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"Sacré mont Blanc"
Chez
Marc Lemonnier
Démocratie participative
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Introduction

Bien souvent dans le fonctionnement de nos organisations, l’attention est portée sur les décisions prises ou à prendre, et pas sur le processus qui y mène. Les processus décisionnels se font souvent « au feeling » : on cause comme on peut jusqu’à ce que ça passe ou que ça casse. L’un des objectifs de ce document est d’attirer l’attention sur le fait que le fonds et la forme interagissent : la qualité de la décision prise est étroitement liée à la manière dont s’est jouée la prise de la décision.

Cet essai s’efforce d’identifier et d’expliquer un certain nombre de principes pouvant être appliqués dans le cadre de l’organisation de moments de vie associative, et tout particulièrement de moments durant lesquels des orientations et des décisions sont à prendre collectivement.

Tout n’y est pas abordé. D’autres ouvrages viendront étendre et compléter ces propos, en abordant des thèmes plus précis et des applications à des situations concrètes particulières.

Bien expliquer la différence entre processus décisionnels et démocratie participative pour bien cadrer l’objectif de l’ouvrage.

Le réseau Ecole et Nature

Pour bien comprendre les outils et démarches décrits dans cet ouvrage, il faut avoir une idée générale des objectifs, de l’organisation et du fonctionnement du réseau Ecole et Nature.

Comme tout réseau, celui-ci est né du besoin d’un certain nombre de personnes de mettre en commun un certain nombre de choses (des information, des projets, des outils, de l’argent…) pour que chacun puisse mieux faire son travail grâce à l’apport des autres. C’est ce qu’on appelle le principe de mutualisation.

Dans le cas particulier du réseau Ecole et Nature, les personnes sont toutes des acteurs de l’éducation à l’environnement, c’est à dire des personnes qui, professionnellement ou non, sont impliquées (à temps plein ou sur un petit pourcentage de leur temps, bénévolement ou professionnellement) dans l’éducation à l’environnement. Ce sont des éducateurs (enseignants, animateurs, etc…), des responsables de structures éducatives, des membres d’institutions concernées par l’éducation, des membres d’entreprise, des professionnels d’autres branches intéressés et concernés par ces aspect, voire des particuliers, pères et mères de familles.

Ils sont aujourd’hui quelques milliers en France à être, au travers du réseau Ecole et Nature, en lien plus ou moins direct les uns avec les autres : par le biais de médias, de groupes de travail, de rencontres d’échange, d’investissement dans des projets communs… Certains se contentent de recevoir de l’information en provenance du réseau, d’autres ont des forts niveaux d’investissement dans les projets ou le fonctionnement général du réseau.

Pour des besoins de facilités administrative, financière, juridique, il existe une association Ecole et Nature, qui est la structure support du réseau, mais qu’il ne faut pas confondre avec le réseau :

·        Les membres du réseau, ce sont toutes les personnes qui s’y investissent, qui s’en sentent partie prenante, qui sont en contact effectif avec d’autres membres…

·        Les membres de l’association, ce sont ceux qui ont payé leur cotisation.

Chaque année beaucoup de membres du réseau Ecole et Nature ne sont pas adhérents de l’association[2]. Le réseau est donc plus vaste que l’association, et l’écart grandit chaque année du fait de l’arrivée permanente de nouveaux.

Dans cette différence entre le réseau et l’association support réside l’une des articulations-clé de la démocratie participative.

En effet la loi de 1901 donne officiellement le pouvoir aux adhérents d’une association, en leur permettant de voter à l’assemblée générale, de se faire élire administrateurs, etc… Les autres membres du réseau, ceux qui n’ont pas adhéré, n’ont pas ces droits[3].

Il a donc fallu inventer « autre chose », pour que les non adhérents qui le souhaitent aient les moyens de participer. La réponse actuelle du réseau Ecole et Nature à cette situation repose sur un ensemble d’outils plus ou moins formels : des groupes de travail ouverts aux non adhérents, des listes de discussion internet également ouvertes, des méthodes de travail adaptées, etc…

En 2002, l’association compte environ 650 adhérents. L’effectif du réseau, beaucoup plus difficile à estimer, est probablement de l’ordre de plusieurs milliers de personnes.

L’association-support emploie une vingtaine de salariés pour faire fonctionner le réseau. Leur rôle est d’assurer le lien entre les membres du réseau, de faire circuler l’information, de faire en sorte que des projets communs se montent et d’assurer la coordination de ces projets, d’aider à chercher des sous pour les projets, etc…

Le réseau apparaît comme une sorte de « fourmilière » : des projets de toute taille sont en préparation ou en cours. Parfois des idées lancées par des membres du réseau donnent lieu à des groupes de travail mais ne peuvent aboutir, parfois des petits projets prennent rapidement de l’importance alors que rien ne le laissait imaginer.

De plus en plus de projets sont maintenant issus de demandes extérieures : institutions, monde de l’entreprise… le niveau d’exigence est alors plus fort (délais, respect d’un cahier des charges), ce qui n’est pas forcément simple à gérer au sein d’un réseau dont les principes reposent plutôt sur la souplesse.

L’interface entre le réseau et l’association support n’est pas toujours facile à gérer. En effet, le réseau joue son rôle et met en relation un très grand nombre de personnes aux motivations complémentaires. Cela génère naturellement des envies de travailler ensemble, de monter des projets communs. Chacun est à libre de lancer des projets, mais il apparaît souvent des questions du genre : « Ce projet va profiter à tout le monde, serait il donc possible de le financer avec les sous de l’association ?». Ou bien « Ce projet va profiter à tout le monde, je peux donc dire que c’est un projet d’Ecole et Nature ».

La réponse à ces questions n’est jamais simple : de quel droit donner plus de moyens à telle initiative et moins ou pas du tout à telle autre, de quel droit refuser de donner l’appellation Ecole et Nature à un projet, etc… Il faut pourtant trouver des solutions au cas par cas, car les finances sont limitées et qu’il n’est pas non plus possible de laisser librement qui veut faire ce qu’il veut sous l’appellation Ecole et Nature. C’est probablement là que se situe le plus grand besoin de réflexion et de méthode concernant le fonctionnement en démocratie participative : chacun doit pouvoir participer à la construction du tout, en comprenant ce qu’il peut personnellement apporter et prendre tout en préservant l’intérêt général du projet.

Une démarche exigeante

Il serait malhonnête de prétendre que la mise en œuvre de la démocratie participative au sein d’une organisation ou d’un groupe n’est qu’affaire d’outils et démarches appropriés que l’on peut parachuter à loisir. Ce mode de gouvernance nécessite, pour fonctionner, d’être totalement accepté et porté par les personnes concernées, à savoir les membres du groupe en question.

Cette appropriation est parfois longue, parfois difficile, car les démarches de la démocratie participative, si elles sont enthousiasmantes lorsqu’elles sont rôdées, apparaissent contraignantes au début. Certaines sont peu naturelles ou peu habituelles et nécessitent que chacun fasse d’importants effort sur soi-même : écouter l’autre, respecter les différences d’opinions et de comportements, apprendre à se taire ou au contraire à parler…

Il faudra donc « y aller » doucement. Ne pas essayer de tout mettre en œuvre d’un seul coup, mais commencer par introduire quelques règles simples et efficaces[4]. Le groupe pourra pratiquer, expérimenter, se confronter à ces règles, élaborer ses propres constats, faire la comparaison avec d’autres fonctionnements, pour comprendre peu à peu tout l’intérêt de la démocratie participative, en accepter les contraintes pour bénéficier de ses apports. Avec le temps, la maturité du groupe augmentera, et il sera possible de continuer à améliorer le fonctionnement.

L’expérience du réseau Ecole et Nature nous a montré qu’entre les premières réflexions sur nos modes de fonctionnement et l’appropriation réelle par le groupe de méthodes efficaces et acceptées, il s’est écoulé près de 5 années, durant lesquelles les démarches, d’abord mises en œuvre au sein d’instances réduites (Conseil d’Administration, Comités de pilotage) se sont progressivement étendues à tous les niveaux de travail (Assemblée générale, congrès, groupes techniques, etc…) pour être aujourd’hui assez spontanément utilisées par tous.

Pour que cette appropriation se fasse, il a fallu consacrer beaucoup de temps et d’énergie à la pédagogie, en expliquant les démarches expérimentées, en « forçant » les personnes à se mettre elles-mêmes en situation (d’animateurs, de garants, etc…), en analysant ensemble après coup le déroulement des processus décisionnels pour pointer les dysfonctionnements et les réussites…

Ce temps a payé, mais ce succès n’est pas sans contraintes et déceptions. Une fois que l’on a goûté à de tels fonctionnements, qu’il est pénible, voire décourageant de se retrouver dans certains groupes « ordinaires », ou l’écoute est faible, ou la parole n’est pas gérée, ou les processus de validation se font à la va-vite sous la direction de quelques personnes qui tiennent le groupe d’une poigne expérimentée…

Là réside probablement l’une des limites de cette démocratie participative : une fois en place au sein d’un groupe, elle maintient ce groupe dans un cocon de facilité, l’empêchant parfois de voir la réalité du fonctionnement du reste du monde, ne donnant pas à ses membres les outils pour se faire entendre comme il le faudrait dans d’autres contextes où les règles ne sont pas les mêmes. La démocratie participative ne donnera toute sa mesure que le jour où… l’ensemble des groupes, instances, organisations, institutions de cette planète la pratiqueront, ou du moins la respecteront…

Pour finir, il faut accepter l’idée que le fond (les valeurs et les projets du groupe) et la forme (la manière dont le groupe fonctionne et met en œuvre ses valeurs) sont étroitement liés. Il apparaît évident aujourd’hui qu’un fonctionnement en démocratie participative ne peut se mettre en oeuvre que dans des groupes dont les valeurs le permettent.[5]

Voilà qui donne d’assez vastes perspectives de travail pour chacun d’entre nous.

13/05/2012
Enjeux et objectifs Différentes façons d’envisager la conduite des affaires collectives : les systèmes politiques
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Introduction.
Bien souvent dans le fonctionnement de nos organisations, l’attention est portée sur les décisions prises ou à prendre, et pas sur le processus qui y mène.
Différentes façons d’envisager la conduite des affaires collectives : les systèmes politiques.
La démocratie participative : principes généraux.
La démocratie participative : principes généraux
Conclusions.
La méthode qui est présentée ici, semble complètement « calée ». Pourtant sa mise en œuvre ne va pas d’elle même.
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