Traversée de l’Aiguille de Polset

J’ai aperçu pour la première fois le massif de Péclet Polset durant la redescente d’une longue virée sur les glaciers de la Vanoise. Ces vastes glaciers, prenant en écharpe les versants nord et sud d’une montagne à la forme allongée et d’apparence plutôt tranquille m’avaient fait me dire « Voilà un endroit où j’aimerai revenir ! » Un coup d’œil à la carte m’avait permis de constater l’existence d’un itinéraire de ski de randonnée, signe de pentes pas trop raides. Un signe positif certes, bien que parfois il puisse réserver de mauvaises surprises : ce qui est franchissable au printemps sur de la bonne neige ne l’est pas forcément en fin d’été sur de la glace. Mais bon…

Le projet a traîné dans les cartons, comme beaucoup d’autres, puis a fini par se réaliser à l’automne 2017.

Il s’agit d’une boucle faisable sans forcer sur deux jour, mais qui pourra être étirée sur trois jours pour commencer la saison en s’acclimatant tout doucement et en se remettant en forme après une année de travail bien remplie.

La balade commence au parking du refuge de l’Orgère (1900 m) au dessus de Modane. Il faut commencer par contourner le massif de Péclet Polset par l’est : suivre la variante du GR 55 jusqu’au col de Chavière (2798 m).

Dans la montée, en passant à proximité d’un petit lac côté 2492 m, observez attentivement le versant qui vous domine sur votre gauche. Il vous sera possible de redescendre par là, depuis un point côté 2902 m. Faites vous une idée aussi précise que possible du meilleur itinéraire possible, qui évite les parties les plus raides, et gardez le en mémoire pour le lendemain ou le surlendemain.

Redescendre au refuge de Péclet Polset, dans un environnement très minéral. On traverse notamment un replat empierré qui a beaucoup inspiré les amateurs de land-art : il est recouvert de centaines de cairns de toutes tailles et toutes formes. Nous aurions eu envie de prendre le temps de les admirer tous un par un, méthodiquement. Il eut fallu quelques jours de plus.

Remonter en direction du col du souffre (2817 m), par une variante du GR, en passant le long du lac blanc, qui est en fait d’un vert émeraude magnifique, couleur fréquente des lacs alimentés par des eaux glaciaires.

Une centaine de mètres sous le col, prendre un petit sentier qui se détache vers la gauche, contourne une grosse moraine et un ruisseau pour rejoindre un vaste replat hébergeant deux lacs glaciaires.

L’endroit est plutôt austère car cette petite vallée était encore noyé sous la glace il y a quelques décennies. Cette branche du Glacier de Gébroulaz s’est peu à peu retirée mais la végétation n’a pas encore eu le temps d’humaniser les abords qui restent très minéraux. Restez sur l’arête faiblement dessinée qui part plein sud, vous trouverez un peu plus haut des espaces herbeux plats et confortables, parfaits pour camper. Il y a de l’eau.

Attention, on est ici en zone cœur du parc national de la Vanoise. Officiellement, le camping est interdit. Mais, maisaismais… même pour un garde de Parc la notion de camping n’est pas si inflexible : il est en fait permis d’utiliser la tente si l’on se trouve à plus d’une heure de marche d’une route (c’est largement le cas ici), à condition de la monter après le coucher du soleil et de la démonter avant le lever du soleil.

Le site de bivouac, avec vue directe sur les glaciers de la Vanoise : dôme des Nants, dôme de l’Arpont, pointe du Génépy, pointe de Labby

Le lendemain, remontez l’arête qui surplombe le camp (petit sentier bien visible) et rejoignez le glacier vers la côte 3000 (il y a en fait plusieurs possibilités, à vous de faire votre cheminement. Camino no hay camino, se hace el camino al andar). L’itinéraire de printemps emprunte plus directement le glacier, mais en été il ne reste là qu’un glacis rocheux lisse et très raide, inhospitalier au possible et probablement dangereux.

Le glacier proprement dit est peu pentu, généralement peu crevassé à part quelques exceptions. Fin août, il était, jusqu’au somment, quasiment exempt de neige de l’année. La glace était totalement apparente partout, ce qui aurait pu laisser croire qu’il n’était pas dangereux. Cela n’a pas empêché ma fille de passer au travers d’une crevasse. Méfiance donc, toujours, partout.

Le glacier de Gébroulaz descend en fait beaucoup plus bas, vers 2600 mètres. Il lance en direction du nord une branche beaucoup plus fournie que celle sur laquelle on émerge en empruntant cet itinéraire. Mais il prend de ce côté un aspect terriblement minéral. Il règne ici une ambiance de fin… A mon humble avis, la langue terminale du glacier, longue de plus de 2 km, n’en a plus pour longtemps !

A partir de là, plusieurs solutions s’offrent à vous pour monter vers le sommet, car le glacier se sépare en 4 branches qui contournent 3 nunataks qui en émergent. La branche la plus à l’est longe les pentes vertigineuses qui surplombent le lac blanc et le refuge de Péclet Polset. Elle est magnifique, mais présente une petite raideur vers la fin, qui peut impressionner. C’est celle que nous avons empruntée.

La branche immédiatement à l’ouest de la précédente est la voie ordinairement employée. Elle est simple, facile, mais moins diversifiée que la précédente. Les deux branches ouest sont également simples dans l’itinéraire, mais beaucoup plus crevassées, à mon avis à réserver au ski de printemps.

Les branches 1 et 2 mènent de manière évidente au pied de l’aiguille de Polset. Les derniers 100 mètres de dénivelé se font de préférence sans le sac, il suffit de suivre l’arête évidente en posant les mains de temps en temps.

Une fois redescendus au pied du sommet, il faut traverser sous le rocher en direction de l’ouest. La pente se fait un peu plus raide, bien crevassée en fin de saison, c’est sans doute le passage clé de la balade. Il est plus facile de descendre franchement sur le glacier en s’éloignant du rocher, de le traverser à l’horizontale puis de remonter vers le col de Gébroulaz par une pente un peu raide mais courte (la rimaye peut être large).

La descente du glacier de Chavière est facile, peu raide (à part juste sous le col), sa difficulté ne dépend que de l’état des crevasses. Passer en longue traversée descendante sous la pointe de Thorens, puis au niveau de l’Aiguille du Bouchet descendre franchement plein est, quitter le glacier et rejoindre un premier lac (2786 m), puis remonter 2km vers le nord-est jusqu’à un second lac (2807).  Selon votre forme, vous pourrez dormir là, ou continuer pour rejoindre la vallée qui n’est somme toute pas si loin, car cette seconde journée est d’ampleur très raisonnable (800 mètres de montée seulement).

Deux solutions s’offrent à vous pour terminer la descente : soit remonter nord-nord-est jusqu’au point côté 2990, puis descendre l’arête facile qui rejoint le col de Chavière. Soit rejoindre plein est le point côté 2902 que vous avez normalement repéré à la monté la veille, et descendre par une arête peu marquée qui descend vers le GR 55 nettement sous le col de Chavière. Cette variante permet d’économiser une petite heure, mais elle n’est pas pas très fréquentée et donc moins évidente, il faut le sentir…

Et puis, en 1h30, vous serez de retour à la voiture…