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Un marathon

Cette fois, c'est un assez gros coup. Nous sommes engagés, Pierry et moi (nous fonctionnons de temps à autres en duo pour un répertoire de musique méditerranéenne) pour faire la musique dans une nuit du conte. C'est un concept assez sympa : les spectateurs se déplacent à pieds et en petit train à vapeur (ligne Anduze-Saint Jean du Gard) dans la nuit cévenole, et vont d'un site à un autre. Là, dans une prairie perdue, un jardin... les attendent des conteurs de diverses origines. Nous, on est censés faire l'accueil, les transitions, etc...

Je n'ai encore jamais travaillé avec des conteurs. Je suis à vrai dire un peu impressionné, ces gens là me paraissent généralement très bon s et très doués, j'aimerai tant avoir leur liberté de parole. Mais l'idée me plaît beaucoup. Il va cependant y avoir un sacré boulot à abattre.

Rendez-vous à Thoiras à 15 heures. Nous sommes en pleine canicule estivale. La salle des fêtes, plantée au cœur de la châtaigneraie, est chaude, chaude... L'équipe d'organisation est rassemblée là. Cela semble encore assez bordélique, ils sont en train de travailler sur des aspects purement logistiques qui, me semble t-il, devraient être réglés depuis longtemps. On nous dit bonjour, puis on nous oublie un peu.

Nous, ce qui nous intéresse, ce serait de savoir assez précisément ce qui va se passer, et surtout, rencontrer les conteurs pour commencer à imaginer ce qu'on va bien pouvoir faire ensemble ! Mais bientôt nous comprenons qu'ils ne seront là que plus tard.

Nous profitons de ce moment de tranquillité inattendu pour répéter un peu. Nous ne nous voyons que rarement, parcourir les morceaux du répertoire nous fait du bien et nous rassure. Nous en profitons pour commencer à organiser un pré-programme, malgré le manque d'information.

18 heures, l'organisateur en chef nous emmène faire la tournée des sites. C'est indispensable, car cette nuit nous devrons nous débrouiller tout seuls, et les sites sont sacrément planqués. Je suis à vrai dire un peu inquiet de me perdre dans le noir, nous emmagasinons un maximum de points de repère.

19 heures, les conteurs arrivent et nous fonçons au restau du coin manger ensemble. Certains d'entre eux se connaissent, mais pas tous. Une grande discussion démarre pour savoir ce qu'on va faire ensemble pour la séquence finale, le "bouquet de conteurs", sur le coup des 5 heures du matin. Pour ce genre de séquence, il est traditionnellement de bon ton de trouver un fil directeur, voire carrément un conte collectif sur lequel tout le monde peut improviser ou en rajouter. Nous sommes en peu en retrait de la conversation, c'est parfois le grand délire. Parfois un conteur se tourne vers nous et nous demande si on pourrait pas faire telle ou telle ambiance musicale... Euh... oui, on pourrait voire ça !  Mais ce ne sont que des pistes qui ne mènent nulle part et nous nous séparons sans avoir rien décidé, mis à part le fait "qu'on fera comme on le sentira sur le moment". Ca n'est guère rassurant pour un néophyte comme moi. Pierry, vieux briscard, a l'air de bien prendre la chose.

20h15. Il faut foncer à la gare accueillir les spectateurs en musique. On se costume dans un coin à la va-vite, et nous voila sur le minuscule quai. L'ambiance nous semble appropriée pour faire quelques grands classiques de la chanson réaliste. On gueule un peu vu le bruit ambiant, 300 personnes sont entassées là et bientôt, dans moult fracas et fumée, arrive le train à vapeur. Quelle ambiance. Personne ne nous entend, mais notre présence convient parfaitement au lieu et tout le monde est content. Les plus proches reprennent les refrains. Tout le monde embarque, les gens nous font des coucous aux fenêtres lorsque le train s'éloigne dans le crépuscule.

C'est là qu'il faut réagir très vite : le site suivant est tout proche, les gens n'auront que très peu de marche à faire. Comme dans les westerns, nous sautons dans la voiture et gagnons le train de vitesse. Heureusement ce vieux tacot ne roule qu'à 40 km/h. La fumée apparaît par dessus la cîme des arbres... c'est gagné. Nous nous engageons sur une piste défoncée et traversons à fond de train la prairie au fond de la quelle trône la scène.

Le cadre est magnifique est grandiose, mais rien n'est prêt. Le sonorisateur installe tran-qui-llement un micro. Il en faut plein d'autres, mais ça il n'a pas l'air de le percevoir nettement. Nous nous installons en toute hâte, on verra bien. Déjà des rires et des pas se font entendre dans la forêt. Vite, vite, un micro pour moi s'il te plaît.. OK, OK, pas de panique. Quel speed. Moi normalement pour jouer correctement j'ai besoin d'un peu de calme pour me mettre en condition. C'est loin d'être le cas.

Les gens s'assoient à quelques mètres devant nos, nous voyons leurs yeux briller dans la nuit. Ils attendent qu'il se passe quelque chose, il faut y aller. Nous enchaînons péniblement 3 morceaux. On est mal installés, on fait des pains, des pains et encore des pains, de quoi ouvrir une boulangerie à Paris comme dirait mon collègue Philippe. Mais les gens ont l'air contents, ça ne m'étonne pas la magie du lieu joue, je ne sais pas si nous on y est tellement pour quelque chose. Pas drôle de se sentir mauvais !

Applaudissements, terminé pour nous, le conteur prend le relais. Putain il est extra. Il joue parfois de la musique au cours du spectacle, c'est qu'il assure aussi sur cet aspect, l'enfoiré ! Ca me fait penser qu'il aurait pu (dû ?) se passer de nos services. Luigi Rignanese, je crois qu'il s'appelle. J'espère que je le recroiserai un jour celui-là.

Le spectacle se termine. Nous rembarquons le matos, mais il faut attendre que tout le monde soit parti pour pouvoir prendre la piste. C'est chiant, on suit les gens on leur foutant les phares dans le dos, on doit casser l'ambiance. Mais non, ils sont sympas, ils finissent par nous laisser passer. Le train les attend dans l'ombre.

Vite, second site. Une sorte de jardin renaissance, entouré de grands murs décorés de sculptures géantes. Grosse ambiance. Tout à l'air prêt ici. C'est le calme, le conteur est en train de faire la balance; il y a une réverbération extra, ça a vraiment de l'allure. On s'installe tranquillement devant la scène, on a même le temps de faire des réglages corrects. Enfin du temps pour souffler, boire un coup avec le staff. 5 minutes avant l'arrivée des randonneurs on se met en place et on commence à jouer des morceaux des balkans, plutôt genre calme et doux. Ils sont accueillis en musique. Les projecteurs dans les yeux nous empêchent de voir qui que ce soit mais on devine la foule qui s'installe en silence et applaudit chaleureusement entre les morceaux.

Là j'ai vraiment l'impression de faire un bon travail.

Le conteur prend le relais. Il est 1 heure du mat'. On écoute quelques instants puis on décide de partir dès maintenant sur le site suivant pour avoir le temps.

Le conteur suivant s'installe dans le noir. Il est seul avec sa femme, son espace scénique est la rue elle-même. Pour simplifier la technique, il a été convenu qu'on se brancherait sur sa petite sono, ce qu'on fait sans tarder, puis on l'observe faire son filage. Il répète chaque moment clé de son spectacle, travaille ses déplacements avec précision. dans le silence absolu de la nuit on entend ses chaussures crisser sur le gravier de la chaussée. de temps à autres il s'arrête, se caresse pensivement le menton puis émet un "hm !". Il ressemble à Jean Reno mais je ne le lui dis pas. D'autres fois il interpelle sa femme et lui demande "Ca va, là ?". Parfois elle répond "C'est bon", parfois au contraire "Un peu court !" ou "Plus à droite !" bien que je ne voie aucune différence. C'est des pros, c'est du travail d'artiste. Je goûte chaque seconde de ce moment de préparation.

Les gens arrivent. Nous jouons. Mal. L'un des morceaux est une longue agonie, nous dérapons et ne pouvons arriver à nous reprendre que de longues, longues secondes plus tard. Nous plions la queue basse. Mais les gens ont encore l'air contents.

Le conteur embraye. La préparation m'avait envoûté, j'aime beaucoup la première minute du spectacle, puis il me semble soudain perdre tout intérêt.

Dernière ligne droite : le bouquet de conteurs. C'est le grand jeu. La chose va se dérouler sur une petite de gravier île au milieu du gardon, au pied du viaduc du chemin de fer. L'île est entourée de bougies, lorsque nous arrivons les organisateurs allument les dernières. 3 conteurs sont là. On se concerte dans le silence. Nous introduirons, ils alterneront ensuite et nous ferons quelques liaisons si l'occasion se fait sentir.

Nous apercevons les randonneurs de très loin. Ils forment une sombre procession bien mise en valeur par les dizaines de bougies qu'ils portent. La traversée de la rivière donne à la colonne des formes sinueuses. Bientôt ils sont là. Tout le monde se tait. Il est 5 heures du mat, il y a dans l'air un mélange de fatigue et de plaisir. Le vent est complètement tombé. C'est le calme absolu.

Il est facile de faire de belles choses dans ce genre d'ambiance. Quelques notes simples et belles et la magie opèrera de toute façon. Nous ne nous en privons pas. L'attention du groupe est palpable. Cette fois, je suis certain d'être vraiment à ma place ici.

Les conteurs enchaînent sur une joute de contes courts et drôles. Puis soudain, alors que nous terminons une liaison, Luigi nous invite à rester à ses côtés et à accompagner le conte en direct. Ouah, la vâche, ça c'est dûr ! Et il demande des trucs, comme ça, au pieds levé "Il arrive en enfer... Musique d'enfer, s'il vous plaît !"? Bordel, quel genre de musique il peut y avoir en enfer ? On commence un blues, Luigi part d'un grand éclat de rire "Ah alors c'est comme ça que vous imaginez l'enfer ? C'est les Etats-Unis ?". Il brode quelques secondes, il fait feu de tous bois. Il est bon l'enfoiré. Et moi, je me sens limité. C'est bien comme truc, musicien de conteurs, mais c'est vachement dur. J'y travaillerai.

Encore des contes. Des spectateurs s'endorment. Une vague lueur apparaît au delà de l'horizon. C'est le signal de la fin. Une dernière chanson, choisie archi connue pour que tout le monde participe. La troupe se lève, s'ébroue, et entame la dernière marche vers le point de départ. Cette fois nous sommes avec eux. Discussions en petit groupe, échange d'impressions...

Retour à la case départ. des tables attendent là, chargées de bonnes choses à boire et à manger. Il est 7 heures du mat, on se fait une table musiciens conteurs pour partager un dernier moment autour d'un chocolat chaud.

C'était bien. Long mais bien. A 8 heures 30 je suis au lit. 18 heures d'affilée. C'était vraiment long. Mais vraiment bien. Et correctement payé, tiens, cette fois !

25/05/2009
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