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Lames et bouterolles trouvées dans un tumulus du Causse Noir (extrait de dtcn)
Coupelles. Illustration extraite de dtcn
Coupelles et Bouterolles. Illustration extraite de dtcn

Deux tumulus du Causse Noir et de la Can d'Artigues

Article de Camille Hugues paru dans la Revue du Gévaudan, des Causses et des Cévennes, n°6, 1960

Une découverte fortuite, faite en 1959 à Lanuéjols (Gard), a fixé notre attention sur les tumulus du premier âge du Fer dont le mobilier, assez rare, comprend une et parfois deux coupelles en bronze, ainsi que des armes de guerrier.

I -Tumulus du Causse Noir, Lanuéjols (Gard)

Sur le Causse Noir, au cours de l'aménagement en route du chemin qui relie Lanuéjols au hameau des Mazes, un tumulus a été mis au jour sous un énorme tas de cailloux d'épierrement. Il est situé à 500 mètres au sud du Four à Chaux, sur une plate-forme dolomitique qu'emprunte le chemin de Rasiguette, perpendiculaire à la route, à 80 mètres de celle-ci.
Après avoir enlevé les cailloux destinés à l'empierrement de la nouvelle voie, les ouvriers ont entamé le monument, et la pioche, à leur grande surprise, a ramené une coupelle en bronze, les tessons d'un vase et quelques ossements. Le chef des travaux a remis ces trouvailles à M. Rigal, Conseiller général du canton de Trêves, qui a eu l'obligeance de nous informer et de nous conduire sur les lieux.
Le tumulus dépouillé de sa carapace pierreuse mesurait alors 10 mètres de diamètre. Une cuvette, sur le flanc est, marquait la partie éventrée ; comme elle n'arrivait pas au centre du tertre, nous avons jugé bon de poursuivre l'exploration. Le déblaiement des terres devait nous montrer que les ouvriers avaient creusé à une vingtaine de centimètres au dessous de l'aire du tumulus et arraché quelques pierres d'un pavé bien conservé dans la zone intacte. Au centre, la hauteur du monticule était réduite à 50 centimètres, non compris l'épaisseur des dalles étendues sur le sol du Causse (0,70 m au total de hauteur approximative, car nous ignorons l'importance des pierres de couverture qui, toutes, avaient été retirées par les cantonniers).
Quoi qu'il en soit, ce monument funéraire se distingue par l'abondance de la terre meuble employée dans sa construction, la pierre sèche étant d'ordinaire l'élément essentiel des tumulus caussenards. La masse des matériaux de la tombe contenait plusieurs morceaux de schiste. Au sommet du bombement, entre des blocs calcaires, était plantée verticalement une plaquette brute, de 9 cm de côté.
Le pavé en place était constitué par plusieurs dalles de calcaire dont la plus grande, de forme losangique, mesure 0,90 m sur 0,45 m. Une autre dalle était posée dessus et, entre les deux, dans une couche de terre fine, étaient éparpillés des fragments de fer très oxydés. Nous avons exhumé les vestiges d'animaux fouisseurs (lapins, renards, micromammifères) responsables de la dispersion. Quelques débris d'os, calcinés ou non, représentaient les derniers restes du mort, avec seulement deux ou trois petits charbons de bois, d'où l'on conclut que l'incinération avait eu lieu ailleurs.
Ayant dégagé une lame en fer (111 millimètres) dont l'extrémité étroite était tournée vers le sud-est (Fig. 1, n° 1), nous croyions avoir découvert la pointe brisée d'une épée. En réalité le mobilier comprenait deux armes en fer rangées parallèlement, mais en sens opposé: un poignard et une épée qui se terminait par une pointe Iplus effilée (132 millimètres) et par une bouterolle en bronze (Fig. 1, N° 2 et 3). Le pavé se relevait à 40 centimètres de la surface sous la bouterolle.
D'après la distribution de ses fragments, l'épée, longue de 70 cm au moins, avait la poignée au sud-est et la pointe au nord- ouest.
La bouterolle du chemin de Rasiguette est à ailettes courtes relevées, dont l'envergure ne dépasse pas 85 millimètres pour une hauteur totale de 110 millimètres. Les ailettes -celle de droite qui a un peu souffert a été retrouvée cassée dans une fissure du pavé -se terminaient par une sorte de bec recourbé, surmonté d'une crête plus mince. Deux trous, sur chaque face, assuraient la fixation sur la gaîne du fourreau dont la matière périssable n'a laissé aucune trace.
Les tessons de poterie, rares et menus dans la partie centrale du tumulus, provenaient sans doute du vase funéraire enfoui à l'est avec la coupelle en bronze (Fig.1, N° 4).
D'un poids de 74 grammes, la coupelle mesure 63 millimètres de hauteur, avec un diamètre de 98 millimètres à l'embouchure, quelque peu rétrécie par rapport à la panse (Fig.2, N° 1). Son bord, légèrement rentrant, est épais de 2,5 millimètres, mais les flancs et le fond sont d'une minceur extrême, d'où plusieurs trous dus à l'oxydation du métal. L'extérieur ne porte aucun décor. On remarque à l'intérieur, tout autour du bord, des incisions horizontales, sur deux à trois rangs, longues d'un centimètre environ; ces sortes de tirets tiennent vraisemblablement au procédé de fabrication.
Il nous est plus difficile de décrire le vase funéraire, fait à la main et sans déécor, dont nous ne possédons qu'un petit nombre de debris. Les intempéries ont dégradé les tessons à pâte noire et dégraissant calcaire blanc, et les racines les ont sillonnés de cannelures. Un seul fragment de col a conservé le beau lissage d'un noir brillant, ce qui devait être la teinte générale. Le col évasé, haut de 7 ,5 cm, a un bord simplement arrondi ; il se soude par un léger épaulement à une panse ovoïde qui porte les traces du lissoir sur sa partie renflée (23 cm de diamètre calculé sur le plus gros tesson) et repose sur un pied bas, évidé (Fig. 1, N° 4).
En procédant par ana1ogie, si on compare les courbures de ses tessons aux formes connues, le vase de Lanuéjols correspond au type AD 12 de la nécropole de Cazevieille (Hérault), avec un pied plus court que celui du modèle figuré dans la publication du Centre de Recherches Archéologiques des Chênes Verts (1).
II- Tumulus de la Can d'Artigues, St-Laurent-de-Trèves (Lozère)
Une dizaine d'années avant la découverte faite à Lanuéjols, nous avions reconnu un tumulus dans un tertre gazonné de la Can d'Artigues, petit causse à l'est de la vallée du Tarnon. dans le prolongement de la Can de l'Hospitalet.
Placé à un carrefour important de voies anciennes -draille de transhumance, chemin muletier de Florac à Barre, chemin de Ferrières -, le tertre, de forme allongée (14 m sur 10 m) et aplanie (hauteur 0,80 m), avait porté une quille en pierre sèche dont on distinguait la base à fleur de sol. Il se dresse, en effet, entre les cotes 1019 et 1040, au Col de Vache, au bord de la grande draille de la Margeride, au point où celle-ci quittant le plateau plonge à travers les rocs croulants de la couronne de la Can, en direction de Tardonnenche et de Florac (2).
Trop visible en ce lieu de passage, le sommet du tumulus a été bouleversé. La couche supérieure, épaisse d'une trentaine de centimètres, est formée à peu près uniquement de terre avec quelques rares blocs. Elle contient des dents et des os de mouton, une molaire de porc et des morceaux de schiste. Deux fragments de briques à rebords et quelques petits tessons de poterie grise tournée sont une preuve de l'implantation des Romains dont on retrouve des traces plus abondantes, au sud, entre les fermes du Rey et de Montgros, et à Saint-Laurent-de-Trêves même (3). Ce sont eux, probablement, qui ont émietté un vase en terre noire, sans décor, qui devait appartenir à la tombe sous-jacente.
A 80 centimètres de profondeur gisait un squelette en mauvais état, inhumé du nord-est au sud-ouest, sur un pavé. De part et d'autre, des dalles plantées de chant limitaient la sépulture et se dressaient plus haut qu'un second dallage de lourdes pierres plates qui avait écrasé les os. On se demande s'il représentait un couvercle effondré, ou si le défunt, de propos délibéré, avait été paralysé en le surchargeant de pierres. Quoique épais, le crâne, aux dents usées, était brisé. Un cailloutis complétait le remplissage du caisson.
Le mobilier ne comprenait pas d'autre poterie que le vase en terre noire rencontré dans la première couche. Nous n'avons recueilli, contre la jambe gauche, qu'un seul fragment de lame en fer, très oxydé (longueur: 55 millimètres, largeur: 30 milli- mètres) qui provient d'un poignard ou d'une épée.
La pièce essentielle était une coupelle en bronze, sans décor, pesant 140 grammes, déposée à côté du pied droit (Fig. 2, N° 2). Elle ne contenait que de la terre. Prise entre des blocs volumineux, elle a eu le fond cabossé et déchiré. Il ne semble pas qu'elle ait été volontairement "tuée" ; sa fragilité suffit pour expliquer sa détérioration. Dans ce récipient, large de 116 milli- mètres à l'embouchure et haut de 60 millimètres, le bord supérieur, légèrement rentrant, est épais de 2 millimètres, tandis que le fond, arrondi par martelage, est mince. Il est visible que les coupelles du chemin de Rasiguette et du col de Vache, de même forme, sont aussi de même facture.

Conclusions

Dix kilomètres, à vol d'oiseau, séparent le tumulus du chemin de Rasiguette du tumulus de l'Aven Armand (La Parade, Lozère), au nord -nord-ouest, sur le Causse Méjan, et 25 kilomètres le séparent du tumulus du Col de Vache (Saint-Laurent-de-Trèves), au nord-est, sur la Can d'Artigues : deux sépultures des Causses lozériens qui contenaient elles aussi des coupelles en bronze et des armes en fer (4). Toutefois, dans ces dernières, le rite observé était l'inhumation: corps replié, l'épée dans la main droite, pour le guerrier de l'Aven Armand, -corps allongé dans un caisson de pierres, un fragment de lame du côté gauche, pour celui du Col de Vache.
Au sud des Gorges du Tarn, d'après quelques spécimens connus, les coupelles en bronze seraient de deux types :
  • coupelles en calotte basse, lisses ou décorées, la plus ornée étant l'une des deux du tumulus de l'Aven Armand, qui porte quatre paires de cercles concentriques sur les flancs et, en pointillé sur le fond, une sorte de svastika aux branches tournées à gauche (Fig. 3, N° 1) ;
  • coupelles lisses, à fond arrondi et bord élevé, provenant des tumulus de la Can d'Artigueset du Causse Noir.
On discute sur l'utilisation d'un objet trouvé dans le dolmen du Genévrier (Salles-la-Source, Aveyron) : s'agit-il d'un troisième type de coupelle conique à fond percé ou d'un ornement vestimentaire (5) ? Celles des tumulus d'Ayrolles (Alzon, Gard) et de Cazevieille (Hérault) appartiennent au premier groupe (Fig. 3, N°2). En tous cas, les unes et les autres sont considérées comme hallstattiennes (6).
L'inventaire des poteries de la nécropole de Cazevieille montre qu'il était fait un plus large usage de coupelles en terre cuite, de même forme, parmi les populations pastorales du preinier âge du Fer qui gravitaient autour du Pic Saint-Loup, au nord de Montpellier (7). Les coupelles en bronze des Causses, trouvées dans des tombes avec des armes, paraissent avoir été l'attribut des guerriers, mais peut-être correspondaient-elles simplement à un certain niveau de vie ?
De même, d'utiles comparaisons méritent d'être tentées à propos de la répartition des armes. En 1936, dans un recensement des grandes épées en fer Hallstattiennes, le Docteur Charles Morel en dénombrait cinq dans la Lozère et remarquait aussitôt que les glaives courts à antennes manquaient presque totalemen, bien qu'ils soient représentés, au-deà de l'Aigoual et du Lingas, sur les Causses méridionaux de Blandas et de Campestre (8). Il aurait été intéressant de recueillir en meilleur état la lame courte de rasiguette que nous attribuons à un poignard, et surtout celle du tumulus du col de Vache dont il ne restait à peu près rien. Lors de recherches dans la partie orientale du Causse Méjan. le tumulus de la Cabassude (Saint-Laurent-de-Trêves), à l'ouest du Tarnon, nous avait rendu, sur 60 centimètres, les débris d'une lame de fer grâce auxquels nous reconnaissions la présence d'une grande épée (9).
Notre bouterolle ne saurait être confondue avec deux belles pièces d'apparat à ailettes horizontales, trouvées dans des tonmbes de Cazevieille (Hérault) et du Viala-du-Pas-de-Jaux (Aveyron), qui ont respectivement 22 et 21 centimètres d'envergure. Elle a, par contre, une ressemblance certaine avec une bouterolle provenant du fourreau d'une épée en bronze, exhumée sur le Causse de Carennac (Lot). Gabriel et Adrien de Mortillet nous fournissent, par ailleurs, la preuve qu'elle n'est pas un simple type local, en représentant, dans leur Musée Préhistorique, un exemplaire trouvé à Dompierre (Ain) (10).
Plus près de nous, en dehors des Causses du Gévaudan et du Quercy, les hautes terres volcaniques du Cantal ont exercé une même attirance sur les « Celtes des tumulus » du premier âge du Fer (11). Au hameau de Mons, commune de Saint-Georges, sur 1a planèze de Saint-Flour, un gros tumulus, fouillé en 1877 par J.-B. Delort, a livré une bouterolle cassée de même profil que celle de Lanuéjols, associée à deux grandes épées en fer, et une tasse en bronze mince, à fond ombiliqué (Fig. 3, N° 3 et 4). La tasse, représentée en demi-grandeur naturelle, n'a pas la forme des coupelles caussenardes, mais son dépôt correspond à une conception religieuse identique.
Dans les limites d'un cadre régional, avec les réserves d'usage étant donné le petit nombre de documents, nous constatons que les bouterolles à ailettes horizontales étaient portées de part et d'aufre du Bas-Rhône (12), dans le Comtat (Joncquières, Sainte- Cécile), le Languedoc oriental (Cazevieille) et jusque sur le Causse du Larzac (Viala-du-Pas-de-Jaux). Les bouterolles à ailettettes relevées se voyaient au nord, des confins méridionaux du Gévaudan (Lanuéjols) au Quercy (Carennac) et à l'Auvergne (Saint- Georges).
Au coeur du domaine hallstattien, la nécropole de Hallstatt, station éponyme, dans les Alpes autrichiennes, abritait une bouterolle analogue à celle de Lanuéjols, avec deux trous sur chaque face, mais aux ailettes tronquées. Au contraire, sur les bouterolles du Haut-Palatinat bavarois (Lengenfeld, Oberwiesenacker), les ailettes relevées se recourbent davantage et il n'y a qu'un trou de fixation sur chaque face. Les archéologues allemands sont d'accord pour attribuer les unes et les autres à la phase ancienne du Hallstattien qui, à Hallstatt même, se situerait entre 800 ou 750 et 600 avant notre ère (13).
C. HUGUES

BIBLIOGRAPHIE

(1) CENTRE DE RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES DES CHÊNES VERTS « La nécropole hallstattienne de Cazevieille », Etudes Roussillonnaises, T. IV, 1954-55, p. 24, pl. 5.
(2) HUGUES (Camille) « Les siècles obscurs de la Can, Causses et Cévennes », Revue du Club Cévenol, T. VIII, 1951, p. 50.
(3) HUGUES (Camille) « Sur le peuplement gallo-romain de la Can et du Causse Méjan oriental », Revue du Gévaudan, nouvelle série, n°2, 1957, p. 137.
(4) DELISLE (Fernand) et VIRE (Armand) « Recherches de préhistoire dans le département de la Lozère, », A. F. A. S., Boulogne-sur-Mer, 1899, p 612.
(5) MORTILLET (Gabriel de) « Fouilles des dolmens de Montaubert et de Noguiès », Matériaux, T. XI, 1879, p. 420, fig. 157.
(6) CAZALIS DE FONDOUCE (Paul) « Tumulus hallstattiens des Causses du Gard ", Revue Préhistorique, 1906, p. 201 à 215, fig. 6. - CENTRE DE RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES DES CHÊNES VERTS, loc. cit., p. 45, fig. Il.
(7) CENTRE DE RECHERCHE~ ARCHÉOLOGIQUES DE~ CHÊNES VERTS, loc. cit., p. 24, pl. 5.
(8) MOREL (Charles) « Sépultures tumulaires de la région du Freyssinel (Causse de Sauveterre, Lozère) », Mende, 1936, p. 50. - DURAND - TULLOU (Adrienne) « Quelques tumulus des environs de Rogues (Gard) ,), Cahier ligures de Préhistoire et d'Archéologie, 1954, n° 3. p. 51.
HUGUES Camille 20/01/2009
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