Sixième jour
A 2 heures du mat', branle bas de combat au refuge du Goûter : tout le monde se lève... Les dortoirs vomissent un flot continu d'agités qui viennent se mêler à tous ceux qui ont dormi dans la grande salle. Des tas de fainéants essaient tant bien que mal de tirer au flanc en prolongeant de quelques minutes la station allongée au fonds du duvet. Un grand costaud au crane rasé est particulièrement tenace. Il est piétiné de toute part, tapissé de miettes et aspergé de thé brûlant, mais il fait mine de rien. Le gardien du refuge doit intervenir pour lui dire de se ranger dans un coin.
Nous en profitons pour prendre une bonne dose de thé, puis lorsque tout le monde est parti nous nous payons le luxe incroyable de retourner (ou plutôt d'aller, puisque jusque là nous étions nous aussi par terre dans la salle à manger) au lit jusqu'à 10 heures.
Il n'est manifestement pas très fréquent que les gens dorment ici à la redescente : à notre réveil, le refuge le plus fréquenté du monde est vide et silencieux. Dans la salle traînent juste quelques personnes nauséeuses au teint terreux qui regardent d'un oeil vide le paysage au travers des fenêtres. Ils n'ont pas pu partir, ou ont fait demi tour à la première occasion ? Triste, mais calme compagnie !
La descente jusqu'au refuge de tête rousse (3200) ressemble aux vieux souvenirs qu'il m'en reste : d'énormes paquets de personnes montent, queques-uns descendent, les pierres volent. La traversée du couloir est toujours la même. Une grosse chute de pierres nous précède de peu, faisant monter la tension dans les cordées. Un individu solitaire s'engage dans la traversée, il a l'air complètement paumé, il hésite, fait de fréquentes pauses au beau milieu de la trajectoire préférée des chutes de pierres, puis finit par s'arrêter complètement aux deux tiers de la traversée, donnant l'impression de ne pas savoir où aller. La nana qui nous suit lui crie "Go, go, run, run" avec un bel accent qu'elle semble avoir plaisir à mettre en valeur. Le type est français, elle aussi, mais ça c'est pas grave, ça fait mieux en anglais.
Malgré les encouragements, le type ne bouge pas d'un poil. Profitant d'une accalmie on arrive derrière en courant, on le pousse dans la bonne direction, il obéit sans discuter, je crois qu'il est vaguement choqué, tétanisé par la peur.
La descente de tête rousse au nid d'aigle (2400 m) se fait rapidement, si rapidement que Cécile part dans un vol plané magnifique et impressionnant, mais heureusement sans dommage grave. Il nous reste 10 €, juste de quoi payer une place de train car ils ne prennent pas la carte bleue. On met Cécile et nos bagages dans le train et on part au pas de course sur la voie ferrée.
Le train avance à une allure d'escargot, on arrive juste 1 mn après lui à bellevue. "Si on m'avait dit qu'on terminerait l'ascension du Mont-Blanc par un footing en coques plastique !" (Olivier, septembre 2002)
A l'année prochaine ?
PS (4 mars 2003). 6 mois après, cette balade se rappelle à mon souvenir. Les chocs répétés de ce footing en Koflach avaient fait jaunir l'ongle de mon pied gauche à la toussaint, bleuir à la Noël, noircir à février, ils l'ont fait tomber en 2003 ! C'est dingue, non ? Mon ongle !