{"id":1240,"date":"2022-08-09T17:17:28","date_gmt":"2022-08-09T17:17:28","guid":{"rendered":"https:\/\/www.reveeveille.net\/cevennevivante\/wordpress\/?p=1240"},"modified":"2022-08-09T17:17:31","modified_gmt":"2022-08-09T17:17:31","slug":"notes-historiques-sur-saint-laurent-de-treves-i-des-origines-a-1689","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.reveeveille.net\/candelhospitalet\/notes-historiques-sur-saint-laurent-de-treves-i-des-origines-a-1689\/","title":{"rendered":"Notes historiques sur Saint Laurent de Tr\u00e8ves &#8211; I : Des origines \u00e0 1689"},"content":{"rendered":"\n<p><a href=\"https:\/\/www.reveeveille.net\/candelhospitalet\/?p=544\"><em>Camille Hugues<\/em><\/a><em>, amateur (tr\u00e8s) \u00e9clair\u00e9 d&rsquo;histoire et d&rsquo;arch\u00e9ologie ayant un pied \u00e0 Terre \u00e0 Artigues, s&rsquo;int\u00e9ressait bien \u00e9videmment \u00e0 l&rsquo;histoire de Saint Laurent de Tr\u00e8ves. Pendant des d\u00e9cennies il en a parcouru les chemins, travers et bartas de la commune et des environs, tout en collectant les informations aux archives et aupr\u00e8s des habitants. Il a progressivement mis tout cela bout \u00e0 bout dans un document de 1960 intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Notes historiques sur Saint Laurent de Tr\u00e8ves. I &#8211; Des origines \u00e0 1689\u00a0\u00bb. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un fascicule d&rsquo;une vingtaine de pages tap\u00e9 \u00e0 la machine&nbsp;et \u00e9maill\u00e9 de quelques dessins de la main de l&rsquo;auteur. Il avait l&rsquo;intention d&rsquo;\u00e9crire un second tome concernant les ann\u00e9es plus r\u00e9centes, mais dans un courrier adress\u00e9 \u00e0 une personne non identifi\u00e9e il raconte comment, devant la fuite du temps, il a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 renoncer et approfondir le premier livret. Il explique \u00e9galement qu&rsquo;il ne pr\u00e8te \u00e0 ce document aucune ambition globale, qu&rsquo;il l&rsquo;a \u00e9crit en mettant simplement bout \u00e0 bout des fiches pr\u00e9c\u00e9demment r\u00e9dig\u00e9es. Enfin, il reconnait que pour l&rsquo;essentiel il s&rsquo;agit d&rsquo;informations collect\u00e9es ici et l\u00e0 aupr\u00e8s d&rsquo;autres auteurs, et le justifie en expliquant qu&rsquo;il n&rsquo;a pas l&rsquo;intention de rendre le document public.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab\u00a0Pourquoi cet arr\u00eat en 1689 ? Parce que cette date fournit l&rsquo;explication de la plaque appos\u00e9e sur un rocher de l&rsquo;Hospitaler, et parce que, quelques ann\u00e9es apr\u00e8s, le pays va \u00eatre \u00e0 feu et \u00e0 sang.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Camille Hugues a&nbsp;progressivement enrichi&nbsp;son unique tome, qui a connu plusieurs versions successives. La plus ancienne date de 1960. La plus r\u00e9cente, de 1980,&nbsp;int\u00e8gre de nouvelles informations dont certaines \u00e9taient esquiss\u00e9es au crayon dans la version&nbsp;pr\u00e9c\u00e9dentes. J&rsquo;ignore si des versions interm\u00e9diaires ont \u00e9t\u00e9 produites.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Voici la teneur du document de 1980, int\u00e9gralement retranscrite.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le territoire de la commune de Saint-Laurent-de-Tr\u00e8ves (2300 ha), succ\u00e9dant \u00e0 celui de la paroisse d&rsquo;ancien r\u00e9gime, est form\u00e9 essentiellement des versants de la d\u00e9pression p\u00e9riph\u00e9rique drain\u00e9e par le Tarnon venu de l&rsquo;Aigoual, qui coule au pied du causse M\u00e9jean, et du versant occidental de la vall\u00e9e du ruisseau du Brian\u00e7on porte ses eaux \u00e0 la Mimente.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;enfoncement des rivi\u00e8res dans les schistes, au-dessous de l&rsquo;\u00e9paisse masse des calcaires du Causse et de la Can, lui vaut l&rsquo;originalit\u00e9 de poss\u00e9der des paysages c\u00e9venols avec leurs prairies dans les bas-fonds et leur ch\u00e2taigneraie sur les premi\u00e8res pentes, et des paysages caussenards avec des terres \u00e0 bl\u00e9 et des maigres p\u00e2tures sur les hauteurs.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Avant l&rsquo;histoire<\/h2>\n\n\n\n<p>D\u00e8s la fin des temps pr\u00e9historiques la r\u00e9gion \u00e9tait occup\u00e9e par l&rsquo;homme, mieux connue par ses tombeaux que par ses habitats. Dans les parties caussenardes des communes de Florac et de V\u00e9bron se trouvent des dolmens, s\u00e9pultures collectives en grande dalle, qui datent de la fin de l&rsquo;\u00e2ge de la pierre, mais qui ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9es encore longtemps apr\u00e8s par les populations de l&rsquo;\u00e2ge du fer et m\u00eame gallo-romaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Des pierres lev\u00e9es ou menhirs, parfois aussi antique que les dolmens, avait \u00e9t\u00e9 dress\u00e9es sur le Causse et sur La Can. Souvent nous les trouvons renvers\u00e9s, volontairement ou involontairement, car leurs bases \u00e9taient tr\u00e8s peu enfonc\u00e9es dans le sol caillouteux (Peiro Jasen).<\/p>\n\n\n\n<p>Le menhir de la Cabassude est inclin\u00e9, mais non couch\u00e9 ; il est form\u00e9 d&rsquo;un grand triangle de calcaires clairs, haut de 3 m, large \u00e0 la base de 2 m 65. Les brebis qui viennent chercher un peu d&rsquo;ombre o\u00f9 s&rsquo;y frotter, ont poli les asp\u00e9rit\u00e9s de la face inf\u00e9rieure. Plus modeste \u00e9tait le menhir de La Can du Rey (auteur : 2,42 m), \u00e0 800 m au nord de la ferme, couch\u00e9 sur le sol, non loin de la draille de la Margerie, \u00e0 proximit\u00e9 de deux tumulus tant il signalait peut-\u00eatre la pr\u00e9sence ; on l&rsquo;a r\u00e9cemment vol\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Les hypoth\u00e8ses les plus diverses ont \u00e9t\u00e9 \u00e9mises sur le r\u00f4le des menhirs, de m\u00eame \u00e0 propos des pierres creus\u00e9es de bassin et de cupules dont on conna\u00eet un magnifique exemple sur La Can de Ferri\u00e8res au lieu-dit \u00a0\u00bb les Conques \u00a0\u00bb : dans un bloc calcaire volumineux existent deux bassins entour\u00e9s d&rsquo;une aur\u00e9ole de cupules plus petites, munies de rigoles, le tout crois\u00e9 de main d&rsquo;homme. On ne sait rien sur leur but, vraisemblablement religieux,. Le souvenir s&rsquo;en est perdu, quoique les cupules couvrent par centaines certains rochers de schistes des cr\u00eates principales ou secondaires des C\u00e9vennes.<\/p>\n\n\n\n<p>Par contre, la \u00a0\u00bb Peiro de la Pendudo \u00ab\u00a0, tr\u00e8s endommag\u00e9e maintenant, qui appartenait au socle d&rsquo;une croix, est une pierre \u00e0 l\u00e9gende, \u00e0 1 km au nord du Rey, au carrefour de la draille et d&rsquo;un chemin qui se dirige vers Ferri\u00e8res ; elle a \u00e9t\u00e9 fa\u00e7onn\u00e9e avec un instrument fer et elle est donc moins ancienne que les pr\u00e9c\u00e9dentes.<\/p>\n\n\n\n<p>Les tumulus datent, en g\u00e9n\u00e9ral, du premier \u00e2ge du fer (environ du VIIe si\u00e8cle avant J\u00e9sus-Christ), mais ils ont \u00e9t\u00e9 visit\u00e9s, sinon utilis\u00e9s, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque gallo-romaine. Au Causse de la Cabassude, un tumulus, \u00e9pais de 1,10 m, contenait \u00e0 la base une tombe de l&rsquo;\u00e2ge du fer (d\u00e9bris tr\u00e8s oxyd\u00e9s d&rsquo;une \u00e9p\u00e9e en fer) et, au-dessus, quelques tessons de poterie gallo-romaine.<\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame, le tumulus de La Can d&rsquo;Artigues, ovale, \u00e0 la crois\u00e9e de plusieurs voies (drailles de transhumance, chemin muletier de Florac \u00e0 Barre, chemin de Ferri\u00e8res) formait un tertre allong\u00e9 (14m x 10m) et aplati (0m80 de hauteur). Trop visible en ce lieu de passage le sommet du tumulus avait \u00e9t\u00e9 boulevers\u00e9 avant de porter une quille en pierres s\u00e8ches. La couche sup\u00e9rieure contenait des restes de porc et de mouton, des fragments de briques romaines et quelques d\u00e9bris de poterie grise tourn\u00e9e. Ce sont probablement les gallo-romains qui avaient \u00e9miett\u00e9 un vase en terre noire fait \u00e0 la main, qui devait appartenir au mobilier de la tombe sous-jacente du premier \u00e2ge du fer. \u00c0 80 cm de profondeur gisait un squelette en mauvais \u00e9tat, inhum\u00e9 sur un pav\u00e9. De part et d&rsquo;autre, des dalles plant\u00e9es de champ limitaient la s\u00e9pulture et se dressaient plus haut qu&rsquo;un second dallage de lourdes pierres plates qui avaient \u00e9cras\u00e9 les os. Quoique \u00e9pais, le cr\u00e2ne aux dents us\u00e9es \u00e9tait bris\u00e9. Le mobilier fun\u00e9raire ne comprenait pas d&rsquo;autre poterie que le vase en terre noir\u00e2tre rencontr\u00e9 dans la premi\u00e8re couche. Contre la jambe gauche se trouvait un fragment tr\u00e8s oxyd\u00e9 de lame de fer qui provenait d&rsquo;un poignard ou d&rsquo;une \u00e9p\u00e9e. C&rsquo;\u00e9tait donc la tombe d&rsquo;un guerrier. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 du pied droit on avait d\u00e9pos\u00e9 une coupelle en bronze mince, en forme de bol \u00e0 fond arrondi ; mais, pris entre des blocs volumineux, elle avait \u00e9t\u00e9 caboss\u00e9e et d\u00e9chir\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Aucune fouille ne permet de dire si les grottes de la commune de Saint-Laurent ont \u00e9t\u00e9 occup\u00e9es par les hommes pr\u00e9historiques.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Au d\u00e9but des temps historiques<\/h2>\n\n\n\n<p>A l&rsquo;\u00e9poque romaine, on reconna\u00eet des traces d&rsquo;occupation du sol sur La Can, par exemple \u00e0 proximit\u00e9 du tumulus de La Can d&rsquo;Artigues, en plusieurs points entre les fermes de Montgros et du Rey, particuli\u00e8rement \u00e0 l&rsquo;ouest de la route et \u00e0 la hauteur des ruines du ch\u00e2teau de Terre-Rouge. Sur le Serre de Montgros se trouvait un sanctuaire (fanum) dont l&rsquo;existence est attest\u00e9e par les d\u00e9bris de statuettes et de petits vases d&rsquo;offrandes en terre cuite.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u00e9peron rocheux du Cast\u00e9las de Saint-Laurent abritait aussi un groupe de maisons construites \u00e0 l&rsquo;abri du vent du nord sur le versant expos\u00e9 au midi. En 1802, Bancilhon, notaire \u00e0 Saint-Laurent, au cours d&rsquo;extraction de mat\u00e9riaux, retira d&rsquo;une citerne un autel votif en calcaire, haut de 0 m 50, large de 0 m 28 \u00e0 0 m 32, portant l&rsquo;inscription suivante qu&rsquo;on peut voir au mus\u00e9e de Mende :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">M. TRIT<br>VLLO<br>CONS<br>ACRANI<br>V.S.L.M.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;inscription de l&rsquo;h\u00f4tel, d\u00e9di\u00e9 apparemment au Dieu protecteur du pays (Mars Tritullus) par les membres d&rsquo;une confr\u00e9rie locale, se lit :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0\u00bb Marti Tritullo consacrani votum solverunt libenter morito \u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0\u00bb \u00c0 mars Tritullus, les membres de la confr\u00e9rie, avec reconnaissance en accomplissement de leur voeu \u00ab\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Au m\u00eame endroit, il fut trouv\u00e9 aussi une table de marbre blanc de 0 m 68 au carr\u00e9 sur 0 m 10 d&rsquo;\u00e9paisseur. Plus tard, Bancilhon, en faisant d\u00e9fricher un terrain, d\u00e9couvrit un grand nombre de tombeaux en ardoise ; un seul \u00e9tait construit en briques.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;analogie des noms et ces vestiges de l&rsquo;antiquit\u00e9 classique ont apport\u00e9 un argument, selon Marius Balmelle et \u00c9milienne Demougeot, en faveur de la th\u00e8se des auteurs qui identifient Saint-Laurent-de-Tr\u00e8ves avec le \u00a0\u00bb Tr\u00e9vidon \u00a0\u00bb cit\u00e9 par Sidoine Apollinaire, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de la d\u00e9cadence de l&#8217;empire romain. Dans un recueil de po\u00e9sie publi\u00e9 \u00e0 la fin du Ve si\u00e8cle, Sidoine Apollinaire trace un itin\u00e9raire de Clermont-Ferrand \u00e0 Narbonne par le Givaudan, avec des crochets chez les divers amis du po\u00e8te, qui passe par Trevidon, s\u00e9jour de Tonance Ferr\u00e9ol, qui fut pr\u00e9fet des Gaules de 450 \u00e0 453 et qui prit part \u00e0 la bataille contre les Huns Attila, bataille dite d\u00e8s \u00a0\u00bb Champs catalauniques \u00ab\u00a0, en Champagne.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;autres auteurs situent le Trevidon gallo-romains \u00e0 Tr\u00e8ves (Gard), en bordure du Causse Noir.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Moyen \u00c2ge<\/h2>\n\n\n\n<p>Au point de vue f\u00e9odal, Saint-Laurent-de-Tr\u00e8ves faisait partie de la Baronnie de Florac, partie elle-m\u00eame du comt\u00e9 du G\u00e9vaudan.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la t\u00eate de la noblesse G\u00e9vaudanaise \u00e9tait le comte de G\u00e9vaudan, seigneur suzerain. Avant le XIIIe si\u00e8cle, ce qualificatif avait appartenu \u00e0 la grande maison des comtes de Toulouse qui partageaient la supr\u00e9matie f\u00e9odale avec les vicomtes du G\u00e9vaudan. Ces derniers s&rsquo;\u00e9taient fondus par mariage dans la maison de Barcelone (1112) dont devaient h\u00e9riter les roi d&rsquo;Aragon (1172). Ainsi, pendant plus d&rsquo;un si\u00e8cle (1112 &#8211; 1258) la domination catalane et aragonaise s&rsquo;exerce sur une partie du G\u00e9vaudan.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s la guerre des albigeois, les comtes de Toulouse, puis rois d&rsquo;Aragon disparurent du pays. Le domaine des comtes tomba sous la domination des \u00e9v\u00eaques de Mende d\u00e8s 1209, et le domaine des vicomtes sous celui des rois cap\u00e9tiens (1258). \u00c0 partir du milieu du XIIIe si\u00e8cle il y eut en G\u00e9vaudan deux suzerains qui se partag\u00e8rent l&rsquo;autorit\u00e9 f\u00e9odale : L&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Mende qui se titrait compte de G\u00e9vaudan, et le roi de France, successeurs des rois d&rsquo;Aragon.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e9chelle imm\u00e9diatement inf\u00e9rieure venaient les barons, au nombre de huit, parmi eux celui de Florac ; tous \u00e9taient vassaux de L&rsquo;\u00e9v\u00eaque. Venaient ensuite les \u00a0\u00bb gentilshommes \u00ab\u00a0, parmi eux ceux de Barre et de Gabriac. La d\u00e9marcation entre les gentilshommes et les barons semblent un peu arbitraires \u00e0 premi\u00e8re vue. Venaient enfin, \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelon inf\u00e9rieur de la hi\u00e9rarchie f\u00e9odale, les possesseurs de fief noble, d&rsquo;importance diverse.<\/p>\n\n\n\n<p>La baronnie de Florac s&rsquo;\u00e9tendait dans la r\u00e9gion c\u00e9venole tributaire du Tarn et de ses affluents. Ses principaux ch\u00e2teaux \u00e9taient ceux de Florac, Barre, Saint-Laurent-de-Tr\u00e8ves, Mas-Aribal, Moissac, Chabri\u00e8res, Saint-Julien-d&rsquo;Arpaon. Elle appartient la puissante maison d&rsquo;Anduze jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du XIVe si\u00e8cle, puis \u00e0 celle de Ventadour, et d\u00e9sormais, elle changea souvent de mains.<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi les hameaux habit\u00e9s ou abandonn\u00e9s depuis peu, des noms de lieux indiquent des d\u00e9frichements qui remontent vraisemblablement au Moyen \u00c2ge. Artique est un terme employ\u00e9 en France m\u00e9ridionale et en Espagne pour d\u00e9signer un terrain d\u00e9frich\u00e9 par \u00e9cobuage, c&rsquo;est-\u00e0-dire cultiv\u00e9s sur br\u00fblis. Issart-long d\u00e9signae un terrain (issart ou Essarts) dont on a arrach\u00e9 les arbres et les \u00e9pines pour le d\u00e9fricher. Dans le compoix de 1631, d&rsquo;autres noms de sites qui se r\u00e9p\u00e8tent sont aussi les t\u00e9moins durables de d\u00e9frichements : les Rompudes au Mazel, l&rsquo;Issartas et l&rsquo;Issartou au Mazel, la rompude et l&rsquo;Issart del Moulinio \u00e0 Vernagues.<\/p>\n\n\n\n<p>Le nom d&rsquo;Artigues est connu par un texte \u00e0 la fin du XIIIe si\u00e8cle. Ses habitants reconnaissent au seigneur Raymond de Barre, le 7 octobre 1288, le mas de pomaret qui est dans la paroisse de Saint-Laurent et qui confrontent avec le mas du Bousquet, avec le mas de Nozi\u00e8res et avec le Valat de Vernet. La redevance annuelle s&rsquo;\u00e9levait \u00e0 quatre deniers m\u00e9lgoriens.<\/p>\n\n\n\n<p>La monnaie melgorienne ou monnaie de Mauguio dont il est fait mention dans l&rsquo;acte m\u00e9riterait plut\u00f4t l&rsquo;\u00e9pith\u00e8te \u00a0\u00bb montpelli\u00e9raine \u00a0\u00bb en raison de l&rsquo;importance de la place de Montpellier dans le commerce de l&rsquo;Occident m\u00e9diterran\u00e9en au Moyen \u00c2ge. Sans doute les \u00e9v\u00eaques du G\u00e9vaudan avait-il leurs monnaies particuli\u00e8res ; elle n&rsquo;est pas repr\u00e9sent\u00e9e dans une petite cachette de monnaie f\u00e9odale plac\u00e9e dans la grotte du ravin de Baumole\u00efro, entre l&rsquo;Hospitalet et Terre-Rouge qui contenait 94 pi\u00e9cettes en argent. La cachette qui para\u00eet remonter au d\u00e9but du XIIIe si\u00e8cle, se composait en majorit\u00e9 de monnaies melgorienes (86). Viennent ensuite 7 monnaies de Raymond VI, comte de Toulouse et marquis de Provence (1195 &#8211; 1222) et une monnaie d&rsquo;Alphonse II, roi d&rsquo;Aragon, comte de Provence (1162 &#8211; 1196).<\/p>\n\n\n\n<p>La seigneurie de Barre appartint \u00e0 la famille de ce nom de 1058 \u00e0 1425, dont les armes \u00e9taient \u00a0\u00bb d&rsquo;argent \u00e0 deux fasces de gueules \u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les premiers si\u00e8cles, il est impossible d&rsquo;\u00e9tablir une filiation suivie. Nous savons cependant que Genton de Barre prit part \u00e0 la premi\u00e8re croisade, en 1096, sous la banni\u00e8re de Raymond IV de Saint-Gilles, comtes de Toulouse, et qu&rsquo;\u00e0 leurs tours Gin et Mac\u00e9 de Barre, en 1190 &#8211; 1191, particip\u00e8rent \u00e0 la troisi\u00e8me croisade.<\/p>\n\n\n\n<p>La fr\u00e9quence de la monnaie raimondine dans la cachette de la grotte de l&rsquo;Hospitalet s&rsquo;explique tant par l&rsquo;\u00e9tendue des fiefs que par la puissance de la maison de Toulouse. De m\u00eame la pr\u00e9sence d&rsquo;un denier d&rsquo;Aragon se justifie par l&rsquo;extension en G\u00e9vaudan des domaines de cette famille.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;absence de toute pi\u00e8ce des \u00e9v\u00eaques de Mende ou du Puis semblerait indiquer que le possesseur de ce petit tr\u00e9sor se rendait de la plaine languedocienne \u00e0 la montagne et qu&rsquo;un accident de route l&rsquo;avait emp\u00each\u00e9 de venir reprendre son bien. Sans doute serait-il trop facile d&rsquo;\u00e9piloguer sur les causes possibles du d\u00e9p\u00f4t d&rsquo;une somme d&rsquo;argent en ce lieu retir\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la suite du rattachement du Languedoc au domaine royal (1229), la propagation des monnaies royales cap\u00e9tiennes marche de pair avec les progr\u00e8s r\u00e9els du pouvoir monarchique : apr\u00e8s la prohibition de la monnaie melgorienne par le roi en 1625, le s\u00e9n\u00e9chal de Beaucaire, deux ans plus tard, avait fait ouvrir au ch\u00e2teau de Barre un bureau de change bien pourvu en monnaie tournois. N\u00e9anmoins, la reconnaissance des habitants d&rsquo;Artigues, en 1288, montre qu&rsquo;au temp de Philippe le Bel les deniers melgoriens \u00e9taient encore en usage.<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but du XIVe si\u00e8cle, en 1305, Raymond, Bernard et autre Bernard, fils de Pierre de Barre, coseigneurs de Barre, furent convoqu\u00e9s \u00e0 Montpellier par le roi Philippe le Bel au sujet de son diff\u00e9rend avec le pape Boniface huit.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 3 f\u00e9vrier 1307, \u00e0 la suite d&rsquo;enqu\u00eates et de proc\u00e8s, fut conclu entre le roi de France et L&rsquo;Ev\u00eaque de Mende l&rsquo;acte de par\u00e9age dont la charte devait r\u00e9gler jusqu&rsquo;en 1789 l&rsquo;organisation administrative et judiciaire du G\u00e9vaudan. Ainsi, le roi et l&rsquo;Ev\u00eaque jouiraient d&rsquo;une autorit\u00e9 exclusive dans leurs terres propres, tandis que la \u00a0\u00bb terre commune \u00a0\u00bb recevrait une organisation sp\u00e9ciale, le roi s&rsquo;y associant l&rsquo;Ev\u00e8que dans l&rsquo;exercice de la juridiction et du droit r\u00e9galien. Au cours de l&rsquo;enqu\u00eate men\u00e9e par une commission mixte, en ao\u00fbt et septembre 1307, les repr\u00e9sentants du roi et ceux de L&rsquo;Ev\u00e8que vinrent \u00e0 Barre ; il faut croire que leurs d\u00e9cisions ne satisfaisaient pas Pierre, Raymond et Bernard, car ils firent opposition en 1308 au par\u00e9age. Dans des actes post\u00e9rieurs eux ou leurs descendants font hommage \u00e0 l&rsquo;\u00e9v\u00eaque dont ils pr\u00e9f\u00e8rent vraisemblablement la tutelle \u00e0 celle du roi de France.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1360, Adh\u00e9mar de Barre, chevalier, assista \u00e0 la premi\u00e8re r\u00e9union connue des \u00e9tats du G\u00e9vaudan qui comprenait les repr\u00e9sentants qualifi\u00e9s du clerg\u00e9, de la noblesse et des communaut\u00e9s (principales villes et bourgs) du dioc\u00e8se de Mende : 8 du clerg\u00e9, 20 de la noblesse, 18 du tiers \u00e9tat, de sorte qu&rsquo;il pouvait y avoir \u00e0 la fois le seigneur de Barre et le d\u00e9put\u00e9 de Barre, lorsque venait son tour parmi les communaut\u00e9s d&rsquo;entrer aux \u00e9tats.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1386, le noble et puissant seigneur Adh\u00e9mar de Barre, qui a \u00e9pous\u00e9 Marqu\u00e9sie, est dit coseigneur de Barre, seigneur de Rousse, Saint-Laurent-de-Tr\u00e8ves, la plus grande partie de V\u00e9bron, baron d&rsquo;Aleyrac, etc. Adh\u00e9mar vivait encore 1397.<\/p>\n\n\n\n<p>Martin de Barre, damoiseaux, fils et h\u00e9ritier d&rsquo;Adh\u00e9mar, fait hommage \u00e0 l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Mende Robert de Bosc, le 5 janvier 1404. En 1413 il est qualifi\u00e9 de seigneur de Barre, V\u00e9bron, Rousses, le Canourgue, Saint-Laurent-de-Tr\u00e8ves. Celui qui dut \u00eatre son fils, Eustache de Barre, \u00e9poux de Delphine de Rochemure, para\u00eet pour la premi\u00e8re fois dans un acte d&rsquo;avril 1424 : on a voulu voir dans ce personnage le dernier m\u00e2le de la premi\u00e8re famille seigneuriale de Barre. En tout cas, le 3 juillet 1427, Louis de Taulignan est en possession des seigneuries ayant appartenu aux pr\u00e9c\u00e9dentx ; il est le fondateur de la deuxi\u00e8me maison de Barre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Vie \u00e9conomique<\/h2>\n\n\n\n<p>La carte agricole de la paroisse de Saint-Laurent a \u00e9t\u00e9 vraisemblablement model\u00e9e au cours de ces si\u00e8cles obscurs dont l&rsquo;histoire n&rsquo;a gu\u00e8re laiss\u00e9 de traces dans les archives.<\/p>\n\n\n\n<p>La population, tr\u00e8s dispers\u00e9, a form\u00e9 trois types d&rsquo;habitats \u00e9tablis sur des replat, plus ou moins \u00e9troits et inclin\u00e9s, au regard du Causse M\u00e9jean et de La Can :<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; habitats du versant oriental du Causse, g\u00e9n\u00e9ralement au contact du schiste et du calcaire, l\u00e0 o\u00f9 surgissent les eaux infiltr\u00e9es \u00e0 travers le calcaire (F\u00e9rreirettes, Vernagues, le Mazel)<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; habitats du versant occidentalde la can, dans une position analogue, sur l&rsquo;alignement des sources, au contact du schiste-sous-jacent et du calcaire fissur\u00e9 (Mas Cabanis, Issart-Long, Rouve-Fourcat, Nozi\u00e8res, Artigues, les Fa\u00efsses, le Dev\u00e8s)<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; habitats du versant oriental de La Can, sym\u00e9triques des pr\u00e9c\u00e9dents (l&rsquo;Oultre, Ferri\u00e8res, le Bosc, terrasse, masse Vienne, les Bouars, Aubaret).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les listes de recensement du XIXe si\u00e8cle, on d\u00e9nombre 24 lieux habit\u00e9s, grands ou petits. Quelques habitats, et parmi eux le chef-lieu, \u00e9chappent au classement ci-dessus :<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Grattegals, moulin \u00e0 eau seigneurial pour les c\u00e9r\u00e9ales, les ch\u00e2taignes et les draps, sur la rive droite du Tarnon dont il utilise l&rsquo;\u00e9nergie hydraulique<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Coudoulous sur un m\u00e9andre du Tarn, et Carl\u00e8ques \u00e0 un confluent o\u00f9 s&rsquo;\u00e9talent Prairies et champs,&nbsp; autre habitat de fond de vall\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Saint-Laurent, position naturellement forte sur un \u00e9peron calcaire de La Can, \u00e0 proximit\u00e9 d&rsquo;un point d&rsquo;eau ; le village s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9 sur une ar\u00eate rocheuse, entre la forteresse f\u00e9odale et l&rsquo;\u00e9glise.<\/p>\n\n\n\n<p>A ces habitats permanents, dont le plus \u00e9lev\u00e9 est le Rey, \u00e0 987 m d&rsquo;altitude, sur la ligne de partage des eaux atlantiques et m\u00e9diterran\u00e9ennes, s&rsquo;ajoutent quelques habitats temporaires, parfois plus haut perch\u00e9e, dont le meilleur exemple est la Cabassude, groupant plusieurs bergeries \u00e0 1025 m, sur la bordure orientale du Causse M\u00e9jean : il y a l\u00e0 une agglom\u00e9ration ; mais g\u00e9n\u00e9ralement ces bergeries qui poss\u00e9daient une citerne et, plus rarement, une chemin\u00e9e d&rsquo;angle, \u00e9taient dispers\u00e9es. La \u00a0\u00bb jasse \u00a0\u00bb \u00e9tait destin\u00e9e \u00e0 abriter b\u00eates et gens des vall\u00e9es pendant la dur\u00e9e de certains travaux agricoles (moisson, labour) et elle poss\u00e9dait alors une aire pour battre le grain, ou bien elle n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une bergerie, quand les terrains r\u00e9serv\u00e9s aux pacages se trouvaient \u00e9loign\u00e9s du hameau.<\/p>\n\n\n\n<p>On comprend mieux pourquoi les terroirs des divers hameaux construits sur les pentes gravissent les versants et mordent plus ou moins largement sur le Causse ou sur La Can auxquels ils se trouvent adoss\u00e9s, parce que s&rsquo;\u00e9tendent l\u00e0 les meilleurs terrains \u00e0 c\u00e9r\u00e9ales et les p\u00e2turages. Sur le Causse M\u00e9jean, les privil\u00e8ges de d\u00e9paissance de certains habitants de Vernague ou de Ferrereirettes s&rsquo;\u00e9tendaient au-del\u00e0 des limites administratives de Saint-Laurent, \u00e0 Gargo, \u00e0 la Truque a Usclat, c&rsquo;est-\u00e0-dire sur la paroisse de V\u00e9bron, jusqu&rsquo;au point culminant du causse M\u00e9jean nouvel apparente (1247 m). De la m\u00eame fa\u00e7on, les terres de Nozi\u00e8res atteigent, sur La Can, les abords de la ferme du Rey. \u00c0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la paroisse d&rsquo;ancien r\u00e9gime existaient des mandements de section, qui ont leurs r\u00e8gles de vie rurale ; c&rsquo;est ainsi que la section d&rsquo;Artigues d\u00e9signe ses syndics appel\u00e9s \u00e0 d\u00e9fendre ses int\u00e9r\u00eats et \u00e0 la repr\u00e9senter.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Rey, dont le nom indique la pr\u00e9sence d&rsquo;un p\u00e9age, figure dans un acte de 1381, aux temps difficiles de la minorit\u00e9 du VI (reconnaissance f\u00e9odale de Sibille, fille d&rsquo;\u00c9tienne Ricard et femmes de Guillaume Pont du Mas de Nozi\u00e8res). Les Atger s&rsquo;y installent en 1456 &#8211; 57, au lendemain de la guerre de 100 ans, comme tenanciers des Barons de Barre et ils n&rsquo;en sortiront qu&rsquo;\u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle. Pendant pr\u00e8s d&rsquo;un demi mill\u00e9naire, l&rsquo;histoire de cette famille se confond avec celle de leur ferme. Des cadets et des filles essaimeront dans plusieurs directions, ainsi les Atger d&rsquo;Artigues.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 ceux de la maison-m\u00e8re on donnera couramment au XVIIIe si\u00e8cle le nom distinctif d&rsquo;Atger (Atgier ou Agier) du Rey ; ils porteront le titre de bourgeois et m\u00eame de seigneur de Mas-Viel, \u00e0 la suite de l&rsquo;acquisition de cette m\u00e9taierie et seigneurie sur le versant oriental de La Can : le nom d&rsquo;Atger se trouve grav\u00e9 en lettres de 5 cm de hauteur dans un rectangle de ciment frais sur le mur ext\u00e9rieur de la grande chemin\u00e9e de leur maison \u00e0 Mas-Viel :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">d E M E ure<br>DU CYTOIEN<br>ATGER DU RAY<br>1767<\/p>\n\n\n\n<p>Il peut para\u00eetre surprenant de ne trouver qu&rsquo;un habitat rural au Rey, \u00e9tant donn\u00e9 sa position \u00e0 un noeud de chemin tr\u00e8s ancien. Il est vrai qu&rsquo;\u00e0 peu de distance et commandant les voies qui y conduisent veillaient les ch\u00e2teaux de Saint-Laurent, de Barre et de Terre-Rouge : les deux premiers appartenaient au seigneur du pays, ainsi qu&rsquo;on l&rsquo;a vu, tandis que le ch\u00e2teau de Terre-Rouge fut, croit-on, une fondation des Templiers.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les Atger, aux ressources ordinaires de la culture des c\u00e9r\u00e9ales et de l&rsquo;\u00e9levage du menu b\u00e9tail, s&rsquo;ajoutaient, aux temps modernes, les b\u00e9n\u00e9fices de l&rsquo;auberge &#8211; on disait \u00a0\u00bb Atger h\u00f4te du Rey \u00a0\u00bb &#8211; que fr\u00e9quentaient les muletiers, les roulier, les paysans qui fr\u00e9quentaient des nombreuses foires de Barre ou de Florac. Il s&rsquo;y ajoutait encore le p\u00e9age des transhumants, lev\u00e9 au nom des seigneurs de Barre jusqu&rsquo;au d\u00e9but du XVIIIe si\u00e8cle, la vente de fourrage aux montures et la location des p\u00e2turages pour les troupeaux de moutons qui passaient la nuit, car le Rey \u00e9tait traditionnellement une \u00a0\u00bb couch\u00e9e \u00a0\u00bb sur le trac\u00e9 de la draille par laquelle des transhumants du midi gagnaient les monts de la Margeride en descendaient.<\/p>\n\n\n\n<p>Ses avantages du Rey excitaient la jalousie de voisins moins bien partag\u00e9s, en particulier ceux de Terre-Rouge o\u00f9 les troupeaux ne s&rsquo;arr\u00eataient pas. On faisait courir des bruits sinistres sur ses habitants accus\u00e9s d&rsquo;assassinats. Des altercation \u00e9clataient entre les Atger et leurs clients occasionnels, en particulier avec les bergers en d\u00e9placement qui pr\u00e9tendaient faire pa\u00eetre leurs b\u00eates sans bourse d\u00e9lier.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Temps moderne<\/h2>\n\n\n\n<p>En 1631, lors de l&rsquo;\u00e9tablissement du compoix de la communaut\u00e9 de Saint-Laurent, le domaine des Atger para\u00eet solidement constitu\u00e9. Ils ont ajout\u00e9 des b\u00e2tisses nouvelles aux constructions primitives et en rassemblant un certain nombre de terres et de p\u00e2tures ils ont arrondi le patrimoine formant bloc autour de la ferme qu&rsquo;ils d\u00e9fendent avec \u00e2pret\u00e9. L&rsquo;exploitation restera de caract\u00e8re familial. Tous les enfants ne se marieront pas : ceux qui demeurent travaillent aux c\u00f4t\u00e9s de leurs parents ou du fils a\u00een\u00e9 qui, s&rsquo;\u00e9tant mis en m\u00e9nage, n&rsquo;a jamais quitt\u00e9 la maison paternelle. Ils travaillent et poss\u00e8dent en commun. Tandis que d&rsquo;autres Mas &#8211; ceux de Nozi\u00e8res et d&rsquo;Artigues par exemple &#8211; se sont fragment\u00e9s pour donner naissance \u00e0 des hameaux, le Mas Du Rey a conserv\u00e9 son unit\u00e9 premi\u00e8re dans la communaut\u00e9 familiale.<\/p>\n\n\n\n<p>Si nous revenons en arri\u00e8re, au d\u00e9but du XVe si\u00e8cle, nous trouvons nouvellement install\u00e9e \u00e0 Barre et Saint-Laurent la famille seigneuriale du Taulignan, d&rsquo;origine dauphinoise, richement positionn\u00e9 dans le comtat.<\/p>\n\n\n\n<p>Vers 1380, Bertrand de Taulignan avait \u00e9pous\u00e9 Blonde de Barre, fille peut \u00eatre d&rsquo;Adh\u00e9mar et de Marqu\u00e9sis. Louis de Taulignan, son fils, avait recueilli, en 1426, l&rsquo;h\u00e9ritage du dernier Baron de Barre et fond\u00e9 la deuxi\u00e8me maison.<\/p>\n\n\n\n<p>Ses armes se lisent : \u00e9cartel\u00e9 au 1 et 4 de sable, \u00e0 la croix engrel\u00e9e d&rsquo;or, cantonn\u00e9e de 18 billettes de m\u00eame, cinq en sautoir \u00e0 chaque canton en chef et quatre \u00e0 ceux de la pointe (qui est de Taulignan) ; aux 2 et 3 d&rsquo;argent, \u00e0 deux fasces de gueule (Barre ancien). On peut les voir encore sculpt\u00e9es dans un bloc de pierre plac\u00e9e en remploi au-dessus d&rsquo;une petite porte dans Saint-Laurent-de-Tr\u00e8ves m\u00eame, arrach\u00e9 probablement \u00e0 l&rsquo;ancien ch\u00e2teau.<\/p>\n\n\n\n<p>Louis de Taulignan, qualifi\u00e9 en 1428 de nobles et puissant homme, Seingneur de Barre, V\u00e9bron, Rousses, Saint-Laurent-de-Tr\u00e8ves, Saint-Bonnet-de-Salendrenque et de la baronnie d&rsquo;Aleyrac, avait \u00e9pous\u00e9 vers 1420 Louise de Rochemure. En 1435 il assiste aux \u00e9tats de Languedoc, \u00e0 Montferrand ; il assiste encore aux \u00e9tats de 1436, 1439, 1473. Il teste en 1445 : n&rsquo;ayant pas d&rsquo;enfant, il laisse ses biens aux enfants m\u00e2les de ses neveux Bertrand et Louis.<\/p>\n\n\n\n<p>Bertrand est en mort sans post\u00e9rit\u00e9, Louis de Taulignan succ\u00e8de \u00e0 son oncle du m\u00eame nom. Il est lui-m\u00eame le p\u00e8re de Fran\u00e7ois de Taulignan, qualifi\u00e9, en 1528, de magnifique et puissant hommes, Baron d&rsquo;Aleyrac, Barre, V\u00e9bron, etc. demeurant \u00e0 Puy-Alm\u00e9ras, au dioc\u00e8se de Vaison (Vaucluse).<\/p>\n\n\n\n<p>Fran\u00e7ois fut p\u00e8re de Charles qui suit, et d&rsquo;une fille Claudie.<\/p>\n\n\n\n<p>Charles de Taulignan vivait en 1543. On croit qu&rsquo;il fut l&rsquo;a\u00efeul de Pierre de Taulignan qui repara\u00eetra \u00e0 Barre en 1673.<\/p>\n\n\n\n<p>Claudie, sa soeur, qui avait \u00e9t\u00e9 vraisemblablement dot\u00e9e de la part la plus importante de la Baronnie de Barre, se maria deux fois :<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00e0 Robert de Parasclet de Maillane, vers 1560, dont elle n&rsquo;eut pas d&rsquo;enfants ;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00e0 N. de Sauzet dont elle eut une fille, Esther de Sauzet, mari\u00e9e une premi\u00e8re fois a Tristan de Th\u00e9zan, Seigneur de S\u00e9ras, puis \u00e0 Jacques d&rsquo;Assas, le 4 avril 1614.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la suite du s\u00e9jour d&rsquo;une garnison, le baile de Barre constate que le mobilier du ch\u00e2teau, en 1569, a \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 mal par la soldatesque. Une r\u00e9paration du ch\u00e2teau s&rsquo;impose et, le 17 juin 1173, Claudie de Taulignan passe un contrat avec \u00c9tienne V\u00e9drine, ma\u00e7on de la garde (St-Germain-de-Calberte), pour \u00e9lever \u00e0 un angle de son ch\u00e2teau de Saint-Laurent, pr\u00e8s de la porte et regardant le quartier du mal d&rsquo;Artigues, une tour ronde \u00e0 la place d&rsquo;une autre tour ruin\u00e9e ; elle devait avoir 12 pans dans son oeuvre et 6 pans d&rsquo;\u00e9paisseur (Jean Duforcoal, notaire \u00e0 Barre).<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est sous les derniers Taulignan et, semble-t-il, sous Claudie que les doctrines de la r\u00e9forme protestante furent introduites \u00e0 Saint-Laurent comme dans toute la r\u00e9gion : vers 1570, Jehan fornier, ayant femme et enfant, est Pasteur \u00e0 Saint-Laurent.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 cause de la position strat\u00e9gique de son ch\u00e2teau, le site sera l&rsquo;enjeu de luttes acharn\u00e9es durant les guerres de religion. En 1560, le ch\u00e2teau ayant \u00e9t\u00e9 pris par M. de Pontaut, seigneur de Saint Didier \u00a0\u00bb pour icelluy conserver \u00e0 l&rsquo;hobeyssance du Roy et emp\u00eacher les perturbateurs du repos publicque des C\u00e9v\u00e8nes \u00ab\u00a0, ceux-ci &#8211; c&rsquo;est-\u00e0-dire les protestants &#8211; l&rsquo;assi\u00e9g\u00e8rent.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0\u00bb L&rsquo;an mil cinq cens quatre vingtz et un et du mercredi vingt deuxi\u00e8me jour du moys de juing, en la ville de Chanac, maison du cappitaine de Grimault, assembl\u00e9e nobles et v\u00e9n\u00e9rables personnes Lambert de gayet, seingeur de Thiville, Jacques Marcel et Jean Brugeyron, vicaire de Monseigneur de Mende, comte de G\u00e9vaudan, Andr\u00e9 de Recth, seigneur de Cheminade, premier consul dudict Mende.<\/p>\n\n\n\n<p>Par Me Jehan Comitis a est\u00e9 remonstr\u00e9 que le seingeur de Sainct Didi\u00e9 auroyt faict prendre et saisir le fort et chasteau de Sainct-Laurent de Tr\u00e8ves, pour icceluy conserver \u00e0 l&rsquo;hobbeyssance du Roy et emp\u00eacher les perturbateurs du repos publicque des C\u00e9v\u00e8nes, que journellement cont et viennent en la ville de Mende pour icelle piller. Et doultant que tout aussit\u00f4t que ledict fort feust prins \u00e0 l&rsquo;obeyssance de sa dicte majest\u00e9, lesdictz perturbateurs l&rsquo;auraient assig\u00e9, ou ledict si\u00e8ge y est encore. Parquoy a requis et pri\u00e9 mesdictz seingeurs les commis, trouver moyen faire administrer vivres auls compaignies que le seingeur de Saint Didier est apr\u00e8s pour les f\u00e8re assembler au nombre de quinze cent hommes \u00e0 pied et cinq cens \u00e0 cheval, aulx fis aller f\u00e8re lever ledict si\u00e8ge et interrompre le desseing desdictz perturbateurs et aultres choses qu&rsquo;il pourroit f\u00e8re pour le service de sadicte majest\u00e9&#8230;..<\/p>\n\n\n\n<p>Datt\u00e9e \u00e0 P\u00e9zenas, le XVIIIe juin au pr\u00e9sent. \u00ab\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Deux ans apr\u00e8s, les \u00e9tats de G\u00e9vaudan r\u00e9unis \u00e0 Mende d\u00e9cident son d\u00e9mant\u00e8lement, parmi une demi-douzaine de forteresses G\u00e9vaudanaises qui ont servi \u00a0\u00bb de retraicte aux voleurs, infracteurs de paix et du repos public \u00ab\u00a0. Les probl\u00e8mes religieux, politiques et \u00e9conomiques s&rsquo;enchev\u00eatrent : la destruction du ch\u00e2teau de Saint-Laurent est demand\u00e9e \u00e0 la fois, en 1582 par M. de Saint-\u00c9nimie, M. de Florac, M. de Servi\u00e8re, le Sr d&rsquo;Ispagnac, probablement parce qu&rsquo;il g\u00eane les relations commerciales avec le midi. Le rasement ne fut peut-\u00eatre pas total, ou le ch\u00e2teau fut r\u00e9tabli par la suite.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1571, il a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 six colloques r\u00e9form\u00e9s en Bas-Languedoc, dont d\u00e9pendait Saint-Laurent; leurs limites devaient demeurer \u00e0 peu pr\u00e8s invariable au XVIIe si\u00e8cle : le colloque de St-Germain-de-Calberte, tout en montagne, auquel appartenait Saint-Laurent-de-Tr\u00e8ves, s&rsquo;\u00e9tendait de la vall\u00e9e Borgne \u00e0 Marvejols et de St-Germain a Florac.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1612, apr\u00e8s avoir travers\u00e9 sans trop de dommages la crise des guerres de religion, les six colloques se s\u00e9par\u00e8rent en deux masses. Les trois colloques de Montpellier, N\u00eemes et Uz\u00e8s formeront la province du Bas-Languedoc ; ceux d&rsquo;Anduze, de Sauves et de St-Germain-de-Calberte celle des C\u00e9vennes.<\/p>\n\n\n\n<p>Tristan de Th\u00e9zan, farouche calviniste, contribua \u00e0 maintenir le protestantisme dans ses domaines. Il servit sous les ordres du capitaine Merle qui fit trembler le G\u00e9vaudan, et il s&#8217;empara de Chirac en 1587. \u00c0 partir de 1589, il servit le roi Henri IV, et maintint dans son ob\u00e9issance la citadelle de Marvejols avec 20 arquebusiers.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 cette \u00e9poque, on trouve les cado\u00ebns de Gabriac, d&rsquo;une autre famille c\u00e9venole, positionn\u00e9e \u00e0 Barre o\u00f9 ils avaient le tiers de la seigneurie. Ces droits leur venaient sans doute de leurs a\u00efeuls, B\u00e9atrice est Aigline de Barre, dans des actes de 1283 et 1290. Il poss\u00e9dait des terres et des immeubles \u00e0 Artigues. Or, au d\u00e9but du XVIIe si\u00e8cle, les relations sont fort mauvaises entre Gabriac et Th\u00e9zan. Le 12 d\u00e9cembre 1602, Tristan de Th\u00e9zan, seigneur de S\u00e9ras, s&rsquo;oppose \u00e0 l&rsquo;admission aux \u00e9tats du G\u00e9vaudan du sieur de Villaret, noble Antoine de Saint-Martin.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0\u00bb Sa procuration, d\u00e9clare-t-il, doit \u00eatre trait\u00e9e comme nulle, faite par personnes pr\u00e9venues est condamn\u00e9es pour un crime capital, tels que l&rsquo;agression et meurtre commis par le feu sieur de Saint-Julien, sieur de Gabriac, et Le sieur de Folhaquier, son fr\u00e8re, en la personne du feu sieur de Villeneuve, fils du dit Sieur de S\u00e9ras&#8230;., le meurtre a \u00e9t\u00e9 commis avec port d&rsquo;armes \u00e0 feu et grandes assembl\u00e9e d&rsquo;hommes arm\u00e9s, en plein soir, au milieu de la place de Barre. Mais le sieur de Villaret soutient, d&rsquo;autre part, qu&rsquo;il n&rsquo;y a aucune condamnation contre le sieur de Folhaquier, ni autre de la maison de Gabriac, comme n&rsquo;\u00e9tant coupable de la mort du sieur de Villeneuve, et qu&rsquo;au contraire ce dernier avait aggred\u00e9 (assailli) et meurtri le sieur de Saint-Julien, comme il esp\u00e8re que la v\u00e9rit\u00e9 s&rsquo;en d\u00e9couvrira bient\u00f4t. \u00ab\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Cet incident permet de juger de la violence des m\u0153urs de l&rsquo;\u00e9poque. Il faut dire que les Gabriac avait une triste r\u00e9putation de barons pillards. On les accusait de plusieurs m\u00e9faits, en particulier d&rsquo;avoir enlev\u00e9 le tr\u00e9sor royal sur la Can de l&rsquo;Hospitalet, pr\u00e8s du ch\u00e2teau de Terre-Rouge. Ils furent poursuivis, se r\u00e9fugi\u00e8rent dans le ch\u00e2teau de Saint-Julien-D&rsquo;arpaon pour se soustraire \u00e0 l&rsquo;arrestation dont ils \u00e9taient menac\u00e9s, ils s&rsquo;y fortifi\u00e8rent. Un d\u00e9tachement des troupes du roi partit de Meyrueis avec une pi\u00e8ce de canon, un autre d\u00e9tachement vint d&rsquo;Al\u00e8s avec une seconde pi\u00e8ce, et ce ne fut qu&rsquo;apr\u00e8s avoir fait des br\u00e8ches consid\u00e9rables au ch\u00e2teau qu&rsquo;on parvint \u00e0 livrer ces brigands la justice. Le ch\u00e2teau fut d\u00e9truit, nous dit-on, en grande partie \u00e0 cette \u00e9poque. Nous ignorons cependant de quelle mani\u00e8re fut r\u00e9alis\u00e9e la d\u00e9molition. Toujours est-il que 100 ans plus tard, Louvreleuil comptait Saint-Julien-D&rsquo;arpaon parmi les ch\u00e2teaux entretenus en bon \u00e9tat par leur seigneur. On peut supposer qu&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9par\u00e9 au XVIIe si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p>Tristan de Th\u00e9zan n&rsquo;\u00e9tait que le porte-parole des populations apeur\u00e9es. En 1616, pour se pr\u00e9munir contre les exc\u00e8s des Gabriac qui ne connaissait aucune loi, un certain nombre de communaut\u00e9s c\u00e9venoles avait cr\u00e9\u00e9 une \u00a0\u00bb union \u00a0\u00bb contre cette turbulente famille. Enfin, le 16 janvier 1617, une ordonnance du duc de Montmorency, gouverneur de la province de Languedoc, condamnait Jacques de Gabriac et ses complices, par d\u00e9faut, \u00e0 la peine de mort et ordonnait \u00a0\u00bb le si\u00e8ge, conduite de canon, d\u00e9molition et rasement des ch\u00e2teaux de Gabriac et Saint-Julien-D&rsquo;arpaon \u00ab\u00a0, \u00e0 la suite de quoi eut lieu le si\u00e8ge ci-dessus rapport\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, \u00e0 cette date, les jours du ch\u00e2teau de Saint-Laurent \u00e9taient aussi compt\u00e9s, comme nous le verrons.<\/p>\n\n\n\n<p>Du mariage de Tristan de Th\u00e9zan et d&rsquo;Esther de Sauzet\u00e9taient n\u00e9s trois fils et une fille :<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Fran\u00e7ois, seigneur et baron de Barre,&nbsp; Lasalle et autre lieux, habitant \u00e0 la Rouvi\u00e8re (paroisse de Molezon)<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Philip, sieur de Fabr\u00e8gue<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; C\u00e9sar, seigneur de S\u00e9ras et sieur de Laval,<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Claude, qui \u00e9pousera, en 1624, Paul de vignobles, d\u00e9j\u00e0 veuf de Claude de Belcastel.<\/p>\n\n\n\n<p>Au cours des troubles religieux et politiques du d\u00e9but du r\u00e8gne de Louis XIII, \u00e0 la suite de la prise d&rsquo;armes du duc de Rohan dans le Bas-Languedoc et des C\u00e9vennes, C\u00e9sar de Th\u00e9zan adresse aux \u00e9tats du G\u00e9vaudan, au nom des habitants des villages de Villeneuve, Laval et certains lieux proches de Barre, une demande pour qu&rsquo;il soit pourvu \u00a0\u00bb au d\u00e9dommagement de la perte est ruine soufferte par lesdits habitants, \u00e0 cause du br\u00fblement de leurs maisons, advenu par l&rsquo;injure de la guerre durant ces derniers mouvements \u00a0\u00bb ; l&rsquo;ann\u00e9e suivante (1624), une somme de 100 livres tournois est accord\u00e9e par l&rsquo;assembl\u00e9e des \u00e9tats pour \u00eatre distribu\u00e9e \u00e0 chaque habitant selon le dommage qu&rsquo;il a souffert.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u00e9sar de Th\u00e9zan mourra aux arm\u00e9es. Avant de partir, il avait test\u00e9 en faveur de sa soeur Claude de Th\u00e9zan, le 24 mai 1624. Lors de l&rsquo;ouverture du testament en 1628, au ch\u00e2teau de Saint-Laurent-de-Tr\u00e8ves, on apprend qu&rsquo;il voudrait \u00eatre enseveli au cimeti\u00e8re de Saint-Laurent, au tombeau de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs et qu&rsquo;il fait h\u00e9riti\u00e8re universelle Claude de Th\u00e9zan, sa soeur. Elle aura \u00e0 verser des legs \u00e0 leurs deux fr\u00e8res, Fran\u00e7ois, seigneur de La Salle, et Philippe, seigneur de Fabr\u00e8gue. Elle donnera 30 livres \u00e0 chacun des laquais du d\u00e9funt, Jacques gout et Guillaume Agulhon, ainsi qu&rsquo;\u00e0 \u00a0\u00bb une pauvre bastarde qui est nourrie au ch\u00e2teau par aum\u00f4ne \u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1624, par son mariage, Claude de Th\u00e9zan apporte en dot \u00e0 Paul de Vignolles, seigneur de Montvaillant, connu sous le nom de capitaine Montredon, la majeure partie de la seigneurie de V\u00e9bron.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1626, Philippe de Th\u00e9zan est dit seigneurs de S\u00e9ras, Saint-Laurent-de-Tr\u00e8ves, Barre, le Masbonnet, la Rouvi\u00e8re et autres lieux et places.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1647, \u00e0 l&rsquo;occasion de l&rsquo;achat d&rsquo;une ch\u00e2taigneraie \u00e0 Artigues par Antoine de Saint-Julhan, le fils du pr\u00e9c\u00e9dent, messire Fran\u00e7ois de Th\u00e9zan, seigneur de La Salle, baron de Barre et autres places, se fait payer les droits de lods (mutation), non dans son ch\u00e2teau qui n&rsquo;existe plus, mais dans sa maison de Saint-Laurent. \u00c0 la suite de la r\u00e9volte du duc de Montmorency, gouverneur de Languedoc, et de Gaston d&rsquo;Orl\u00e9ans, fr\u00e8re du roi Louis XIII (1632), les nobles qui les ont suivis, ont \u00e9t\u00e9 durement ch\u00e2ti\u00e9 : M. de Machault, conseiller d&rsquo;\u00c9tat et ma\u00eetre des requ\u00eates, venu pour assurer la s\u00e9curit\u00e9 et la tranquillit\u00e9 du pays, punir les coupables et raser les forteresses rebelles, a fait abattre, en 1633, le ch\u00e2teau de Saint-Laurent-de-Tr\u00e8ves dont le propri\u00e9taire \u00a0\u00bb le sieur de La Salle, beau-fr\u00e8re de M. de Montredont a fui la justice du roi \u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne pouvait laisser subsister \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e du G\u00e9vaudan un ch\u00e2teau dangereux, ainsi qu&rsquo;on avait pu s&rsquo;en rendre compte au cours des guerres de religion, \u00a0\u00bb extr\u00eamement fort d&rsquo;assiette et de travail qui y avait \u00e9t\u00e9 fait m\u00eame depuis les derniers mouvements \u00ab\u00a0. Aussi fut-il totalement ras\u00e9 par mesures d&rsquo;autorit\u00e9, par les soins de l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Mende, moyennant le versement au propri\u00e9taire d&rsquo;une indemnit\u00e9 de 6000 livres.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;apr\u00e8s le dictionnaire de J. Bourret, on pouvait voir, en 1852, les traces de deux grosses tours dont il existait encore les fondements. Peut-\u00eatre y avait-il deux tours rondes tr\u00e8s rapproch\u00e9es, pr\u00e8s du d\u00e9bouch\u00e9 du chemin de chars sur le sommet ; mais il faudrait entreprendre des fouilles pour v\u00e9rifier cette hypoth\u00e8se, d&rsquo;apr\u00e8s Robert Poujol.<\/p>\n\n\n\n<p>Les rapports restent tendus entre catholiques et protestants. C&rsquo;est ainsi que les cur\u00e9s de Florac et de Saint-Laurent \u00e9l\u00e8vent, en 1635, des plaintes contre le pasteur de V\u00e9bron et ceux qui distribuent l&rsquo;aum\u00f4ne, accus\u00e9 de partialit\u00e9. \u00a0\u00bb Le froment est donn\u00e9 aux gentilshommes, aux ministres et aux notaires, et l&rsquo;orge aux pauvres \u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p>Fran\u00e7ois de Th\u00e9zan, rest\u00e9 c\u00e9libataire, eut une triste fin : il mourut en 1666, \u00e9trangl\u00e9e dans son lit par David d&rsquo;Alesti seigneur d&rsquo;Ayriargues, qui voulait h\u00e9riter de ses biens. Le crime ne fut pas payant et la seigneurie, pour quelques ann\u00e9es, passa \u00e0 la famille d&rsquo;Assas.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce changement s&rsquo;explique par le dernier mariage d&rsquo;Esther de Sauzer avait \u00e9pous\u00e9 en deuxi\u00e8me noce (1614) Jacques d&rsquo;Assas de Marcassargues, seigneur de Saint-Jean-de-Gardonnenque. Fran\u00e7ois de Th\u00e9zan \u00e9tant mort sans post\u00e9rit\u00e9, ces domaines pass\u00e8rent \u00e0 son cousin Fran\u00e7ois d&rsquo;Assas, petit-fils d&rsquo;Esther de Sauzier, qui n&rsquo;en jouit pas longtemps, car, d\u00e8s 1673, on retrouve \u00e0 Barre des Taulignan.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous ignorons comment les Taulignan ont pu revenir \u00e0 Barre et \u00e0 Saint-Laurent. Le seul fait certain est que Pierre de Taulignan est qualifi\u00e9 de baron de Barre en 1673. Sa fille, Fran\u00e7oise de Taulignan, a \u00e9pous\u00e9 en 1666, Joseph &#8211; Louis &#8211; Bernard de Bl\u00e9giers, seigneur d&rsquo;Antelon, d&rsquo;une ancienne famille du comptat venaissin ; elle-m\u00eame est dite baronne de barre et Puym\u00e9ras. Vers 1690, son mari rend hommage \u00e0 l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Mende pour le mansdemant de Barre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 le pouvoir royal et le pouvoir eccl\u00e9siastique abaissaient les seigneurs de Saint-Laurent, une famille, celle des Dupuy, de Nozi\u00e8res, pr\u00e9tendait s&rsquo;\u00e9lever en se r\u00e9clamant de l&rsquo;illustre famille dauphinoise du Du Puy &#8211; Montbrun. L&rsquo;absence de titres certains ne permet pas d&rsquo;asseoir une opinion d\u00e9finitive sur ce point assez particulier d&rsquo;histoire g\u00e9n\u00e9alogique. Cependant, au d\u00e9but du XVIIIe si\u00e8cle, Pierre Dupuy (ou Du Puy) seigneur de Nozi\u00e8res et Aubignac, ayant eu de son mariage (1702) avec Marguerite de Mazelet un fils Pierre, ce dernier obtiendra de la Cour des Aides de Montpellier un arr\u00eat confirmant sa pr\u00e9tention, il prendra, \u00e0 partir de ce moment, le nom de Dupuy &#8211; Montbrun, malgr\u00e9 les protestations du marquis de Puy &#8211; Montbrun de Rochefort qui conteste ces droits.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 25 octobre 1975 est morte \u00e0 Gen\u00e8ve Mme Georges Angst, n\u00e9e Jeanne Du Puy &#8211; Montbrun de Nozi\u00e8res, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 97 ans. Le culte a eu lieu au temple de Cologny \u00e0 Gen\u00e8ve, le 30 octobre 1975, et l&rsquo;inhumation a \u00e9t\u00e9 faite \u00e0 Marseille, dans le caveau de la famille Angst.<\/p>\n\n\n\n<p>Au milieu du XVIIe si\u00e8cle, le ch\u00e2teau de Terre-Rouge appartient \u00e0 la famille des Malzac, repr\u00e9sent\u00e9e par Jean de Malzac, seigneur de Terre-Rouge, bailli de Barre. Le seigneur de Terre-Rouge ach\u00e8te la ferme de la Fajolle, sur le causse M\u00e9jean. D\u00e9j\u00e0, en 1562, cette pauvre seigneurie de la Can \u00e9tait poss\u00e9d\u00e9e par un Louis Malzac, habitants de Barre, dont les descendants ont pris la particule.<\/p>\n\n\n\n<p>Robert Poujol pense que le ch\u00e2teau attribu\u00e9 aux templiers aurait pu \u00eatre, plus vraisemblablement, un \u00e9tablissement de l&rsquo;ordre hospitalier de Saint-Jean de J\u00e9rusalem. Cette hypoth\u00e8se s&rsquo;appuie sur l&rsquo;existence, \u00e0 3 km au sud de Terre-Rouge, de la ferme que l&rsquo;on nomme actuellement l&rsquo;Hospitalet, et que les anciens documents d\u00e9signaient sous le nom de \u00a0\u00bb l&rsquo;h\u00f4pital de la fage obscure \u00ab\u00a0. Sur l&#8217;emplacement de cette ferme existait \u00e9galement une \u00a0\u00bb chapelle de la fage obscure \u00ab\u00a0. On peut imaginer que les chevaliesr d&rsquo;un ordre hospitalier aient install\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Hospitalet leurs \u00e9tablissements religieux et hospitaliers, et \u00e0 Terre-Rouge leur habitation fortifi\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>La longue lutte des Th\u00e9zan et des Gabriac qui, de 1601 \u00e0 1617, vid\u00e8rent leurs querelles les armes \u00e0 la main, n&rsquo;est pas le seul exemple de la brutalit\u00e9 des moeurs qui s&rsquo;\u00e9tendaient aux diff\u00e9rentes classes de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1651, Fulcran Clauson, de Nozi\u00e8res, \u00e0 la suite de la mort de son fils, d\u00e9posait une plainte contre Antoine de Saint-Julhan, d&rsquo;Artigues : le 23 mars 1651, Claude Clauson \u00e9tait all\u00e9 en compagnie de Jean Bon et de Privat cueillir du gui sur le terroir d&rsquo;Artigues pour le donner au pourceaux, Antoine de Saint-Julhan survenant avec son valet, Mo\u00efse Dupont, aurait \u00f4t\u00e9 \u00e0 Claude Clauson le sac qu&rsquo;il portait, et l&rsquo;ayant fait tomber \u00e0 terre, l&rsquo;aurait rou\u00e9 de coups de pied et de poing. Rentr\u00e9 chez lui, Claude Clauson se serait mis au lit et serait mort le 28 mars, ne se sachant aucun autre mal. Pourtant, \u00e0 la suite de transactions conduites par Pierre de Gabriac en faveur de Saint-Julhan, son rentier, les parents de la victime finissent par reconna\u00eetre que leur fils, malade depuis trois ou quatre mois, a pu mourir de mort naturelle et acceptent de retirer leur plainte, moyennant le versement d&rsquo;une somme de 120 livres.<\/p>\n\n\n\n<p>La draille de la Margeride est aussi et souvent le th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;altercation entre les propri\u00e9taires des champs riverains et les bergers de passage dont les troupeaux s&rsquo;\u00e9gaillent dans les p\u00e2tures et les terres cultiv\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la fin du r\u00e8gne de Louis XV, Pierre Atger du Rey entre en conflit avec deux conducteurs de troupeaux, Pauc et Aubanel de Monoblet, qui montent le 12 juin 1773 \u00e0 la montagne avec leurs b\u00eates escort\u00e9es de quatre bergers. Apr\u00e8s avoir bu chez Atger, ils pr\u00e9tendent passer la nuit sur le domaine du Rey, avant d&rsquo;aller \u00e0 Florac, sans payer \u00e0 Atger, conform\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;usage, le s\u00e9jour de leurs troupeaux sur ses terres. \u00c0 la suite d&rsquo;une altercation, au cours de laquelle ils ont menac\u00e9 Pierre Atger et son fr\u00e8re Antoine, Paux et Aubanel partent seuls pour Barre, sous pr\u00e9texte d&rsquo;aller pr\u00e9venir le propri\u00e9taire, abandonnant le troupeau, tandis que de son c\u00f4t\u00e9 Pierre Atger porte plainte, d\u00e8s le lendemain, devant les officiers de la baronnie de Barre, d\u00e9clarant qu&rsquo;il va faire conduire les b\u00eates \u00e0 leur lieu de destination aux risques et p\u00e9rils de Pauc et d&rsquo;Aubanel, car il ne peut en prendre soin et n&rsquo;a pas d&rsquo;herbe \u00e0 leur consacrer. Nous ignorons la fin de l&rsquo;affaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Sous le r\u00e8gne personnel de Louis XIV, la politique religieuse du roi qui voudrait r\u00e9tablir l&rsquo;unit\u00e9 de foi catholique, a provoqu\u00e9 une crise, la plus grave qu&rsquo;ait connue le pays aux temps modernes. La r\u00e9volte viendra cette fois non de la noblesse, mais des paysans. En 1598, Henri IV avait accord\u00e9 aux protestants du royaume l&rsquo;\u00e9dit de Nantes, r\u00e9duit sous le gouvernement de Richelieu, mais maintenu dans ses lignes essentielles. Au cours des 25 ann\u00e9es qui pr\u00e9c\u00e9d\u00e8rent la r\u00e9vocation de cet \u00e9dit (1660 &#8211; 1685), 400 \u00e9dits, d\u00e9clarations ou arr\u00eats furent port\u00e9s contre les calvinistes. Plus du tiers eut trait aux r\u00e9form\u00e9s languedociens dont on limita la condition civique. \u00c0 Saint-Laurent-de-Tr\u00e8ves les \u00e9lections des consuls avaient lieu le 1er janvier, tandis qu&rsquo;\u00e0 Florac elles se d\u00e9roulaientt le 23 novembre et \u00e0 V\u00e9bron le 27 d\u00e9cembre. Le gouvernement fit dresser la liste des rares catholiques qui pouvaient \u00eatre nomm\u00e9s consuls, afin d&rsquo;exclure les membres de la R.P.R. (Religion Pr\u00e9tendue R\u00e9form\u00e9e) des fonctions municipales. \u00c0 Saint-Laurent, sur 500 habitants, on d\u00e9nombre, d&rsquo;apr\u00e8s Paul Arnal, 450 protestants et seulement 50 catholiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Les temples sont d\u00e9molis et des missionnaires des ordres religieux pr\u00eachant dans tous les villages intensifient la propagande catholique. Pierre Chavanon, Pasteur de V\u00e9bron depuis 1668 et beau-fr\u00e8re du notaire du lieu Alexandre Aur\u00e8s, est chass\u00e9 au mois de septembre 1685; il mourra exil\u00e9 \u00e0 Gen\u00e8ve le 13 mars 1688. Consid\u00e9rant qu&rsquo;il ne reste plus que quelque r\u00e9calcitrant, \u00e0 la suite d&rsquo;abjurations collectives obtenues par la force et par la peur, Louis XIV, par l&rsquo;\u00e9dit de Fontainebleau, r\u00e9voque l&rsquo;\u00e9dit de Nantes le 18 octobre 1685.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s 1663, le culte protestant avait \u00e9t\u00e9 interdit \u00e0 Saint-Laurent et \u00e0 Prunet-Montvaillant, annexe de l&rsquo;\u00e9glise de Florac ; le temple de Saint-Laurent devait \u00eatre d\u00e9truit dans la huitaine (5 octobre 1163). Du coup, la contribution que payaient les r\u00e9form\u00e9s de ces villages \u00e0 Florac avaient \u00e9t\u00e9 notablement diminu\u00e9e, et Chavanon, accompagn\u00e9 d&rsquo;un ancien, avait d\u00fb les exhorter \u00e0 plus de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. \u00c0 la veille de la r\u00e9vocation, Bastide \u00e9tait ministre (Pasteur) \u00e0 Florac et Motte ministre \u00e0 Barre.<\/p>\n\n\n\n<p>Saint-Laurent-de-Tr\u00e8ves, apr\u00e8s la r\u00e9vocation, comptes 484 nouveaux convertis catholiques (N.C.) qu&rsquo;il s&rsquo;agissait de convaincre apr\u00e8s les avoir forc\u00e9 \u00e0 abjurer. Personne, semble-t-il, n&rsquo;a quitt\u00e9 le pays, tandis que parmi les villages voisins, Barre compte 440 nouveaux convertis et 13 fugitifs, V\u00e9bron compte 941 nouveaux convertis et 20 fugitifs. En 1688, sur l&rsquo;ordre de l&rsquo;intendant de Languedoc B\u00e2ville, les biens des fugitifs seront vendus.<\/p>\n\n\n\n<p>Contre les opini\u00e2tres et fugitifs, le gouvernement agit avec m\u00e9thode. Le subd\u00e9l\u00e9gu\u00e9 de l&rsquo;intendant au Vigan, Daudet, envoie Vidal, g\u00e9om\u00e8tre arpenteur \u00e0 Saint-Hippolyte-du-Fort dans les C\u00e9vennes, en 1687, pour recueillir les noms des fugitifs, le lieu de leur domicile, le nom de leur paroisse, leur \u00e2ge, leur taille, la couleur de leurs cheveux et autres marques, depuis quand ils \u00e9taient \u00a0\u00bb errants et vagabonds \u00a0\u00bb dans le pays. Vidal visite ainsi 129 localit\u00e9s, parmi lesquels Frayssinet-de-Fourques, V\u00e9bron, Saint-Laurent-de-Tr\u00e8ves, Florac, Barre, le Bousquet de Labarthe, Molezon, le Pompidou etc.. Se sentant menac\u00e9s, au milieu de populations hostiles \u00e0 son enqu\u00eate, il demanda \u00e0 l&rsquo;intendant l&rsquo;autorisation de porter des armes \u00a0\u00bb pour la s\u00fbret\u00e9 de sa personne \u00a0\u00bb ; n\u00e9anmoins, il terminera sa tourn\u00e9e, au d\u00e9but d&rsquo;ao\u00fbt 1687, sans accident.<\/p>\n\n\n\n<p>Priv\u00e9s de leur pasteur, les nouveaux convertis vont \u00e9couter les pr\u00eaches des pr\u00e9dicant qui reprenne secr\u00e8tement le culte public.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;un d&rsquo;eux, Jean roman, n\u00e9 \u00e0 Vercheny dans la vall\u00e9e de la Dr\u00f4me, apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 le royaume en 1685 et avoir pass\u00e9 environ deux ans \u00e0 Lausanne, rentre en France par le Dauphin\u00e9 ; mais, dans la crainte que ses parents ne tentent de le d\u00e9tourner de sa p\u00e9rilleuse mission, il prend le chemin des C\u00e9vennes o\u00f9 il a entendu dire que se tenaient des assembl\u00e9es clandestines. Ce jeune homme ne tarde pas \u00e0 pr\u00e9sider lui-m\u00eame des cultes, sous diverse surnom \u00a0\u00bb lou marchandou \u00ab\u00a0, le \u00a0\u00bb petit pacquetier \u00ab\u00a0, \u00a0\u00bb lou biquarel \u00a0\u00bb (colporteur) ; il se cantonne dans une r\u00e9gion entre Vialas et V\u00e9bron.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la fin de mai 1689, Roman \u00e9tait \u00e0 Salgas. Apr\u00e8s une assembl\u00e9e \u00e0 Terre-Rouge, le pr\u00e9dicant s&rsquo;\u00e9tait r\u00e9fugi\u00e9 chez un de ses fid\u00e8les. Les soldats de V\u00e9bron que l&rsquo;apostat Valmalle avait mis en campagne et qui visitaient les maisons suspectes, se saisirent de roman qui fut conduit par neuf dragons et un permissionnaire dans le for d&rsquo;Al\u00e8s. \u00a0\u00bb On me lia les bras et des mains derri\u00e8re le dos raconte-t-il, en sorte qu&rsquo;\u00e0 peine pouvais-je marcher, ce qui donnait lieu aux soldats de me frapper de temps en temps. Les coups que je re\u00e7us m&rsquo;enfl\u00e8rent les mains et me noircirent la peau si fort que je pouvais dire, comme l&rsquo;\u00e9glise aux psaumes 129, que j&rsquo;en portais les marques sur mon dos \u00ab\u00a0. Transf\u00e9r\u00e9 au bout de quelque temps d&rsquo;Al\u00e8s \u00e0 Saint-Jean du Gard et mis dans le ch\u00e2teau de M. de Montvaillant, il s&rsquo;en \u00e9vade avec la complicit\u00e9 d&rsquo;une jeune fille au service des demoiselles de Montvaillant. Nous le retrouvons, au cours d&rsquo;une existence mouvement\u00e9e, \u00e0 Ferreirettes, en 1693, o\u00f9 il pr\u00eache dans le pailler de Sabatier.<\/p>\n\n\n\n<p>Au moment de l&rsquo;arrestation de roman, un projet de soul\u00e8vement des protestants \u00e9tait sur le point d&rsquo;aboutir, du moins le croyait-on.<\/p>\n\n\n\n<p>Un ancien avocat, Claude brousson, rentr\u00e9 en France, est un pr\u00e9dicant, Fran\u00e7ois Vivent, revenu avec lui dans les C\u00e9vennes, allaient essayer de les dresser contre le roi, tandis que celui-ci \u00e9tait en guerre contre l&rsquo;Europe. Le bruit courait que le roi d&rsquo;Angleterre devait envoyer en Languedoc des officiers et des troupes. Il \u00e9tait naturel d&rsquo;attendre ce renfort d&rsquo;un d\u00e9barquement sur les c\u00f4tes du golfe du Lion ; aussi, lorsque vers le milieu du mois de septembre 1689 une lettre du Pays bas arriva aux montagnards, affirmant que le mar\u00e9chal de Schomberg, exil\u00e9 de France \u00e0 la suite de la r\u00e9vocation de l&rsquo;\u00e9dit de Nantes, allait faire entrer une arm\u00e9e dans leur pays, au nom du prince d&rsquo;Orange, nouveau roi d&rsquo;Angleterre, ils crurent qu&rsquo;il fallait agir sans balancer.<\/p>\n\n\n\n<p>Une assembl\u00e9e o\u00f9, semble-t-il, devaient \u00eatre communiqu\u00e9es des instructions tr\u00e8s importantes, avait \u00e9t\u00e9 convoqu\u00e9e par Vivent pour la nuit du 23 au 24 septembre 1689 sur la Can de l&rsquo;Hospitalet. David Quet, un autre pr\u00e9dicant, descendu \u00e0 Saint-Jean pour avertir des partisans, fit accourir \u00e0 lui, vers Saint-Roman-de-Tousque, les principaux chefs du mouvement, tout \u00e9mu, arm\u00e9s de pistolets et d&rsquo;\u00e9p\u00e9e. Le soir, avant la nuit, il remonta avec eux vers Vivent, par la corniche des C\u00e9vennes. Quoique inf\u00e9rieur \u00e0 80 hommes, la troupe, sans plus se soucier des soldats de la milice, croyant sonner l&rsquo;heure d\u00e9cisive, traversa le Pompidou o\u00f9 Quet salua ironiquement le sieur de la Blaqui\u00e8re avec le cur\u00e9 qui s&rsquo;\u00e9pouvantait de leur insolence.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette manifestation ouverte changea brusquement le caract\u00e8re de l&rsquo;assembl\u00e9e. Quet et sa troupe trouv\u00e8rent sur La Can, aupr\u00e8s de Brousson et de Vivent, presque tout les pr\u00e9dicant que comptaient alors les C\u00e9vennes. Le nombre des c\u00e9venols qui rejoignirent les pr\u00e9dicant \u00e0 l&rsquo;Hospitalet s&rsquo;accrut toute la soir\u00e9e. Il se compt\u00e8rent une centaine. C&rsquo;\u00e9taient pour la plupart de jeunes hommes, portant fusil, pistolets ou hallebarde. Vivent fut surpris de ce mouvement spontan\u00e9 qui pr\u00e9c\u00e9dait le signal promis. Ainsi, apr\u00e8s le serment de Lapierre, pr\u00e9dicant de Lasalle, apr\u00e8s sa propre pr\u00e9dication et une exhortation de Brousson, il reprocha leurs pr\u00e9cipitations aux attroup\u00e9s : c&rsquo;\u00e9tait vers le nord des C\u00e9vennes qu&rsquo;aurit d\u00fb s&rsquo;effectuer la concentration ; il fallait commencer par Florac et d\u00e9sarmer toutes les troupes. Le mot d&rsquo;ordre \u00e9tait de s&rsquo;assembler \u00e0 la Fau des Armes (bois qui couronne le sommet de la Loz\u00e8re) et se joindre avec ceux du Villaret qui s&rsquo;y rendraient.<\/p>\n\n\n\n<p>Les troupes royales ayant \u00e9t\u00e9 inform\u00e9es de l&rsquo;assembl\u00e9e de l&rsquo;Hospitalet, quatre compagnies de milices arr\u00eataient environ 40 personnes au matin du 27 septembre, comme on se retirerait. On le rapporta \u00e0 Brousson et Vivent qui \u00e9taient \u00e0 un quart de lieue de l\u00e0, avec 24 hommes, pr\u00eats \u00e0 d\u00e9jeuner. Brousson dit \u00e0 ses gens qu&rsquo;il fallait rafra\u00eechir le bassiner, c&rsquo;est-\u00e0-dire mettre des capsules neuves aux fusils, est aller enlever les prisonniers. On fit deux pelotons et on&nbsp; alla droit \u00e0 l&rsquo;ennemi. L&rsquo;officier s&rsquo;adressant \u00e0 Brousson lui dit : \u00a0\u00bb De quel ordre marchez vous ? &#8211; De la part de Dieu, r\u00e9pondit Brousson &#8211; Et vous demanda Brousson \u00e0 l&rsquo;officier, de quel ordre ? &#8211; de l&rsquo;ordre de M. de Fournels, r\u00e9pliqua l&rsquo;officier &#8211; Armes bas ! \u00a0\u00bb dit Brousson, et on d\u00e9sarma l&rsquo;officier. Les miliciens, abandonnant leurs prisonniers, prirent la fuite et all\u00e8rent s&rsquo;enfermer dans le ch\u00e2teau de M. de Brissac,&nbsp; \u00e0 Molezon.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s ce coup d&rsquo;\u00e9clat, il \u00e9tait naturel de pousser de l&rsquo;avant. Ce fut dans un ordre relatif que les r\u00e9volt\u00e9s remont\u00e8rent d&rsquo;abord au hameau de masbonnet ; ils y re\u00e7urent, en passant, quelques vivres d&rsquo;un religionnaire, Pierre Meynadier, puis \u00e0 la Croix, chez Arnoux, sieur du Barret, o\u00f9 Vivent n&rsquo;ayant pas trouv\u00e9s de vin demanda un seau d&rsquo;eau pour rafra\u00eechir ses hommes. Quittant la vall\u00e9e de Molezon, la troupe monta \u00e0 la Can de Terre-Rouge, continua par Ferri\u00e8res et ne s&rsquo;arr\u00eata que vers la Salle-Prunet o\u00f9 elle arriva dans la matin\u00e9e du 25, menant avec elle quelque prisonnier, et parmi ceux-ci l&rsquo;apostat Valmalle du Masbonnet. Les insurg\u00e9s le traitent de \u00a0\u00bb vendeurs de chr\u00e9tiens \u00ab\u00a0, car il a livr\u00e9 au printemps pr\u00e9c\u00e9dent le pr\u00e9dicant Jean Roman.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce m\u00eame jour, 25 septembre 1689, l&rsquo;intendant B\u00e2ville et le compte de Broglie, commandant militaire de la province, apprenaient \u00e0 Al\u00e8s, par les soins des consuls de Saint-Jean, la nouvelle rapport\u00e9e par M. de Montvaillant de la rencontre de l&rsquo;avant-veille avec les paysans arm\u00e9s. Le lendemain ils \u00e9taient \u00e0 Saint-Jean avec une compagnie de dragons ; ils demandaient au lieu circonvoisin tous les soldats disponibles, exp\u00e9diaient des ordres dans les C\u00e9vennes enti\u00e8res, de Meyrueis \u00e0 Chamborigaud. Le 27, ils partaientt pour Cassagnas et arrivaient le 28 \u00e0 Barre. L\u00e0, l&rsquo;intendant fut inform\u00e9 d&rsquo;une vaine d\u00e9monstration que Vivent, peu dou\u00e9 comme capitaine, venait de tenter contre Florac, la veille au soir.<\/p>\n\n\n\n<p>Le pr\u00e9dicant avait re\u00e7u avis, le 26 septembre, dans une claie pr\u00e8s de Pierrefort, sur le Boug\u00e8s, que David Quet avait r\u00e9uni 83 hommes en armes autour du Mas de La Rouvi\u00e8re (paroisse de Molezon) ; mais, en m\u00eame temps, la nouvelle lui \u00e9tait parvenue que les milices du vicomte du Chayla marchaient vers le Boug\u00e8s. Vivent ne voulait pas affronter les hasards d&rsquo;une rencontre tant que ses hommes ne seraient pas suffisamment arm\u00e9s. Il passa donc sur le versant nord de la montagne, et apr\u00e8s une assembl\u00e9e o\u00f9 il pr\u00eacha avec Couderc, pr\u00e9dicant de Saint-Andr\u00e9-de-Valborgne, il coucha dans les bois de Rampon.<\/p>\n\n\n\n<p>Auparavant, Vivent avait d\u00e9tach\u00e9 Manuel et deux autres compagnons vers Quet pour lui porter l&rsquo;ordre de conduire ses recrues \u00e0 la grotte de la Baume Dolente, sur le flanc occidental de La Can, au-dessus de Montagut.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 27 septembre, la troupe erra de Rampon et du bois de Miral \u00e0 Sali\u00e8ges et \u00e0 B\u00e9dou\u00e8s, faisant quelque prisonnier, pendant que B\u00e2ville accourrait de Saint-Jean, et que le sieur du Miral, craignant pour Florac, Mandait l&rsquo;ordre de faire bonne garde dans la ville, ainsi qu&rsquo;aux deux ponts de la B\u00e9c\u00e8de et de Barre qui en d\u00e9fendaient utilement l&rsquo;acc\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Il avait plu abondamment et une crue du Tarn ne permettait pas de le passer \u00e0 gu\u00e9. On pouvait toujours craindre un coup de force contre la ville. Le soir m\u00eame, en effet, sur les 10 heures, Vivent d\u00e9busqu\u00e9 de Rampon par les milices, apr\u00e8s avoir franchi la montagne de Ramponenche et repass\u00e9 la Mimente, se pr\u00e9sentait au pont de Barre qui n&rsquo;\u00e9tait gard\u00e9 que par une petite troupe arm\u00e9e de quatre fusils : trois coups seulement r\u00e9pondirent \u00e0 une d\u00e9charge des religionnaires.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;alarme donn\u00e9e par les fuyards qui avaient vu aux abords du pont, disaient-il, 4000 personnes, provoqua un tel effroi que Florac se crut perdue. Les cris des femmes, des enfants et le son des cloches inqui\u00e9t\u00e8rent les attroup\u00e9s. Vivent n&rsquo;essaya m\u00eame pas d&rsquo;entrer dans le bourg ; il se h\u00e2ta vers la Baume Dolente o\u00f9 il ne trouva personne.<\/p>\n\n\n\n<p>Manuel, apr\u00e8s une course p\u00e9nible accomplie sous une pluie battante, pendant laquelle il avait \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 par B\u00e2ville et Broglie, puis rel\u00e2ch\u00e9, n&rsquo;avait trouv\u00e9 \u00e0 la ferme de la Rouvi\u00e8re, dans une assembl\u00e9e r\u00e9unie par David Quet, que 12 hommes en armes, au lieu de 80 attendus et la crue des rivi\u00e8res \u00e9tait telle qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas pu les conduire au lieu marqu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s que B\u00e2ville fut averti de l&rsquo;affaire de Florac, il se h\u00e2ta de descendre de Barre \u00e0 V\u00e9bron avec les dragons et les milices pour y surprendre Vivent, si celui-ci essayait de gagner Saint-Andr\u00e9-de-Valborgne. Mais selon toute probabilit\u00e9, les compagnons du pr\u00e9dicant s&rsquo;\u00e9taient dispers\u00e9s d&rsquo;eux-m\u00eames, et rapidement. Les C\u00e9vennes n&rsquo;\u00e9taient pas encore pr\u00eates pour la r\u00e9volte ; elles n&rsquo;avaient pas assez souffert (r\u00e9cits tir\u00e9s de Charles Bost &#8211; Les pr\u00e9dicant protestant, tome I).<\/p>\n\n\n\n<p>Les incidences \u00e9conomiques n\u00e9fastes sont \u00e9videntes ; elles ne seront rien, toutefois, compar\u00e9es \u00e0 celles qui marqueront la guerre des Camisards, lorsque le gouvernement, croyant bris\u00e9e la complicit\u00e9 entre les bandes arm\u00e9es et la population protestante, d\u00e9cidera de transformer le pays en d\u00e9sert.<\/p>\n\n\n\n<iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.reveeveille.net\/geoportail\/cartepublique.aspx?idecrit=936\" width=\"100%\" height=\"400\"><\/iframe>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Camille Hugues, amateur (tr\u00e8s) \u00e9clair\u00e9 d&rsquo;histoire et d&rsquo;arch\u00e9ologie ayant un pied \u00e0 Terre \u00e0 Artigues, s&rsquo;int\u00e9ressait bien \u00e9videmment \u00e0 l&rsquo;histoire de Saint Laurent de Tr\u00e8ves. 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