{"id":2615,"date":"2022-10-02T15:30:18","date_gmt":"2022-10-02T15:30:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.reveeveille.net\/candelhospitalet\/?p=2615"},"modified":"2022-10-02T15:30:21","modified_gmt":"2022-10-02T15:30:21","slug":"jean-bonijol-et-quincaille","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.reveeveille.net\/candelhospitalet\/jean-bonijol-et-quincaille\/","title":{"rendered":"Jean Bonijol et Quincaille"},"content":{"rendered":"\n<p>Histoire crois\u00e9e d&rsquo;un homme et d&rsquo;un terrain de parachutage clandestin. 1944<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Prologue, Saint-Laurent-de-Tr\u00e8ves, le 6 mai 2007<\/h3>\n\n\n\n<p>Il r\u00e8gne autour de la mairie de Saint-Laurent une agitation inhabituelle&nbsp;: c\u2019est le second tour des \u00e9lections pr\u00e9sidentielle. Ce n\u2019est pas que les votants soient tr\u00e8s nombreux, mais comme chaque fois, ce genre d\u2019\u00e9v\u00e9nement constitue une bonne occasion de se rencontrer. Alors, \u00e0 la sortie des urnes, on s\u2019attarde, et des petits groupes se sont form\u00e9s ici et l\u00e0 sur la place. On se donne les nouvelles, on commente le temps qu\u2019il fait\u2026 on parle politique aussi, bien s\u00fbr.<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019angle de la place, un attroupement&nbsp;un peu plus important : le petit bar de Saint-Laurent, ferm\u00e9 depuis des ann\u00e9es, est exceptionnellement ouvert pour l\u2019occasion, et la patronne, Paulette Roume, est heureuse de le voir s\u2019animer. Intimid\u00e9, j\u2019entre pour la premi\u00e8re fois dans ce lieu un peu mythique de mon village, m\u2019assois \u00e0 une grande table carr\u00e9e couverte d\u2019une belle toile cir\u00e9e, et en attendant que quelqu\u2019un s\u2019occupe de moi je jette un regard circulaire sur les lieux. Photos des C\u00e9vennes au mur, fleurs sur les tables\u2026 c\u2019est sobre, propre, parfaitement tenu. Il y a juste, entrepos\u00e9 dans un angle de la pi\u00e8ce, un dr\u00f4le d\u2019objet que je n\u2019arrive pas \u00e0 identifier. C\u2019est une sorte de tube gris, d\u2019environ 1m20 de haut et 50cm de diam\u00e8tre. Intrigu\u00e9, je m\u2019approche. Un papier pos\u00e9 sur l\u2019objet en question pr\u00e9cise&nbsp;: \u00ab&nbsp;Container de parachutage, Quincaille&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 entendu parler des parachutages d\u2019armes pour les r\u00e9sistants, je sais donc ce qu\u2019est un container, mais c\u2019est la premi\u00e8re fois que j\u2019en vois un. Que fait-il donc ici&nbsp;? Et que signifie \u00ab&nbsp;Quincaille&nbsp;\u00bb&nbsp;? J\u2019interroge Paulette. Elle me r\u00e9pond assez sobrement qu\u2019il y a eu, \u00ab&nbsp;l\u00e0-haut sur la can [1]&nbsp;\u00bb (elle montre une direction approximative vers le nord-est), un terrain o\u00f9 \u00ab&nbsp;on&nbsp;\u00bb a parachut\u00e9 des armes pour les maquisards, vers la fin de 1944.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/1900\/0101_illustrations_quincaille\/19000101_illustrations_quincaille_02.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption>Le container du bar de Saint-Laurent-de-Tr\u00e8ves, dans une utilisation nouvelle et inventive<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Ces quelques informations me stup\u00e9fient. Voil\u00e0 plus de dix ans que je vis dans cette commune. Passionn\u00e9 par l\u2019histoire ancienne et r\u00e9cente des environs, je consacre beaucoup de temps \u00e0 me documenter sur toutes les \u00e9poques, \u00e0 interroger les gens. Malgr\u00e9 tout, je n\u2019avais encore entendu parler ni de parachutages clandestins ni de Quincaille, pourtant situ\u00e9 \u00e0 moins d\u2019un kilom\u00e8tre de ma maison. Comment expliquer cela&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Une rapide recherche bibliographique me confirme les informations de Paulette, et m\u2019oriente vers un homme&nbsp;dont je n\u2019ai encore jamais entendu parler : Jean Bonijol. Il semble avoir jou\u00e9 un r\u00f4le important dans la mise en place et la gestion de ce fameux terrain de parachutage. Il vit toujours \u00e0 Mende, et accepte de me recevoir.<\/p>\n\n\n\n<p>A cette \u00e9poque, cette histoire ne repr\u00e9sentait encore pour moi qu\u2019un \u00e9pisode int\u00e9ressant parmi beaucoup d\u2019autres dans la vaste fresque de l\u2019histoire locale, au m\u00eame titre que la naissance de l\u2019industrie du fer ou la mise en place du syst\u00e8me f\u00e9odal. En allant \u00e0 la rencontre de Jean, j\u2019imaginais tout simplement apprendre de lui l\u2019histoire de Quincaille, en commen\u00e7ant par le d\u00e9but et en terminant par la fin. D\u00e8s ses premi\u00e8res phrases, j\u2019ai compris que cela ne se passerait pas ainsi. Un r\u00e9cit trouve son origine dans l\u2019aboutissement de plusieurs autres, la r\u00e9ponse \u00e0 une question ouvre sur dix autres questions. Il m\u2019a imm\u00e9diatement paru \u00e9vident que si je voulais vraiment comprendre ce petit extrait de l\u2019Histoire, je devais mieux conna\u00eetre l\u2019histoire personnelle de l\u2019homme qui me parlait.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/1900\/0101_illustrations_quincaille\/19000101_illustrations_quincaille_03.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption>D\u00e9tail d&rsquo;un container de parachutage, Saint Laurent de Tr\u00e8ves 2007<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Bient\u00f4t, mon travail d\u2019investigation a \u00e9t\u00e9 guid\u00e9 par une question centrale&nbsp;: comment un \u00eatre humain est-il amen\u00e9 \u00e0 faire ses choix dans des p\u00e9riodes troubl\u00e9es&nbsp;? En particulier, je voulais savoir quelle avait \u00e9t\u00e9 l\u2019importance de l\u2019environnement familial, de l\u2019\u00e9ducation, de l\u2019\u00e9cole, de la soci\u00e9t\u00e9, et enfin de la personnalit\u00e9 propre de Jean dans les d\u00e9cisions courageuses qu\u2019il a prises. Avec, en arri\u00e8re-plan, des questionnements plus personnels, bien s\u00fbr&nbsp;: moi-m\u00eame, en pareilles circonstances, qu\u2019aurais-je fait&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>De questions implicantes en r\u00e9cits passionnants, mon petit projet d\u2019une heure a pris de l\u2019ampleur pour se transformer en une enqu\u00eate plus cons\u00e9quente \u00e9tal\u00e9e sur pr\u00e8s de trois ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Mener cette investigation plus de 60 ans apr\u00e8s les faits n\u2019\u00e9tait pas chose ais\u00e9e&nbsp;: le t\u00e9moin et personnage principal du r\u00e9cit, Jean Bonijol, a lui-m\u00eame estim\u00e9 qu\u2019apr\u00e8s une telle dur\u00e9e, la fiabilit\u00e9 de ses souvenirs n\u2019\u00e9tait pas toujours garantie. Malgr\u00e9 tout, je n\u2019ai que rarement cherch\u00e9 \u00e0 valider les informations qu\u2019il me livrait car, plut\u00f4t que de rapporter des faits historiques absolument pr\u00e9cis, mon but \u00e9tait de recueillir un t\u00e9moignage humain, subjectif et vivant. Je souhaitais avant tout comprendre comment un individu avait v\u00e9cu des \u00e9v\u00e9nements exceptionnels qui le d\u00e9passaient parfois, et essay\u00e9 d\u2019y tracer sa route. A cette subjectivit\u00e9 s\u2019est ajout\u00e9e la mienne, moi qui ai recueilli sa parole et tent\u00e9 de la retranscrire avec ma sensibilit\u00e9.Certains d\u00e9tails techniques ou chronologiques des histoire crois\u00e9e de Jean Bonijol et de Quincaille peuvent donc \u00eatre inexacts. Je remercie le lecteur de m\u2019en excuser[2], et j\u2019esp\u00e8re que malgr\u00e9 tout vous lirez le r\u00e9cit qui va suivre avec autant de plaisir que j\u2019ai eu \u00e0 l\u2019entendre.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2007\/0422_container_quincaille\/20070422_container_quincaille_01.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption>Le container, tel que je l&rsquo;ai vu pour la premi\u00e8re fois<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>[1] En Loz\u00e8re on appelle \u00ab&nbsp;can&nbsp;\u00bb un petit plateau calcaire. Il en existe plusieurs \u00e0 la lisi\u00e8re est du Causse M\u00e9jean. Le hameau de Saint-Laurent-de-Tr\u00e8ves est domin\u00e9 par l\u2019un de ces plateaux, dont une partie s\u2019appelle la can de Ferri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>[2] La r\u00e9sistance en pays c\u00e9venol a \u00e9t\u00e9 abondamment trait\u00e9e par la litt\u00e9rature, sous la forme de m\u00e9moires de r\u00e9sistants, r\u00e9dig\u00e9es peu de temps apr\u00e8s les \u00e9v\u00e9nements, ou de travaux d\u2019historiens plus distanci\u00e9s. Ces ouvrages d\u00e9taill\u00e9s et pr\u00e9cis sont passionnants, et je conseille vivement aux lecteurs int\u00e9ress\u00e9s par plus de pr\u00e9cision historique de s\u2019y r\u00e9f\u00e9rer directement. Certains sont cit\u00e9s en annexe.<\/p>\n\n\n\n<!--nextpage-->\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Can de Ferri\u00e8re, Saint-Laurent de Tr\u00e8ves, une nuit de juillet 1944<\/h3>\n\n\n\n<p>23h30. Les yeux tourn\u00e9s vers le ciel, Jean \u00e9coute la nuit. Tout est calme. Les hommes se sont dispers\u00e9s sur le terrain, en petits groupes. Ils profitent de ces quelques instants de r\u00e9pit avant l\u2019action. La fra\u00eecheur du soir porte les sons, et am\u00e8ne \u00e0 Jean les bribes d\u2019une conversation qui s\u2019engage \u00e0 voix basse. On y parle de la vie, de la famille. Un \u00e9clat de rire retenu. Et puis le silence. Au loin, la flamme d\u2019un briquet troue l\u2019obscurit\u00e9, bient\u00f4t relay\u00e9e par un point rouge intermittent. La brise apporte une odeur de fum\u00e9e qui se disperse rapidement.<\/p>\n\n\n\n<p>Soudain, Jean per\u00e7oit un faible ronronnement, tr\u00e8s loin au sud du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Aigoual. Quelques secondes passent, le bruit semble s\u2019\u00e9teindre puis soudain Jean l\u2019entend \u00e0 nouveau, plus fort. Pas de doute, c\u2019est leur client. Jean se l\u00e8ve et crie \u00ab&nbsp;Allumez le balisage&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Pr\u00e8s des batteries, quelqu\u2019un s\u2019agite et les faisceaux des projecteurs d\u2019axe trouent la nuit.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout le monde est maintenant concentr\u00e9, attentif au vrombissement qui cro\u00eet. L\u2019avion fait un large d\u00e9tour par l\u2019ouest, puis approche par le nord.<\/p>\n\n\n\n<p>F\u00e9brilement, Jean commence \u00e0 \u00e9mettre le code en morse&nbsp;: Point\/trait\/point \u2026 \u00ab&nbsp;R&nbsp;\u00bb, la lettre du&nbsp; terrain. A quelques m\u00e8tres, le projecteur clignote au rythme de sa main. L\u2019avion, un \u00e9norme Lib\u00e9rator, passe au dessus de lui sans ralentir, dans un fracas de tonnerre qui r\u00e9sonne sur les serres des vall\u00e9es c\u00e9venoles. Ses feux de position clignotent : point\/trait\/point\u2026 il a bien rep\u00e9r\u00e9 le terrain et tout lui semble correct. Nouvelle large boucle, un silence relatif s\u2019installe, puis \u00e0 nouveau le bruit enfle. Tous les habitants de la vall\u00e9e du Tarnon doivent \u00eatre r\u00e9veill\u00e9s \u00e0 pr\u00e9sent. Jean fr\u00e9mit \u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019avec ce raffut, une de ces nuits une patrouille allemande pourrait surgir\u2026 Pas le temps d\u2019y songer pour le moment, l\u2019avion est \u00e0 nouveau align\u00e9. Il est descendu \u00e0 moins de 200 m\u00e8tres, cette fois c\u2019est la bonne&nbsp;! Tous volets baiss\u00e9s, il ralentit \u00e0 la limite de la vitesse de d\u00e9crochage, et passe si bas que malgr\u00e9 la nuit Jean aper\u00e7oit la soute ouverte.Trois points noirs en jaillissent, suivis de z\u00e9brures blanch\u00e2tres puis de corolles claires qui descendent vers le sol en se balan\u00e7ant tranquillement. Le Lib\u00e9rator remet ses gaz \u00e0 fond pour remonter ses 20 tonnes vers le ciel. D\u00e9j\u00e0, les hommes se pr\u00e9cipitent vers le terrain.<\/p>\n\n\n\n<!--nextpage-->\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">L\u2019enfance<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Montbrun, gorges du Tarn, 1921<\/p>\n\n\n\n<p>Montbrun est un joli petit village haut perch\u00e9 sur le flanc du Causse M\u00e9jean, dans les gorges du Tarn. Les maisons de pierre, tass\u00e9es les unes contre les autres autour de l\u2019\u00e9glise, sont toutes habit\u00e9es de familles nombreuses. Les \u00e9troites ruelles en pente r\u00e9sonnent de jeux d\u2019enfants et de cris d\u2019animaux domestiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme dans tous les hameaux des C\u00e9vennes \u00e0 l\u2019\u00e9poque, il y a deux \u00e9coles&nbsp;: une pour les filles, une pour les gar\u00e7ons. Les parents de Jean, tous deux instituteurs, sortis la promotion 1903 de l\u2019Ecole Normale de Mende, y ont \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9s pour leur premier poste[1]. Le p\u00e8re est originaire de Vialas, et la m\u00e8re (n\u00e9e Mazoyer), de la Canourgue. Comme il se doit, le p\u00e8re enseigne aux gar\u00e7ons et la m\u00e8re aux filles.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u00e0 que na\u00eet Jean, le 8 mai 1921. Il est quasiment un enfant du retour de guerre&nbsp;: son p\u00e8re y est parti juste apr\u00e8s la naissance de Georges[2], le fr\u00e8re ain\u00e9, en 1913, et il l\u2019a faite \u00ab&nbsp;du premier au dernier jour&nbsp;\u00bb&nbsp;pour ne revenir \u00e0 Montbrun qu\u2019en 1918&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>La fratrie est bient\u00f4t compl\u00e9t\u00e9e par L\u00e9o[3], en 1923.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s qu\u2019ils sont en \u00e2ge d\u2019aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole, les trois fr\u00e8res se retrouvent donc en classe\u2026 avec leur propre p\u00e8re comme instituteur, bien s\u00fbr.<\/p>\n\n\n\n<p>Mr Bonijol p\u00e8re est d\u2019origine protestante, Madame d\u2019origine catholique. Dans la r\u00e9alit\u00e9 ils sont r\u00e9solument la\u00efques, comme beaucoup d\u2019instituteurs[4]&nbsp;! N\u2019emp\u00eache&nbsp;: m\u00eame si les guerres de religion sont finies depuis longtemps, les mariages \u00ab&nbsp;mixtes&nbsp;\u00bb ne sont pas encore tr\u00e8s courants \u00e0 l\u2019\u00e9poque, l\u2019assumer \u00e9tait un acte fort. Jean a donc grandi dans une grande libert\u00e9 de penser, apprenant au passage la tol\u00e9rance et le respect de la diff\u00e9rence. Autant de valeurs qui ont jou\u00e9 un r\u00f4le important dans l\u2019ind\u00e9pendance d\u2019esprit dont il fera preuve plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p>Le berceau de la famille Bonijol est \u00e0 Polimies, l\u2019un des hameaux de la commune de Vialas connu pour ses mines de baryte. Avec les ann\u00e9es les oncles et tantes de Jean se sont dispers\u00e9s dans la r\u00e9gion et plus loin, mais la maison des grands-parents reste un lieu de regroupement familial. Jean y passera toutes ses vacances d\u2019enfance.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019un des oncles paternels, L\u00e9on, c\u00e9libataire, \u00e9tait rest\u00e9 \u00e0 Polimies, et a eu une importance particuli\u00e8re pour Jean. Il \u00e9tait propri\u00e9taire d\u2019un moulin qui a rendu de grands services au hameau&nbsp;: tout le monde venait y moudre ses c\u00e9r\u00e9ales et ses ch\u00e2taignes. Il y avait deux \u00e9tages, celui du bas pour la farine, et celui du dessus pour le d\u00e9cortiqueur de ch\u00e2taignes s\u00e8ches. Mais l\u2019oncle L\u00e9on avait d\u2019autres cordes \u00e0 son arc. Il jouait \u00e9galement le r\u00f4le de boucher des environs, et partait r\u00e9guli\u00e8rement en tourn\u00e9e dans les hameaux pour saigner les b\u00eates \u00e0 la demande. Pendant les vacances, Jean le suivait parfois, apprenant le m\u00e9tier sur le tas. Tuer le cochon, d\u00e9couper la viande\u2026autant de comp\u00e9tences qui se r\u00e9v\u00e8leront bien utiles par la suite. Mais l\u2019oncle L\u00e9on \u00e9tait un homme s\u00e9v\u00e8re et exigeant, qui tenait \u00e0 ce que tout travail soit fait dans les r\u00e8gles de l\u2019art. Il r\u00e9p\u00e9tait toujours \u00ab&nbsp;Avec la lame, pas avec la pointe&nbsp;\u00bb, pour expliquer comment couper la viande avec la pointe du couteau laissait des barbelures disgracieuses.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s une vingtaine d\u2019ann\u00e9es \u00e0 Montbrun, les parents Bonijol d\u00e9cident de voir du pays et font une demande de mutation. Ils sont nomm\u00e9s \u00e0 Saint Julien des Points, entre le Collet-de-D\u00e8ze et Sainte-C\u00e9cile d\u2019Andorge. C\u2019est l\u00e0 que na\u00eet la derni\u00e8re des Bonijol de cette g\u00e9n\u00e9ration&nbsp;: Suzette, la petite s\u0153ur[5].<\/p>\n\n\n\n<p>Nouveau village, nouvelle \u00e9cole, mais m\u00eame instituteur&nbsp;: Jean continue de suivre les cours de son p\u00e8re, avec succ\u00e8s puisqu\u2019il obtient son certificat en 1933, \u00e0 12 ans. Comme beaucoup de petits fran\u00e7ais, il pourrait arr\u00eater ses \u00e9tudes et rejoindre la vie active, mais il veut poursuivre jusqu\u2019au brevet \u00e9l\u00e9mentaire (\u00e9quivalent du niveau de seconde actuel). De Saint Julien, Al\u00e8s n\u2019est pas tr\u00e8s loin et il part y faire une 6<sup>\u00e8me<\/sup> en internat.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ann\u00e9e suivante le p\u00e8re est nomm\u00e9 \u00e0 un nouveau poste, \u00e0 Vialas. Cette mutation rapproche la famille de Polimies. Elle permet \u00e9galement d\u2019\u00e9conomiser les frais d\u2019internat de Jean, car \u00e0 l\u2019\u00e9cole de Vialas il y a un cours compl\u00e9mentaire[6]&nbsp; qui permet \u00e0 Jean de continuer ses \u00e9tudes sur place. C\u2019est un soulagement financier pour la famille durant cette p\u00e9riode ou les 2 fr\u00e8res de Jean sont eux aussi en cours d\u2019\u00e9tudes, internes dans des \u00e9tablissements techniques \u00e0 N\u00eemes et Mende.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019int\u00e9gralit\u00e9 des enseignements du cours compl\u00e9mentaire sont assur\u00e9s par un couple d\u2019instituteurs, Mr et Mme Vidal. \u00ab&nbsp;C\u2019\u00e9taient&nbsp; de&nbsp;sacr\u00e9s bonshommes, qui devaient faire travailler 60 gaillards&nbsp;\u00bb, commente Jean en riant avant d\u2019ajouter : \u00ab&nbsp;On avait une composition de fran\u00e7ais par semaine, et elle \u00e9tait corrig\u00e9e, hein&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Sujets litt\u00e9raires, r\u00e9flexions sur les \u00ab&nbsp;questions de la vie&nbsp;\u00bb\u2026 Jean continue \u00e0 construire sa machine \u00e0 penser.<\/p>\n\n\n\n<p>La seconde guerre mondiale \u00e9clate alors que Jean est en train de terminer ses cours compl\u00e9mentaires. Vue de Loz\u00e8re, elle semble lointaine, certes, mais bien pr\u00e9sente malgr\u00e9 tout&nbsp;: des foules de r\u00e9fugi\u00e9s affluent \u00e0 Vialas. Pour l\u2019essentiel ce sont des familles loz\u00e9riennes qui ont \u00e9migr\u00e9 vers la ville dans les d\u00e9cennies pr\u00e9c\u00e9dentes, mais qui ont encore des parents ou une propri\u00e9t\u00e9 dans les environs, et qui reviennent au pays chercher des conditions de survie plus favorables. C\u2019est dans cette ambiance que Jean obtient son brevet \u00e9l\u00e9mentaire en juin 1939. Que va-t-il faire maintenant&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Le m\u00e9tier d\u2019instituteur est l\u2019un des d\u00e9bouch\u00e9s classiques des cours compl\u00e9mentaires. Peut-\u00eatre m\u00eame \u00ab&nbsp;le summum&nbsp;\u00bb, car si l\u2019on r\u00e9ussit \u00e0 se faire admettre \u00e0 l\u2019Ecole Normale, on devient boursier d\u2019\u00e9tat, avec l\u2019ind\u00e9pendance financi\u00e8re \u00e0 la cl\u00e9. C\u2019est le r\u00eave de beaucoup de jeunes de l\u2019\u00e9poque, et de Jean en particulier. Il faut dire que le m\u00e9tier d\u2019instituteur, c\u2019est une vieille histoire dans la famille Bonijol. L\u2019un des arri\u00e8re-arri\u00e8re grand-p\u00e8res maternels de Jean l\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0, et sa mani\u00e8re de le pratiquer a marqu\u00e9 la l\u00e9gende familiale. A l\u2019\u00e9poque, sous le second-empire, l\u2019\u00e9cole normale n\u2019existait pas encore. En place d\u2019examen, les instituteurs \u00e9taient nomm\u00e9s par le conseil d\u2019arrondissement, sur proposition de la mairie. Autant dire que les nominations \u00e9taient parfois plus guid\u00e9es par les tendances politiques que par les comp\u00e9tences p\u00e9dagogiques ou les vocations&nbsp;! Alors, lorsqu\u2019un parti politique \u00e9loign\u00e9 de ses convictions arrivait au pouvoir, l\u2019a\u00efeul \u00e9tait convoqu\u00e9 \u00e0 la Pr\u00e9fecture. Le Pr\u00e9fet lui passait un savon, et il le \u00ab&nbsp;d\u00e9boulonnait&nbsp;\u00bb. Peu lui importait&nbsp;: il reprenait son m\u00e9tier intermittent de berger. Sa femme lui disait \u00ab&nbsp;Quan m\u00eamo, Pierrou, pourrios fa quicon per aqueles enfans&nbsp;\u00bb (Quand m\u00eame, Pierrou, tu pourrais faire quelque chose pour ces enfants). Et lui r\u00e9pondait \u00ab&nbsp;Jamai liquera\u00ef lou ciou del pr\u00e9fet&nbsp;\u00bb (Jamais je l\u00e8cherai le cul du pr\u00e9fet&nbsp;). Quand son parti revenait au pouvoir, il redevenait instituteur. Instituteur-Berger, voil\u00e0 un m\u00e9tier de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est donc tout naturellement que Jean se d\u00e9cide&nbsp;: il sera instituteur, lui aussi.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour faire ce m\u00e9tier, il faut \u00eatre titulaire d\u2019un Baccalaur\u00e9at. Probl\u00e8me&nbsp;: en 1940 il n\u2019y a pas encore de lyc\u00e9e en Loz\u00e8re&nbsp;! Pr\u00e9parer le bac est donc r\u00e9serv\u00e9 aux \u00e9lites qui peuvent se payer le luxe d\u2019aller en pension dans le Gard ou ailleurs. Pour tourner la difficult\u00e9 et offrir les m\u00eame chances de r\u00e9ussite \u00e0 tous, l\u2019Education Nationale doit donc pr\u00e9parer elle-m\u00eame ses \u00ab&nbsp;poulains&nbsp;\u00bb au Bac. C\u2019est l\u2019objet de classes sp\u00e9ciales, qui correspondent \u00e0 la fois aux 3 ann\u00e9es habituelles de l\u2019\u00e9cole normale et \u00e0 un cursus de pr\u00e9paration au Bac.<\/p>\n\n\n\n<p>A peine son Brevet El\u00e9mentaire en poche, Jean se pr\u00e9sente donc au concours d\u2019entr\u00e9e \u00e0 l\u2019Ecole Normale. Admis \u00e0 l\u2019\u00e9crit, il loupe l\u2019oral. Le voil\u00e0 oblig\u00e9 de refaire une ann\u00e9e au cours compl\u00e9mentaire&nbsp;! Il se repr\u00e9sente en juin 1940, cette fois avec succ\u00e8s. Il se pr\u00e9pare donc \u00e0 entrer \u00e0 l\u2019E.N. de Mende en septembre 1940, \u00e0 19 ans. Ironie du sort, apr\u00e8s la d\u00e9b\u00e2cle militaire, P\u00e9tain fait fermer les \u00e9coles normales en juillet (\u00ab&nbsp;Sans doute pr\u00e9f\u00e9rait-t-il l\u2019enseignement catholique&nbsp;\u00bb, suppose Jean). Les jeunes \u00e9l\u00e8ves instituteurs trouvent porte close&nbsp;! On les renvoie chez eux en leur demandant d\u2019attendre qu\u2019une solution soit trouv\u00e9e. Quelques semaines plus tard on les accueille finalement au coll\u00e8ge Chaptal[7] o\u00f9 des classes sp\u00e9ciales ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es pour eux[8]. Les cours peuvent commencer.<\/p>\n\n\n\n<p>Trois ann\u00e9es passent.En juin 43, Jean obtient son Bac \u00ab&nbsp;Math \u00e9lem\u2019&nbsp;\u00bb, qu\u2019il a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 \u00ab&nbsp;Philo&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;Philo-sciences&nbsp;\u00bb. Pour devenir enfin instituteur, il lui reste une ann\u00e9e de formation pratique \u00e0 accomplir. Mais la guerre en a d\u00e9cid\u00e9 autrement&nbsp;: il est en \u00e2ge de partir en Allemagne, au Service du Travail Obligatoire.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>[1] Ils b\u00e9n\u00e9ficient de ce que l\u2019on appelle officiellement un \u00ab&nbsp;poste double&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>[2] Il deviendra ing\u00e9nieur des arts et m\u00e9tiers et ing\u00e9nieur des travaux publics, et fera sa carri\u00e8re \u00e0 la SNCF.<\/p>\n\n\n\n<p>[3] Ce petit fr\u00e8re commencera une carri\u00e8re comme ing\u00e9nieur pour EDF, en Savoie, puis travaillera pour Alstom&nbsp; en Alg\u00e9rie<\/p>\n\n\n\n<p>[4] Position peu confortable car en haute Loz\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9poque, on est tr\u00e8s catholiques.<\/p>\n\n\n\n<p>[5] Elle cr\u00e9era plus tard un commerce d\u2019\u00e9picerie avec son mari.<\/p>\n\n\n\n<p>[6] Ce dispositif, cr\u00e9\u00e9 en 1886, joue le r\u00f4le de coll\u00e8ge dans les secteurs o\u00f9 il n\u2019y en a pas encore, et permet d\u2019accueillir les \u00e9l\u00e8ves qui se destinent \u00e0 des fonctions intellectuelles ou \u00e0 des postes administratifs<\/p>\n\n\n\n<p>[7] Cet \u00e9tablissement mendois, \u00e0 l\u2019\u00e9poque coll\u00e8ge, deviendra plus tard le seul lyc\u00e9e public de Loz\u00e8re<\/p>\n\n\n\n<p>[8] En novembre 42, apr\u00e8s l\u2019invasion de la zone libre, les allemands arriveront \u00e0 Mende et s\u2019installeront\u2026 dans ce m\u00eame coll\u00e8ge Chaptal, mettant les classes pr\u00e9paratoires \u00e0 la porte une seconde fois. On les relogera finalement\u2026 dans les locaux de l\u2019Ecole Normale&nbsp;! Retour \u00e0 la case d\u00e9part.<\/p>\n\n\n\n<!--nextpage-->\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le projet<\/h3>\n\n\n\n<p>Pendant les trois ann\u00e9es d\u2019\u00c9cole Normale, Jean n\u2019a pas fait que potasser ses cours. Il a observ\u00e9 la mani\u00e8re dont le gouvernement P\u00e9tain dirigeait le pays. Fermeture des \u00c9coles Normales, suppression de nombreuses avanc\u00e9es sociales, relations ambig\u00fces avec l\u2019occupant, mesures antis\u00e9mites\u2026 tout cela l\u2019a profond\u00e9ment troubl\u00e9. Sans parler de l\u2019ambiance antila\u00efque qui s\u2019affirme chaque jour d\u2019avantage, et pointe les instituteurs comme responsables des malheurs de la France.<\/p>\n\n\n\n<p>Au sein de l\u2019\u00c9cole Normale, les jeunes ont beaucoup \u00e9chang\u00e9 sur tout \u00e7a, \u00e0 l\u2019occasion de d\u00e9bats parfois houleux, repr\u00e9sentatifs de la diversit\u00e9 sociale et culturelle des \u00e9tudiants. Au fil de ces discussions, la conscience politique des jeunes s\u2019est aiguis\u00e9e, et peu \u00e0 peu l\u2019\u00e9vidence&nbsp;s\u2019est faite : d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, il allait falloir faire des choix. Par bravade d\u2019abord, puis bient\u00f4t par conviction, Jean et quelques autres d\u00e9cident qu\u2019ils passeront dans la clandestinit\u00e9 lorsque le moment sera venu.<\/p>\n\n\n\n<p>Arrive la convocation \u00e0 la visite m\u00e9dicale d\u2019aptitude pour le STO. Jean ne se fait pas d\u2019illusion&nbsp;: \u00ab&nbsp;A ce genre de visite&nbsp;tout le monde est toujours pris&nbsp;\u00bb, commente-t-il avec humour. Effectivement, il est \u00ab&nbsp;invit\u00e9&nbsp;\u00bb \u00e0 se pr\u00e9senter \u00e0 Mauriac (Cantal) le 9 juillet 43 pour partir en Allemagne. Jean ne s\u2019y rendra pas. C\u2019est le moment d\u00e9cisif, le point de non-retour. Entre camarades qui ont le m\u00eame projet, ils se disent des au-revoir de conspirateurs :&nbsp; \u00ab&nbsp;Allez, \u00e0 bient\u00f4t sur le mont Loz\u00e8re&nbsp;! \u00bb, puis ils se s\u00e9parent.<\/p>\n\n\n\n<p>Le passage dans la clandestinit\u00e9 est une affaire s\u00e9rieuse et risqu\u00e9e&nbsp;: ceux qui ne se pr\u00e9sentent pas au d\u00e9part pour le STO sont hors la loi et peuvent avoir de graves ennuis. Avant de dispara\u00eetre, Jean pr\u00e9pare une fausse piste. Il \u00e9crit une lettre \u00e0 ses parents. Il leur explique qu\u2019il est parti en Savoie rejoindre le maquis[1], qu\u2019ils recevront probablement la visite des gendarmes, et qu\u2019il faudra leur montrer cette lettre. Il la remet \u00e0 la femme de son fr\u00e8re Georges, en lui demandant de la poster depuis Lyon[2]. Puis il dit au revoir \u00e0 ses parents et quitte la maison familiale en juillet 43, officiellement pour rejoindre Mauriac.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne part pas \u00e0 Mauriac, bien s\u00fbr, ni m\u00eame en Savoie. Il veut rester dans les environs pour attendre le passage des gendarmes et voir comment tournent les \u00e9v\u00e9nements. Il se dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;S\u2019ils ramassent tes parents, quand m\u00eame tu sortiras&nbsp;! \u00bb. Il conna\u00eet la montagne par c\u0153ur et se trouve facilement une jasse [3] dans les pentes du Mont Loz\u00e8re, \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de Polimies, pour lui servir de toit. Un bon copain monte de temps en temps pour le ravitailler, ou bien ils se donnent rendez-vous \u00e0 mi-pente, pour partager l\u2019effort.<\/p>\n\n\n\n<p>Jean n\u2019a pas mis ses parents dans la confidence de sa vraie destination. Pour les prot\u00e9ger bien s\u00fbr, mais aussi parce qu\u2019il n\u2019est pas tout \u00e0 fait certain qu\u2019ils l\u2019auraient soutenu dans sa d\u00e9cision. Ils sont devenus \u00ab&nbsp;pacifistes&nbsp;\u00bb, c\u2019est \u00e0 dire qu\u2019ils ne souhaitent pas prendre parti. Sans doute P\u00e9tain repr\u00e9sente-t-il encore pour eux, comme pour beaucoup de ceux qui ont v\u00e9cu la guerre pr\u00e9c\u00e9dente, quelqu\u2019un qui a rendu de grands services \u00e0 la France, et ils ne sont peut-\u00eatre pas pr\u00eats \u00e0 accepter l\u2019id\u00e9e de lui d\u00e9sob\u00e9ir cette fois-ci. Lorsqu\u2019ils re\u00e7oivent la lettre de Jean, la surprise est totale.<\/p>\n\n\n\n<p>Au bout d\u2019une quinzaine de jours, comme l\u2019avait pr\u00e9vu Jean, ses parents re\u00e7oivent la visite des gendarmes de Vialas, qui se contentent de lire la lettre et partent sans faire de commentaire. Jean n\u2019est gu\u00e8re \u00e9tonn\u00e9 de la facilit\u00e9 avec laquelle son plan a fonctionn\u00e9&nbsp;: les gendarmes sont connus pour faire preuve d\u2019un manque de z\u00e8le flagrant lorsqu\u2019il s\u2019agit de retrouver des clandestins[4]&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Jean a donc maintenant le statut de \u00ab&nbsp;clandestin&nbsp;officiel&nbsp;\u00bb.&nbsp; Que faire&nbsp;maintenant&nbsp;? Rejoindre un maquis n\u2019est pas simple&nbsp;: ceux des C\u00e9vennes, tr\u00e8s rares \u00e0 cette \u00e9poque, sont encore en cours de structuration. Mais vivre la clandestinit\u00e9 en restant isol\u00e9,&nbsp;c\u2019est impossible : \u00ab&nbsp;Se cacher c\u2019est une chose, mais manger, c\u2019en est une autre&nbsp;! \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est Emile (Milou) Rouvi\u00e8re, copain de promo de l\u2019E.N., qui va l\u2019aider. Il est originaire de la Vall\u00e9e Fran\u00e7aise, et conna\u00eet plusieurs personnes impliqu\u00e9es dans la r\u00e9sistance, notamment Thadd\u00e9e de Samusewicz, l\u2019un des responsables du Comit\u00e9 de Saint Jean, r\u00e9seau d\u00e9j\u00e0 bien implant\u00e9 dans les C\u00e9vennes. La principale mission du comit\u00e9 est justement d\u2019aider les jeunes r\u00e9fractaires au STO \u00e0 se cacher. Jean prend contact en ao\u00fbt 43. On l\u2019oriente vers La Falgui\u00e8re, une ferme de Gabriac, pr\u00e8s de Sainte Croix, tenue par Elie Andr\u00e9, maire de la commune. Elie Andr\u00e9 ne participe pas directement aux op\u00e9rations de r\u00e9sistance, mais il aidera beaucoup le mouvement, en prenant de nombreux jeunes chez lui, en accueillant des groupes en op\u00e9rations[5], en utilisant sa position de Maire pour fabriquer des faux papiers&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 donc Jean m\u00e9tamorphos\u00e9 en valet de ferme. Il rend tous les services qu\u2019il peut&nbsp;: il coupe du bois, il participe aux travaux agricoles[6]\u2026 En \u00e9change de son travail, la famille Andr\u00e9 lui offre le g\u00eete et le couvert.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette situation est relativement confortable, mais elle ne satisfait pas Jean. Ce n\u2019est pas la clandestinit\u00e9 tranquille qu\u2019il recherche. Il veut s\u2019impliquer, agir concr\u00e8tement pour la r\u00e9sistance. Avec l\u2019aval de Samusewicz, il prend contact avec les autres jeunes clandestins des environs. Beaucoup sont \u00e9prouv\u00e9s : \u00ab&nbsp;la clandestinit\u00e9, \u00ab&nbsp;quand \u00e7a dure une semaine c\u2019est du camping, mais quand \u00e7a s\u2019allonge \u00e7a finit par travailler, et on commence de se demander comment on va retrouver son boulot&nbsp;\u00bb. Alors, deux ou trois fois par mois, ici et l\u00e0, Jean organise des r\u00e9unions pour rassembler ceux qui se trouvent trop isol\u00e9s. On y parle des \u00e9v\u00e9nements, on lit la presse clandestine[7], on fait des plans sur la com\u00e8te, tout en jouant aux cartes en en mangeant des ch\u00e2taignes. On n\u2019y pr\u00e9pare rien de concret, mais ces moments partag\u00e9s permettent de soutenir le moral des jeunes et de raffermir leur d\u00e9termination \u00e0 agir.<\/p>\n\n\n\n<p>Par son implication croissante, Jean passe peu \u00e0 peu du statut de clandestin \u00e0 celui de r\u00e9sistant.<\/p>\n\n\n\n<p>Jean reste \u00e0 la Falgui\u00e8re de juillet \u00e0 novembre 43. Il a une conscience aig\u00fce de ce que l\u2019accueillir a repr\u00e9sent\u00e9 pour la famille Andr\u00e9. Le risque permanent de se faire prendre, en tout premier lieu, aurait pu les conduire \u00e0 la mort. Il y a aussi le poids d\u2019une bouche de plus \u00e0 nourrir&nbsp;: dans la famille Andr\u00e9 il y a 6 gosses, et le dernier, Serge, n\u2019a que 5 ans&nbsp;! Jean restera en contact toute sa vie avec cette famille g\u00e9n\u00e9reuse, \u00ab&nbsp;des gens inoubliables&nbsp;\u00bb comme il les d\u00e9crit avec \u00e9motion.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019\u00e9t\u00e9 43, le nombre de clandestins s\u2019est rapidement accru, il y en a maintenant dans quasiment toutes les fermes de la Vall\u00e9e Fran\u00e7aise. Face \u00e0 cette situation de plus en plus probl\u00e9matique et risqu\u00e9e, Marceau Lapierre et Georges Lafont du Comit\u00e9 de Saint Jean estiment venu le moment de rassembler et organiser ces jeunes.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils cherchent un lieu adapt\u00e9, qui sera rapidement propos\u00e9 par Albin Andr\u00e9. Ce cousin de Elie habite le hameau de Leyris, au dessus de Moissac-Vall\u00e9e-Fran\u00e7aise, et dispose \u00e0 2 kilom\u00e8tres de l\u00e0 d\u2019un corps de ferme inoccup\u00e9 depuis quelques temps, la Picharlerie. Il le met \u00e0 disposition du projet. Le site, difficilement accessible, prot\u00e9g\u00e9 par un enchev\u00eatrement de serres escarp\u00e9es qui offrent de remarquables points d\u2019observation, est \u00e0 la fois discret et strat\u00e9gique. Les grands b\u00e2timents peuvent accueillir plusieurs dizaines de personnes, une citerne en bon \u00e9tat et une petite source coulant \u00e0 200 m\u00e8tres fournissent l\u2019eau indispensable\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Marceau Lapierre souhaite faire de la Picharlerie un maquis-\u00e9cole afin de pr\u00e9parer les jeunes \u00e0 la lutte arm\u00e9e. Il confie l\u2019instruction militaire des r\u00e9fractaires \u00e0 quelques personnes d\u00e9j\u00e0 aguerries aux combats.<\/p>\n\n\n\n<p>En novembre 43, Jean arrive \u00e0 la Picharlerie encore vide. Il am\u00e8ne avec lui une trentaine de r\u00e9fractaires, pour l\u2019essentiel des jeunes qu\u2019il a rassembl\u00e9s en vall\u00e9e fran\u00e7aise les mois pr\u00e9c\u00e9dents. Il va donc naturellement garder un r\u00f4le d\u2019encadrement dans cette \u00e9quipe. Ce sera le groupe \u00ab&nbsp;Toussaint&nbsp;\u00bb (du nom du formateur), qui formera le c\u0153ur des maquisards de la Picharlerie. Le tout premier maquis des vall\u00e9es c\u00e9venoles vient de na\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p>A la Picharlerie, au d\u00e9but, \u00ab on ne fait pas grand chose&nbsp;\u00bb, raconte Jean. De temps \u00e0 autres, il y a des enseignements concernant ce qu\u2019il faut savoir pour \u00eatre un bon maquisard. On a quelques armes vieillissantes[8], qu\u2019on apprend \u00e0 d\u00e9monter et \u00e0 nettoyer. On tire un peu quand ce n\u2019est pas trop risqu\u00e9. Mais pour l\u2019essentiel, il s\u2019agit surtout de subvenir aux besoins du groupe. En glanant \u00e7a et l\u00e0 aux alentours et avec la complicit\u00e9 des paysans du coin on arrive assez facilement \u00e0 se procurer des ch\u00e2taignes et des patates, mais pour le reste, c\u2019est plus compliqu\u00e9. Il faut monter des op\u00e9rations pour r\u00e9cup\u00e9rer des cartes et des tickets de rationnement.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019une de ces op\u00e9rations est men\u00e9e \u00e0 l\u2019Estr\u00e9chure. Un groupe parcourt 30 kilom\u00e8tres \u00e0 pied dans la nuit et se pr\u00e9sente \u00e0 l\u2019\u00e9cole. L\u2019affaire \u00e9tait cens\u00e9e avoir \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 l\u2019avance avec l\u2019instituteur, \u00e9galement secr\u00e9taire de mairie. Il aurait du suffire de faire semblant de lui faucher les tickets. Mauvaise surprise&nbsp;: \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de la troupe l\u2019\u00e9cole est ferm\u00e9e. \u00ab&nbsp;Ah, celui l\u00e0 nous joue un sale tour&nbsp;\u00bb\u2026 Il faut donc \u00eatre un peu plus persuasif que pr\u00e9vu, faire sauter la porte \u00e0 coup de pied pour p\u00e9n\u00e9trer dans l\u2019\u00e9cole et sortir Monsieur l\u2019Instituteur de son lit. Celui-ci pr\u00e9tend que le Maire a pris les tickets chez lui. Toute la troupe se transporte chez le Maire, un \u00ab&nbsp;bon vieux&nbsp;\u00bb qui les fait rentrer et leur explique qu\u2019il n\u2019a pas les tickets. L\u2019instituteur proteste que si\u2026 finalement on soul\u00e8ve le matelas du Maire et on trouve les pr\u00e9cieux tickets. De retour \u00e0 la Picharlerie, on pr\u00e9l\u00e8ve une partie des cartes et des tickets de pain, et Jean repart seul pour les porter \u00e0 un petit maquis qui crevait de faim, \u00e0 Solp\u00e9ri\u00e8re, au dessus de V\u00e9bron.<\/p>\n\n\n\n<p>Une autre fois, l\u2019op\u00e9ration consiste \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer de la viande. Les paysans \u00e9taient tenus aux \u00ab&nbsp;r\u00e9quisitions&nbsp;\u00bb, c\u2019est \u00e0 dire qu\u2019ils devaient fournir un certain nombre de t\u00eates de b\u00e9tail \u00e0 l\u2019occupant. Les b\u00eates \u00e9taient regroup\u00e9es dans des bergeries sp\u00e9ciales. L\u2019une d\u2019elle est situ\u00e9e en face de Tonas, dans la vall\u00e9e de Saint-Andr\u00e9-de-Lancize. Une petite troupe de 3 ou 4 part de nuit avec les poches pleines de brisures de ch\u00e2taignes. Sans bruit, ils entrent dans la bergerie et tendent leurs tr\u00e9sors aux brebis qui en sont friandes. Du coup, \u00ab&nbsp;tout ce petit monde devient bien copain&nbsp;\u00bb. Quelques brebis sortent de la bergerie et suivent la troupe sans probl\u00e8me sur le chemin du retour. Pour gagner du temps, on emprunte un raccourci qui traverse carr\u00e9ment la cour de l\u2019\u00e9cole de Tonas&nbsp;! La Picharlerie est une ancienne ferme, les \u00e9tables ne manquent pas, on y installe les b\u00eates et chaque matin on les fait sortir dans l\u2019herbe. Et voil\u00e0 de quoi subvenir aux besoins en viande de l\u2019\u00e9quipe pendant quelques semaines. La d\u00e9coupe est naturellement assur\u00e9e par Jean lui-m\u00eame, qui valorise le savoir-faire acquis aupr\u00e8s de l\u2019oncle L\u00e9on.Toutes ces actions se font \u00e0 pieds. On franchit des cr\u00eates, on saute des vall\u00e9es, on longe des rivi\u00e8res. Soixante ans plus tard, c\u2019est peut-\u00eatre le souvenir le plus fort : \u00ab&nbsp;Ah \u00e7a, on peut dire qu\u2019on aura march\u00e9, march\u00e9, march\u00e9\u2026&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>[1] C\u2019est l\u2019\u00e9poque \u00e0 laquelle les maquis alpins commencent \u00e0 faire parler d\u2019eux.<\/p>\n\n\n\n<p>[2] Georges, le fr\u00e8re ain\u00e9 de Jean, est chef de d\u00e9p\u00f4t \u00e0&nbsp;Laumes-les-Al\u00e9sia, pr\u00e8s de Dijon. Au d\u00e9but des hostilit\u00e9s, il a \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9 sur la fronti\u00e8re italienne, et sa femme est venue s\u00e9journer quelques temps \u00e0 Vialas. Les combats termin\u00e9s, il vient d\u2019\u00eatre d\u00e9mobilis\u00e9 et elle part le rejoindre.<\/p>\n\n\n\n<p>[3] Bergerie traditionnelle de pierre<\/p>\n\n\n\n<p>[4] Certains gendarmes dispara\u00eetront m\u00eame dans la nature \u00e0 leur tour, de leur propre initiative voire m\u00eame encourag\u00e9s par leur hi\u00e9rarchie \u00e0 partir de juin 44.<\/p>\n\n\n\n<p>[5] Il a par exemple accueilli le groupe du commandant Mistral, qui dirigeait les op\u00e9rations a\u00e9roport\u00e9es et avait la doublure de l\u2019Intelligence Service<\/p>\n\n\n\n<p>[6] Il fait quelques b\u00eatises aussi&nbsp;! Plus tard, vers la fin de l\u2019ann\u00e9e 44, apr\u00e8s la fin des parachutages d\u2019armes, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une visite amicale \u00e0 la Falgui\u00e8re, il entreprend de nettoyer une ch\u00e2taigneraie. Il a avec lui un peu de plastic qu\u2019il a r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 d\u2019un des derniers parachutages. Avec la d\u00e9route allemande, il n\u2019y en a plus besoin. Alors, pour aller plus vite dans son entreprise de d\u00e9broussaillage, il utilise l\u2019explosif. Il para\u00eet que le p\u00e8re Andr\u00e9 a eu du bois pour sa cl\u00e8de pendant un bon moment&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>[7] En particulier le journal Combat<\/p>\n\n\n\n<p>[8] Dont un lot de 27 fusils allemands Mauser de la guerre&nbsp;de 14&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<!--nextpage-->\n\n\n\n<p>Le projet<\/p>\n\n\n\n<p>A la Picharlerie comme dans les autres maquis des environs, on manque cruellement d\u2019armes. Pire, le peu de mat\u00e9riel dont on dispose est d\u00e9pareill\u00e9 et obsol\u00e8te, constitu\u00e9 de fusils de chasse ou de \u00ab&nbsp;p\u00e9toires&nbsp;\u00bb rescap\u00e9s des guerres pr\u00e9c\u00e9dentes. Mener des actions s\u00e9rieuses et efficaces dans ces conditions est tout simplement illusoire. Ce probl\u00e8me r\u00e9current, Jean y pense en permanence. Chaque fois qu\u2019il en a l\u2019occasion, il l\u2019\u00e9voque avec les responsables du Comit\u00e9 de Saint Jean. Il existe bien une solution d\u2019approvisionnement, mais elle est complexe et dangereuse \u00e0 mettre en place&nbsp;: les parachutages d\u2019armes par les alli\u00e9s, comme cela se fait d\u00e9j\u00e0 dans le nord de la Loz\u00e8re et ailleurs en France. Avec un terrain \u00e0 proximit\u00e9 des vall\u00e9es c\u00e9venoles, on pourrait alimenter tous les maquis alentours&nbsp;! Jean est certain que cette id\u00e9e est la bonne. De r\u00e9flexions en h\u00e9sitations, l\u2019id\u00e9e avance doucement au sein du comit\u00e9 de Saint-Jean, et finalement, \u00e0 la fin du mois de f\u00e9vrier 44, De Samucewicz confie \u00e0 Jean la mission&nbsp;de prendre contact avec le SOAM (Service des Op\u00e9rations A\u00e9riennes et Maritimes) \u00e0 Rodez afin d\u2019\u00e9tudier la mise en place&nbsp;d\u2019un tel dispositif. Mais les \u00e9v\u00e9nements vont amener Jean \u00e0 remettre ce projet \u00e0 plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p>En&nbsp;mars 1944, le maquis Bir-Hakeim vient s\u2019installer \u00e0 la Picharlerie. Depuis un an, cette \u00e9quipe a beaucoup baroud\u00e9 en Aveyron, H\u00e9rault, Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales, Gard, Ard\u00e8che&#8230; La confrontation du groupe Toussaint avec ces nouveaux arrivants n\u2019est pas facile. Pour les gens de Bir-Hakeim, \u00ab&nbsp;la guerre c\u2019est la guerre&nbsp;\u00bb, ils n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 \u00ab&nbsp;d\u00e9ranger la tranquillit\u00e9 du pays&nbsp;\u00bb pour monter des op\u00e9rations de provocation de l\u2019occupant, alors que les jeunes du groupe Toussaint sont plut\u00f4t dans une optique de discr\u00e9tion, de pr\u00e9paration disciplin\u00e9e d\u2019actions \u00e0 venir. Les gars de Bir-Hakeim sont \u00e0 la fois craints et admir\u00e9s par les jeunes moins exp\u00e9riment\u00e9s. Ils prennent peu \u00e0 peu la main sur la direction des op\u00e9rations \u00e0 la Picharlerie, donnant aux \u00e9v\u00e9nements une tournure plus engag\u00e9e qui met vite l\u2019ennemi en alerte&nbsp;: entre le 7 et le 10 avril les allemands m\u00e8nent plusieurs op\u00e9rations de reconnaissance en Vall\u00e9e Fran\u00e7aise. Finalement, le 12 et 13 avril, 2000 soldats de la Panzerdivision de N\u00eemes et d\u2019Al\u00e8s attaquent les maquis du Galabert\u00e8s et de la Picharlerie. La bagarre dure deux jours. Les maquisards, en inf\u00e9riorit\u00e9 num\u00e9rique \u00e9crasante, reculent peu \u00e0 peu. Plusieurs d\u2019entre eux sont tu\u00e9s ou captur\u00e9s, et finalement le reste de l\u2019\u00e9quipe doit d\u00e9crocher. La Picharlerie a v\u00e9cu[1].<\/p>\n\n\n\n<p>Jean conduit une partie des jeunes se r\u00e9fugier \u00e0 la ferme du Castanier, sur la route de la Corniche des C\u00e9vennes, inhabit\u00e9e \u00e0 cette \u00e9poque. L\u2019\u00e9quipe s\u2019y installe pour souffler un moment, mais tout ce monde a faim, et les conserves ne suffisent pas, il faut du solide. Une fois de plus, Jean se tourne vers Elie Andr\u00e9 pour obtenir de l\u2019aide. Il rejoint la Falgui\u00e8re o\u00f9 ils pr\u00e9parent ensemble une grosse fourn\u00e9e de bon pain blanc. Il emprunte un \u00e2ne, charge ses deux gros sacs de miches et les ram\u00e8ne \u00e0 ses prot\u00e9g\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019est h\u00e9las pas possible de s\u2019attarder \u00e0 la ferme du Castanier&nbsp;: elle est situ\u00e9e sur une route tr\u00e8s passante et ils ne tarderaient pas \u00e0 \u00eatre rep\u00e9r\u00e9s. Quelques jours plus tard, Jean m\u00e8ne son groupe au ch\u00e2teau de Fons, sur l\u2019Aigoual, o\u00f9 un nouveau maquis commence \u00e0 se structurer. Tout le monde est maintenant en s\u00e9curit\u00e9. C\u2019est le moment pour Jean de quitter ce groupe dont il s\u2019occupe depuis pr\u00e8s d\u2019un an, pour se consacrer enfin \u00e0 son grand projet&nbsp;: les parachutages. Il rentre \u00e0 la Falgui\u00e8re et se met au travail.<\/p>\n\n\n\n<p>Le voyage vers Rodez pour le rendez-vous avec le SOAM doit \u00eatre pr\u00e9par\u00e9 de mani\u00e8re tr\u00e8s m\u00e9ticuleuse, car Jean est hors la loi. Elie Andr\u00e9, \u00e0 la mairie de Gabriac (encore lui&nbsp;!) lui fournit des faux papiers. Sur sa nouvelle carte d\u2019identit\u00e9 il s\u2019appelle \u00ab&nbsp;Jean Balez[2]&nbsp;\u00bb&nbsp;, et il est cens\u00e9 \u00eatre berger. Plus d\u00e9licat&nbsp;: pour justifier le fait qu\u2019il ne soit pas au STO, sa carte lui donne 18 ans alors qu\u2019il en a 23&nbsp;! On lui donne aussi de l\u2019argent pour payer son voyage et subvenir \u00e0 ses besoins, et pour finir il emprunte \u00e0 la famille Andr\u00e9 un pantalon \u00ab&nbsp;un peu potable&nbsp;\u00bb et une chemise correcte, histoire de ne pas trop se faire remarquer.<\/p>\n\n\n\n<p>Fin avril, Jean quitte la Falgui\u00e8re pour&nbsp;Florac o\u00f9&nbsp;il prend le car pour Millau. Malgr\u00e9 quelques frayeurs bien l\u00e9gitimes lors des contr\u00f4les, le voyage se passe sans incidents. Arriv\u00e9 \u00e0 Millau en fin de journ\u00e9e, il doit attendre le train de Rodez du lendemain matin. Il obtient du chauffeur l\u2019autorisation de rester dormir dans le car. Toutes les 2 heures, une ronde passe, Jean voit des rayons de lampes \u00e9lectriques s\u2019attarder aux fen\u00eatres du car, mais tout se termine bien. Au petit matin, il saute \u00e0 la gare prendre le train.<\/p>\n\n\n\n<p>A Rodez, le rendez-vous avec le repr\u00e9sentant du Service des Op\u00e9rations A\u00e9riennes et Maritimes (SOAM) est fix\u00e9 \u00e0 l\u2019H\u00f4tel d\u2019Armagnac. Jean doit s\u2019y pr\u00e9senter avec son imperm\u00e9able sur l\u2019avant-bras, une paire de gants et un exemplaire de \u00ab&nbsp;Signal&nbsp;\u00bb, revue \u00e0 la gloire de l\u2019arm\u00e9e allemande. Voil\u00e0 de quoi ne pas se manquer. De fait, d\u00e8s que la caissi\u00e8re le voit, elle lui dit \u00ab&nbsp;Suivez-moi&nbsp;\u00bb. Elle l\u2019emm\u00e8ne dans les d\u00e9pendances, le conduit \u00e0 une chambre et ajoute simplement \u00ab&nbsp;Vous attendez l\u00e0&nbsp;\u00bb. Apr\u00e8s quelques minutes silencieuses arrive un homme que Jean reconna\u00eet tout de suite&nbsp;: il s\u2019agit de L\u00e9on Freychet, le Directeur de la cave de Roquefort. Jean l\u2019a souvent vu en allant passer des vacances chez l\u2019un de ses oncles, lui-m\u00eame surveillant g\u00e9n\u00e9ral de cette m\u00eame cave. Monsieur Freychet, lui, ne reconna\u00eet pas Jean.<\/p>\n\n\n\n<p>Jean d\u00e9fend son projet. Il explique que les maquisards et les clandestins sont nombreux en Vall\u00e9e Fran\u00e7aise, et correctement organis\u00e9s. Il raconte l\u2019\u00e9tat d\u00e9plorable des quelques armes en leur possession. Il d\u00e9montre le besoin de mat\u00e9riel de qualit\u00e9 pour travailler efficacement au service de la r\u00e9sistance. Monsieur Freychet comprend rapidement la l\u00e9gitimit\u00e9 et le s\u00e9rieux de la demande.<\/p>\n\n\n\n<p>Il met Jean au courant de la mani\u00e8re dont s\u2019organisent les parachutages. Les C\u00e9vennes Loz\u00e9riennes s\u2019int\u00e8grent \u00e0 la \u00ab&nbsp;r\u00e9gion R3&nbsp;\u00bb, qui regroupe l\u2019Ard\u00e8che, la Haute-Loire, le Cantal, l\u2019Aveyron et le Gard\u2026 Il d\u00e9taille \u00e9galement \u00e0 Jean les crit\u00e8res de la RAF pour la recherche de terrains appropri\u00e9s. L\u2019entretien se termine sans prise de d\u00e9cision ferme, mais monsieur Freychet promet qu\u2019il va rapidement envoyer un agent \u00e0 Gabriac pour continuer le travail de pr\u00e9paration, puis il quitte les lieux[3].<\/p>\n\n\n\n<p>La journ\u00e9e est d\u00e9j\u00e0 avanc\u00e9e. Jean reste \u00e0 l\u2019h\u00f4tel pour y passer la nuit mais il s\u2019inqui\u00e8te pour sa s\u00e9curit\u00e9 : la rue sous la fen\u00eatre est pleine de chevaux de frise allemands. En cas de probl\u00e8me, tenter de s\u2019esquiver par l\u00e0 serait vou\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chec. Heureusement tout se passe sans probl\u00e8me. Le lendemain, Jean reprend le train pour Mende, o\u00f9 il arrive trop tard pour rejoindre Gabriac. Heureusement, dans la ville de ses \u00e9tudes il est en terrain connu. Il fait un tour en ville et croise les filles Cordesse[4], auxquelles il raconte sa situation. Il doit \u00eatre persuasif car elles l\u2019h\u00e9bergent pour la nuit. Le lendemain, il rejoint Florac par car, puis marche toute la nuit sur la route pour rejoindre Gabriac par Le Pompidou.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme l\u2019avait promis L\u00e9on Freychet, un agent arrive \u00e0 la Falgui\u00e8re au d\u00e9but du mois de mai 44. Il s\u2019agit de Jean Dutheil, dit \u00ab&nbsp;Maurice&nbsp;\u00bb, ing\u00e9nieur des caves de Roquefort dans le civil, et responsable du SOAM&nbsp; pour le sud Loz\u00e8re. Il a pour mission de terminer la mise en place du dispositif de parachutages pour les maquis de la Vall\u00e9e Fran\u00e7aise et des alentours. Jean et lui vont travailler main dans la main.<\/p>\n\n\n\n<p>Leur premi\u00e8re t\u00e2che consiste \u00e0 rechercher des terrains propices aux parachutages. Les crit\u00e8res du SOAM sont pr\u00e9cis&nbsp;: le terrain doit \u00eatre plat (\u00ab&nbsp;C\u2019est pas dans les vall\u00e9es c\u00e9venoles qu\u2019on peut trouver des terrains de parachutage&nbsp;! \u00bb), vaste (une bande de 500 m\u00e8tres de long sur 200 de large au minimum), relativement discret, accessible en camion, et proche des vall\u00e9es c\u00e9venoles o\u00f9 devront \u00eatre achemin\u00e9es les armes. Il faudra proposer plusieurs options au SOAM pour ne pas se retrouver coinc\u00e9s si certains n\u2019obtiendraient pas l\u2019homologation. Et de toute fa\u00e7on, il pourrait s\u2019av\u00e9rer utile de disposer de plusieurs terrains op\u00e9rationnels, pour multiplier les possibilit\u00e9s, ou si l\u2019un d\u2019eux venait \u00e0 \u00eatre \u00ab&nbsp;grill\u00e9&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Un rapide examen de ces crit\u00e8res suffit \u00e0 Jean pour se faire son id\u00e9e. Le causse M\u00e9jean&nbsp;? Il ne manque pas de sites int\u00e9ressants, mais il est beaucoup trop \u00e9loign\u00e9 de la vall\u00e9e fran\u00e7aise. Le massif de l\u2019Aigoual ou les vall\u00e9es c\u00e9venoles&nbsp;? Trop accident\u00e9s. Seuls les plateaux des cans pr\u00e9sentent toutes les caract\u00e9ristiques requises. C\u2019est dans ce secteur qu\u2019il faut concentrer les recherches&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Pour \u00eatre au plus pr\u00e8s de la zone \u00e0 explorer, Jean s\u2019installe \u00e0 Barre des C\u00e9vennes. Il est h\u00e9berg\u00e9 chez Henri Roume[5], adjoint au Maire de la commune et r\u00e9sistant [6] qui l\u2019invite \u00e0 la table familiale pendant pr\u00e8s d\u2019un mois, lui assurant une base arri\u00e8re efficace et agr\u00e9able \u00e0 la fois. De l\u00e0, en quelques jours, seul ou avec Maurice, il prospecte l\u2019ensemble des plateaux environnants. Il \u00e9tudie les cartes d\u2019\u00e9tat-major pour y rep\u00e9rer des sites potentiellement int\u00e9ressants, et il se rend sur le terrain v\u00e9rifier si \u00ab&nbsp;\u00e7a colle&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont des heures de libert\u00e9 et de vagabondage, que Jean appr\u00e9cie particuli\u00e8rement, mais le risque n\u2019est pas n\u00e9gligeable. Un jour, il rep\u00e8re un endroit qui lui semble int\u00e9ressant, \u00e0 quelques centaines de m\u00e8tres au nord du col du Rey. En se rendant sur les lieux il s\u2019\u00e9gare et doit prendre de nouveaux rep\u00e8res. Il \u00e9tale ses cartes dans l\u2019herbe d\u2019une prairie proche de la route Col du Rey &#8211; Barre des C\u00e9vennes. Bient\u00f4t d\u00e9rang\u00e9 dans sa lecture par un bruit de moteur, il plie ses papiers \u00e0 la diable et se pr\u00e9cipite dans un foss\u00e9. Un camion approche, b\u00e2che lev\u00e9e, charg\u00e9 de Gardes Mobiles de R\u00e9serve assis en rangs d\u2019oignon, \u00ab&nbsp;fusil entre les pattes&nbsp;\u00bb. Le camion passe si pr\u00e8s que Jean peut lire les expressions sur les visages des hommes&nbsp;: ils sont assomm\u00e9s par la chaleur d\u2019\u00e9t\u00e9, certains sont carr\u00e9ment endormis. N\u2019emp\u00eache, cette fois, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 moins une&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Le danger ne provient&nbsp; pas toujours de l\u00e0 o\u00f9 on l\u2019attend. Un jour, alors que Jean marche dans une rue du Pompidou, il voit approcher Virebayre, un gars qui travaille pour le maquis Mistral de vall\u00e9e Borgne. \u00ab&nbsp;Il m\u2019a foutu le fusil sur le ventre ce con&nbsp;! \u00bb. Virebayre lui dit \u00ab&nbsp;On sait ce que tu fais, on te surveille&nbsp;\u00bb. Ambiance\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019inverse, les gendarmes de la toute proche brigade de Barre-des-C\u00e9vennes, qui ne doivent pas manquer d\u2019\u00eatre au courant de ce qui se pr\u00e9pare, font tout ce qu\u2019ils peuvent pour ne jamais avoir \u00e0 croiser Jean\u2026 et avec succ\u00e8s&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>En quelques journ\u00e9es d\u2019exploration, Jean et Maurice rep\u00e8rent trois terrains qui correspondent aux crit\u00e8res fix\u00e9s par le SOAM.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier est situ\u00e9 au col de l\u2019Oumenet. C\u2019est une large croupe travers\u00e9e par la route reliant Barre \u00e0 Saint-Julien-d\u2019Arpaon. Il est vaste et accessible, mais peu discret.<\/p>\n\n\n\n<p>Le second est situ\u00e9 sur la can de l\u2019Hospitalet, au dessus du Pompidou, au creux d\u2019une vaste d\u00e9pression qui court \u00e0 l\u2019ouest de la route, non loin de la ferme des Crottes. Comme le pr\u00e9c\u00e9dent, ce terrain a pour lui ses vastes dimensions. Sa situation au bord de la Corniche des C\u00e9vennes, route la plus passante des environs, le rend accessible mais peu discret.<\/p>\n\n\n\n<p>Le troisi\u00e8me terrain est situ\u00e9 sur la can de Ferri\u00e8re, au dessus de Saint Laurent de Tr\u00e8ves et Artigues, dans une d\u00e9pression situ\u00e9e \u00e0 l\u2019ouest de la piste de Ferri\u00e8re. Celui-l\u00e0, Jean l\u2019a d\u00e9couvert quelques minutes seulement apr\u00e8s avoir failli se faire prendre pr\u00e8s du col du Rey.<\/p>\n\n\n\n<p>Encore sous le coup de la peur, il observe attentivement les lieux. Il&nbsp; note les points forts et essaye de d\u00e9tecter les points faibles. Mais il le sait d\u00e9j\u00e0&nbsp;: il a trouv\u00e9 le terrain id\u00e9al.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une \u00ab&nbsp;doline[7]&nbsp;\u00bb comme il en existe sur tous les plateaux calcaires. Les plus modestes ne mesurent que quelques m\u00e8tres de diam\u00e8tre, sur le Causse M\u00e9jean certaines g\u00e9antes d\u00e9passent le kilom\u00e8tre. Celle-ci, avec 300 m\u00e8tres de long et 100 m\u00e8tres de large, est un peu exig\u00fce selon les crit\u00e8res du SOAM, mais les talus environnants, totalement d\u00e9nu\u00e9s de v\u00e9g\u00e9tation, \u00e9largissent l\u2019espace utilisable[8]. Elle est de forme allong\u00e9e, orient\u00e9e est-ouest, l\u00e9g\u00e8rement incurv\u00e9e vers le sud \u00e0 son extr\u00e9mit\u00e9 ouest. A l\u2019est elle vient mourir contre la piste, ce qui la rend facilement accessible.<\/p>\n\n\n\n<p>La surface du sol est parfaitement horizontale. Seul d\u00e9faut&nbsp;: la terre est actuellement labour\u00e9e \u00e0 grosses mottes, ce qui ne facilitera pas les d\u00e9placements des v\u00e9hicules et des hommes. C\u00f4t\u00e9 discr\u00e9tion, rien \u00e0 dire&nbsp;: la d\u00e9pression est enfonc\u00e9e de quelques m\u00e8tres par rapport \u00e0 la surface du plateau, ce qui la rend invisible aux alentours. Autre point fort&nbsp;: un bois de pins et de h\u00eatres escalade le flanc est du plateau depuis la vall\u00e9e du Brian\u00e7on et avance une excroissance touffue jusqu\u2019\u00e0 quelques dizaines de m\u00e8tres seulement, de quoi dissimuler rapidement les mat\u00e9riaux re\u00e7us.<\/p>\n\n\n\n<p>Oui, vraiment, le site est parfait.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/1900\/0101_illustrations_quincaille\/19000101_illustrations_quincaille_06.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption>Une photo a\u00e9rienne du site, prise en 1947 par l\u2019IGN \u00e0 l\u2019occasion de la premi\u00e8re mission de photographie a\u00e9rienne dans le ciel loz\u00e9rien. On y voit nettement la doline en forme de \u00ab banane \u00bb horizontale, entour\u00e9e \u00e0 l\u2019ouest et au sud par des terrains o\u00f9 la roche calcaire est d\u00e9nud\u00e9e de toute v\u00e9g\u00e9tation (les zones blanches). La piste de Ferri\u00e8re est \u00e9galement bien visible, orient\u00e9e nord-sud. En bas \u00e0 droite, les pentes bois\u00e9es du Brian\u00e7on. Ce clich\u00e9 ressemble sans-doute \u00e0 ceux r\u00e9alis\u00e9s par l\u2019avion de reconnaissance du SOAM.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Jean am\u00e8ne Andr\u00e9 sur les 3 terrains qu\u2019il a rep\u00e9r\u00e9s. Andr\u00e9 r\u00e9dige un rapport sur chacun d\u2019entre eux, dans lequel il donne toutes les pr\u00e9cisions n\u00e9cessaires (caract\u00e9ristiques topographiques, longitude et latitude\u2026), et envoie le tout au SOAM. Quelques jours plus tard un avion vient prendre des photos pour affiner encore la connaissance des lieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques semaines passent encore, et Andr\u00e9 re\u00e7oit finalement la r\u00e9ponse attendue : les trois terrains sont jug\u00e9s aptes \u00e0 recevoir des parachutages. Quincaille est m\u00eame homologu\u00e9 \u00ab&nbsp;permanent[9]&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;Homo \/ arma[10]&nbsp;\u00bb&nbsp;! De quoi faire du bon travail&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est le feu vert&nbsp;! Maurice proc\u00e8de alors \u00e0 une \u00e9tape symbolique importante&nbsp;: il donne leurs noms de code aux terrains. Au col de l\u2019Oumenet, ce sera \u00ab&nbsp;Tribunal&nbsp;\u00bb. Sur la can de l\u2019Hospitalet, \u00ab&nbsp;Balzac&nbsp;\u00bb. Et sur la can de Ferri\u00e8re&nbsp;: \u00ab&nbsp;Quincaille&nbsp;\u00bb[11].<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s ces mois de r\u00e9flexion, de pr\u00e9paratifs, d\u2019espoirs d\u00e9\u00e7us, tout s\u2019acc\u00e9l\u00e8re. Le projet entre dans sa phase active, et Jean doit rapidement constituer des \u00e9quipes pour pr\u00e9parer et r\u00e9ceptionner les parachutages. Il organise deux niveaux d\u2019implication diff\u00e9rents.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/2011\/0927_quincaille\/20110927_quincaille_02.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption>Vue de la doline de Quincaille depuis l&rsquo;ouest. Au fond, la lisi\u00e8re de la for\u00eat, au del\u00e0 de laquelle commencent les pentes de la vall\u00e9e du brina\u00e7on. Une voiture, visible, indique l&#8217;emplacement de la route actuelle et de la piste de 1944.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Une premi\u00e8re \u00e9quipe sera charg\u00e9e de la coordination des op\u00e9rations. Elle devra rester en permanence \u00e0 l\u2019\u00e9coute des alli\u00e9s et se tenir pr\u00eate \u00e0 lancer instantan\u00e9ment une op\u00e9ration en cas d\u2019annonce d\u2019un parachutage. Dans ce \u00ab&nbsp;premier cercle&nbsp;\u00bb, impossible d\u2019int\u00e9grer des hommes mobilis\u00e9s par un travail o\u00f9 une famille, il faut des hommes totalement disponibles, libres de leurs mouvements\u2026 donc des clandestins&nbsp;! Depuis ses s\u00e9jours \u00e0 la Falgui\u00e8re et la Picharlerie, Jean conna\u00eet quasiment tous ceux de Vall\u00e9e Fran\u00e7aise et autour. Il en contacte quelques-uns. Ce seront \u00ab&nbsp;Claude&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Ren\u00e9&nbsp;\u00bb le parisien, \u00ab&nbsp;Mulot&nbsp;\u00bb&#8230; Ils seront entre 5 et 10, selon les p\u00e9riodes. Jean assurera la direction du groupe, sous son nom de code \u00ab&nbsp;Bull&nbsp;\u00bb. D\u00e9but juin 44, cette \u00e9quipe s\u2019installe dans les b\u00e2timents de la colonie de Barre des C\u00e9vennes, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e ouest du village, qui est vide depuis le d\u00e9but de la guerre. L\u2019endroit est pratique&nbsp;: les armoires regorgent de tout le mat\u00e9riel n\u00e9cessaire au fonctionnement d\u2019un centre d\u2019accueil de groupes. Tout le monde aura son lit, ses draps\u2026 c\u2019est presque le luxe pour ces hommes habitu\u00e9s aux conditions du maquis&nbsp;! Henri Roume, en tant que Maire de Barre-des-C\u00e9vennes, ne peut \u00e9videmment pas se joindre \u00e0 eux. Il s\u2019occupera du ravitaillement.<\/p>\n\n\n\n<p>Jean constitue ensuite une seconde \u00e9quipe, forte d\u2019une vingtaine de jeunes des environs. Ce ne sont pas des clandestins&nbsp;:&nbsp; ils vivent normalement dans la journ\u00e9e, et ne seront sollicit\u00e9s que les nuits de parachutages.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ensemble de l\u2019organisation est plac\u00e9e sous la responsabilit\u00e9 directe de Jean, et rattach\u00e9e \u00e0 la 7202\u00e8 compagnie FTPF de la Vall\u00e9e Longue, sous le commandement de Roger Toreilles, dit \u00ab&nbsp;Commandant Marcel&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9but juin 44, tout est pr\u00eat pour accueillir les parachutages.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>[1] Apr\u00e8s la guerre, la Picharlerie retrouvera quelques temps une vie de ferme plus ordinaire mais sera bient\u00f4t laiss\u00e9e \u00e0 l\u2019abandon. En 2002 des squatteurs s\u2019y installent, ils en seront expuls\u00e9s le 11 juillet 2007 au cours d\u2019une journ\u00e9e ressemblant un peu \u00e0 celle du 12 avril 1944&nbsp;: \u00ab&nbsp;7h du matin, les forces de l&rsquo;ordre se d\u00e9ploient en grand nombre dans la Vall\u00e9e Fran\u00e7aise, quadrillant les routes et contr\u00f4lant les diff\u00e9rents points d&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la &lsquo;Pich&rsquo; (Moissac, Sainte-Croix-Vall\u00e9e-Fran\u00e7aise, Saint-Etienne-Vall\u00e9e-Fran\u00e7aise, Saint-Martin-de-Lansuscle). Tout au long de la journ\u00e9e, de nombreuses personnes et des v\u00e9hicules sont contr\u00f4l\u00e9s dans la vall\u00e9e. Pendant ce temps, sept fourgonnettes de gendarmes, des motards et un engin de destruction (pelleteuse) \u2018r\u00e9quisitionn\u00e9\u2019 montent l\u00e0-haut et tout est litt\u00e9ralement ras\u00e9. Il ne reste plus des b\u00e2timents qu&rsquo;un tas de pierres de 50 m\u00e8tres de long sur quelques m\u00e8tres de large&#8230;. \u00bb. (R\u00e9cit internet de l&rsquo;un des occupants). Le 18 juillet 2007, une journ\u00e9e de protestation et de souvenir est organis\u00e9e sur les ruines de la Picharlerie. Parmi les intervenants, Jean Bonijol viendra t\u00e9moigner des moments qu\u2019il y a pass\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>[2] Les initiales sont les m\u00eames pour ne pas se faire pincer avec des d\u00e9tails comme les initiales sur les mouchoirs<\/p>\n\n\n\n<p>[3] Monsieur Freychet sera arr\u00eat\u00e9 quelques jours apr\u00e8s l\u2019entrevue (le 3 mai) et d\u00e9port\u00e9 en Allemagne. Il survivra \u00e0 la d\u00e9portation, et reprendra la direction des caves de Roquefort pendant plusieurs d\u00e9cennies.<\/p>\n\n\n\n<p>[4] Filles de Henri Cordesse, le chef politique de la r\u00e9sistance loz\u00e9rienne depuis l\u2019arrestation de son pr\u00e9d\u00e9cesseur Henri Bourillon<\/p>\n\n\n\n<p>[5] Henri est n\u00e9 en 1897, il a donc 48 ans en 1944. Il deviendra Maire de Barre-des-C\u00e9vennes \u00e0 la lib\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n<p>[6] La famille Roume est largement engag\u00e9e dans la r\u00e9sistance, puisque l\u2019un des fils de Henri, \u00e9galement pr\u00e9nomm\u00e9 Henri, n\u00e9 en 1924, est en relation avec le maquis Aigoual-C\u00e9vennes, \u00e9quipe de Saint-Julien-d&rsquo;Arpaon, pour lequel il est chef de sizaine (\u00ab\u00a0Ritt\u00a0\u00bb de son nom de code). Son \u00e9quipe, qu\u2019il entra\u00eene au Bartas, est constitu\u00e9e de jeunes de Saint-Julien-d&rsquo;Arpaon, Ferri\u00e8re, le Masbonnet, Le Pompidou&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>[7] Une doline est une d\u00e9pression dans la surface d\u2019un plateau calcaire. Par l\u2019effet de la gravitation, la terre s\u2019y accumule et y forme un sol profond et riche. Sur ces plateaux plut\u00f4t secs et st\u00e9riles, les dolines constituent de v\u00e9ritables ilots de fertilit\u00e9 pour les agriculteurs qui y cultivent c\u00e9r\u00e9ales et fourrages.<\/p>\n\n\n\n<p>[8] La situation a bien chang\u00e9 depuis cette \u00e9poque. Avec la d\u00e9prise agricole, les troupeaux se sont rar\u00e9fi\u00e9s, et le gen\u00eat \u00e0 balais a totalement envahi les talus avoisinants. Sans doute ce site ne pourrait-il plus pr\u00e9tendre aujourd\u2019hui \u00e0 accueillir des parachutages\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>[9] Les terrains permanents sont susceptibles de recevoir des parachutages \u00e0 tous moments.<\/p>\n\n\n\n<p>[10] Les terrains de parachutage class\u00e9s en cat\u00e9gorie \u00ab&nbsp;arma&nbsp;\u00bb ne peuvent recevoir que des armes, les terrains \u00ab&nbsp;homo&nbsp;\u00bb ne re\u00e7oivent que des hommes. Quincaille peut donc recevoir des armes et des hommes.<\/p>\n\n\n\n<p>[11] Quelle a bien pu \u00eatre la source d\u2019inspiration de Maurice pour trouver ces dr\u00f4les de noms&nbsp;? Jean ne s\u2019en souvient pas, h\u00e9las\u2026<\/p>\n\n\n\n<!--nextpage-->\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Jour J<\/h3>\n\n\n\n<p>Tous les jours[1], \u00e0 la colonie de Barre, Jean et son \u00e9quipe \u00e9coutent Radio-Londres. Le fameux \u00ab&nbsp;Les fran\u00e7ais parlent aux fran\u00e7ais&nbsp;\u00bb qui introduit les \u00e9missions les remplit d\u2019\u00e9nergie, mais ce n\u2019est pas cela qu\u2019ils attendent&nbsp;: aux informations, \u00e0 13 heures, 17 heures et 21 heures, il y a les \u00ab&nbsp;messages personnels&nbsp;\u00bb&nbsp;: des phrases cod\u00e9es \u00e0 destination des r\u00e9sistants. Chaque message, g\u00e9n\u00e9ralement une petite phrase apparemment anodine, annonce ou donne le feu vert \u00e0 une op\u00e9ration&nbsp;: sabotage, d\u00e9barquement\u2026 ou parachutage. L\u2019\u00e9quipe de Jean guette trois messages diff\u00e9rents, correspondant aux trois terrains possibles. Pour Quincaille, la phrase est \u00ab&nbsp;Marguerite aime toujours les grosses carottes&nbsp;\u00bb [2].<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis le d\u00e9but du mois de juin 44, l\u2019\u00e9quipe \u00e9coute donc la radio tous les jours. On \u00e9coute matin, midi et soir, on \u00e9coute avec impatience et espoir \u2026 mais sans succ\u00e8s&nbsp;! \u00ab&nbsp;Leurs&nbsp;\u00bb messages personnels ne sont jamais prononc\u00e9s. L\u2019\u00e9quipe est tr\u00e8s d\u00e9\u00e7ue, surtout apr\u00e8s le d\u00e9barquement du 6 juin&nbsp;! Il se passe tant de choses importantes, l\u00e0-haut dans le Nord, et pendant ce temps ils sont inactifs\u2026 on dirait que les alli\u00e9s ne veulent pas les armer[3]. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, tout d\u00e9but juillet, le message tant attendu est diffus\u00e9 \u00e0 13 heures. Aux infos suivantes, l\u2019\u00e9quipe se rassemble autour du poste et \u00e9coute avec ferveur et excitation. Le message est rediffus\u00e9, leur mission est donc confirm\u00e9e[4]. Heureusement, cette fois, \u00ab&nbsp;leur&nbsp;\u00bb phrase est prononc\u00e9e&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est le branle-bas de combat. Jean fait pr\u00e9venir les membres non permanents de l\u2019\u00e9quipe. On s\u2019est entendus \u00e0 l\u2019avance&nbsp;: d\u00e8s qu\u2019untel au Pompidou ou \u00e0 Biasse a le message, il avertit les plus proches, et de loin en loin tout le monde est mis au courant. Chacun enfourche son v\u00e9lo et p\u00e9dale vigoureusement en direction du plateau. Pendant ce temps, Henri Roume charge le mat\u00e9riel n\u00e9cessaire (projecteurs, accumulateurs, c\u00e2bles\u2026) dans sa camionnette gazog\u00e8ne et prend le chemin du col[5]. Tout le monde se retrouve vers 22 heures au col du Rey. L\u00e0, on commence par se concerter. Il faut organiser deux groupes.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/1900\/0101_illustrations_quincaille\/19000101_illustrations_quincaille_05.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption>Situation de Quincaille (point rouge) sur la can de Saint Laurent. Quelques centaines de m\u00e8tres au sud, \u00e0 la crois\u00e9e des routes, le col du Rey, point de surveillance lors des missions. Deux kilom\u00e8tres au sud-est, Barre des C\u00e9vennes, base arri\u00e8re de l\u2019\u00e9quipe.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Une premi\u00e8re \u00e9quipe, compos\u00e9e de gars qui ont une bonne habitude des armes[6], restera au col. Son r\u00f4le sera de s\u00e9curiser l\u2019acc\u00e8s au terrain en contr\u00f4lant l\u2019entr\u00e9e de la piste de Ferri\u00e8re qui y m\u00e8ne. Dans la pente situ\u00e9e au dessus de la route de Florac, \u00e0 quelques m\u00e8tres de la ferme du Rey[7], ils installent un poste de d\u00e9fense&nbsp;fortement arm\u00e9. En plus des fusils FM, deux mitrailleuses lourdes sont mises en batterie. Si jamais une patrouille allemande devait arriver par l\u00e0, \u00ab&nbsp;elles se seraient fait entendre&nbsp;\u00bb, commente Jean en riant. Heureusement, tout cet arsenal n\u2019a jamais eu \u00e0 servir\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>La seconde \u00e9quipe prend la piste de Ferri\u00e8re pour rejoindre Quincaille et mettre en place le terrain. La proc\u00e9dure est pr\u00e9cise, tout le monde sait ce qu\u2019il doit faire. Pour \u00eatre pr\u00e9cis dans leurs parachutages, les avions devront voler le plus lentement possible, en faisant leur approche face au vent. On commence donc par rep\u00e9rer la direction du vent. Ce sera l\u2019axe g\u00e9n\u00e9ral du terrain, que l\u2019\u00e9quipe mat\u00e9rialise gr\u00e2ce \u00e0 un balisage compos\u00e9 de trois projecteurs align\u00e9s (num\u00e9rot\u00e9es 1, 2 et 3), espac\u00e9s de 100 \u00e0 150 m\u00e8tres. L\u2019avion devra s\u2019aligner sur cet axe et larguer ses colis au dessus du projecteur n\u00b02. Perpendiculairement \u00e0 cette ligne, un second axe plus court, la \u00ab&nbsp;directrice&nbsp;\u00bb, part du projecteur n\u00b03 et rejoint un quatri\u00e8me projecteur, \u00e0 50 m\u00e8tres de l\u00e0, qui servira \u00e0 \u00e9mettre en morse le code du terrain.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/1900\/0101_illustrations_quincaille\/19000101_illustrations_quincaille_07.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption>Sch\u00e9ma de principe du balisage, trac\u00e9 de la main de Jean Bonijol<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>A la guerre comme \u00e0 la guerre, les projecteurs sont bricol\u00e9s avec des phares de voiture reli\u00e9s \u00e0 deux caisses d\u2019accumulateurs. Lorsque tout est en place, le dispositif est soigneusement test\u00e9, et puis l\u2019attente commence[8].<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9quipe se disperse en petits groupes, au hasard des affinit\u00e9s et des derni\u00e8res t\u00e2ches. Le silence s\u2019installe, dans une certaine s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. S\u2019il y avait le moindre risque, l\u2019\u00e9quipe du col du Rey viendrait les avertir, alors on se sent en s\u00e9curit\u00e9. Cette attente tranquille, d\u00e9nu\u00e9e d\u2019angoisse, Jean se la rappelle comme un bon moment, qui donnait son sens \u00e0 toute l\u2019action.<\/p>\n\n\n\n<p>Certaines nuits, l\u2019attente se prolonge. Il ne se passe rien et l\u2019\u00e9quipe comprend que la mission a \u00e9t\u00e9 annul\u00e9e. Plus d\u2019une fois, on entend un bruit d\u2019avion, mais il ne s\u2019approche pas&nbsp;: il n\u2019a pas confiance, ou alors il est d\u00e9port\u00e9 vers un autre terrain. Une nuit, l&rsquo;\u00e9quipe de r\u00e9ception a fini par s\u2019endormir. C&rsquo;est le bruit d\u2019un avion anglais \u00e0 ras de terre qui r\u00e9veille tout le monde en sursaut !<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019on entend l\u2019avion, on allume le balisage, et Jean commence \u00e0 \u00e9mettre le signal. Ah, cette lettre \u00ab&nbsp;R&nbsp;\u00bb, on peut dire qu\u2019il la conna\u00eet par c\u0153ur \u00e0 force de la r\u00e9p\u00e9ter nuit apr\u00e8s nuit. Mais ce n\u2019est pas si facile de communiquer par signaux de lumi\u00e8re&nbsp;!&nbsp; Depuis des semaines, on a promis \u00e0 Jean qu\u2019il recevrait bient\u00f4t une radio pour parler en direct avec les pilotes des avions&nbsp;: \u00ab&nbsp;La semaine prochaine vous l\u2019avez&nbsp;\u00bb. Mais la radio n\u2019est jamais arriv\u00e9e, alors Jean continue \u00e0 faire des signaux avec son projecteur n\u00b04&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>De loin, le pilote rep\u00e8re les trois feux principaux, s\u2019aligne dessus, lit la lettre \u00e9mise par Jean pour v\u00e9rifier si tout est normal, r\u00e9pond, et refait un tour de terrain. Au second passage il abaisse son altitude \u00e0 150 ou 200 m\u00e8tres et sort ses volets pour r\u00e9duire sa vitesse au minimum[9]&#8230; Il passe le premier feu puis, \u00e0 la verticale du second, il largue son chargement.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout se passe tr\u00e8s vite. Les pilotes sont mis \u00e0 rude \u00e9preuve et connaissent des succ\u00e8s variables : certaines livraisons tombent pile au milieu du terrain, d\u2019autres sont \u00e9ject\u00e9es bien trop tard et vont se perdre tout l\u00e0-bas, au del\u00e0 des arbres, dans les premi\u00e8res pentes du vallon du Brian\u00e7on. Il faudra ensuite courir des heures dans les bartas pour r\u00e9cup\u00e9rer la marchandise&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Les membres de l\u2019\u00e9quipe de r\u00e9ception ont vite pris l\u2019habitude de se moquer des pilotes impr\u00e9cis&nbsp;: \u00ab&nbsp;T\u2019as vu ce largage&nbsp;? Ouh, c\u2019\u00e9tait un am\u00e9ricain, \u00e7a[10]&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Les anglais, par contre, sont cr\u00e9dit\u00e9s d\u2019une grande pr\u00e9cision[11].<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant ce temps, dans les hameaux des alentours, on \u00e9coute. A vrai dire, la population des environs peut quasiment suivre les parachutages en direct car l\u2019op\u00e9ration fait un boucan infernal. Les avions, des Dakota, des Halifax ou des Lib\u00e9rator selon les cas, sont d\u2019\u00e9normes bombardiers quadrimoteurs \u00e0 la puissance monstrueuse. Leurs deux ou trois passages de reconnaissance, qui les am\u00e8nent parfois jusqu\u2019au dessus du col de Montmirat, voire de Mende, r\u00e9veillent tout le sud-Loz\u00e8re. Et lorsque, apr\u00e8s chaque largage, ils remettent les gaz \u00e0 fonds pour reprendre de l\u2019altitude et de la vitesse, la montagne vibre jusqu\u2019au fond des vall\u00e9es&#8230; autant dire que les autorit\u00e9s allemandes, elles aussi, savent parfaitement quand un parachutage a lieu.<\/p>\n\n\n\n<p>Marceau Jouve avait 10 ans. Il raconte que \u00ab\u00a0cette nuit l\u00e0\u00a0\u00bb, il avait entendu des avions tourner tout proches dans le ciel. Intrigu\u00e9, il s&rsquo;\u00e9tait mis \u00e0 sa fen\u00eatre, mais ses parents lui avaient dit de se recoucher et de ne pas s&rsquo;occuper de tout \u00e7a. Dans son souvenir, il n&rsquo;y a eu qu&rsquo;une seule nuit&#8230; une sorte de condens\u00e9 des op\u00e9rations dans sa m\u00e9moire d&rsquo;enfant ?<\/p>\n\n\n\n<p>A raison de 2 \u00e0 3 colis \u00e0 la fois, un parachutage complet peut n\u00e9cessiter 2, 3 voire 4 passages, et cumuler jusqu\u2019\u00e0 5 tonnes de mat\u00e9riel. Certaines nuits il peut y avoir deux avions l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre. Un soir, deux parachutages diff\u00e9rents sont m\u00eame pr\u00e9vus, \u00e0 Quincaille et \u00e0 Tribunal. La situation est in\u00e9dite et compliqu\u00e9e, il faut organiser deux \u00e9quipes[12], se s\u00e9parer\u2026 Finalement, aucun avion de viendra sur Tribunal, les hommes n\u2019y trouveront \u00ab&nbsp;que des sangliers&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Parfois les choses ne se passent pas du tout comme pr\u00e9vu et il faut improviser. Dans la nuit du 31 juillet au 1er ao\u00fbt 44, c\u2019est le premier parachutage programm\u00e9 \u00e0 Balzac. Il y a un brouillard incroyable, on n\u2019y voit pas \u00e0 5 m\u00e8tres. Par acquis de conscience, l\u2019\u00e9quipe pr\u00e9pare tout le m\u00eame le balisage. Le silence r\u00e8gne\u2026 un bruit de moteur approche par l\u2019Aigoual, Jean donne l\u2019ordre d\u2019allumer les feux. L\u2019avion tourne, tourne, comme s\u2019il cherchait le terrain sans le trouver. Soudain, Jean aper\u00e7oit, planqu\u00e9s autour du terrain, des gars qui ne font pas partie de son \u00e9quipe\u2026 \u00e0 coup s\u00fbr les membres d\u2019un maquis du coin,&nbsp; qui attendent tranquillement que les armes tombent du ciel pour les chiper \u00e0 leur profit. C\u2019est bien le probl\u00e8me&nbsp;: tous les groupes r\u00e9sistants correctement immatricul\u00e9s et reconnus sont inform\u00e9s des op\u00e9rations, tout \u00e7a manque de discr\u00e9tion&nbsp;! Jean r\u00e9agit sans h\u00e9siter&nbsp;: \u00ab&nbsp;On plie boutique et on s\u2019en va&nbsp;!&nbsp;\u00bb.[13]<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019avion s\u2019\u00e9loigne finalement vers le sud. Le parachutage est termin\u00e9. Dans le silence revenu, l\u2019\u00e9quipe&nbsp; se pr\u00e9cipite pour r\u00e9cup\u00e9rer les \u00ab&nbsp;colis&nbsp;\u00bb[14]. Ils sont \u00e9parpill\u00e9s sur plusieurs centaines de m\u00e8tres, encore accroch\u00e9s \u00e0 leurs parachutes qui gisent \u00e9tal\u00e9s dans l\u2019herbe. Il faut les mettre au plus vite \u00e0 l\u2019abri des regards indiscrets. Lors des premi\u00e8res op\u00e9rations, les containers ont \u00e9t\u00e9 port\u00e9s ou train\u00e9s \u00e0 la main. 200 kilos \u00e0 se farcir, c\u2019est tr\u00e8s, tr\u00e8s lourd, il faut \u00eatre 4 au minimum et \u00e7a ne va pas vite. Heureusement, plusieurs familles[15] des hameaux de Ferri\u00e8re, du Bosc et des Bouars sont rapidement entr\u00e9es dans la combine. D\u00e8s qu\u2019ils entendent les avions tourner, ils \u00ab&nbsp;joignent les b\u0153ufs&nbsp;\u00bb, ils attellent le char et ils rappliquent dare-dare \u00e0 Quincaille. Pour \u00eatre discrets, ils ont soigneusement huil\u00e9 les essieux, et emmaillot\u00e9 les sabots et les cloches de vieux chiffons\u2026 A raison de 2 ou 3 containers par charret\u00e9e, \u00e7a va nettement plus vite&nbsp;! Cette participation active et bienveillante des populations avoisinantes, Jean sait qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 indispensable au succ\u00e8s des op\u00e9rations, et il ne l\u2019oubliera jamais. Il y est d\u2019ailleurs pour quelque chose&nbsp;: pendant les mois de pr\u00e9paration du projet, il a circul\u00e9&nbsp; dans les hameaux. Il a pris le temps de parler avec les gens qui vivent l\u00e0, il a su gagner leur confiance en leur parlant ouvertement du projet qu\u2019il pr\u00e9parait, et le moment venu c\u2019est naturellement que l\u2019entraide s\u2019est mise en place.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/1900\/0101_illustrations_quincaille\/19000101_illustrations_quincaille_08.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption>Fiche-bilan d\u2019une op\u00e9ration de parachutages, qui d\u00e9taille le nombre de containers et paquets re\u00e7us<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Tout est transport\u00e9 \u00e0 l\u2019abri de la for\u00eat proche. L\u00e0, dans la nuit finissant, les containers sont ouverts et&nbsp; leur contenu est inventori\u00e9[16]. Il y a principalement des armes. Des mitraillettes[17], tr\u00e8s pr\u00e9cieuses pour les maquis. Il y a aussi, h\u00e9las trop rarement, des bazookas[18]&nbsp;: pas plus d\u2019un ou deux par parachutage. Alors lorsqu\u2019on en d\u00e9couvre un dans un container, c\u2019est le bonheur&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Les containers apportent aussi des explosifs, pour les op\u00e9rations de sabotage. Le plastic, d\u2019invention toute r\u00e9cente, est simple \u00e0 utiliser (il ressemble \u00e0 du mastic) et d\u2019une grande puissance. Probl\u00e8me&nbsp;: au bout de 3 ans il devient instable, et a parfois tendance\u2026 \u00e0 d\u00e9tonner trop facilement&nbsp;! Comme aucune date n\u2019est indiqu\u00e9e sur les paquets, les gars de Quincaille n\u2019aiment pas trop en recevoir&nbsp;: comment savoir si ce truc ne va pas leur p\u00e9ter \u00e0 la gueule durant une simple manutention, voire lorsque le container percute le sol&nbsp;? Heureusement il n\u2019y a jamais eu de probl\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis il y a les munitions. Souvent, elles sont totalement m\u00e9lang\u00e9es et il faut tout retrier \u00e0 la main&nbsp;! Il y en a m\u00eame qui ne correspondent pas aux armes livr\u00e9es. [19]<\/p>\n\n\n\n<p>Y a-t-il eu de l\u2019argent dans les containers&nbsp;? J\u2019ai plusieurs fois entendu affirmer (uniquement par des gens trop jeunes pour avoir particip\u00e9 aux \u00e9v\u00e9nements) qu\u2019il en arrivait par les parachutages. Cette affirmation \u00e9tait parfois accompagn\u00e9e d\u2019un l\u00e9ger soup\u00e7on sur le fait que cet argent serait r\u00e9ellement arriv\u00e9 jusqu\u2019aux maquis. Jean est tout \u00e0 fait clair sur ce sujet&nbsp;: jamais aucun argent n\u2019a \u00e9t\u00e9 re\u00e7u \u00e0 Quincaille&nbsp;! C\u2019est une des l\u00e9gendes urbaines du parachutage&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant qu\u2019une partie de l\u2019\u00e9quipe fait l\u2019inventaire, les autres nettoient le terrain. L\u2019op\u00e9ration ne laisser aucune trace visible. Certes, la r\u00e9gion est maintenant relativement s\u00e9curis\u00e9e, il n\u2019y a plus d\u2019allemands dans les environs, mais tout de m\u00eame&nbsp;: au petit matin, il arrive qu\u2019un \u00ab\u00a0mouchard\u00a0\u00bb[20] vienne survoler les environs pour essayer de rep\u00e9rer le terrain&#8230; Les c\u00e2bles \u00e9lectriques sont roul\u00e9s, les projecteurs rang\u00e9s. Les parachutes sont soigneusement pli\u00e9s et emmen\u00e9s pour entamer une seconde vie [21]. Quant aux containers vides, ils sont entass\u00e9s \u00e0 l\u2019abris des regards, dans un coin de for\u00eat\u2026 mais ils n\u2019y restent jamais bien longtemps, et disparaissent \u00ab&nbsp;myst\u00e9rieusement&nbsp;\u00bb pour r\u00e9appara\u00eetre ici et l\u00e0, par exemple dans les bergeries des alentours o\u00f9 ils sont coup\u00e9s en deux pour servir de mangeoires[22].<\/p>\n\n\n\n<p>Le temps d\u2019inventorier et de faire le m\u00e9nage, l\u2019aube est l\u00e0. D\u00e9j\u00e0, le camion des FTP du Collet de D\u00e8ze, charg\u00e9 de r\u00e9cup\u00e9rer le mat\u00e9riel, approche sur la piste du col du Rey. Le mat\u00e9riel y est prestement charg\u00e9 et entame son voyage vers les diff\u00e9rents maquis des environs.<\/p>\n\n\n\n<p>Certains jours, le \u00ab&nbsp;message personnel&nbsp;\u00bb de la BBC qui annonce un parachutage est prolong\u00e9 d\u2019une phrase cod\u00e9e,&nbsp;: \u00ab&nbsp;et 3 amis viendront vous voir ce soir&nbsp;\u00bb. Branle-bas de combat&nbsp;: des agents vont \u00eatre parachut\u00e9s[23].&nbsp; R\u00e9ceptionner des hommes, ce n\u2019est pas la m\u00eame affaire que des armes&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019abord, sauter dans la nuit sous un parachute ne va pas sans risque&nbsp;: sur d\u2019autres terrains, certains se sont d\u00e9j\u00e0 fait mal \u00e0 l\u2019atterrissage&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Mais surtout, autour des agents parachut\u00e9s plane\u2026 une sorte de myst\u00e8re&nbsp;: on sait juste qu\u2019il s\u2019agit d\u2019officiers sup\u00e9rieurs am\u00e9ricains, anglais ou fran\u00e7ais, qui sont en mission. Mais\u2026 qui sont-ils vraiment, pourquoi viennent-ils&nbsp;? Aux yeux des jeunes de l\u2019\u00e9quipe de Quincaille, ils sont aur\u00e9ol\u00e9s d\u2019une aura particuli\u00e8re. Ils sont bizarres, \u00ab&nbsp;diff\u00e9rents&nbsp;\u00bb\u2026 trop grands[24], trop \u00ab&nbsp;\u00e9trangers&nbsp;\u00bb\u2026 et pourtant ils parlent tous un fran\u00e7ais impeccable&nbsp;! Et puis ils sont trop secrets : ils se m\u00e9fient de tout le monde, veulent tout savoir et ne disent rien&nbsp;! M\u00eame les noms de leurs missions entretiennent le myst\u00e8re avec leurs codes incompr\u00e9hensibles, comme \u00ab&nbsp;SLR3 isotrope 4SFU[25]&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Si le contact n\u2019est pas toujours chaleureux entre les agents parachut\u00e9s et l\u2019\u00e9quipe, il arrive tout de m\u00eame que la glace se brise. Lorsqu\u2019on am\u00e8ne les arrivants \u00e0 la colo de Barre pour leur donner \u00e0 manger avant qu\u2019ils ne partent vers leur destination finale, l\u2019ambiance d\u2019un repas partag\u00e9 aide les relations \u00e0 se d\u00e9tendre un peu. Un jour, Jean aura l\u2019occasion d\u2019aller un peu plus loin encore&nbsp;: un agent am\u00e9ricain parachut\u00e9 doit rejoindre un maquis de 700 personnes en montagne noire. Jean l\u2019emm\u00e8ne sur sa moto. Il a fait de l\u2019anglais au Bac, mais son bagage se r\u00e9v\u00e8le insuffisant pour percer les myst\u00e8res de l\u2019accent am\u00e9ricain. Pour se comprendre, ils s\u2019\u00e9crivent des petits mots, comme des amoureux&nbsp;! A l\u2019occasion d\u2019une autre mission, un officier fran\u00e7ais avait \u00e9t\u00e9 parachut\u00e9. A peine au sol, il se pr\u00e9cipite vers Henri Roume fils, tout proche, et l\u2019embrasse avec effusion&nbsp;: il \u00e9tait si heureux d\u2019\u00eatre de retour en France&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">***<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s les premiers et rares parachutages du d\u00e9but de juillet 44, le rythme s\u2019acc\u00e9l\u00e8re. A partir du mois d\u2019ao\u00fbt ils se succ\u00e8dent au rythme d\u2019un tous les trois jours environ. Quincaille tourne \u00e0 plein r\u00e9gime, envoyant par tonnes des armes vers les maquis c\u00e9venols. Et puis, peu \u00e0 peu, les op\u00e9rations s\u2019espacent. D\u00e9but septembre 44, \u00e0 la colo de Barre-des-C\u00e9vennes, l\u2019\u00e9quipe continue \u00e0 \u00e9couter Radio-Londres, mais voil\u00e0 d\u00e9j\u00e0 plusieurs jours qu\u2019aucun message ne leur a \u00e9t\u00e9 adress\u00e9. Jean comprend. Les allemands ont d\u00e9sert\u00e9 les C\u00e9vennes, leurs arm\u00e9es se replient, suivies de pr\u00e8s par les alli\u00e9s. Les maquis ont commenc\u00e9 \u00e0 se dissoudre pour les rejoindre. Il n\u2019y a plus besoin d\u2019armes. Les parachutages sont termin\u00e9s[26]&nbsp;! Quincaille a bien jou\u00e9 son r\u00f4le&nbsp;: entre le 10 juin et le 10 septembre 44, 25 avions ont survol\u00e9 le terrain, larguant 53 containers, 42 paquets et 7 agents.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont des journ\u00e9es \u00e9tranges pour ces hommes. Dans leurs c\u0153urs se m\u00e9langent le soulagement de voir le risque s\u2019\u00e9loigner, mais aussi le regret \u00e0 comprendre qu\u2019ils ont sans doute v\u00e9cu les heures les plus fortes de leurs vie, celles durant lesquelles il n\u2019y a pas de place pour le doute\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Jean d\u00e9cide d\u2019aller rendre visite \u00e0 ses parents. Il ne les a pas revus depuis juillet 43, et il est temps de les rassurer. Il fait le voyage \u00e0 Polimies sur une moto de la r\u00e9sistance. Les parents sont tr\u00e8s surpris, mais surtout heureux et soulag\u00e9s&nbsp;: sans aucune nouvelles de lui, ils craignaient qu\u2019il lui soit arriv\u00e9 malheur. Leur positionnement du d\u00e9but de la guerre a \u00e9volu\u00e9, ils sont fiers de leur fils et de son engagement. Malgr\u00e9 tout, c\u2019est un sujet dont ils ne reparleront que peu, avec beaucoup de pudeur.Retour \u00e0 Barre. L\u2019\u00e9quipe de Quincaille va se disperser \u00e0 son tour. Avant le d\u00e9part, la population du village a souhait\u00e9 offrir un repas \u00e0 tous ceux qui ont particip\u00e9 \u00e0 l\u2019aventure. La f\u00eate s\u2019organise aux \u00ab&nbsp;Ormes&nbsp;\u00bb, replat situ\u00e9 \u00e0 l\u2019entr\u00e9e ouest du village, en face des b\u00e2timents de la colonie qui a abrit\u00e9 Jean et ses coll\u00e8gues durant deux mois. Toute l\u2019\u00e9quipe de r\u00e9ception est l\u00e0, bien s\u00fbr, mais \u00e9galement de nombreuses personnes impliqu\u00e9es dans les maquis alentours, ainsi que les gens du village et autour, qui avaient suivi les op\u00e9rations avec int\u00e9r\u00eat[27]. Jean a un petit appareil photo avec lui. Ce jour l\u00e0, il le confie \u00e0 un participant et l\u2019\u00e9v\u00e9nement est immortalis\u00e9 sur la seule et unique photo qui nous reste de l\u2019\u00e9pop\u00e9e Quincaille.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>[1] Quincaille \u00e9tant homologu\u00e9 terrain \u00ab&nbsp;permanent&nbsp;\u00bb, l\u2019\u00e9quipe doit se tenir pr\u00eate\u2026 en permanence, justement.<\/p>\n\n\n\n<p>[2] Jean ne fait pas totalement confiance \u00e0 sa m\u00e9moire concernant cette phrase. Il se rappelle avec plus de certitude de celle concernant Balzac&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le plomb fond, le zinc r\u00e9siste, et le cuivre est ramass\u00e9&nbsp;\u00bb. Il n\u2019a par contre aucun souvenir de celle de Tribunal. C\u2019est Andr\u00e9 qui \u00e0 choisi ou invent\u00e9 les textes de ces messages et les a transmis au SOAM.<\/p>\n\n\n\n<p>[3] Lorsque Maurice est de passage, et qu\u2019il loge chez la famille Roume, Radio Londres est l\u00e0 aussi \u00e9cout\u00e9e religieusement. Lucien Roume, l\u2019un des fils de Henri, observait Maurice avec attention pour essayer de d\u00e9celer sur son visage un signe quelconque lorsque le bon message serait transmis, mais Maurice savait rester de marbre et Lucien n\u2019a jamais r\u00e9ussi \u00e0 tirer aucune information utile de ses observations&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>[4] &nbsp;Certaines fois il arrive que le message soit diffus\u00e9 \u00e0 13 heures mais pas aux infos suivantes, ce qui signifie que la mission est annul\u00e9e. Par acquis de conscience, les \u00e9quipes vont tout de m\u00eame se mettre en place pour la nuit, mais aucun avion ne passe, sans surprise.<\/p>\n\n\n\n<p>[5] Lucien Roume, le fils de Henri, r\u00eave de participer aux op\u00e9rations, mais son p\u00e8re ne le lui permet pas car il n\u2019a que 17 ans \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Il sera cependant parfois autoris\u00e9 \u00e0 conduire la fameuse camionnette gazog\u00e8ne de Barre au col du Rey (sans avoir le permis, bien s\u00fbr&nbsp;!), avant de s\u2019en retourner avec son v\u00e9lo, qu\u2019il avait ajout\u00e9 au chargement.<\/p>\n\n\n\n<p>[6] \u2026 du moins dans le principe&nbsp;! Lucien Roume se rappelle que certains d\u2019entre eux n\u2019avaient jamais vu un fusil-mitrailleur de leur courte vie. Henri Roume avait d\u00fb leur donner \u00e0 la va-vite quelques consignes d\u2019utilisation.<\/p>\n\n\n\n<p>[7] Jean conna\u00eet un peu la famille Puel, qui occupe la ferme du Rey. Quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t il a \u00e9t\u00e9 au coll\u00e8ge avec l\u2019un des fils. Les Puel ne participent pas aux op\u00e9rations mais s\u2019habituent peu \u00e0 peu \u00e0 ces rendez-vous nocturnes r\u00e9guliers qu\u2019ils observent avec bienveillance. C\u2019est largement suffisant pour les compromettre. Si une op\u00e9ration avait \u00e9t\u00e9 surprise ils auraient eu de tr\u00e8s graves ennuis.<\/p>\n\n\n\n<p>[8] Il y a souvent quelques heures d\u2019attente entre l\u2019installation et l\u2019arriv\u00e9e des avions. Les parachutages ont g\u00e9n\u00e9ralement lieu vers minuit car les avions, qui arrivent de Blida pr\u00e8s d\u2019Alger, doivent attendre la nuit pour approcher les c\u00f4tes du Languedoc. Mais il faut \u00eatre pr\u00eats bien \u00e0 l\u2019avance pour parer \u00e0 toute \u00e9ventualit\u00e9, alors il y a quelques heures \u00e0 tirer.<\/p>\n\n\n\n<p>[9] Un Halifax contre le vent peut abaisser sa vitesse sol jusqu\u2019\u00e0 180 km\/h<\/p>\n\n\n\n<p>[10] Les pilotes des missions de parachutages sont anglais ou am\u00e9ricains.<\/p>\n\n\n\n<p>[11] D\u2019apr\u00e8s Henri Roume, cette diff\u00e9rence est due au fait que les avions anglais volaient plus bas&nbsp; (\u00ab\u00a0On arrivait \u00e0 voir tr\u00e8s bien le bonhomme\u00a0\u00bb) et pouvaient ainsi faire des parachutages plus pr\u00e9cis. Malgr\u00e9 les quelques loup\u00e9s, \u00e0 la fin de la saison de parachutages le bilan sera excellent&nbsp;: tous les colis ont tr\u00e8s probablement \u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s\u2026 il subsiste juste un doute pour un unique colis. Qui sait s\u2019il ne se trouve pas encore accroch\u00e9 \u00e0 la plus haute branche d\u2019un ch\u00e2taignier&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>[12] \u00ab&nbsp;Ren\u00e9&nbsp;\u00bb, un parisien, prend la direction de l\u2019\u00e9quipe de Tribunal.<\/p>\n\n\n\n<p>[13] Suite \u00e0 ce loup\u00e9, il n\u2019y aura plus de tentative de parachutage \u00e0 Balzac, qui ne sera donc jamais utilis\u00e9. Sur les trois terrains homologu\u00e9s, seul Quincaille servira finalement, et recevra l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 des parachutages \u00e0 destination des maquis c\u00e9venols<\/p>\n\n\n\n<p>[14] Il y a deux sortes&nbsp;de colis. Les \u00ab&nbsp;containers&nbsp;\u00bb, qui sont des grands cylindres d\u2019environ 1m70 de long pour 70 centim\u00e8tres de diam\u00e8tre. Ils ont approximativement les dimensions d\u2019une bombe, ce qui permet de les loger dans les habitacles des bombardiers. Un container plein peut peser plus de 200 kilos. Certains sont fabriqu\u00e9s dans un carton tr\u00e8s \u00e9pais de couleur grise, d\u2019autres sont en m\u00e9tal.<br>Il y a aussi les \u00ab&nbsp;paquets&nbsp;\u00bb, de m\u00eame diam\u00e8tre que les containers mais d\u2019environ 1\/3 de leur longueur, ce qui permet, en les assemblant par 3, de les loger dans les m\u00eames habitacles. Les paquets contiennent g\u00e9n\u00e9ralement des affaires plus personnelles, destin\u00e9es par exemple \u00e0 des officiers pr\u00e9c\u00e9demment parachut\u00e9s. Ils ne partent pas vers les maquis.<\/p>\n\n\n\n<p>[15] Jean se rappelle les Bancilhon, les Martin\u2026 mais il y en a eu d\u2019autres, dont les noms ont \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p>[16] Plus tard, Jean remettra ces inventaires \u00e0 la mission interalli\u00e9e, qui les enregistrera. A la lib\u00e9ration, les chiffres seront compar\u00e9s avec ce qui a \u00e9t\u00e9 charg\u00e9 au d\u00e9part de Blida, \u00ab&nbsp;histoire de v\u00e9rifier si rien n\u2019a disparu au passage&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>[17] La meilleure est la Thomson, la plus rapide du monde \u00e0 cette \u00e9poque :&nbsp; 8000 coups \/ minute. Et en plus elle est l\u00e9g\u00e8re comme tout&nbsp;: moins de 7 kilos. Il en arrive pas mal dans les containers, ainsi que des FM anglais.<\/p>\n\n\n\n<p>[18] Le bazooka est la seule arme l\u00e9g\u00e8re qui permette de jouer \u00e0 jeu \u00e9gal avec les blind\u00e9s. La r\u00e9sistance lui doit une fi\u00e8re chandelle&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>[19] A force de s\u2019interroger sur cette \u00e9tranget\u00e9, les membres de l\u2019\u00e9quipe de Quincaille finissent par \u00e9mettre l\u2019hypoth\u00e8se&nbsp;suivante : les avions d\u00e9collent de Blida en Alg\u00e9rie, alors peut-\u00eatre qu\u2019une partie du mat\u00e9riel est de seconde main, r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 sur les fronts de Tunisie dans la bagarre contre Rommel. On fait avec ce qu\u2019on a\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>[20] Petit avion de reconnaissance allemand<\/p>\n\n\n\n<p>[21] Ils sont fabriqu\u00e9s en nylon. Cette \u00ab&nbsp;soie artificielle&nbsp;\u00bb nouvellement invent\u00e9e a une grande valeur aux yeux des habitants des alentours qui, en ces temps de guerre, ne disposent pas de beaucoup de mati\u00e8res premi\u00e8res pour se fabriquer les v\u00eatements dont ils ont besoin. Les toiles vertes, blanches, jaunes et bleues des parachutes vont donc rapidement se trouver recycl\u00e9es en foulards ou en tabliers. Certains n\u2019h\u00e9siteront pas \u00e0 les porter avant m\u00eame que les allemands aient totalement d\u00e9sert\u00e9 les C\u00e9vennes. Le petit Marceau s\u2019en souvient, sa maman lui avait fait une chemise bleue, et attention, il para\u00eet que c&rsquo;\u00e9tait de la bonne qualit\u00e9&nbsp;! Au rayon des r\u00e9cup\u00e9rations diverses, Michel Bancilhon et Lucien Roume se rappellent avoir \u00e9galement vu quelques paires de \u00ab&nbsp;rangers&nbsp;\u00bb de petites tailles au pied des \u00ab&nbsp;berg\u00e8res&nbsp;\u00bb des environs.<\/p>\n\n\n\n<p>[22] Aujourd\u2019hui, on peut voir un container de carton expos\u00e9 \u00e0 Saint-Laurent-de-Tr\u00e8ves, au bar de Paulette Roume (r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 par son beau-p\u00e8re Henri), et plusieurs containers m\u00e9talliques \u00e0 la \u00ab&nbsp;remise&nbsp;\u00bb de Ferri\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>[23] Rappel&nbsp;: Quincaille est agr\u00e9\u00e9 \u00ab&nbsp;homo&nbsp;\u00bb, ce qui signifie qu\u2019il peut recevoir des hommes.<\/p>\n\n\n\n<p>[24] Mr Saint L\u00e9ger se rappelle par exemple d\u2019un agent parachut\u00e9 sur un autre terrain, un certain Major Bill Jordan, qui mesurait plus de 2m. D\u2019apr\u00e8s Mr Saint-L\u00e9ger, \u00ab&nbsp;il \u00e9tait facile \u00e0 rep\u00e9rer&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>[25] Appellation d\u2019une mission homo parachut\u00e9e pr\u00e8s du Signal de Mailhebiau en Aubrac, \u00e0 laquelle a particip\u00e9 Monsieur Saint L\u00e9ger de Florac. R3 d\u00e9signe la troisi\u00e8me r\u00e9gion des forces r\u00e9sistantes (FFI), bas\u00e9e sur Montpellier et comprenant <em>grosso modo <\/em>les cinq d\u00e9partements du Languedoc Roussillon. Isotrope est le nom de la mission interalli\u00e9e install\u00e9e au Collet de D\u00e8ze. SFU signifie \u00ab&nbsp;Special Forces Unit&nbsp;\u00bb. Quant aux lettres \u00ab&nbsp;SL&nbsp;\u00bb, la signification en reste encore myst\u00e9rieuse\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>[26] Les missions de parachutage lanc\u00e9es \u00e0 partir de Blida ont en effet \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9es le 1<sup>er<\/sup> septembre 1944.<\/p>\n\n\n\n<p>[27] Y \u00e9taient m\u00eame, para\u00eet-il, \u00ab&nbsp;ceux qui n\u2019\u00e9taient pas d\u2019accord&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<!--nextpage-->\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La photo du repas de Barre des C\u00e9vennes<\/h3>\n\n\n\n<p>Cette \u00e9mouvante photo a \u00e9t\u00e9 prise lors du repas offert par les habitants de Barre des C\u00e9vennes aux membres de l&rsquo;\u00e9quipe de Quincaille, apr\u00e8s la fin des parachutages. Elle a \u00e9t\u00e9 prise avec l&rsquo;appareil de jean Bonijol, qu&rsquo;il a pr\u00eat\u00e9 \u00e0 un participant. On peut reconna\u00eetre, entre autre :<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/1900\/0101_illustrations_canhospitalet\/19000101_illustrations_canhospitalet_equipe_quincaille.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Accroupi devant<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Henri Dutheil dit \u00ab\u00a0Maurice\u00a0\u00bb, chef du SOAM pour Loz\u00e8re sud.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Au premier rang<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>1er \u00e0 droite, Roger Torreilles, dit \u00ab\u00a0Commandant Marcel\u00a0\u00bb<\/li><li>2e \u00e0 droite, Jean Bonijol, dit \u00ab\u00a0Bull\u00a0\u00bb, chef de l&rsquo;\u00e9quipe du terrain.<\/li><li>Au centre, en col blanc et cravatte : Franck Meynadier du Pompidou, membre de l&rsquo;\u00e9quipe<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Au deuxi\u00e8me rang<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Au centre en chemise claire et un peu d\u00e9garni, le Docteur Wall, dit \u00ab\u00a0Andr\u00e9\u00a0\u00bb, chef d\u00e9partemental du SOAM.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Position non identifi\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p>Jean se rappelle la pr\u00e9sence de plusieurs autres personnes, tr\u00e8s probablement pr\u00e9sentes sur la photo, sans parvenir \u00e0 les situer :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Andr\u00e9, un parisien<\/li><li>Mulot qui s&rsquo;est mari\u00e9 apr\u00e8s avec la fille Chaze, de Soulatges<\/li><li>Henri Roume, bien s\u00fbr<\/li><li>Roger Meynadier<\/li><li>Le fils de la famille qui habitait \u00e0 la ferme des Combes&#8230;<\/li><\/ul>\n\n\n\n<!--nextpage-->\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Apr\u00e8s<\/h3>\n\n\n\n<p>Pour une partie des membres de l\u2019\u00e9quipe Quincaille, la f\u00eate \u00e0 Barre marque la fin de la guerre. Lorsque l\u2019ennemi \u00e9tait l\u00e0, au c\u0153ur de leurs montagnes, la r\u00e9sistance leur paraissait la seule perspective digne et ils s\u2019y sont donn\u00e9s totalement, n\u2019h\u00e9sitant pas \u00e0 mettre leurs vies en jeu. Maintenant qu\u2019il s\u2019\u00e9loigne vers le Nord, port\u00e9 par des arm\u00e9es organis\u00e9es, ce conflit les concerne moins. Et puis, ils ont tant donn\u00e9&#8230; Alors ils rendent leurs armes et rejoignent leurs maisons et leurs familles.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autres veulent continuer la lutte. Pour participer jusqu\u2019au bout, parce que personne ne les attend, par sens de l\u2019honneur, parce que le retour \u00e0 la vie \u00ab&nbsp;habituelle&nbsp;\u00bb leur fait peur\u2026 chacun ses raisons. Jean est de ceux-l\u00e0. En tant que responsable de la r\u00e9sistance, il a \u00e9t\u00e9 contact\u00e9 par les services de l\u2019arm\u00e9e alli\u00e9e pour assurer une sorte d\u2019int\u00e9rim. Il a fait signer aux volontaires un contrat d\u2019engagement \u00ab&nbsp;pour la dur\u00e9e de la guerre&nbsp;\u00bb. Et puis, juste apr\u00e8s la f\u00eate, ils ont \u00ab&nbsp;form\u00e9 un camion&nbsp;\u00bb et ils sont partis vers N\u00eemes, \u00e0 la caserne Montcalm[1]. C\u2019est l\u00e0 que la derni\u00e8re garde de l\u2019\u00e9quipe de Quincaille va se disperser. La plupart rejoindront les arm\u00e9es du d\u00e9barquement[2].<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/1900\/0101_illustrations_quincaille\/19000101_illustrations_quincaille_01.jpg\" alt=\"\" width=\"287\" height=\"422\"\/><figcaption>Une photo de Jean (devant, au milieu) et de trois de ses camarades c\u00e9venols, prise \u00e0 N\u00eemes peu de temps apr\u00e8s son arriv\u00e9e, en septembre 44. Il a 23 ans.<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Jean, en tant qu\u2019instituteur et chef de r\u00e9sistance, est vite rep\u00e9r\u00e9. On lui propose d\u2019int\u00e9grer la toute nouvelle \u00ab&nbsp;Ecole des cadres&nbsp;\u00bb que l\u2019arm\u00e9e vient de cr\u00e9er \u00e0 N\u00eemes. Il accepte, est charg\u00e9 d\u2019enseigner la topographie aux futurs sous-officiers, et encadre successivement deux stages d\u2019un mois et demi chacun, jusqu\u2019\u00e0 No\u00ebl 1944. Mais rapidement, Jean souhaite se rapprocher de l\u2019action concr\u00e8te. La guerre continue au nord et \u00e0 l\u2019est, et il veut en \u00eatre. Il pr\u00e9sente sa candidature \u00e0 l\u2019\u00e9cole militaire de Co\u00ebtquidan en Bretagne dans l\u2019espoir de devenir officier. Il est accept\u00e9 et part au camp militaire du Larzac pour y suivre une formation pr\u00e9paratoire physique : \u00ab&nbsp;On en a fait des kilom\u00e8tres l\u00e0-bas aussi. Ils ne savaient pas comment nous occuper alors ils nous faisaient marcher toute la nuit l\u00e0, p\u00e9tard&nbsp;!&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Les mois passent, et en mai 45 la paix est sign\u00e9e alors que Jean n\u2019a pas encore termin\u00e9 sa formation. Son souhait de poursuivre le combat se vide de sens. L\u2019arm\u00e9e en tant que telle ne l\u2019int\u00e9resse absolument pas. Il pose imm\u00e9diatement sa demande de d\u00e9mobilisation. \u00ab&nbsp;Ils me l\u2019ont donn\u00e9e tout de suite parce qu\u2019ils ne savaient plus quoi faire de nous&nbsp;\u00bb. Jean n\u2019a jamais regrett\u00e9 ce choix&nbsp;: apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 acteur libre d\u2019une guerre de lib\u00e9ration \u00ab&nbsp;je n\u2019aurais pas support\u00e9 de me trouver dans le camp des occupants en Indochine ou en Alg\u00e9rie&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Jean est d\u00e9mobilis\u00e9 le 29 ao\u00fbt 1945. Il \u00e9crit aussit\u00f4t \u00e0 l\u2019Inspecteur d\u2019Acad\u00e9mie pour l\u2019informer de sa disponibilit\u00e9 et de son souhait d\u2019obtenir un poste, qui lui permettra de valider la derni\u00e8re \u00e9tape de sa formation d\u2019instituteur, \u00e0 savoir l\u2019ann\u00e9e de pratique. Il est nomm\u00e9 \u00e0 Mende et commence sa premi\u00e8re ann\u00e9e d\u2019enseignement, une classe de CE1, \u00e0 la Chicanette. Le voil\u00e0 revenu \u00e0 la vie ordinaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant des ann\u00e9es, Jean ne va gu\u00e8re repenser \u00e0 ses aventures de guerre. Il a besoin de reprendre le fil d\u2019une existence normale. A vrai dire, personne dans son entourage n\u2019a vraiment envie d\u2019en savoir plus&nbsp;: il est si bon de profiter sans inqui\u00e9tude du temps qui passe\u2026 Et puis il y a le boulot. Jean encha\u00eene tranquillement les postes d\u2019instituteur&nbsp;: Coulagnes-haute, Serverette o\u00f9 il rencontre son \u00e9pouse en 1949, Villechaille puis Saint-L\u00e9ger-du-Malzieu en Margeride o\u00f9 naissent ses quatre enfants, et enfin Mende \u00e0 la rentr\u00e9e 1960[3].<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est en 1961 que le pass\u00e9 le rattrape. Cette ann\u00e9e l\u00e0 est cr\u00e9\u00e9 le Concours National de la R\u00e9sistance, qui attire l\u2019attention du grand public sur cette p\u00e9riode. Jean commence \u00e0 \u00eatre sollicit\u00e9 de temps en temps pour t\u00e9moigner, il doit accepter de se rappeler. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 80, la demande s\u2019accroit et Jean, personne-ressource incontournable sur ces sujets en Loz\u00e8re, et nouvellement retrait\u00e9, s\u2019y investit de plus en plus. Il est tr\u00e8s souvent aupr\u00e8s des jeunes, en particulier dans les \u00e9tablissements scolaires, et il s\u2019implique bient\u00f4t totalement dans son action de transmission et de m\u00e9moire[4].<\/p>\n\n\n\n<p>Les souvenirs de toute cette p\u00e9riode, s\u2019ils s\u2019estompent avec les ann\u00e9es, restent forts dans la m\u00e9moire de Jean. Ce f\u00fbt la grande \u0153uvre de sa vie.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>[1] Ils y sont re\u00e7us par le capitaine Jacques.<\/p>\n\n\n\n<p>[2] Henri Roume est parti rejoindre l\u2019aviation au Maroc<\/p>\n\n\n\n<p>[3] Il y sera directeur \u00e0 partir de 1973 et jusqu\u2019\u00e0 sa retraite en 1978. Depuis le 19 avril 2011, le groupe scolaire porte son nom, en hommage \u00e0 son action.<\/p>\n\n\n\n<p>[4] En 1980, il succ\u00e8de \u00e0 Henri Cordesse \u00e0 la pr\u00e9sidence de l\u2019Association D\u00e9partementale des Anciens R\u00e9sistants, affili\u00e9e \u00e0 l\u2019ANACR. En 1997 il devient pr\u00e9sident de l\u2019Union D\u00e9partementale des Associations de Combattants, il participe \u00e0 des projets de films et de CDROM sur la r\u00e9sistance.<\/p>\n\n\n\n<!--nextpage-->\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Retour au pr\u00e9sent<\/h3>\n\n\n\n<p>Le terme de ce r\u00e9cit marque la fin de plusieurs aventures. Celle de Jean, bien s\u00fbr. Et pour moi, celle de l\u2019enqu\u00eate. Plusieurs ann\u00e9es ont pass\u00e9 depuis notre premi\u00e8re entrevue. J\u2019ai beaucoup appris de choses passionnantes sur cette p\u00e9riode de l\u2019histoire, sur mon territoire de vie, sur Jean\u2026 Pourtant, certains questionnements persistent.<\/p>\n\n\n\n<p>Au cours de nos entretiens, je me suis bien souvent demand\u00e9 si Quincaille aurait exist\u00e9 sans Jean Bonijol. Ind\u00e9niablement, son r\u00f4le a \u00e9t\u00e9 d\u00e9terminant&nbsp;: il a \u00e9t\u00e9 l\u2019un de ceux qui ont compris les premiers le besoin d\u2019un dispositif de parachutages en C\u00e9vennes Loz\u00e9riennes. Il a particip\u00e9 \u00e0 convaincre sa hi\u00e9rarchie de se lancer dans le projet, il a \u00e9tabli le contact avec le SOAM, cherch\u00e9 et trouv\u00e9 les terrains, constitu\u00e9, organis\u00e9 et dirig\u00e9 les \u00e9quipes de r\u00e9ception&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Si Jean n\u2019avait pas pris ces initiatives en cascade, que se serait-il pass\u00e9&nbsp;? Lorsque je lui ai pos\u00e9 cette question, il m\u2019a r\u00e9pondu que d\u2019autres personne auraient sans doute pris le relais pour mener le projet \u00e0 son terme. Cette retenue que j\u2019ai souvent constat\u00e9e chez lui, je crois pouvoir l\u2019interpr\u00e9ter comme de la pudeur, et une grande modestie. Mais, sans que je dispose d\u2019\u00e9l\u00e9ments solides pour l\u2019affirmer, cette hypoth\u00e8se me semble douteuse [1]. De nombreuses personnes ont particip\u00e9 au projet de parachutage, mais aucune ne m\u2019a sembl\u00e9 aussi impliqu\u00e9e que Jean. La hi\u00e9rarchie de la r\u00e9sistance, sans doute tr\u00e8s occup\u00e9e par de nombreux projets, a supervis\u00e9 et encadr\u00e9 Jean, mais c\u2019est sans doute lui qui a sollicit\u00e9 ses sup\u00e9rieurs pour lancer puis d\u00e9velopper le projet.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9coulant de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la question de l\u2019engagement continue \u00e0 m\u2019intriguer. Pourquoi certains jeunes de l\u2019\u00e2ge de Jean, face \u00e0 une situation identique d\u2019occupation, n\u2019ont-ils pas fait les m\u00eames&nbsp;choix que lui ? De mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale, pourquoi certains choisissent de s\u2019engager au del\u00e0 de leurs int\u00e9r\u00eats personnels&nbsp;tandis que d\u2019autres ne le font pas ? Et quels sont les d\u00e9terminants de ces diff\u00e9rences&nbsp;? L\u2019\u00e9ducation&nbsp;? Les rencontres&nbsp;? La volont\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Au cours de nos entretiens il m\u2019est plusieurs fois arriv\u00e9 d\u2019aborder ces questions avec Jean mais je n\u2019ai pas obtenu de r\u00e9ponses directes de sa part. Plut\u00f4t que d\u2019analyser son parcours avec recul, il pr\u00e9f\u00e9rait toujours revenir sur des souvenirs concrets, parfois sombres, mais souvent dr\u00f4les ou d\u00e9cal\u00e9s, qu\u2019il me livrait avec un petit rire enfantin. A l\u2019\u00e9couter, tout cela n\u2019avait pas d\u00e9pendu de lui. Il n\u2019y avait eu aucune autre alternative, il s\u2019\u00e9tait content\u00e9 de se laisser porter par le courant.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne crois pas que cela soit la r\u00e9alit\u00e9. Jean n\u2019a pas subi les \u00e9v\u00e9nements&nbsp;: \u00e0 plusieurs reprises, au cours de ses aventures de guerre, il a fait des choix forts&nbsp;: lorsqu\u2019il a refus\u00e9 le STO pour passer dans la clandestinit\u00e9, lorsqu\u2019il a rejoint le maquis de la Picharlerie, lorsqu\u2019il a d\u00e9cid\u00e9 de partir pour Rodez\u2026 Ces choix courageux peuvent sans doute s\u2019expliquer par l\u2019\u00e9ducation qu\u2019il a re\u00e7ue. Il a grandi dans un univers familial ouvert&nbsp;: p\u00e8re et m\u00e8re de confessions diff\u00e9rentes, niveau de culture \u00e9lev\u00e9, tradition d\u2019engagement politique\u2026 Plus tard, la r\u00e9flexion p\u00e9dagogique du p\u00e8re et celle du jeune \u00e9tudiant normalien ont peut-\u00eatre pris le relais, en aidant Jean \u00e0 d\u00e9velopper son sens critique. Autant d\u2019atouts qui ont probablement jou\u00e9 dans les moments ou il fallait prendre des d\u00e9cisions.<\/p>\n\n\n\n<p>La version plus personnelle de ces questions, \u00e0 savoir l\u2019attitude que j\u2019aurais eue moi-m\u00eame en ces temps troubl\u00e9s, reste sans r\u00e9ponse. L\u2019histoire de Jean m\u2019a donn\u00e9 envie de croire \u00e0 mon propre courage, de faire partie de la famille des \u00ab&nbsp;r\u00e9sistants&nbsp;\u00bb d\u2019hier et de demain, mais je n\u2019ai bien s\u00fbr aucune certitude sur ce que j\u2019aurais \u00e9t\u00e9 capable d\u2019endurer dans une telle situation. Je suis par contre persuad\u00e9 que le fait de recevoir de tels t\u00e9moignages cr\u00e9e en nous des mod\u00e8les de comportement, et peut nous aider \u00e0 r\u00e9agir plus courageusement en cas de besoin. C\u2019est pourquoi tous les travaux de m\u00e9moire sont si importants pour nous tous.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ce travail ne va pas de soi&nbsp;: d\u00e8s les d\u00e9buts de mon enqu\u00eate, j\u2019avais constat\u00e9 que peu d\u2019habitants de Saint-Laurent-de-Tr\u00e8ves et des communes avoisinantes avaient entendu parler des parachutages \u00e0 Quincaille. Les anciens, ceux qui vivaient l\u00e0 en 1944, \u00e9taient pourtant au courant de ce qui se passait, Jean me l\u2019a souvent confirm\u00e9. Il est donc probable qu\u2019ils en ont tr\u00e8s peu parl\u00e9 par la suite, m\u00eame au sein de leurs propres familles, m\u00eame s\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 eux-m\u00eame impliqu\u00e9s dans l\u2019aventure. Cette discr\u00e9tion, concernant des faits dont on peut pourtant l\u00e9gitimement \u00eatre fiers, est \u00e9tonnante mais pas nouvelle. Philippe Joutard la remarquait d\u00e9j\u00e0 en 1984 \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un colloque sur l\u2019accueil de juifs en C\u00e9vennes durant cette m\u00eame seconde guerre mondiale. Il l\u2019expliquait par (parmi d\u2019autres raisons inapplicables au cas qui nous int\u00e9resse ici) la pudeur et la modestie, traits caract\u00e9ristiques de la mentalit\u00e9 c\u00e9venole, qui faisaient dire aux familles d\u2019accueil qu\u2019elles n\u2019avaient fait que leur devoir et que cela ne valait pas d\u2019en parler plus [2]. Si Jean, auquel les termes de \u00ab&nbsp;modeste&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;pudeur&nbsp;\u00bb conviennent pourtant, a longuement t\u00e9moign\u00e9 depuis les ann\u00e9es 60, c\u2019est qu\u2019il a peu \u00e0 peu compris l\u2019importance de faire ce travail de m\u00e9moire, en particulier envers les jeunes. Sans\u2013doute cela lui a-t-il demand\u00e9 des efforts.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/1900\/0101_illustrations_quincaille\/19000101_illustrations_quincaille_04.jpg\" alt=\"\"\/><figcaption>Reconnaissance sur le site de Quincaille, le 29 septembre 2009. De gauche \u00e0 droite : Jean Bazalgette (de dos), Marceau Jouve (de dos), Jean Bonijol, Albert Saint-L\u00e9ger, Nicole Rousseau (de dos).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Au del\u00e0 des questionnements, ce travail a particip\u00e9 \u00e0 faire \u00e9voluer ma relation \u00e0 ce pays o\u00f9 je vis. Ces plateaux, ces immenses surfaces un peu d\u00e9sertiques, ne sont pas immuables. A intervalles irr\u00e9guliers, venant bouleverser l\u2019ordre naturel des saisons, des travaux agricoles et des passages d\u2019animaux, il s\u2019y passe des choses hors du commun. Selon les \u00e9poques, des paysans protestants se r\u00e9voltent contre le roi de France, ou s\u2019organisent pour repousser l\u2019occupant nazi. Ici, chez moi, la grande Histoire interf\u00e8re avec la petite. Chaque fois que j\u2019emprunte la route de la can de Ferri\u00e8re, j\u2019observe attentivement la doline de Quincaille pour tenter d\u2019y apercevoir des jeunes en train de brancher des projecteurs sur des batteries de voiture.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Saint Laurent de Tr\u00e8ves, 3 janvier 2012<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>[1] Le moyen d\u2019avoir une r\u00e9ponse s\u00e9rieuse \u00e0 cette question serait bien \u00e9videmment de pouvoir interroger d\u2019autres acteurs directs du projet. J\u2019ai suivi quelques pistes pour en retrouver, elles n\u2019ont h\u00e9las pas pu aboutir car beaucoup sont morts, o\u00f9 ont perdu le souvenir. Trop de temps a pass\u00e9\u2026 Il faut se contenter de faire des hypoth\u00e8ses.<\/p>\n\n\n\n<p>[2] Voir \u00ab&nbsp;C\u00e9venne, Terre de refuge&nbsp;\u00bb, Ouvrage collectif sous la direction de Philippe Joutard, Jacques Poujol et Patrick Cabanel, 1984. P 330<\/p>\n\n\n\n<!--nextpage-->\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Sources, remerciements<\/h3>\n\n\n\n<p>L\u2019essentiel de l\u2019information contenue dans ce document a \u00e9t\u00e9 collect\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion de trois entretiens&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Le premier \u00e0 Saint Laurent de Tr\u00e8ves, le mardi 29 septembre 2009. Il rassemblait Jean Bonijol, Albert Saint L\u00e9ger, Marceau Jouve, Roger Lagrave, Nicole Rousseau, Guy Bazalgette. Ils ont \u00e9chang\u00e9 leurs souvenirs autour d\u2019un bon repas, ce qui a constitu\u00e9 une m\u00e9thode efficace pour d\u00e9lier les langues, puis nous sommes mont\u00e9s ensemble sur la can pour reconna\u00eetre le terrain.<\/li><li>Les suivants avec Jean Bonijol seul, \u00e0 son domicile de Mende, le jeudi 9 avril et le mardi 2 novembre 2010, entretiens durant lesquels les informations ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9es et compl\u00e9t\u00e9es.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Des informations et souvenirs compl\u00e9mentaires ont \u00e9t\u00e9 apport\u00e9s par diverses personnes, cit\u00e9es dans les remerciements.<\/p>\n\n\n\n<p>Plusieurs sources bibliographiques&nbsp;m\u2019ont permis de pr\u00e9ciser certains aspects techniques ou historiques :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>La r\u00e9sistance en Loz\u00e8re \u2013 CD ROM \u00e9dit\u00e9 par l\u2019association d\u00e9partementale des anciens de la r\u00e9sistance, et le Groupe D\u00e9partemental des anciens de la r\u00e9sistance, Avril 2006<\/li><li>Les maquis du massif central m\u00e9ridional, 1943 \u2013 1944, Bouladou G\u00e9rard, Editions Lacour Rediviva, 618 p.<\/li><li>Le tr\u00e8s riche site web de Philippe Chapil sur les parachutages clandestins (<a href=\"http:\/\/philippe.chapill.pagesperso-orange.fr\/\">http:\/\/philippe.chapill.pagesperso-orange.fr<\/a>)<\/li><li>Le <a href=\"http:\/\/www.reveeveille.net\/photos\/1900\/0101_illustrations_quincaille\/Rapport SOAM Quincaille.pdf\">rapport du SOAM<\/a>, \u00e9tabli quelques ann\u00e9es plus tard, dans lequel figure un \u00e9crit de Jean Bonijol<\/li><\/ul>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Merci\u2026<\/h3>\n\n\n\n<p>\u00e0 Jean Bonijol lui-m\u00eame, bien s\u00fbr, pour m\u2019avoir livr\u00e9 son histoire, et \u00e0 sa femme qui m\u2019a ouvert sa maison.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 tous ceux qui ont partag\u00e9 leurs souvenirs&nbsp;: les participants \u00e0 l\u2019entretien de Saint Laurent de Tr\u00e8ves, Lucien Roume et son regard de jeune de 17 ans \u00e0 l\u2019\u00e9poque, Michel Bancilhon de Ferri\u00e8re, Tim J. Eliott pour ses pr\u00e9cisions historiques\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 Sophie Lemonnier et Sophie Boudieux pour leurs relectures fines et leurs conseils avis\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.reveeveille.net\/geoportail\/cartepublique.aspx?idecrit=201\" width=\"100%\" height=\"400\"><\/iframe>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Histoire crois\u00e9e d&rsquo;un homme et d&rsquo;un terrain de parachutage clandestin. 1944 Prologue, Saint-Laurent-de-Tr\u00e8ves, le 6 mai 2007 Il r\u00e8gne autour de la mairie de Saint-Laurent une agitation inhabituelle&nbsp;: c\u2019est le&hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":2618,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[111],"tags":[43],"class_list":["post-2615","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-seconde-guerre-mondiale","tag-can-de-ferriere"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/candelhospitalet\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2615","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/candelhospitalet\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/candelhospitalet\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/candelhospitalet\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/candelhospitalet\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2615"}],"version-history":[{"count":83,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/candelhospitalet\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2615\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3869,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/candelhospitalet\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2615\/revisions\/3869"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/candelhospitalet\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2618"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/candelhospitalet\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2615"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/candelhospitalet\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2615"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.reveeveille.net\/candelhospitalet\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2615"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}