{"id":872,"date":"2022-07-26T10:44:11","date_gmt":"2022-07-26T10:44:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.reveeveille.net\/cevennevivante\/wordpress\/?p=872"},"modified":"2022-07-26T10:44:13","modified_gmt":"2022-07-26T10:44:13","slug":"le-castor-speleologue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.reveeveille.net\/candelhospitalet\/le-castor-speleologue\/","title":{"rendered":"Le castor sp\u00e9l\u00e9ologue"},"content":{"rendered":"\n<p>Un jour, mon sp\u00e9l\u00e9ologue de voisin Bertrand me pr\u00eate un topo des cavernes loz\u00e9riennes. J&rsquo;adore feuilleter ce genre d&rsquo;ouvrages compilant d&rsquo;interminables successions de profils d&rsquo;avens et de grottes qui se ressemblent tous et dans lesquels je n&rsquo;irai jamais (mais \u00e7a n&rsquo;est pas grave, je r\u00eave beaucoup, c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 \u00e7a). La majorit\u00e9 de l&rsquo;ouvrage \u00e9tait bien s\u00fbr consacr\u00e9e aux sites majeurs du d\u00e9partement, les causses M\u00e9jean et de Sauveterre, riches en cavit\u00e9s de grande ampleur. Un p\u00f4vre petit chapitrounet abordait tout de m\u00eame les tristes ressources cavernicoles de la petite can de l&rsquo;hospitalet, d\u00e9crivant seulement 2 cavit\u00e9s : l&rsquo;aven de Montgros, et&#8230; Tartabisac 1. Le \u00ab\u00a01\u00a0\u00bb, d\u00e9licieux et inattendu suffixe, sugg\u00e9rait sans l&rsquo;expliciter qu&rsquo;il existait \u00e9videmment quelque part un \u00ab\u00a0Tartabisac 2\u00a0\u00bb, et peut-\u00eatre m\u00eame, qui sait, des Tartabissac 3, 4 et 5, mais l&rsquo;ouvrage n&rsquo;en disait pas plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Une projection horizontale de la cavit\u00e9 r\u00e9v\u00e9lait un r\u00e9seau assez important pour la can&nbsp;(plusieurs kilom\u00e8tres) en pr\u00e9cisant que ces galeries n&rsquo;\u00e9taient accessibles que par temps tr\u00e8s sec car un siphon barrait l&rsquo;entr\u00e9e. Il n&rsquo;en fallait pas plus pour enflammer mon imagination et me d\u00e9cider sur le champ : la prochaine balade familiale du dimanche pousserait par l\u00e0-bas.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;\u00e9tait au printemps, la route du Pompidou au Masbonnet \u00e9tait somptueuse de vert et de fleurs de toutes couleurs. Nous avons pos\u00e9 la voiture \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e de la piste herbeuse menant au petit col visible \u00e0 quelques centaines de m\u00e8tres. Ce col marque pr\u00e9cis\u00e9ment la limite entre le calcaire, au nord, dans lequel est taill\u00e9e une falaise courte sur patte au pied de laquelle j&rsquo;imagine l&rsquo;entr\u00e9e de la caverne, et le schiste, au sud, que sa meilleure r\u00e9sistance \u00e0 l&rsquo;\u00e9rosion a \u00e9rig\u00e9 en une cr\u00eate ac\u00e9r\u00e9e culminant en un \u00e9troit sommet recouvert de genets encore noirs d&rsquo;un r\u00e9cent \u00e9cobuage.<\/p>\n\n\n\n<p>Au pied de ce sommet, une bergerie isol\u00e9e est pos\u00e9e, tranquille. Des ch\u00e8vres dispers\u00e9es dans la v\u00e9g\u00e9tation font leurs petites affaires sans s&rsquo;occuper de nous.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec mon petit gar\u00e7on, je m&rsquo;\u00e9lance \u00e0 l&rsquo;assaut de la pente calcaire d&rsquo;en face. Les filles pr\u00e9f\u00e8rent cueillir d&rsquo;\u00e9normes bouquets de fleurs. C&rsquo;est comme \u00e7a la vie. La pente est raisonnablement raide, mais comme souvent sur calcaire il n&rsquo;y a que tr\u00e8s peu de v\u00e9g\u00e9tation, le sol est constitu\u00e9 d&rsquo;\u00e9clats rocheux de toutes tailles qui rendent la progression fastidieuse et je dois porter Nils \u00e0 plusieurs reprises. Nous voici au pied de la barre rocheuse qui doit logiquement abriter l&rsquo;entr\u00e9e de la cavit\u00e9. Nous la longeons vers la gauche. Il faut sans cesse faire des d\u00e9tours pour se frayer un passage au travers des buis qui se sont soudainement \u00e9paissis. Une l\u00e9g\u00e8re trace au sol t\u00e9moigne cependant d&rsquo;un passage, humain ou animal ? Nous nous laissons guider et bient\u00f4t la falaise semble s&rsquo;infl\u00e9chir et prendre la forme d&rsquo;un petit porche. Une derni\u00e8re descente et nous y voil\u00e0, c&rsquo;est bien la fameuse \u00ab\u00a0Tartabisac 1\u00a0\u00bb, il n&rsquo;y a pas de doute. Une sorte de petite mare transparente de 4 \u00e0 5 m\u00e8tres de long est abrit\u00e9e par l&rsquo;avanc\u00e9e rocheuse et p\u00e9n\u00e8tre \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la montagne. Je me penche et aper\u00e7ois, dans la p\u00e9nombre, une galerie qui part vers la gauche. Si mes souvenirs sont exacts, le topo signalait que cette galerie n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un appendice secondaire le la cavit\u00e9, l&rsquo;acc\u00e8s au r\u00e9seau se faisant par un siphon que je ne vois pas.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;eau m&#8217;emp\u00eache d&rsquo;approcher pour mieux voir. J&rsquo;enl\u00e8ve le bas et me voil\u00e0 en slip, pr\u00eat \u00e0 tenter l&rsquo;aventure. \u00c9cartant les jambes au maximum, je pose un pied sur chaque paroi et commence \u00e0 avancer dans une position inconfortable, \u00e0 la limite de l&rsquo;\u00e9cart\u00e8lement. Suspendu au dessus de l&rsquo;eau glac\u00e9e, j&rsquo;approche ainsi tout doucement de la galerie \u00e0 la gueule noire. Enfin je peux y jeter un regard gr\u00e2ce \u00e0 ma frontale que je tiens \u00e0 bout de bras. Une fois mes yeux habitu\u00e9s \u00e0 l&rsquo;obscurit\u00e9, je constate que la galerie trace en ligne droite sur 5 \u00e0 6 m\u00e8tres puis tourne brusquement \u00e0 angle droit vers la droite. Elle est tapiss\u00e9e d&rsquo;argile relativement s\u00e8che, il ne devrait pas \u00eatre trop inconfortable de s&rsquo;y glisser.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me pr\u00e9pare \u00e0 l&rsquo;audacieuse man\u0153uvre qui consistera \u00e0 passer progressivement de ma position en \u00e9quilibre instable \u00e0 une position allong\u00e9e sur le replat argileux, lorsque tout \u00e0 coup je crois percevoir, au fond de la galerie, un mouvement furtif. Interloqu\u00e9 j&rsquo;arr\u00eate mes contorsions et porte toute mon attention cet endroit. Pas de toute, il y a l\u00e0 une forme sombre qui remue. J&rsquo;aper\u00e7ois m\u00eame deux yeux qui brillent dans le noir et me d\u00e9visagent fixement. Vite, ma frontale. Je donne la lumi\u00e8re et vois appara\u00eetre une face animale qui me parait agressive. Qu&rsquo;est-ce que cela peut bien \u00eatre ? Un blaireau ? En tout cas c&rsquo;est gros, et je ne suis pas rassur\u00e9 !<\/p>\n\n\n\n<p>La b\u00eate s&rsquo;agite de plus en plus et brutalement, elle fonce vers moi. La surprise et la peur me font reculer violemment en arri\u00e8re, mes pieds glissent des parois et par je ne sais quel miracle, je me retrouve debout dans 1 m d&rsquo;eau glac\u00e9e, tandis que le bruit sourd d&rsquo;une course m&rsquo;apprend que l&rsquo;animal, quel qu&rsquo;il soit, rapplique au pas de course. Il surgit brutalement de l&rsquo;orifice, plonge au beau milieu de la mare, suivi d&rsquo;une queue \u00e9paisse et puissante qui bat l&rsquo;air puis rame vigoureusement, faisant presque instantan\u00e9ment dispara\u00eetre le castor, car c&rsquo;en est un, dans le fameux siphon que je cherchais depuis tout \u00e0 l&rsquo;heure. Voici une r\u00e9ponse tout \u00e0 fait claire \u00e0 deux questions !<\/p>\n\n\n\n<p>Je reste l\u00e0, plant\u00e9 dans l&rsquo;eau, le c\u0153ur battant, craignant un retour vengeur de l&rsquo;animal&#8230; Ah \u00e7a, pas de doute, c&rsquo;est bien, Tartabisac 1 !<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois remis de mes \u00e9motions, en fouillant un peu les abords de la caverne, je trouve rapidement de nombreux indices qui confirment qu&rsquo;il s&rsquo;agit bien d&rsquo;un castor : des traces de pattes, et surtout beaucoup de copeaux. Le castor est fr\u00e9quent dans la r\u00e9gion, mais ce qu&rsquo;il y a de bizarre, c&rsquo;est qu&rsquo;il vit en principe dans le fond des vall\u00e9es. Qu&rsquo;est il venu faire \u00e0 Tartabisac 1, \u00e0 au moins 250 m\u00e8tres de d\u00e9nivel\u00e9e au dessus de la plus proche rivi\u00e8re digne de ce nom ? De la sp\u00e9l\u00e9o ?<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2009\/0925_tartabisac\/20090925_tartabisac_10.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption>La galerie par laquelle s&rsquo;est enfui mon castor sp\u00e9l\u00e9ologue, ass\u00e9ch\u00e9e \u00e0 la fin de l&rsquo;\u00e9t\u00e9<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Des naturalistes locaux apprenant l&rsquo;histoire nous ont dit qu&rsquo;un castor mort avait \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9 sur la can, \u00e0 peu pr\u00e8s au dessus de la grotte, et qu&rsquo;ils ne comprenaient pas comment il avait pu arriver si loin d&rsquo;une rivi\u00e8re. Il avait probablement pris pension \u00e0 Tartabisac 1, comme celui que j&rsquo;ai vu cette fois-ci, soit parce que les rivi\u00e8res \u00e9taient trop peupl\u00e9es, soit en p\u00e9riode de grand \u00e9tiage ? Qui sait ?<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis revenu&nbsp;souvent \u00e0 Tartabisac 1 dans l&rsquo;espoir de revoir mon castor. Il ne s&rsquo;est plus jamais montr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour des informations un peu plus \u00ab\u00a0s\u00e9rieuses\u00a0\u00bb sur la grotte de tartabisac 1, c&rsquo;est <a href=\"https:\/\/www.reveeveille.net\/candelhospitalet\/?p=776\">ici<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.reveeveille.net\/geoportail\/cartepublique.aspx?idecrit=945\" width=\"100%\" height=\"400\"><\/iframe>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un jour, mon sp\u00e9l\u00e9ologue de voisin Bertrand me pr\u00eate un topo des cavernes loz\u00e9riennes. 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