Rêve éveillé Chez
Marc Lemonnier
La montagne tranquille
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Vue matinale depuis le camp sur le glacier du Géant
Le camp du col du midi
Pilo sur la mignonne arête de la pointe Lachenal
Le camp du col du midi, depuis la pointe Lachenal
Dans la tente (extrait du journal de bord de Pilo au Mont-Blanc)
Balade de fin d'après-midi au col du... midi (extrait du journal de bord de Pilo au Mont-Blanc)

Troisième jour

Réveil à 5h30 du mat'. Le temps est calme, grand beau. Nous voici à pied d'oeuvre pour notre première journée en ambiance vraiment "haute montagne". Le glacier du géant est une immense aire de jeu pour les alpinistes de tous niveaux. Pour le moment nous sommes au pied des grandes faces rocheuses et glaciaires du Mont-Blanc du Tacul.

Tout en avançant très lentement, nous suivons avec attention la progression de plusieurs cordées dans les couloirs mixtes du Tacul. Un hélico tourne sans cesse autour de deux personnes qui montent très lentement vers le haut de la face, mais qui n'ont pas l'air d'être en difficulté. Probablement une grosse fatigue après plusieurs centaines de mètres de face raide. Impression curieuse de partager la même montagne, mais de pas faire partie du même monde.

Cette journée sera courte, nous sommes fatigués, et nous nous contenterons de monter jusqu'au col du midi ou nous arrivons vers 14h. A 3500, altitude pourtant relativement modeste, nos corps peu acclimatés peinent déjà. La tête tape un peu, le souffle est court, l'appétit n'est pas au plus fort. Mais dieu qu'on est heureux d'être là.

Une fois la tente montée, nous nous effondrons dans un sommeil agité qui nous laisse vasouillards vers 16 heures.

C'est alors qu'il faut sortir, faire une ballade au grand air qui, nous le constaterons chaque jour qui suivra, nous remet en forme et nous permet ensuite de terminer la journée dans de bonnes conditions.

Pilo et moi faisons la modeste ascension de la pointe Lachenal juste au dessus du camp. Quel plaisir de marcher sans sac, d'être libre de ses mouvements, et de sentir que le mal des montagnes recule peu à peu. De ce petit sommet, notre camp paraît bien isolé sur l'immense selle neigeuse du col du midi, sous l'aiguille du même nom...

Ce col du midi est un endroit bizarre : déjà en haute altitude, il est situé au pied de l'aiguille du midi, qui déverse chaque heure ses bennes d'alpinistes plus ou moins expérimentés, plus ou moins acclimatés, lui donnant des allures d'aire de jeu. A midi lorsqu'il faut beau, le pieds de l'aiguille fourmille de monde qui s'agite en tous sens. On observe au loin des tas de points noirs qui laissent derrière eux des traces entremêlées, se croisant anarchiquement en directions d'objectifs qu'il est souvent difficile de deviner. Des tentes se montent et de démontent ça et là, un groupe s'arrête près d'une grosse crevasse et y passe la moitié de la journée, une cordée de 2 personnes traverse d'un pas vif le plateau en diagonale et vient faire des exercices de rappel dans la pointe Lachenal. Cette activité anarchique est encadrée par les 3 traces autoroutières menant aux destinations principales : le Mont-Blanc du Tacul, le refuge Helbronner et les sommets du versant italien, et l'aiguille midi-plan. Le long de ces lignes de force, c'est un défilé incessant de chenilles plus ou moins étirées.

Nous avons volontairement choisi de nous installer à l'écart de cette agitation, au pieds de la face du Tacul. Nous n'aurons pas de visite de l'après-midi et c'est de loin que nous contemplerons l'activité débordante du plateau.

Vers les 17h00, l'activité diminue rapidement sur le col. Les derniers arrivés, par le téléphérique ou d'un sommet, regagnent des lieux plus humains. Nous voici enfin dans l'intimité. La lumière vire au tiède, le calme est absolu. Nous nous offrons une dernière balade au soleil vers l'abîme qui plonge au sud-ouest vers la vallée de Chamonix, pendant que Pilo reste à dessiner au soleil couchant.

Une bonne et simple journée, sans difficultés, sans stress, avec le soleil et un bon bouquin pour finir. C'est le bonheur d'être là...

28/04/2009
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