Si vous voulez bien passer à la salle de bains

Ce texte figure dans le livre « Sacré mont Blanc » (déc. 2012)

Arrêtons-nos un moment sur le concept de « toilette au sachet de thé », plusieurs fois évoqué dans ce site. Cette pratique constitue un grand moment des nos balades en montagne, et je ne voudrais pas que vous restiez ignorants à ce sujet.

Vous l’avez compris, là-haut, la toilette est réduite à sa plus simple expression. Le froid, le manque d’eau liquide (et surtout d’eau chaude), la promiscuité, sont autant de facteurs qui limitent l’envie et les possibilités de se laver. La frustration n’est d’ailleurs pas si terrible et on s’y habitue finalement très vite. Les odeurs des individus se mélangent pour former l’odeur du groupe, qui nous devient bientôt familière, comme une vieille amie. Le brossage des dents, parce qu’il peut se pratiquer à l’intérieur, constitue ordinairement l’essentiel de la toilette.

Un vieux routard de la montagne attira il y a bien longtemps mon attention sur le gâchis considérable que représente l’abandon des sachets de thé après utilisation. Il y a là-dedans un peu d’eau délicieusement chaude, agrémentée d’éléments minéraux très bon pour la peau. Il m’expliqua par le menu la procédure à suivre : une fois le sachet extrait de la gamelle dans laquelle il a infusé, le presser légèrement pour en extraire le trop plein d’eau, sous peine de se brûler. Puis utiliser le sachet comme une lingette ou un coton à démaquiller : frotter délicatement le visage en faisant le tour des zones les plus délicates : le tour des yeux, les pommettes, le front… La sensation est délicieuse, comme après un bon bain.

Au séchage, la théïne retend la peau et vous donne l’impression d’être tout neuf ! Après la toilette du visage, le sachet encore tiède peut être utilisé sur toute autre parties du corps où le besoin s’en fait sentir.

« Ya intérêt à bien réfléchir à l’ordre dans lequel on procède, dis-donc » ajouta bêtement Olivier la première fois que je lui expliquai la manip.

Un jour, je partirai en montagne avec des gens délicats, pour voir ce que ça fait.

Oh, et puis non.