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Marc Lemonnier
Démocratie participative
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L'individu

Chaque individu possède un « fonds » qui lui est personnel, en terme de capacités physiques, intellectuelles et émotionnelles. Chacun communique à sa manière, selon des besoins qui lui sont propres. Ces paramètres seront des facteurs déterminants quant à la capacité de travail et au comportement de chaque individu au cours de l’action collective.

Chaque personne peut se caractériser par ses capacités physiques, intellectuelles, émotionnelles… (voir encadré ci-dessous).

Les différents types de capacités individuelles

Il est utile de distinguer au moins trois sortes de capacités chez un individu :

Les capacités physiques

Ce sont celles qui conditionnent la quantité de travail physique que peut fournir un organisme avant d’avoir besoin de repos. Selon le type de vie mené, l’activité physique régulière ou non, les capacités physiques de chacun sont plus ou moins importantes.

Il est certain qu’un travail physique intense fatigue plus rapidement l’organisme qu’un travail de bureau. Il n’empêche qu’une longue réunion, même confortablement assis, puise sur l’organisme. Si certains sont capables d’être autour d’une table 12 heures d’affilée, d’autres auront besoin de repos au bout de 5 ou 6 heures.

Les capacités intellectuelles

Elles conditionnent la durée et l’intensité de la concentration que peut fournir un individu. Cette capacité dépend bien sûr de facteurs génétiques, sociaux et culturels, mais aussi de l’habitude.

Certaines personnes peuvent garder une concentration intense 1 heure ½, et enchaîner sans problèmes plusieurs séquences de ce type après de courtes pauses. D’autres saturent au bout de quelques minutes et ne peuvent plus efficacement réfléchir avant une bonne période de repos intellectuel.

Les capacités émotionnelles

Elles conditionnent la durée et l’intensité d’émotions (positives ou négatives) que peut endurer une personne tout en restant maître de ses sentiments.

De ce point de vue encore, certaines personnes sont résistantes, et peuvent garder leur calme durant une longue situation intense, par exemple chargée d’agressivité, de peur, d’émotion artistique, de tendresse, de compassion…

D’autres personnes moins résistantes seront plus rapidement submergées par leurs émotions. Les personnes très fragile sur ce plan pourront être mises en grave difficulté par des situations intenses (perte de contrôle des émotions, rupture avec la réalité).

On touche là à un domaine complexe et délicat, très lié aux histoires de vie de chacun. Il faudrait souvent aller chercher du côté de l’enfance des personnes pour comprendre leur solidité ou leur fragilité. La psychanalyse n’est pas loin, elle n’est évidemment ni du ressort ni de la mission d’un organisateur de réunion, et a priori il n’y a pas à s’engager sur ce terrain. Il n’est pas inutile pour autant de bien comprendre ce qui peut se passer et de faire preuve de délicatesse !

Chacun possède ses propres « stocks » de chacune de ces capacités. L’importance de ces stocks conditionne l’existence de limites, différentes chez chacun.

Lorsque les stocks ne sont pas épuisés, la personne est dans son mode de fonctionnement normal, elle peut donner le meilleur d’elle-même.

Dépasser ces limites nuit à l’efficacité de chacun et à celle du travail collectif. Cela génère aussi de la souffrance, qui peut être plus ou moins importante selon le dépassement : un petit dépassement amène l’individu à se sentir mal à l’aise (physiquement, intellectuellement, émotionnellement), un grand dépassement amène à la maladie (physique ou psychique). Bien évidemment toutes ces limites interagissent : un individu physiquement épuisé voit ses limites intellectuelles et émotionnelles diminuer… Et une personne qui atteint ses limites a forcément une influence sur l’ensemble du groupe.

La surcharge cognitive

Nous avons tous une limite intellectuelle au-delà de laquelle nous ne pouvons plus travailler efficacement. Quel qu’en soit le niveau, son dépassement produit un effet que nous avons tous connu :

Après une longue période de concentration, par exemple lors d’un débat durant lequel beaucoup d’idées nouvelles et intéressantes sont émises… on ressent tout à coup un sentiment de malaise. La tête tourne légèrement, on n’arrive plus à tout traiter, à tout assimiler en temps réel. La pensée se désorganise, les idées ne peuvent plus s’assembler correctement. C’est ce que les pédagogues appellent la « surcharge cognitive ». A ce stade, il est inutile voire néfaste de continuer à travailler sans une période de repos intellectuel. Ce peut être une pause, une reformulation des idées…

Durant une réunion, il est donc fondamental de faire en sorte que les participants restent éloignés de leurs limites personnelles. Cette évidence est trop souvent oubliée, ce qui a conduit un nombre incalculable de réunions à se transformer en … autre chose.

Les modes de fonctionnement personnels

Indépendamment des capacités individuelles, chacun de nous a développé des modes de fonctionnement caractéristiques, tout particulièrement en ce qui concerne la communication avec les autres, les mécanismes d’apprentissage, etc... Ces modes de fonctionnements sont issus de nos habitudes de vie, de notre éducation et de notre formation, de notre caractère, de notre cheminement expérimental personnel…

Plusieurs théories ont formalisé des modèles de fonctionnements individuels intéressants, nous retenons ici pour l’exemple les « profils d’apprentissage » définis à partir des théories de la gestion mentale. Ces profils se révèlent très opérationnels pour comprendre les fonctionnements des personnes dans le cadre de réunions.

Quelques profils d’apprentissage utiles à connaître (présentés ici de manière simplifiée)

Composant / opposant. Les opposants accèdent à la compréhension en cherchant les limites des choses. Ils essaient de trouver la faille, d’opposer des arguments. C’est leur manière de construire et de s’approprier ce qui leur est présenté. Les composants abondent dans le sens de l’idée exprimée, ils essaient de s’en imprégner au maximum. Ils accèdent à la compréhension en soulignant ou en comparant ce qui leur est présenté à des choses analogues.

Visuel / auditif / kinesthésique. Chacun privilégie un sens pour l’apprentissage. Les visuels ont besoin de voir, les auditifs, d’entendre, les kinesthésiques de toucher ou de bouger. Ce sens peut être différent pour mémoriser (un numéro de téléphone), pour comprendre (un phénomène) ou créer, exprimer (une idée, une impression ou un concept nouveau).

Analytique / synthétique. Les analytiques observent le détail, compilent les informations à en veillant à ce que rien ne leur échappe? les synthétiques repèrent les grandes tendances, dégagent de grands ensembles et accordent moins d’importance au détail.

Global / linéaire : les globaux, dans un dispositif quelconque (une réunion, ou un projet d’équipe…) ont besoin d’avoir au préalable des cadres posés, des objectifs clairs pour entrer dans l’action. Les linéaires ont juste besoins d’une amorce au travail et se lancent, ne se souciant des cadres et des objectifs qu’au moment où le besoin s’en fait sentir très concrètement.

Inductif / déductif : pour comprendre ou pour construire un savoir, un déductif a besoin de commencer par poser une théorie, et ensuite de confronter cette théorie à des exemples. Un inductif au contraire commence par se confronter à des exemples et s’intéressera ensuite à ce qu’on peut en tirer du point de vue théorique.

Il existe une documentation abondante et de qualité sur ces modes de fonctionnements, nous ne les détaillerons pas plus ici, mais nous invitons toute personne qui souhaite réellement approfondir l’animation de réunion à se pencher sérieusement sur cette approche qui se révèle très riche et constructive.

Retenons simplement pour notre propos qu’il ne sert à rien d’aller contre les modes de fonctionnements individuels : demander à un visuel de travailler uniquement oralement constitue une perte d’efficacité car il sera moins rapide à comprendre et à réagir. Se fâcher contre un opposant ? parce qu’il joue l’avocat du diable n’est pas pertinent, c’est sa façon à lui de travailler et de contribuer, cela ne signifie pas forcément qu’il cherche à mettre des bâtons dans les roues du groupe.

Il faut donc travailler avec ces modes de fonctionnement en recherchant les complémentarités.

Pour cela l’animateur doit les connaître pour les respecter et les exploiter. Il doit également se connaître et se garder de penser que ses propres fonctionnements sont universels et universellement bons. Il devra enfin penser le déroulement des travaux de manière différenciée, pour que chaque mode de fonctionnement puisse trouver sa place.

C’est à ces conditions qu’un groupe, rassemblant forcément des personnes aux modes de fonctionnement différents, pourra constituer une équipe performante. Imaginez la puissance d’un groupe constitué de moitié par des membres « synthétiques », qui posent des cadres généraux pertinents, et d’une autre moitié par des « analytiques » qui apportent la qualité des détails bien pensés !

L’aptitude d’une personne à parler en groupe n’est pas est la résultante de plusieurs caractéristiques personnelles :

·        La maîtrise de la technique du discours. Il y a en effet une réelle technique de construction du discours (organisation des idées entre elles, manière de les présenter, positionnement de la voix, etc…), qui peut être considérée comme partiellement « innée » (certains « savent » naturellement mieux le faire que d’autres) mais qui peut s’apprendre et se perfectionner par la pratique. La maîtrise de cette technique est un réel atout, ceux qui ne l’ont pas peuvent produire des discours confus, ils ont peur, leur voix tremble, etc… autant de caractéristiques qui les poussent à moins s’exprimer.

·        Le respect de la parole d’autrui. Cette caractéristique importante conditionne le niveau d’écoute qu’une personne aura vis-à-vis d’une autre, et sa capacité ou non à interrompre cette personne pour prendre elle-même la parole. Il s’agit essentiellement d’une habitude culturelle.

·        La confiance en soi et en l’intérêt de ses idées. Certaines personnes n’ont pas de doutes sur eux-mêmes ni sur l’intérêt de leurs idées pour les autres. Ils n’hésiteront pas à les exprimer, même si elles n’ont, effectivement, aucun intérêt pour le groupe. D’autres au contraire n’oseront pas exprimer des idées intéressantes car ils douteront systématiquement de cet intérêt, préférant accorder de l’importance aux idées des autres. Cette caractéristique est intimement liée à la personne, à son histoire de vie…

·        La capacité à comprendre de manière synthétique un sujet, à avoir des idées et opinions sur ce sujet. Dans le fil d’un débat, ceux qui comprennent rapidement les tenants et aboutissants d’un sujet, qui savent se forger rapidement une opinion, sont privilégiés par rapport aux autres car ils peuvent plus rapidement trouver des choses réellement constructives et utiles à dire.

Caractéristiques

Capacité d’un individu vis-à-vis de chaque caractéristique

Maîtrise de la technique du discours

Bonne

Mauvaise

Respect de la parole d’autrui

Fort

Faible

Confiance en soi et en l’intérêt de ses idées

Forte

Faible

Capacité à comprendre de manière synthétique un sujet…

Forte

Faible

Génèrent une facilité de prise de parole en groupe

Génèrent une difficulté de prise de parole en groupe

Chaque personne possède son propre positionnement pour chacune de ces caractéristiques[6]. Une personne dont les capacités sont plutôt situées vers la colonne de gauche aura tendance à parler plus en réunion qu’une personne dont les capacités se situent plus vers la colonne de droite !

Dans un groupe, il y a une tendance naturelle au déséquilibre de parole entre les différents types de « profils ». Ce déséquilibre existe indépendamment de la qualité et de la quantité des idées de chacun, et peut mener à des situations incroyables mais pourtant si courantes !

Des débats tout à fait déséquilibrés !

Des mesures quantitatives ont été effectuées durant plusieurs réunions de Conseil d’Administration du réseau Ecole et Nature (durée : 2 jours, effectif : 20 participants) avant la mise en place des démarches de gestion de la parole. Elles ont donné d’intéressants résultats !

Si les temps de parole avaient été équilibrés, chacun se serait exprimé durant 5% du temps global. Or :

·        Une personne en utilisait 40% à elle seule !

·        Les trois plus gros utilisateurs cumulaient 70% du temps de parole

·        La première femme de la liste venait en 10ème position, avec 5% du temps de parole

·        Les trois plus petits utilisateurs de temps de parole cumulaient… 1% du temps de parole !

Ces déséquilibres n’apparaissaient pourtant pas comme intolérables, pour plusieurs raisons :

·        La personne qui monopolisait 40% du temps de parole disait beaucoup de choses utiles et intéressantes, qui emportaient souvent l’approbation de l’assemblée

·        En deçà de 15% du temps de parole utilisé, il était impossible de se rendre compte que les personne dépassaient largement leur dû sans faire des mesures précises

·        Cette situation déséquilibrée convenait aux personnes qui parlaient peu

Il n’est pas rare d’observer des groupes dans lesquels les déséquilibres sont bien plus importants encore. Que reste-t-il alors de l’aspect participatif, voire même de la démocratie ?

Les démarches d’animation devront donc viser à rééquilibrer les expressions individuelles, en aidant certaines personnes à s’exprimer, et en limitant dans le temps l’expression de certaines autres.

13/05/2012
Fonctionnements personnels t dynamiqe de groupe : la composante humaine Le groupe
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