{"id":126,"date":"2022-10-06T17:05:46","date_gmt":"2022-10-06T15:05:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.reveeveille.net\/cevennevivante\/wordpress\/?p=126"},"modified":"2022-10-06T17:05:49","modified_gmt":"2022-10-06T15:05:49","slug":"les-cevennes-et-le-parc-national-en-1970","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.reveeveille.net\/cevennevivante\/les-cevennes-et-le-parc-national-en-1970\/","title":{"rendered":"Les C\u00e9vennes et le Parc National, en 1970"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Un ami m&rsquo;a montr\u00e9 le texte d&rsquo;un \u00e9tonnant discours prononc\u00e9 en 1970, juste avant la cr\u00e9ation officielle du Parc National (intervenue le 2 septembre 1970). Il est \u00e9tonnant de constater que toutes les probl\u00e9matiques d&rsquo;aujourd&rsquo;hui y sont d\u00e9crites<\/em>. <em>C&rsquo;est dense, mais \u00e7a vaut la peine de lire jusqu&rsquo;au bout !<\/em><\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"has-text-align-center wp-block-heading\"> Discours prononc\u00e9 par monsieur Michel Monod,<br> docteur en m\u00e9decine, maire de Sainte Croix Vall\u00e9e Fran\u00e7aise,  Conseiller G\u00e9n\u00e9ral de Barre des C\u00e9vennes,<br> \u00e0 l\u2019occasion des journ\u00e9es loz\u00e9riennes, le 11 avril 1970 \u00e0 Al\u00e8s<\/h4>\n\n\n\n<p>\nMesdames et messieurs, amis des C\u00e9vennes,<\/p>\n\n\n\n<p>Il\nm\u2019incombe la lourde t\u00e2che de vous pr\u00e9senter un pays et son peuple\ndans ce qu&rsquo;ils furent, sont, et peuvent \u00eatre. Les c\u00e9venols et leurs\nC\u00e9vennes d&rsquo;hier, d&rsquo;aujourd&rsquo;hui et de demain. C&rsquo;est un sujet immense\ndevant lequel ma pr\u00e9tention se limitera \u00e0 un secteur g\u00e9ographique\nparticulier, les Hauts-Gardon en C\u00e9vennes loz\u00e9rienne, et se\nlimitera \u00e0 vous donner seulement quelques points de rep\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ce qui est du pass\u00e9 et du pr\u00e9sent j&rsquo;utiliserai si vous le voulez bien, quatre phrases entendues au cours de conversations priv\u00e9es, mi-boutades, mi-maxime dont la formule \u00e0 l&#8217;emporte-pi\u00e8ce peut servir \u00e0 la claire d\u00e9finition de l&rsquo;avenir.<\/p>\n\n\n\n<p>La\npremi\u00e8re de ces phrases provient d&rsquo;un \u00e9minent professeur de\nl&rsquo;institut agronomique qui, parlant pr\u00e9cis\u00e9ment des c\u00e9venols a eu\ncette sentence un peu crue mais nullement p\u00e9jorative :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Les\nparpaillots c&rsquo;est comme les juifs : \u00e7a s&rsquo;agglutine&nbsp;\u00bb. Il y a\nl\u00e0 une v\u00e9rit\u00e9 connue de tous&nbsp;; une confession r\u00e9form\u00e9e, en\nmajorit\u00e9 ici mais minoritaire en France, en contraste avec le\ncatholicisme pur et dur de la Haute-Loz\u00e8re. La C\u00e9venne, Palestine\ndes protestants, pays sacr\u00e9 de leurs a\u00efeux qui ont gagn\u00e9 au prix\ndu sang le libre exercice d&rsquo;une foi dont le moins que l&rsquo;on puisse\ndire c&rsquo;est qu&rsquo;elle anime bien aujourd&rsquo;hui et toujours leurs enfants,\nmalgr\u00e9 ce qui pourrait en para\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;auteur\nde la deuxi\u00e8me phrase \u00e9tait un sous-pr\u00e9fet en poste \u00e0 Florac qui,\noriginaire d\u2019Alg\u00e9rie, disait que les C\u00e9vennes lui rappelaient sa\nKabylie natale, et les c\u00e9venols les kabyle. Ils sont comme eux\najoutait-il \u00ab&nbsp;prodigieusement intelligent mais rigoureusement\ningouvernables&nbsp;\u00bb. Ce jugement p\u00eache peut-\u00eatre par une emphase\ntoute m\u00e9diterran\u00e9enne, mais il souligne bien ce fait\nquasi-historique que ce petit peuple, est le si\u00e8ge d&rsquo;une\ncontestation plus ou moins permanente voire d&rsquo;une insoumission dont\nune brillante litt\u00e9rature s&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 fait l\u2019\u00e9cho. A l&rsquo;heure o\u00f9\nnous sommes, cela se traduit par une psycho-sociologie\nanticonformiste, volontiers isolationniste, \u00ab&nbsp;rousp\u00e9teuse et\nrembailleuse&nbsp;\u00bb comme on dirait dans le pays, mais facilement\ng\u00e9n\u00e9reuse et enthousiaste, en contraste en tout cas avec le\nconformisme et la docilit\u00e9 politique d\u2019une haute Loz\u00e8re moins\nprompte \u00e0 s&rsquo;enflammer.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0\npour le contenu. La troisi\u00e8me phrase nous branchera directement sur\nle contenant. Elle est d\u2019un g\u00e9ographe qui, d\u00e9finissant le relief\ndes C\u00e9vennes comme \u00e9tant la cons\u00e9quence de cette griffures de\nl\u2019ongle des gardons dans la chair de la terre, y laissant une plaie\nanfractueuse dont les cr\u00eates et les sillons laissent percer \u00e7a et\nl\u00e0 des plaques de schiste tel un \u00ab&nbsp;squelette&nbsp;\u00bb. La\nformule pourrait faire frissonner, si la main de l&rsquo;homme n&rsquo;\u00e9tait\nintervenue pour patiemment est merveilleusement penser cette blessure\ng\u00e9ologiques au fil des si\u00e8cles. Pour ce qui est cependant de\nl&rsquo;infrastructure, il s&rsquo;agit bien aux yeux de celui qui le parcourt,\nd&rsquo;un terrain tourment\u00e9, osseux, anguleux, abrupt, d\u2019un relief\nrugueux qui gratte et o\u00f9 il faut gratter pour d\u00e9couvrir la terre,\nd\u2019un pays aust\u00e8re et parfois hostile au d\u00e9triment des siens. L\u00e0\nsont tout \u00e0 la fois la richesse et la mis\u00e8re c\u00e9venole : ouvert au\nsud par des chicanes rocheuses qu&rsquo;il faut franchir, couvert au nord\npar l&rsquo;abri du Mont Aigoual, du mont Loz\u00e8re, les cam de Barre et de\nl&rsquo;Hospitalet, le col de Jalcreste qu&rsquo;il faut sauter, la C\u00e9venne\ndemeure en 1970 un champ clos \u00e0 l&rsquo;acc\u00e8s difficile. Soyons francs :\nrien ne sert d&rsquo;illusionner le touriste si on ne lui dit pas qu&rsquo;on ne\ngagne pas les C\u00e9vennes mais que selon une expression locale il faut\n\u00ab&nbsp;se les gagner&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;se les m\u00e9riter&nbsp;\u00bb \u00e0 la\nforce du muscle et du c\u0153ur par ces routes fantastiques qui n&rsquo;ont\npresque rien \u00e0 envier aux sentiers de ch\u00e8vres, contournant chaque\ncaillou, batifolant l&rsquo;instant d&rsquo;apr\u00e8s au fond d\u2019un ruisseau\ngravissant les serres, d\u00e9gringolant les cols, pour d\u00e9boucher enfin\nen plein centre des vall\u00e9es. Rien ne sert non plus de nous\nillusionner nous-m\u00eames : viendront ici les seuls amoureux fous, les\nseuls vrais amateurs. Mais ce qui nous \u00e9tonne et nous r\u00e9jouit,\nc&rsquo;est qu&rsquo;ils sont d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 multitude et l\u00e9gion.<\/p>\n\n\n\n<p>La\nquatri\u00e8me phrase que je voudrais citer est l\u2019\u0153uvre d\u2019un\nfarfelu. Celui-l\u00e0 disait, concernant l&rsquo;activit\u00e9 des hommes, que\ndepuis le d\u00e9but du si\u00e8cle \u00ab&nbsp;Les c\u00e9venols pleurent leur\nsplendeur \u00e9conomique pass\u00e9e avec des larmes en forme de cocons et\nen forme de ch\u00e2taignes&nbsp;\u00bb. L&rsquo;id\u00e9e vaut ce qu\u2019elle vaut&nbsp;;\nelle traduit bien toutefois l&rsquo;effondrement de productions originales,\n\u00e0 l&rsquo;heure o\u00f9 la soie ne se porte plus qu\u2019en n\u0153uds de papillons,\nkimono, \u00e9ventail, \u00e0 l&rsquo;heure o\u00f9 la consommation de la ch\u00e2taigne a\ngagn\u00e9 les extr\u00e9mismes du luxe par les marron glac\u00e9 ou ceux du\nsous-produit pour la seule alimentation du b\u00e9tail. Le bajana, h\u00e9las,\nn&rsquo;est plus l&rsquo;affaire que de gourmets, et la grill\u00e9e fait partie\nd\u00e9sormais du folklore traditionnel qui anime les veill\u00e9es. Ainsi,\nsevr\u00e9 de ces deux mamelles g\u00e9n\u00e9reuse, aimant\u00e9 par le magn\u00e9tisme\npuissant de la cit\u00e9 salariale, le c\u0153ur bris\u00e9 mais ayant accompli\nleur choix, les enfants de la C\u00e9vennes gliss\u00e8rent la cl\u00e9 sous la\nporte et laiss\u00e8rent bien des bancels au seul r\u00e8gne de la ronce.\nPratiquement depuis la guerre de 14, massivement depuis celle de 40,\nde d\u00e9cennies en d\u00e9cennies, le bon c\u0153ur c\u00e9venol a saign\u00e9 chaque\njour, r\u00e9alisant au profit de la communaut\u00e9 nationale, une v\u00e9ritable\ntransfusion d&rsquo;\u00e9nergie, de capacit\u00e9 de mati\u00e8re grise. Mais ici il\nconvient de faire un premier acte de justice : on a trop rican\u00e9 et\nen affirmant que c&rsquo;\u00e9taient les plus malins qui \u00e9taient partis\nlaissant derri\u00e8re eux les r\u00e9sign\u00e9, les fatalistes, les\ninadaptables \u00e0 toute autre structure sociale. Je m&rsquo;inscris en faux\ncontre ce jugement en faisant valoir que pour vivre ou plut\u00f4t\nsurvivre avec les mains pratiquement vide, il fallait des tr\u00e9sors\nd&rsquo;ing\u00e9niosit\u00e9, de t\u00e9nacit\u00e9, et de vertu. Et \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 par\namour ou par int\u00e9r\u00eat la communaut\u00e9 nationale se penche sur ce\npays, il faut souligner avec force que si pays il y a encore, si les\nC\u00e9vennes ne sont pas comme le mont chauve, mais conservent la\nchevelure de ses ch\u00e2taigniers, les espaces verts des p\u00e2turages, la\nrigueur sombre des mas, la g\u00e9om\u00e9trie horizontale des fa\u00efsses\nqu&rsquo;anime \u00e7a et l\u00e0 le mouchet\u00e9s vivant des troupeaux, c&rsquo;est bien\naux hommes qui sont rest\u00e9s l\u00e0 haut que nous le devons ! A chacun\nselon son m\u00e9rite et celui-ci est immense qui nous a pr\u00e9serv\u00e9 et\nnous offre un tr\u00e9sor.<\/p>\n\n\n\n<p>Or\ndonc nous venons de dessiner rapidement quatre images, quatre eaux\nfortes, quatre pierres de touche qui forment le cadre actuel des\nC\u00e9vennes : une confession particuli\u00e8re, une contestation politique\nminoritaire, un bastion g\u00e9ographique unique en France, une\nd\u00e9pression \u00e9conomique et d\u00e9mographique comme il en existe peu en\nEurope occidentale.<\/p>\n\n\n\n<p>Une\nconfession, une contestation, un bastion, une d\u00e9pression.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s\nlors dans le contexte de ces pays singuli\u00e8rement singulier, vouloir\ninstaurer un Parc National, c\u2019\u00e9tait \u00e0 priori vouloir\ncontinentaliser la Corse, c\u2019\u00e9tait a priori comme disait l&rsquo;un de\nmes confr\u00e8res, vouloir pour l&rsquo;amibe nationale fagot cit\u00e9 et dig\u00e9rer\nd&rsquo;un pseudopode gourmand une pierre pr\u00e9cieuse pourtant inattaquable\naux enzymes ! Il \u00e9tait donc normal, il \u00e9tait donc sain, il \u00e9tait\ndonc l\u00e9gitime, et je dirais de plus ce qu&rsquo;il \u00e9tait souhaitable, que\nle premier mouvement d&rsquo;humeur des c\u00e9venols ait \u00e9t\u00e9, devant ce\nprojet, un premier mouvement d&rsquo;humeur n\u00e9gative.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais avant m\u00eame d&#8217;embrayer directement sur le futur, je voudrais dire deux mots du pr\u00e9sent et remplir un deuxi\u00e8me devoir de justice. On a trop souvent rican\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9go\u00efsme rural en g\u00e9n\u00e9ral et sur l&rsquo;individualisme c\u00e9venol le en particulier. Et certes, lorsque au creux d&rsquo;un gardon ou juch\u00e9 sur un \u00e9peron rocheux on doit remonter la terre \u00e0 dos d&rsquo;homme, faucher \u00e0 bras, porter le foin sur les \u00e9paules, traire \u00e0 la main, ch\u00e2taignier \u00e0 genoux, la sueur et la peine ne suffisent \u00e0 occuper tout l&rsquo;horizon d&rsquo;un homme, sans laisser beaucoup de place pour le souci des autres. Qu&rsquo;on me permette cependant affirm\u00e9 qu&rsquo;il n&rsquo;y a l\u00e0 qu&rsquo;une vue partielle et partiale des choses. De toute de tout temps les c\u00e9venol ont eu le sens communautaire de leurs \u00e9glises, de leur commune, de leurs foires et march\u00e9s, et tout simplement de l&rsquo;entraide au moment des malheurs. De l\u00e0 est n\u00e9e lors de l&rsquo;asphyxie \u00e9conomique, une prise de conscience d&rsquo;un destin collectif. Apr\u00e8s il est vrai de multiples tentatives, apr\u00e8s il est vrai de multiples \u00e9checs, des coop\u00e9ratives ont vu le jour, dont l&rsquo;illustration est \u00e0 nos yeux la coop\u00e9rative du P\u00e9lardon de Moissac, magnifique r\u00e9ussite technique et commerciale et en tout cas sociologiques et morale. L\u00e0, la fatalit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 forc\u00e9e, l\u00e0 le tonus et le dynamisme d&rsquo;une vall\u00e9e qui refusait le complexe d&rsquo;abandon se sont concentr\u00e9s dans cette r\u00e9alisation remarquable qui est devenue la cl\u00e9 de vo\u00fbte de l&rsquo;\u00e9conomie locale. L\u00e0, en parall\u00e8le de la production de fromage, la ch\u00e8vre ce chameau \u00e0 tout faire des pays perdu, toujours exploit\u00e9e mais jamais bien connue et scientifiquement \u00e9tudi\u00e9e, observ\u00e9e, test\u00e9e dans une station d&rsquo;\u00e9levage unique en France et peut-\u00eatre en Europe. Et ce n&rsquo;est pas tout : du plan professionnel le c\u00e9venol a transpos\u00e9 sur le plan communal la vision collective de son avenir. Par le groupement des communes en syndicats, vall\u00e9e par vall\u00e9e, par la coordination de ces syndicats dans une vaste f\u00e9d\u00e9ration, les \u00e9lus municipaux avaient con\u00e7u le projet ambitieux de cr\u00e9er un instrument administratif l\u00e9gal et puissant dont l&rsquo;objet devait \u00eatre l&rsquo;\u00e9quipement rural et touristique de la C\u00e9venne.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0,\n\u00e0 partir de la pens\u00e9e locale, \u00e0 partir de la sensibilit\u00e9 locale,\n\u00e0 partir de la caution locale, et sous le contr\u00f4le n\u00e9cessaire et\nefficaces de l&rsquo;autorit\u00e9 de tutelle, une collaboration fructueuse\naurait pu s&rsquo;instaurer entre l&rsquo;administration et les \u00e9lus pour mieux\npr\u00e9server, mieux \u00e9quiper, mieux exploiter les C\u00e9vennes. Et certes,\nquel meilleur garant pouvait-on trouver que les c\u00e9venols eux-m\u00eames\nqui ont fait des C\u00e9vennes ce qu&rsquo;elles sont, c&rsquo;est \u00e0 dire un bien\nbeau pays ! C&rsquo;est \u00e0 ma connaissance le seul contre projet qui aurait\npu court-circuiter la cr\u00e9ation du parc national. Mais il \u00e9tait,\nh\u00e9las, trop tard. Lanc\u00e9e par un certain nombre de visionnaire, amis\nbien intentionn\u00e9s du pays, l&rsquo;id\u00e9e du Parc, d&rsquo;\u00e9chelons en \u00e9chelon,\navait atteint Paris. D\u00e8s lors, tout l&rsquo;horizon \u00e9tait bouch\u00e9s par le\nvolume, l&rsquo;ampleur, et la grandeur du projet. D\u00e8s lors, pour chaque\nc\u00e9venol il \u00e9tait inutile de se fermer les yeux et les oreilles ; il\nfallait choisir ! Disons-le tout net, ce ne fut pas sans douleur.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai\nd\u00e9j\u00e0 dit que la singularit\u00e9 c\u00e9venole s&rsquo;adaptait mal \u00e0 priori \u00e0\nune nationalisation. Sur le plan des principes, il faut maintenant\nbien admettre que la cr\u00e9ation d&rsquo;un parc est tout d&rsquo;abord un acte\n\u00e9minemment conservatoire et conservateur qui risque de fixer, de\nfiger les choses dans l&rsquo;\u00e9tat o\u00f9 elles sont, et de braquer le\nmicroscope national sur la beaut\u00e9 de la nature et non sur la\nprimaut\u00e9 de l&rsquo;homme. En deuxi\u00e8me lieu l&rsquo;instauration d&rsquo;un parc est\nbel et bien un acte de m\u00e9fiance : m\u00e9fiance devant la civilisation\nmoderne dont on pense qu&rsquo;elle salit, d\u00e9grade, pollue tous.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00e9fiance\nvis-\u00e0-vis des populations locales que l&rsquo;on juge inaptes \u00e0\npr\u00e9server, g\u00e9rer, et faire fructifier le patrimoine sur lequel\nelles vivent et qu\u2019elles ont pourtant cr\u00e9\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00e9fiance\nenfin envers la nature elle-m\u00eame, dont on suppose qu&rsquo;elle ne poss\u00e8de\nplus suffisamment d&rsquo;oxyg\u00e8ne, de chlorophylle, de bact\u00e9ries\nbienfaitrices, pour \u00e9purer, purifi\u00e9e, \u00e9liminer les d\u00e9chets et\nl&rsquo;action destructrice d&rsquo;une civilisation d&rsquo;abondance.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s\nlors, deux attitudes \u00e9taient possibles&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>\n\tOu bien le refus absolu toutes\n\tgriffes dehors, qui va fermer sa porte \u00e0 la claquant : ce fut le\n\tchoix de certaines associations de d\u00e9fense qui se r\u00e9signer au\n\tstatu quo.\n\t<\/li><li>\n\tOu bien la pr\u00e9sentation de\n\tconditions draconiennes d&rsquo;am\u00e9nagements fondamentaux en cherchant\n\taupr\u00e8s de l&rsquo;administration ce qui pourrait \u00eatre acceptable et\n\taccept\u00e9&nbsp;: ce fut l&rsquo;attitude d&rsquo;une grande majorit\u00e9 des \u00e9lus\n\tlocaux.\n<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Ici\npermettez-moi d&rsquo;ouvrir une parenth\u00e8se pour souligner les deux\natouts, les deux chances, petite causes qui ont de grands effets mais\nque l&rsquo;histoire ne retiendra pas, que nous avons rencontr\u00e9 sur notre\nroute : la premi\u00e8re a \u00e9t\u00e9 la fermet\u00e9, la t\u00e9nacit\u00e9, la coh\u00e9sion\ndes n\u00e9gociateurs locaux ; la deuxi\u00e8me a eu le visage des\nrepr\u00e9sentants de l&rsquo;administration en la personne de M. Le\nsous-pr\u00e9fet de Florac et du directeur de la mission d&rsquo;\u00e9tude,\nauxquels je tiens sont \u00e0 rendre publiquement cet hommage, qu&rsquo;ils ont\nsu nous entendre adoptant une attitude nettement d\u00e9mocratique, et en\nassurant de leur mieux tous les risques.<\/p>\n\n\n\n<p>Les\nn\u00e9gociations se sont donc ouverte ce, souvent laborieuse, parfois\norageuse, toujours efficaces. A chacune des pierre de touche de la\npersonnalit\u00e9 c\u00e9venole que nous avons d\u00e9finie, venaient r\u00e9pondre\ndes am\u00e9nagements fondamentaux du projet de d\u00e9cret de cr\u00e9ation du\nparc.<\/p>\n\n\n\n<p>La\nquestion de la confession ne doit plus \u00eatre abord\u00e9e sous l&rsquo;angle\nreligieux qui ne fait plus probl\u00e8mes, mais sous celui de la\npsycho-sociologique globale et sous celui de la libert\u00e9. Je ne peux\nentrer dans tous les d\u00e9tails, mais si l&rsquo;on sait que la libert\u00e9\nd&rsquo;exploitation de chasse et de p\u00eache, d\u2019\u00e9cobuage, de\nconstructions agricoles, sera maintenu \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur (comme \u00e0\nl&rsquo;ext\u00e9rieur) du parc, il n&rsquo;y a rien qui puisse porter atteinte \u00e0 ce\nque sont les C\u00e9vennes actuellement.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour\nce qui est de la contestation, il s&rsquo;agit bien d&rsquo;un probl\u00e8me\npolitique. Dans un pays habit\u00e9 de tout temps, ayant connu une\nhistoire glorieuse, ayant connu une prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e9conomique, un\nnouvel appareil administratif ne pouvait, ne devait \u00eatre g\u00e9r\u00e9\nqu&rsquo;avec une forte majorit\u00e9 de repr\u00e9sentants locaux. On ne peut pas\nen effet dissocier les C\u00e9vennes des c\u00e9venols, on ne peut ici\n\u00e9loigner la nature de l&rsquo;homme qui l&rsquo;a embellie. Nous avions donc\ndemand\u00e9 au moins cinquante et un pour cent des si\u00e8ges pour ces\nrepr\u00e9sentants locaux au sein du conseil d&rsquo;administration. Nous en\navons obtenu 50 % et c&rsquo;est une grande victoire eut \u00e9gard \u00e0 ce qui\nexiste dans les autres parcs. Mais nous ne d\u00e9sesp\u00e9rons pas, rien\nn&rsquo;\u00e9tant fig\u00e9, d&rsquo;atteindre un beau jour notre but. Ceci \u00e9tant, sur\nle plan des principes politiques le c\u00e9venol a enfin la possibilit\u00e9\nde vivre chez lui ce pourquoi il est toujours vot\u00e9 : la mise \u00e0\ndisposition d&rsquo;une collectivit\u00e9 locale de la solidarit\u00e9 nationale\nc&rsquo;est, si je ne m&rsquo;abuse, un acte de socialisation. Je pense donc\nd\u00e9sormais que si nous voulons rester des hommes de gauche, nous\nn&rsquo;avons pas le droit de souhaiter les nationalisations pour les\nautres, mais de les refuser pour nous-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour\nle troisi\u00e8me visage de la C\u00e9venne qui est celui de sa g\u00e9ographie,\nl&rsquo;intervention du parc ne soul\u00e8ve \u00e0 mon avis aucune objection ;\ndans la mesure o\u00f9 seul le conseil d&rsquo;administration \u00e9laborera les\nprincipes de protection. En fonction de ce qui existe d\u00e9j\u00e0, les\ncrit\u00e8res d&rsquo;am\u00e9nagement, de style, d&rsquo;architecture ou de volume se\nd\u00e9finiront d\u2019eux m\u00eame, la condition \u00e9tant que l&rsquo;art de\nl&rsquo;ensemble s&rsquo;inspire toujours de la sensibilit\u00e9 locale.<\/p>\n\n\n\n<p>Vient\nenfin le probl\u00e8me \u00e9conomique. L\u00e0 \u00e9galement il y a progr\u00e8s\npositifs ; l&rsquo;afflux touristique et un b\u00e9n\u00e9fice en soi ; l&rsquo;aide\nmajor\u00e9e de l\u2019\u00e9tat, directe pour la zone parc, \u00e0 la disposition\ndes communes pour la zone p\u00e9riph\u00e9rique, sera un ballon d&rsquo;oxyg\u00e8ne\npour une infrastructure d&rsquo;\u00e9quipement qui en raison du relief co\u00fbte\nterriblement cher. Mais il y a plus : l&rsquo;id\u00e9e est c\u00e9venole qui a\ndemand\u00e9 et est en voie d&rsquo;obtenir une r\u00e9mun\u00e9ration directe des\nagriculteurs qui s&#8217;emploieront, dans les temps mort de leurs\nactivit\u00e9s d&rsquo;exploitants, aux t\u00e2ches d&rsquo;accueil et d&rsquo;entretien\nn\u00e9cessit\u00e9es par la vie quotidienne du parc. Li\u00e9s par contrat \u00e0\nl&rsquo;\u00e9tablissement public, les ruraux auront le loisir et la\npossibilit\u00e9 de choisir un certain nombre de travaux : r\u00e9ception des\nvisiteurs \u00e0 la ferme, visite des sites, entretien des chemins,\nparticipation aux travaux de la ferme, participation \u00e0 l&rsquo;\u00e9levage de\ngibier, participation \u00e0 des productions sp\u00e9cifiques jug\u00e9es\nprioritaires, etc&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Les\nrevenus c\u00e9venols, parmi les plus bas en France, pourront ainsi \u00eatre\nconsid\u00e9rablement major\u00e9, voir doubl\u00e9s. Compte tenu de toutes ces\ndonn\u00e9es dont la primordiale est qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de nature hors la\npr\u00e9sence de l&rsquo;homme pour l&rsquo;am\u00e9nager, la contempler, l&rsquo;\u00e9couter, et\ntout simplement s&rsquo;\u00e9merveiller, compte tenu que l&rsquo;homme et la nature\nsont d\u00e9sormais en C\u00e9vennes comme le doigt et l\u2019ongle, il y a le\nl\u00e0 une exp\u00e9rience r\u00e9volutionnaire in\u00e9dite en France et peut-\u00eatre\nen Europe, \u00e0 laquelle ne peuvent plus s&rsquo;opposer que les grincheux,\nles \u00e9go\u00efstes, et les r\u00e9actionnaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans\naucun doute suis un peu dur dans cette sentence, mais il s&rsquo;agit pour\nnous de l&rsquo;avenir de nos enfants et de sa pr\u00e9paration, en faisant\nbien ressortir \u00e0 tous qu&rsquo;il ne peut plus, qu&rsquo;il ne doit plus y avoir\nd&rsquo;arri\u00e8re-pens\u00e9es ni de pi\u00e8ges. Si le gouvernement pense avoir\nl\u00e2ch\u00e9 du lest pour mieux mater et mieux parquer le troupeau, en\nmodifiant plus tard le d\u00e9cret d&rsquo;application \u00e0 sa guise, il se\ntrompe. Si le d\u00e9partement de la Loz\u00e8re pense d\u00e9brayer de ses\nresponsabilit\u00e9s en se d\u00e9chargeant sur les \u00e9paules plus solides de\nson probl\u00e8me du sud, il se trompe. Si les c\u00e9venols pensent que le\nprojet est destin\u00e9 \u00e0 les faire partir pour mieux les regrouper dans\nles H.L.M. de la ville, ils se trompent. Si le touriste pense gagner\n\u00e0 peu de frais un splendide jardin public dont il sera le seul\nma\u00eetre, il se trompe. Si le technicien et l&rsquo;amoureux fou de la\nnature pense pouvoir \u00e9pancher sont romantisme \u00e0 l&rsquo;exclusion des\nautres hommes, il se trompe.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais\nsi ces cinq \u00e9l\u00e9ments, \u00e0 l&rsquo;image des cinq doigts d&rsquo;une m\u00eame main,\ns&rsquo;opposant, se confrontant et collaborant, appr\u00e9hendant \u00e0 pleine\npaume l&rsquo;avenir de ce pays, alors je vous le dis tout est possible.<\/p>\n\n\n\n<p>En\nd\u00e9finitive, m\u2019adressant aux c\u00e9venols et \u00e0 leurs amis, il faut\nconclure ainsi : ce n&rsquo;est pas une maison qui nous est offerte, ce\nn&rsquo;est surtout pas une prison, ce sont des pierres et du ciment. La\nmaison c&rsquo;est \u00e0 nous de la b\u00e2tir. Si nous refusions de le faire\nalors ne d\u00e9boucherions sur cette derni\u00e8re m\u00e9fiance, bouclant le\ncercle de toutes les m\u00e9fiances, cette m\u00e9fiance suicidaire qui\nconsisterait \u00e0 ne plus avoir confiance en nous-m\u00eames, en nos\ncapacit\u00e9s, en nos dons, en nos vertus, en nos disponibilit\u00e9s, en\nnotre g\u00e9nie. Mais si, prenant la truelle, nous demeurons nous-m\u00eames,\nje vous l\u2019affirme nous n&rsquo;avons rien \u00e0 craindre et tout \u00e0 esp\u00e9rer.<\/p>\n\n\n\n<p>En\ndernier lieu si vous le permettez de vous faire une confidence a vous\nrepr\u00e9sentants du gouvernement, et vous amis des C\u00e9vennes, lorsque\nvous monterez l\u00e0-haut dans les vall\u00e9es, vous approchant des\nc\u00e9venols, le c\u0153ur sans conseils mais consentants, pr\u00eats \u00e0 les\naimer tels qu&rsquo;ils sont, \u00e0 les entendre et les comprendre, alors vous\nd\u00e9couvrirez discr\u00e8tement la merveilleuse intimit\u00e9 de l&rsquo;homme avec\nsa terre, alors vous d\u00e9couvrirez un merveilleux \u00e9quilibre humain et\nesth\u00e9tique qui est, et restera toujours si l&rsquo;on ne brise rien, une\nsource in\u00e9puisable de r\u00e9confort.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un ami m&rsquo;a montr\u00e9 le texte d&rsquo;un \u00e9tonnant discours prononc\u00e9 en 1970, juste avant la cr\u00e9ation officielle du Parc National (intervenue le 2 septembre 1970). 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