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Rubrique : Etre pro > Devenir pro

Devenir pro, année après année

Je me rappelle qu'un jour, quelques mois avant de sauter moi-même le pas, je discutais avec plusieurs amis musiciens professionnels pour mieux comprendre comment se faisait la transition. Valérie me disait que la première année n'était pas forcément facile, mais que la vitesse de croisière s'atteignait presque naturellement au bout de 3 ans.

J'ai depuis souvent entendu dire çà, à tel point qu'il semblerait que cette durée de 3 ans soit une sorte de légende dans le milieu de la musique professionnelle.

Au moment ou j'écris ces lignes (fin 2003), j'ai accumulé 2 années de pratique professionnelle et j'entame la troisième. Je commence donc à être en mesure d'évaluer si la formule se vérifie... Voici l'état de mes réflexions sur le sujet.

Je pense pour cela disposer d'un atout intéressant : je suis terriblement rationaliste. Je note absolument tout ce que je fais, heure par heure, jour par jour, année après année, dans un grand cahier blanc. Régulièrement je transfère ces chiffres dans mon ordinateur : un tableur me permet ensuite de faire facilement des sommes et des tableaux récapitulatifs. En final, je dispose d'une vision réaliste de ce à quoi j'ai consacré mon temps. Cette démarche de travail fait hurler de rire plusieurs copains musiciens qui ne comprennent pas qu'on puisse passer du temps à aligner des chiffres dans des tableaux lorsqu'on se dit artiste. C'est vrai qu'ils n'ont pas tort, mais moi ça m'aide bien à voir dans quel sens j'avance... et puis ça me permet aujourd'hui de vous faire partager un peu de cette expérience !

Avant de sauter le pas : la prospection

Le premier pas de ma démarche a consisté à passer à mi-temps dans mon boulot pour commencer à tester des choses tout en ayant un revenu fixe pour ne pas me planter. Ce temps partiel n'a d'ailleurs pas été totalement évident, il a suscité des discussions animées avec ma femme qui aurait bien voulu, elle aussi, passer à temps partiel pour mettre en place un projet professionnel qui lui convienne mieux que son boulot actuel. Mais 2 mi-temps pour une famille avec 3 enfants, ça ne le faisait pas, et Sophie a accepté, bon gré mal gré, de me donner la priorité dans la restructuration professionnelle, à charge de revanche pour moi d'arriver le plus rapidement possible à gagner suffisamment de sous pour qu'elle puisse faire de même.

J'étais évidemment musicien amateur bien avant de quitter mon boulot pour devenir professionnel. En particulier, je jouai dans un groupe de bal folk depuis 8 ans. Lorsque j'ai envisagé de devenir pro, je me suis dit que je devais faire le forcing pour que ce groupe devienne plus pro et tourne plus, afin de faire avec eux un maximum de cachets. J'ai donc commencé, quelques mois avant de sauter le pas, à leur en parler.

Mais je sentais déjà, malgré mes rêves, que ce seul groupe ne suffirait pas à m'apporter les 43 cachets à l'époque nécessaires pour obtenir le statut d'intermittent du spectacle. J'ai donc commencé à chercher plus loin s'il existait des groupes au sein desquels il me serait possible de m'intégrer. J'ai repéré sur Alès un groupe de musique latino-américaine (El Pueblo) que j'ai contacté. Je suis bien tombé, ils étaient en pleine restructuration et cherchaient de nouveaux musiciens. Mais ils affichaient une méfiance pour les pro, qui, disaient-ils, "ne venaient jamais au répétitions et ne jouaient que pour gagner des sous". C'est vrai que c'est entre autre  la recherche de viabilité économique de mon projet qui m'avait poussé à les contacter, mais j'étais bien décidé à leur prouver qu'on pouvait être professionnel et régulier tout de même. J'ai donc commencé à répéter avec eux, ce qui fut assez facile car par chance ils jouaient un type de répertoire que je connaissais bien. 

En parallèle à la musique de groupe, je me suis dit que je devais aussi donner des cours pour compléter les revenus. J'ai donc fait passer par le bouche à oreille l'info que je pouvais donner des cours d'accordéon diatonique. J'ai rapidement eu 4 élèves, ce qui est évidemment peu pour un pro mais largement suffisant dans mon cas, moi qui bossais encore par ailleurs.

Au terme de ces 6 mois, j'avais donc trouvé deux groupes et quelques élèves.

Première année : l'expérimentation

L'année scolaire 2001 fut la première année entièrement dédiée à la musique puisque mon reliquat de boulot s'était définitivement terminé en mai.

Les deux groupes dans lesquels je jouais tournèrent pas mal, mais dès les premiers mois il me devint évident que je n'arriverai pas aux 43 cachets nécessaires pour l'intermittence. De fait, j'en ai fait une trentaine. Cela m'a pourtant permis de bien comprendre la difficulté d'arriver à l'effectif nécessaire. J'ai par ailleurs eu l'occasion, à 4 reprises, de jouer avec d'autres formations pour des prestations ponctuelles qui sont venues s'ajouter à mon boulot "ordinaire".

Du côté des cours, après mon coup d'essai, j'ai cherché à étendre ma clientèle. J'ai postulé dans une petite école de musique locale qui m'a immédiatement et à ma grande surprise embauché sans aucune démarche d'évaluation, ce qui a porté mon effectif d'élèves à 12. Ce n'est pas encore énorme, mais ce n'est déjà plus anecdotique. 

J'ai aussi été sollicité par une association locale pour encadrer un atelier de musique d'ensemble qui, à ma grande surprise, a fonctionné facilement et de manière dynamique.

J'ai par contre passé énormément de temps à faire de l'administratif cette année là. Les problèmes me sont apparus comme absolument énormes, entre les histoires de statut d'intermittent, les contrats pour les concerts, les paperasses pour l'école de musique, etc...

En final, cette première année fut pas encore peu chargée (j'ai bossé l'équivalent de 65% de temps plein), peu rapporteuse en sous (j'ai touché quelque chose comme 500 € par mois en moyenne). A l'arrivée des vacances, il me paraissait évident que mon activité allait se développer d'elle-même dès l'année suivante : je sentais de nouvelles opportunités d'élèves, et je commençais à être un tout petit peu plus connu dans le monde musical local.

Deuxième année : la croissance

Avant les vacances d'été, je décidai d'arrêter de jouer avec le groupe de bal folk qui était le mien depuis 8 ans maintenant. Ce fût une décision difficile à prendre, on avait fait un sacré bout de chemin ensemble, souvent de manière bien sympa. Mais ma présence dans ce groupe me posait de plus en plus de problèmes depuis que j'étais passé pro : les disparités de niveaux techniques étaient très importantes, mais ce qui était le plus gênant surtout, c'était les différences de motivation : certains dont je faisais évidemment partie avaient envie et besoin de "tourner" plus, et étaient prêts donc à travailler plus, d'autres avaient seulement envie d'être ensemble et de se faire plaisir, quitte à ne pas forcément beaucoup travailler. J'ai tourné les choses des mis durant, et puis j'ai décidé de créer un autre groupe, plus homogène concernant la technique et la motivation.

C'est au début de cette année également que sont nés deux nouveaux groupes auxquels je me suis intégré : "Atelier FES", pérennisation volontaire de l'atelier de musique d'ensemble de l'année précédente, et "Courants d'air", petit duo de musique méditerranéenne. Depuis un an je proposai à un musicien qui jouait jusqu'alors en solo de faire équipe avec lui. Il n'avait jamais donné suite, et brusquement, la chose s'est faite.

Côté cours, ce fut l'explosion. Je passai de 12 à 23 élèves, en accordéon diatonique, guitare, flûte de pan, et harmonisation. En parallèle, j'ai organisé et réalisé deux stages de musique d'ensemble de 4 jours qui ont eu un certain succès.

Les aspects administratifs, enfin, restèrent très (trop) présents dans mon rythme de travail.

Au terme de cette année, j'avais travaillé l'équivalent d'un plein temps ordinaire, gagné en moyenne 700 € par mois, eu l'impression d'une explosion désorganisée de mon travail. J'avais aussi l'impression, finalement,  d'avoir joué très peu de musique pour moi, passant de répétitions collectives à cours et ateliers sans souffler et progresser vraiment personnellement.

Troisième année : le développement

2003 et 2004 furent les années du développement. Chacun des groupes dont je faisais partie a tourné un peu plus, et la musique qu'on a jouée m'a semblée plus aboutie. J'ai pris plus de temps pour composer, avec une impression de faire enfin des trucs plus personnels.

Les concerts marchant assez bien, j'ai fait le choix de diminuer les cours pour l'année scolaire 2004-2005, et je suis redescendu à une  dizaine d'élèves seulement, pour ne pas être submergé de ce côté là.

C'est donc, comme le prétend la "légende du musicien professionnel", au bout de la troisième année que je vais commencer à piloter mon avenir et à faire de réels choix sur la manière dont je vais à présent mener mon activité.

La suite ?

En ce début d'année 2005, je pressens les choses suivantes :

Naturellement, mon activité pourrait se développer encore beaucoup : j'ai plein de nouvelles demandes pour des cours, des associations me proposent d'encadrer des stages, etc... Mais je fais le bilan suivant : aujourd'hui, le fait de jouer de la musique n'est pas l'essentiel de mon travail. Mon temps a jusqu'ici été énormément consacré à l'administratif, aux cours, à la préparation de projets...

Ce que j'aimerai, pour cette année, c'est donc mettre encore plus l'accent sur la musique : moins de cours, plus de travail musical perso, plus de composition, plus de répétition de groupes, plus de concerts.

Mais tout n'est pas encore gagné. Voici quelques questions qui se posent maintenant à moi :

pourrais-je continuer à jouer dans les 5 groupes dont je fais partie actuellement ? C'est beaucoup de travail (de compo, de répétitions...), et maintenant qu'ils tournent mieux il y a de temps à autres des problèmes de chevauchement de dates de concerts...

pourrais-je supprimer totalement les cours, et est-ce que c'est souhaitable ? Les cours c'est super quand il n'y en a pas trop...

combien je peux espérer gagner de sous par mois d'ici 2 ou 3 ans ? Je n'ai pas choisi ce métier pour rouler sur l'or, mais j'aimerai pouvoir mieux équilibrer les revenus du foyer, ce qui n'est pas encore le cas actuellement

J'espère avoir des réponses à apporter à ces questions dès 2006. A bientôt !

25/05/2009
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