste et il ne resta plus que cette question obs\u00e9dante : comment supporter les 10 \u00e9normes ann\u00e9es qu&rsquo;il devait encore \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Espoir 2 \u00e0 Espoir 1, j&rsquo;ai un probl\u00e8me. Mon calculateur de vol semble HS, je viens de passer en manuel ! Quels sont les ordres ?\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Etienne est brutalement tir\u00e9 de ses souvenirs par la radio du bord. Bon sang, d\u00e9j\u00e0 ? Il lui semble qu&rsquo;ils viennent \u00e0 peine de quitter la base. Il jette un coup d&rsquo;oeil \u00e0 sa montre. 18h15. C&rsquo;est bien \u00e7a !<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Espoir 1 \u00e0 Espoir 2. Pas de mission nocturne sans calculateur de bord. D\u00e9crochez, on continue seuls !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Bien compris, retour \u00e0 la base. Bonne fin de mission, \u00e0 tout \u00e0 l&rsquo;heure !\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Espoir 2 se d\u00e9tache lentement de la trajectoire commune, entame un large virage descendant et dispara\u00eet dans les nuages. Espoir 1 est maintenant seul au milieu de l&rsquo;immensit\u00e9. Dans 45 minutes, Espoir 2 se posera \u00e0 Nancy. Dans moins de 2 heures la panne aura \u00e9t\u00e9 diagnostiqu\u00e9e et le sabotage d\u2019\u00c9tienne sera d\u00e9masqu\u00e9. Cette fois, plus moyen de faire marche arri\u00e8re, Etienne vole vers son destin.<\/p>\n\n\n\n<p>Son second vol au dessus des C\u00e9vennes \u00e9tait un vol de nuit. Son premier vol de nuit, alors le plan de vol \u00e9tait facile : un simple tour d&rsquo;observation. Les deux avions \u00e9taient arriv\u00e9s par le nord, en survolant le Causse de Sauveterre. Au travers des lunettes de vision nocturne, les derni\u00e8res bandes de neige amass\u00e9es au bas des versants donnaient au plateau l&rsquo;aspect d&rsquo;un dr\u00f4le de z\u00e8bre noir et vert. Ils avaient franchi le gouffre sombre des gorges du Tarn au dessus de Castelbouc, puis ils avaient travers\u00e9 le causse M\u00e9jean du nord au sud, passant pr\u00e8s du sommet du Mont Gargo \u00e0 le toucher. Ils avaient enfil\u00e9 le col de Perjuret, le village de Cabrillac, et avaient entam\u00e9 un large contournement du Mont Aigoual par l&rsquo;ouest et le sud&#8230; En remontant plein nord, ils avaient ensuite coup\u00e9 perpendiculairement les cr\u00eates schisteuses de toutes les vall\u00e9es c\u00e9venoles : vall\u00e9e borgne, vall\u00e9e fran\u00e7aise, vall\u00e9e longue. Ils \u00e9taient pass\u00e9s au large du Boug\u00e8s, \u00e9taient remont\u00e9s de quelques centaines de m\u00e8tres pour franchir les molles ondulations du pic Cassini au mont Loz\u00e8re, encore couvert de neige, et avaient rejoint leur point de d\u00e9part au dessus du causse de Sauveterre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce vol magique avait laiss\u00e9 \u00e0 \u00c9tienne des impressions tr\u00e8s fortes. 6 minutes 30 : il lui avait fallu \u00e0 peine 6 minutes 30 pour faire le grand tour de toute son enfance. Et puis ce noir absolu, \u00e0 peine marqu\u00e9 de temps \u00e0 autres par quelques petits points de lumi\u00e8re. C&rsquo;est cette nuit l\u00e0 qu\u2019\u00c9tienne avait r\u00e9alis\u00e9 combien les C\u00e9vennes \u00e9taient un territoire tellement&#8230; diff\u00e9rent. Une minuscule oasis de calme au milieu de la temp\u00eate. Sans qu&rsquo;il comprenne pourquoi, le vol de retour vers Nancy avait \u00e9t\u00e9 triste, silencieux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0D\u00e9but de la descente dans 7 minutes\u00a0\u00bb. Fred, respectueux de la r\u00eaverie d\u2019\u00c9tienne, continue tout de m\u00eame \u00e0 faire son boulot d&rsquo;officier navigant. \u00c9tienne regarde sa montre. 61 minutes. Cette rapidit\u00e9 le surprend toujours, malgr\u00e9 ses 2500 heures de vol. En 61 minutes il vient de traverser la France. Il \u00e9tait \u00e0 Nancy il y a quelques instants, et voil\u00e0 d\u00e9j\u00e0 le moment de descendre vers les C\u00e9vennes.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est au cours de son troisi\u00e8me et dernier vol au dessus des C\u00e9vennes que tout avait d\u00e9finitivement bascul\u00e9.&nbsp; De nuit, l&rsquo;escadrille Espoir avait surgi au dessus d&rsquo;Ispagnac et survol\u00e9 la large vall\u00e9e du Tarnon. \u00c9tienne avait vu les lumi\u00e8res de Florac leur passer dessous. Ils avaient d\u00e9pass\u00e9 \u00e0 leur tour les \u00eelots lumineux de V\u00e9bron puis de Rousse, repris un peu d&rsquo;altitude pour franchir le col du Marqua\u00efres, puis s&rsquo;\u00e9taient avanc\u00e9s en vall\u00e9e fran\u00e7aise au dessus de son flanc gauche, coupant successivement toutes les cr\u00eates secondaires qui descendent du massif de Fontmort. Elles d\u00e9filaient toutes les 2 ou 3 secondes. \u00c9tienne \u00e9tait exactement au c\u0153ur de sa r\u00e9gion d&rsquo;origine, et malgr\u00e9 la nuit, malgr\u00e9 la couleur blafarde donn\u00e9e par les lunettes de vision nocturne, malgr\u00e9 la vitesse, il avait parfaitement reconnu le vallon de Trabassac qui \u00e9tait apparu soudain sous le nez de son avion. Sa vall\u00e9e. Droit devant lui, presque au sommet de la cr\u00eate de Saint Martin, \u00e9taient apparue les rochers de S\u00e9gali\u00e9rette. Deux secondes plus tard ils avaient disparu derri\u00e8re lui, mais il avait eu le temps de voir le visage. Trois ouvertures sombres dans la falaise, qui formaient comme les deux yeux et la bouche d&rsquo;un homme. Les trois entr\u00e9es de la grotte dans laquelle il avait pass\u00e9 tant de temps. Avec les copains de la vall\u00e9e, ils y \u00e9taient souvent venus jouer le week-end, ils y avaient m\u00eame parfois dormi. Plus tard, il y avait amen\u00e9 une fille. Il fallait bartasser pas mal pour y arriver alors elle avait vraiment r\u00e2l\u00e9 dans la mont\u00e9e, mais \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9 elle avait \u00e9t\u00e9 \u00e9merveill\u00e9e, et \u00c9tienne en avait \u00e9t\u00e9 bien r\u00e9compens\u00e9 ! Dans son avion, cette nuit l\u00e0, il y a quelques mois, \u00c9tienne avait soudain \u00e9t\u00e9 submerg\u00e9 par une vague de nostalgie. Pire, un sentiment de g\u00e2chis d\u00e9sesp\u00e9rant. Trouant la nuit \u00e0 800 kilom\u00e8tres \u00e0 l&rsquo;heure en passant au large du Mont Mars, \u00c9tienne avait pleur\u00e9 \u00e0 gros sanglots sous son amplificateur de lumi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les jours qui avaient suivi ce troisi\u00e8me vol, \u00c9tienne avait beaucoup r\u00e9fl\u00e9chi. A sa vie pass\u00e9e, \u00e0 sa vie pr\u00e9sente, mais surtout \u00e0 sa vie future. Puis un jour il avait pris sa d\u00e9cision. Alors il avait \u00e9chafaud\u00e9 son plan. Il avait consult\u00e9 les cartes, fait des calculs, v\u00e9rifi\u00e9 que la chose \u00e9tait techniquement possible. Et lorsqu&rsquo;il y a quelques jours un quatri\u00e8me vol sur les C\u00e9vennes a \u00e9t\u00e9 programm\u00e9, il a o\u00f9 que c&rsquo;\u00e9tait le moment. Il avait expliqu\u00e9 son projet \u00e0 Fred. Parce que son concours \u00e9tait indispensable \u00e0 la r\u00e9ussite, mais aussi par amiti\u00e9 et confiance. Fred avait \u00e9t\u00e9 atterr\u00e9 par l&rsquo;id\u00e9e. Il avait cri\u00e9, menac\u00e9 de tout d\u00e9voiler. \u00c9tienne avait racont\u00e9 le pi\u00e8ge dans lequel il se sentait, la n\u00e9cessit\u00e9 de de dispara\u00eetre corps et biens pour pouvoir tout recommencer \u00e0 z\u00e9ro. Fred avait r\u00e9sist\u00e9, argument\u00e9.. Tous les deux, ils avaient trembl\u00e9 de peur devant les dangers de l&rsquo;op\u00e9ration, pleur\u00e9 ensemble \u00e0 la perspective de la s\u00e9paration. Puis, au fil des jours, Fred avait accept\u00e9. De participer puis de se taire.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques heures avant le d\u00e9part, \u00e0 l&rsquo;occasion de la visite de pr\u00e9vol, \u00c9tienne a proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 une petite modification sur Espoir 2. Une reprogrammation de l&rsquo;ordinateur de bord, pour qu&rsquo;il se r\u00e9initialise \u00e0 18h15 pr\u00e9cises. Cette panne ne mettrait pas l&rsquo;\u00e9quipage en danger, mais suffirait pour qu&rsquo;il puisse renvoyer Espoir 2 vers la base.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Descente dans 3 secondes\u00a0\u00bb. \u00c9tienne contemple une derni\u00e8re fois la mer de nuages inond\u00e9e de la douce lumi\u00e8re de la Lune. L\u00e0-dessous il y a ses C\u00e9vennes, mais il y fait mauvais. Il sent la lutte interne entre deux envies contradictoires. \u00ab\u00a0Descente au niveau 200\u00a0\u00bb. A regret, \u00c9tienne rabaisse son amplificateur de lumi\u00e8re, pousse le manche, et l&rsquo;avion plonge dans le coton. Quelques secondes plus tard, il \u00e9merge sous le plafond, \u00e0 quelques centaine de m\u00e8tres au dessus de la surface du Pic de Finiels. Des lambeaux de neige verte trouent la nuit le long des lisi\u00e8res foresti\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Maintenant \u00c9tienne est en \u00e9tat de concentration maximum. Il collecte du regard toutes les donn\u00e9es utiles sur son tableau de bord et ajuste de t\u00eate les calculs qu&rsquo;il a fait quelques mois plus t\u00f4t . Vent de secteur nord-est \u00e0 45 n\u0153uds, vitesse de chute 3 m\/s, \u00e7a fait une finesse de 8, \u00e0 1000 m\u00e8tres au dessus des cr\u00eates il doit pouvoir parcourir environ 15 kilom\u00e8tres&#8230; Vite, vite vite ! \u00c9tienne identifie le point pr\u00e9cis duquel il doit proc\u00e9der. Col de Jalcreste. Il saisit le manche et met cap plein est. Il contourne le sommet du Signal du Ventalon et revient s&rsquo;aligner plein ouest, il a maintenant le Causse M\u00e9jean en ligne de mire. Il ne reste que quelques secondes. Il abaisse l&rsquo;assiette de l&rsquo;avion et r\u00e8gle les gaz \u00e0 30 %.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Voil\u00e0, Fred, c&rsquo;est le moment. Attends 30 secondes avant de t&rsquo;\u00e9jecter. Merci pour tout. Adieu !\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Sans attendre de r\u00e9ponse, Etienne d\u00e9goupille la s\u00e9curit\u00e9 du si\u00e8ge \u00e9jectable et appuie sur le bouton en bandant tous les muscles de son corps pour se pr\u00e9parer au choc. Dans un bruit de d\u00e9tonation, la verri\u00e8re dispara\u00eet dans la nuit. Avec une violence inou\u00efe, le si\u00e8ge d\u2019\u00c9tienne est projet\u00e9 dans la tourmente \u00e0 plusieurs dizaines de m\u00e8tres au dessus de l&rsquo;avion. Il tourne dans tous les sens comme une toupie folle pendant que les flammes du r\u00e9acteur s&rsquo;\u00e9loignent dans la nuit. Au sommet de la trajectoire, le si\u00e8ge se d\u00e9croche, et Etienne sent le choc de l&rsquo;ouverture du parachute. Il est maintenant suspendu au milieu du vide. Tout se calme. Il descend doucement, il ne sent plus le vent qui l&rsquo;entra\u00eene vers le sud-est. Il arrache son amplificateur de lumi\u00e8re de son front et regarde \u00e0 l&rsquo;ouest. Quelques secondes plus tard, un \u00e9clair aveuglant illumine le ciel. Il a le temps d&rsquo;apercevoir, \u00e0 une dizaine de kilom\u00e8tres, un second parachute qui descend au dessus de la vall\u00e9e du Tarnon.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur la vaste \u00e9paule rocheuse couverte de Bruy\u00e8res, Etienne plie son parachute, tranquillement. Il a tout son temps. Il le cache sous une pierre. Debout dans la nuit, le visage fouett\u00e9 par la pluie glaciale, il contemple la vall\u00e9e qui s&rsquo;\u00e9tale \u00e0 ses pieds. Il sourit.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce jeudi 8 janvier 2004, \u00e0 19 heures, la nuit est tomb\u00e9e depuis longtemps sur les C\u00e9vennes. Un lourd plafond de nuages bas \u00e9crase les vall\u00e9es et renforce l&rsquo;obscurit\u00e9. Autour&hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":387,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[21,27],"tags":[],"class_list":["post-386","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-cevennes-schisteuses","category-fiction"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.reveeveille.net\/cevennevivante\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/mirage-200d-dassaull-aviation-armee-de-l-air.jpg","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/cevennevivante\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/386","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/cevennevivante\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/cevennevivante\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/cevennevivante\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/cevennevivante\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=386"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/cevennevivante\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/386\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":961,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/cevennevivante\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/386\/revisions\/961"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/cevennevivante\/wp-json\/wp\/v2\/media\/387"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/cevennevivante\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=386"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/cevennevivante\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=386"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/cevennevivante\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=386"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}