La Renouée du Japon

Contrairement à ce qu’indique leurs noms communs, la Renouée du Japon et la Renouée sakhaline (Reynoutria japonica et Reynoutria sakhalina) ne sont pas vraiment des renouées. Ces deux plantes se présentent sous la forme de bosquets très serrés, de 2 à 4 mètres de haut. Les tiges sont très caractéristiques, organisées en segments droits (ou « entre-nœuds ») de 5 à 30 centimètres de long. A la jonction de chaque entre-nœud partent des feuilles qui font un peu penser à du lilas, en plus gros : 15 cm pour Japonica, et jusqu’à 30 centimètres pour Sakhalina.

Renouee du Japon
Les feuilles de printemps de la Renouée du Japon

Ces deux plantes ne sont pas originaires de nos contrées. Elles ont été importées en France et en Europe au XIXème siècle pour jouer le rôle de plantes ornementales dans les jardins. Mais l’on s’est bien vite aperçu qu’elles manifestaient une vigueur peu commune à se développer : non seulement leur système racinaire très vigoureux progresse sous la surface du sol et produit chaque année des « rejets », nouveaux pieds qui font rapidement grandir les massifs, mais en plus leurs tiges, lorsqu’elles sont jeunes, ont une stupéfiante capacité à bouturer : un fragment de quelques centimètres de long peut produire de nouvelles racines et se réimplanter ici ou là. Ces deux renouées ont donc une fâcheuse tendance à se développer de manière exponentielle, tout particulièrement dans les zones ou l’Homme jette ses ordures : les bords de route, les terrains vagues, les lits de rivières… Elles y prennent de plus en plus souvent la place d’espèces végétales autochtones, peu habituées à une telle concurrence déloyale, à tel point que l’on les qualifie de plantes « invasives ». Les associations de protection de l’environnement et les collectivités territoriales mettent actuellement en place des dispositifs de recensement et de destruction pour stopper leur développement exponentiel.

Renouee du Japon pres d'une poubelle
Comme souvent, des renouées prospèrent à proximité des décharges et poubelles, où des gens trop envahis sont venus s’en débarrasser

Le malheur des uns faisant souvent le bonheur des autres, ces deux plantes constituent une véritable mine d’or pour les amateurs de musique verte, car leurs magnifiques tiges creuses permettent de fabriquer plein de petits instruments, et ce tout au long de l’année. Deux saisons sont privilégiées pour utiliser les Renouées à des fins musicales :

  • En mai-juin, les pieds sont en pleine croissance. Ils sont verts, gorgés d’eau. La matière est lourde et tendre, facile à couper avec un outil bien aiguisé, chaque coup de couteau produit d’ailleurs un petit son aigrelet, déjà de la musique. Les instruments seront beaux et efficaces, mais comme avec les ombellifères fraîches, les tubes ne vont pas tarder à se ramollir car l’eau qu’ils contiennent rejoindra peu à peu l’atmosphère. En quelques jours vos flûtes vont piquer du nez, leur justesse deviendra approximative puis inexistante, les notes produites vont se remplir de vent et disparaître totalement.
  • Si vous attendez l’automne, voire l’hiver, les Renouées auront séché sur pied. Elles seront devenus plus fines, plus légères, plus cassantes aussi. Leur couleur aura viré au marron. Vous pourrez faire une récolte sélective, en choisissant les entre-nœuds non fendus, avec la certitude qu’ils n’évolueront plus. La découpe sera légèrement plus délicate, mais vos instruments pourront ensuite durer des années, ce qui n’est pas courant en musique verte !

Avec les Renouées vous pourrez en particulier fabriquer des flûtes de pan, des hautbois à anches de frêne, et de nombreuses petites percussions comme les marimbas.

Couper quelques tiges de Renouées ne posera problème à personne à condition de respecter deux règles très strictes, sous peine de participer à l’invasion :

  • Il ne faut surtout pas disséminer les racines, qui doivent être laissées en terre ou brûlées.
  • Si vous utilisez des tiges fraîches, n’abandonnez pas de débris au sol, détruisez les.
Flute de pan en renouee, ligature
Ligaturage d’une flûte de pan en renouée du Japon

Quand j’avais 10 ans, en 1975, j’ai créé mon premier groupe de musique des Andes. Aujourd’hui n’importe qui peut acheter une flûte de pan à un musicien péruvien sur le quai du métro, mais à l’époque cet instrument ne se trouvait pas sous le sabot d’un cheval. Le terrain vague du « Chapeau de Napoléon », au Havre, m’a fourni des kilomètres de tubes de Renouées du Japon pour en fabriquer. Trente ans après je les ai toujours, elles n’ont pas bougé. Oui, je peux dire que c’est avec la Renouée du Japon que j’ai débuté ma pratique de la musique verte.

Voilà ce que vous pourrez fabriquer avec la Renouée du Japon :