Autour du glacier blanc

J’aime parcourir et suggérer des balades à l’écart des lieux trop courus. Pour autant, je ne leur renie pas leur intérêt : s’ils sont courus, il y a généralement de solides raisons. Le glacier blanc fait partie de cette catégorie de site mythiques. C’est un des grands glaciers de l’Oisans, il est situé assez haut pour garder, même au coeur de l’été, une atmosphère de neige et de glace pas encore trop pourrie par le réchauffement climatique. La double muraille de sommets qui l’entourent, difficiles sur sa rive droite, plus accessibles sur sa rive gauche, et la silhouette reconnaissable entre tous de la face nord de la Barre des Ecrins, 4000 le plus méridional des Alpes…

Pour toutes ces raisons, il est tentant d’aller y faire un tour au moins une fois dans sa vie. Comme le Mont Blanc, il est souvent blindé de monde, mais de petites ruses simples vous permettront de vous y retrouver très tranquilles, voire quasiment seuls, comme ce fût le cas cette fois. Je vous conseille déjà de choisir votre période. Dès la fin août, le flot de visiteurs se ralentit fortement. Pour peu que vous arriviez à vous libérer en semaine, il y a fort à parier que vous n’y croiserez pas grand monde.

Choisissez aussi votre itinéraire d’accès. 90% des alpinistes arrivent par le pré de madame Carle, côté Vallouise. L’accès opposé, par le col des Ecrins, depuis la Bérarde, est d’un calme relatif, et d’une sauvagerie très supérieure (vous ne pourrez pas, comme de l’autre côté, y nourrir les marmottes à bout de bras !). Je gardais le souvenir de la remontée du vallon de Bonne-pierre comme d’un pensum épouvantable. Il n’en est rien : tous les 500 mètres l’ambiance change du tout au tout, depuis les alpages bucoliques de la Bérarde aux pierriers de la station météorologique, en passant par la moraine (mais pas avec ses sabots !) fine et élancée (et instable, comme partout en ces décennies de réchauffement climatique, faites gaffe) et le glacier de Bonne-Pierre proprement dit.

La fameuse moraine de Bonne-Pierre
Un peu d’herbe pour bivouaquer

Cela dit, la dénivelée reste importante : 1600 mètres. Aussi vous suggérais-je de scinder votre ascension. Malgré ce que la raideur du vallon laisse supposer, vers 2500 mètres d’altitude vous trouverez un charmant petit replat herbeux sur la rive droite de la moraine, entre celle-ci et le versant sud de la tête de la Somme. De quoi poser une ou deux tentes (pas plus) sur le bord d’un minuscule ruisseau qui vous facilitera la vie. Par contre n’oubliez pas qu’on est ici en zone cœur du Parc national des Ecrins. Le camping permanent est interdit, est toléré le bivouac, du coucher au lever de soleil, pas plus…

En dormant là, vous pourrez le lendemain terminer plus sereinement l’ascension du col des Ecrins. Les dernières centaines de mètres de dénivelée présentent une certaine difficulté. Les rocher raides, équipés de câbles métalliques, constituent une petite épreuve pour qui porte un sac de 20 kilos. Malgré la ressemblance, on est très loin de la facilité d’une via ferrata abondamment pourvue de prises et barreaux scellés, parcourue en toute légèreté avec un équipement approprié. Quelques névés raides hors câble nécessitent également une attention soutenue.

Pentes de neige sous le col des Ecrins
Les câbles

Mais une fois au col, tous vos effort seront largement récompensés. Il y a là de quoi poser un camp confortable et en sécurité. A 3300 mètres d’altitude, vous touchez du doigt les deux sommets les plus élevés des environs : Roche Faurio et la barre des Ecrins. Avec deux kilomètres et demi et deux cent mètres de dénivelé d’avance sur les gens qui dorment au refuge, vous serez les rois du pétrole quand vous en prendrez le chemin, les mains dans les poches. Vous serez déjà haut sur les pentes de la Barre lorsque vous apercevrez la file de lampes frontales apparaître au tournant du glacier…

Le bivouac au col

Il ne faudra que 2h30 pour atteindre Roche-Faurio…

Vers Roche Faurio

… 3h30 pour le dôme des Ecrins, 5h30 pour la Barre…

La rimaye de la Barre des Ecrins, plutôt facile cette année

En résumé, voilà un programme parfait pour une virée de 3 ou 4 jours, qui permet de commencer par s’acclimater avant d’aller vers les 4000 de la Barre :

  • 1er jour, départ de la Bérarde, bivouac dans le vallon de Bonne-pierre vers 2500 mètres.
  • 2ème jour : montée au col des Ecrins, installation du bivouac, montée dans la foulée à Roche Faurio, bivouac au col des Ecrins.
  • 3ème jour : ascension du dôme ou de la Barre, démontage du bivouac et redescente vers la Bérarde ou le pré de madame Carle.