Rêve éveillé Si vous voulez m'aider, achetez mon livre :
"Sacré mont Blanc"
Chez
Marc Lemonnier
Etre musicien
Recherche sur le siteNouveau sur le site
Skip Navigation Links
Accueil
Composer, arranger
Travailler
Jouer en groupe
L'administratif
La promo
Etre pro

Partir d'une émotion pour composer

C'est un fait bien connu : il est plus facile de créer (de la musique ou autre chose) sous l'emprise d'une émotion, positive ou négative...  Dans cet état, tout sort plus facilement. D'après moi, c'est pour ça que les artistes très productifs sont souvent des gens particulièrement sensibles, voire carrément écorchés vifs : pour eux, la moindre situation de vie ordinaire est génératrice d'émotions fortes, il suffit d'écouter.

C'est un mode de création passionnant, car très peu intellectuel, mais au contraire très corporel, très tripal, et qui conduit à des surprises extraordinaires : quoi, moi je peux sortir ça ? Hé oui. Mais voilà, il faut partir d'une émotion. Comment faire ?

Attendre de vivre un moment fort

Lorsque j'avais 20 ans j'ai passé un concours professionnel pour devenir garde de Parc National, travail qui m'aurait passionné et m'aurait entraîné dans une nouvelle vie. Les étapes de la sélection, écrites, orales, physiques, avaient été longues et difficiles, étalées sur plusieurs semaines, mais je les avais toutes passées avec un certain succès. En bref, j'y croyais. Un petit matin brumeux, le téléphone a sonné, et une voix m'a annoncé que je n'étais pas pris. J'ai raccroché dans le silence, je suis allé chercher mon accordéon, et "Regrets dans la chaumière" m'est sorti des tripes, sans aucun effort. Ce morceau a fait depuis une belle carrière dans plusieurs groupes dont j'ai fait partie.

Des aventures comme ça, on en vit tous régulièrement.  Ils sont parfaits pour créer, et les émotions vécues à ces moments nous donnent d'ailleurs naturellement envie d'épancher nos ressentis d'une manière ou d'une autre : beaucoup éprouvent le besoin d'écrire, par exemple. Dans le cas d'une émotion triste ou négative on ressent un certain soulagement, en cas d'émotion positive, on ressort apaisés, posés, profitant mieux de l'émotion en question.

Malheureusement, d'un strict point de vue opérationnel, cette démarche est pleine d'inconvénients. D'une part l'attente peut durer longtemps (il ne nous arrive pas forcément des aventures fortes toutes les 5 minutes, et ça ne serait sans doute pas souhaitable). Si vous avez une exigence ou une envie de production rapide, un problème va se poser !

D'autre part, dans les moments forts, on n'a pas forcément l'envie ni la possibilité de se mettre au travail : soit on est trop abattus ou excités, soit on n'est pas seuls. Une bonne solution consiste alors à laisser passer un peu de temps (quelques minutes, quelques jours, quelques heures, selon l'intensité du moment en question) puis, tranquillement, de se remémorer le moment en question. Cela suffit généralement à la faire réapparaître l'émotion ressentie à cette occasion. Faites tourner le magnéto, et allez-y en vrac !

Créer des occasions fortes

Profiter des moments forts de la vie est efficace pour créer, mais ça ne suffira généralement pas à permettre de mettre en place beaucoup de morceaux. Pour cela il est conseillé de recourir à une méthode moins empirique : créer de toute pièce des occasions fortes. Voici quelques exemples très différents :

  • Partir dans une grotte (surtout si on n'est pas spéléologue), s'y enfermer quelques heures dans le silence et le noir (mais avec un instrument et un enregistreur !). Ecouter le silence, tester les acoustiques des différentes salles, ramper dans un boyau étroit, jouer ou chanter au hasard lorsque l'envie vous prend, sculpter l'argile à pleines mains, s'allonger et écouter son coeur battre... Résultats garantis.
  • Ne pas dormir pendant deux nuits d'affilée, et essayer une petite impro quand la tête tourne de fatigue...
  • Aller à un concert d'une musique radicalement différente de tout ce que vous connaissez ou écoutez, ou a une expo de peinture alors qu'a priori ça ne vous intéresse pas, ou à un spectacle de danse, ou ou ou... bref, fréquenter un lieu artistique "différent", et au retour essayer de transposer en musique les émotions que vous avez ressenties
  • Jouer de la musique à des autistes et se laisser emmener (musicalement) là) où ils vous proposent d'aller, en étant attentifs aux moments qui les touchent...
  • Passer un moment dans un lieu socialement très différent de votre vie ordinaire : un pays étranger, un bar, un village perdu...

Bref, malgré la diversité des approches, des durées, la méthode est toujours la même : il faut se dépayser : mettre son corps et son âme dans une situation nouvelle, qui va forcément vous "bouger", d'une manière ou d'une autre. Ce n'est pas toujours totalement confortable, mais ça marche.

C'est souvent ce que recherchent les artistes qui sont en "résidence". Une résidence est un moment assez long (quelques jours, quelques semaines, voire plus) durant lequel l'artiste s'isole de sa vie ordinaire, généralement en partant ailleurs que sur son lieu de vie ordinaire, pour aller à la rencontre "d'autre chose", qui va le toucher, le faire bouger, et générer chez lui de nouvelles inspirations. Il n'y a pas que le facteur émotionnel qui joue dans une résidence (le simple fait de passer beaucoup de temps consécutif à travailler est en soi déjà très productif, il y a aussi les rencontres...), mais ça y contribue fortement.

Toutes ces démarches peuvent se pratiquer seuls, mais aussi à plusieurs, ce qui leur donne une dimension supplémentaire : celle de l'interaction entre les différentes inspirations. Rien de plus passionnant que de se laisser emporter par l'impro du voisin, qui génére de nouvelles émotions, et de novelles idées en chacun, leur permettant de produire leurs réponses...

La matière qui sort de ces moments d'émotion individuels ou collectifs est généralement "brute" : révélatrice d'un vrai sens, elle est souvent techniquement imparfaite. Il faudra, après coup, écouter les enregistrements, en extraire les moments qui semblent pouvoir donner quelque chose d'intéressant, les rejouer, les retravailler, les améliorer, etc... C'est un chemin passionnant !

25/05/2009
Le point de départ de la compo Elaborer le morceau
A lire dans cette rubrique
D'autres conseils.
Quelque soit votre démarche (composition individuelle ou collective, démarrage d'une rythmique, d'une grille, d'un texte...), voici quelques conseils toujours valables.
Elaborer le morceau.
A ce stade, vous avez une première mélodie qui vous satisfait.
La compo collective.
La composition collective est une démarche très intéressant et utile car elle peut, dans certains cas permettre d'accélérer considérablement les choses, et toujours de produire plus original que seul.
Le point de départ de la compo.
C'est le moment le plus dur. Il faut démarrer, trouver une première "accroche" qui va permettre ensuite de développer une idée.
Partir d'une émotion pour composer.
C'est un fait bien connu : il est plus facile de créer (de la musique ou autre chose) sous l'emprise d'une émotion, positive ou négative...
Skip Navigation Links
A propos du site "Rêve éveillé"
Si ce site vous a été utile
Toutes les pages